La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 225 - 1968 - Juillet / Août / Septembre

- Les orgues de Roscoff


LES ORGUES A ROSCOFF

Dans le cadre des recherches entreprises sur les Vieilles orgues de France, il nous avait été demandé une notice sur les orgues de ROSCOFF. Nous publions dans le BULLETIN PAROISSIAL le résultat de nos investigations, en veillant à agrémenter ici notre exposé de remarques pittoresques qui soutiendront mieux l'intérêt des lecteurs.

L'église de Roscoff a été construite entre 1520 et 1545 sur un plan rectangulaire. Le chœur surélevé en avant de la nef, avec sacristie en cave, date des toutes premières années du 17ème siècle. Ce dut être peu avant 1609. Le grand cahier des comptes de la fabrique, encore en notre possession, commence en 1609 ; il ne fait pas état de déverses pour la construction du chœur mais il comporte un chapitre ( feuillet 83 ) “POUR LEMBRUCHER L'EGLISE”. Le lambrussage de la voûte commença le 6 juin 1610 et se poursuivit jusqu’au 1er novembre de la même année, pour reprendre l’année suivante, avec 65 journées de travail à 10 sols ; le lambrissage était terminé le 20 Juin 1611. On avait fait venir de Rouen 3 milliers de "douelles" ou petites lattes de bois à la dimension des barriques pour le prix de 63 livres le millier. Il fallut en acheter d’autres, une 500, une autre fois 376, enfin 700. Le total des "douelle" : 4576 correspond bien, après vérification, au lambrissage complet de la voûte, le chœur compris (avec environ 800 douelle). Les "honnorables marchants Bertrand Pardeau et Laurent Siochan procureurs et marguilleurs de l'église" achetèrent à André de Launay :

Bouricquen profita de "l'échafaud" pour peindre, au fur et à mesure, la voûte, en bleu certainement, il fut payé 4 livres 10 sous.

Aux dernières années du règne d'Henri IV, Roscoff connut une grande prospérité, dont témoignent encore outre l'église, les vieilles maisons à lucarnes de pierre et d'autres qui ont perdu leur lucarne comme les deux maisons qui constituent le presbytère actuel. L'ossuaire nord-ouest, à notre sentiment, est aussi de cette époque.

Nous n'avons pas les comptes de la construction des premières orgues, mais la façade sculptée de la tribune a été conservée : elle porte au-dessous du siège en surplomb de l'organiste la date de 1606.

Le devant de cette tribune ancienne se développe sur trois faces arrêtées par des colonnettes et des statues d'angle (64cm) dont deux seulement sont conservées.

Les faces sont décorées de 7 panneaux à personnages dont 6 comportent deux registres. Nous proposons de voir en ces 15 tableautins les BIENFAITS DE LA PAIX : l'abondance des biens, la Religion et les ARTS (la musique singulièrement).

Il nous faut un effort d'imagination pour nous représenter l'intérieur de l'église à cette époque. L'entrée principale, comme dans l'ensemble de nos églises, était au sud à l'endroit même où la confrérie de Saint Joseph obtint de la population en 1634 le droit d'édifier, à ses propres frais, la chapelle saint Joseph (actuellement la chapelle des albâtres). C'était l'emplacement réservé à l'origine pour un porche. Il y avait là deux portes jumelées, l'une d'elles condamnée sans doute, comme cela se voit encore aujourd'hui dans les entrées d'église de ce type.

La porte du fond de l'église était l'entrée des processions et des enterrements. C'est là, sans doute,que fut édifiée la tribune des orgues dans l'enfoncement des piliers rectangulaires de la tour et le débordant certainement. L'écartement des piliers est de 3,89 m la profondeur est à peine de 1 mètre., Outre la façade en forme de proue il nous reste de cette tribune, semble-t-il, la poutre avant, très ornée, avec des motifs apparentés à ceux de la façade. Cette poutre portait au milieu des entrelacs trois blasons qui ont été tailladés en 1793-1794 ; ils nous auraient permis de dater plus sûrement cette pièce. Comment expliquer qu'actuellement ses deux extrémités soient planes et sans le moindre ornement ? Elle ne pouvait pas s'encastrer entre les piliers car sa longueur, 3,98m, dépasse de 9 cm l'écartement de ces derniers. Par ailleurs il serait étrange que les constructeurs de 1649 aient laissé à cette maîtresse poutre l'apparence d'inachèvement, à moins qu'il ne se soit agi d'un remploi. Il est écarté, nous semble-t-il," que la furie destructrice de 1794 se soit employée à scier les extrémités.

Si nous pouvons ainsi nous faire quelque idée de la première tribune nous manquons, par contre, de renseignements sur les dimensions des orgues, le nombre des jeux et sur la forme du buffet.

Pour des raisons qui n'avaient sans doute point lieu d'être précisées dans des comptes financiers, les premières orgues de 1606 furent démontées en mars 1649. Elles devaient paraître trop modestes, indignes de Roscoff.

Le point d'honneur a toujours joué très fort ici.

Nous sommes mieux renseignés sur les titulaires de ces premières orgues. Le premier fut messire (prêtre) Jean Mao ; il avait aussi l'entretien de l'horloge. D'août 1609 à août 1612 il reçut 21 livres par "cartier" (trimestre). Son successeur, messire (prêtre) LE MEN verra son traitement annuel passer à 72 livres pour tomber en 1626 à 60 livres ; peut-être n'avait-il plus la charge de l'horloge. Le 10 may 1631 il est précisé qu'il reçoit 60 livres (pour sonner les orgues". Le Men était encore en service, au même tarif, en juillet 1639. L'organiste, peut-être le même, recevra ensuite 18 livres 15 sols par "cartier". Il sera payé avant l'échéance de son "cartier" qu moins une fois. Ainsi le trésorier précise :"Du 8e jour du dit mois (novembre 1640) j'ay payé dix huit livres 3/4 a l'organiste pour son dernier cartier de son année, finissant à la feste de Nouel prochain."

En 1641 l'organiste s'appelle Bertouloux ; on ne lui donne aucun titre honorifique, ni sieur, ni maitre ni messire. Il ne devait pas être un prêtre. Les comptes parlent à son propos de "jouer des orgues", "de toucher les orgues" C'était sans doute un pauvre bougre toujours à court d'argent et réclamant des acomptes. Le trésorier veillait à obtenir un acquit, mais il n'était pas inhumain. Ainsi le 24 avril 1641 il paie à Bertouloux "ayant quitte du service à toucher les orgues la somme de quarante deux sous pour le temps qu'il a touché les orgues au dessus d'un cartier". Notre homme avait reçu son trimestre le 8 avril précédent. François HELARY, sieur du PRE (PRAT en breton), trésorier de l'église fut amené, au moins deux fois, à verser tout ou partie du salaire de Bertoulous, sur acquit naturellement de l'organiste, à Laurent Prigent, dit Guillou, chez qui Bertoulous prenait pension : 6 livres 10 sous et 9 deniers le 8 juillet 1841, 19 livres 15 sous le 19 octobre 1642.

Les premières orgues furent “accommodées” à plusieurs reprises, tout particulièrement en août 1624, On fit alors trois soufflets, un coffre pour les contenir, on consolida les "barrots de boys qui soustiennent le Buffet", coût de la dépense 66 livres 5 sols 6 deniers. Sur ce chapitre on relève encore une dépense de 5 livres 16 sols le 24 mai 1645.

En mars 1649 ces orgues disparurent pour être remplacées par de nouvelles. Le “jubé" ou (tribune) lui même fut refait.

Les comptes du trésorier de l'église nous ont conservé le détail des dépenses qui furent engagées dans la construction des nouvelles orgues, de leur buffet et du "jubé" qui les portait. Ce document remarquable et si précieux pour les historiens de la musique serait d'une lecture fastidieuse pour les lecteurs du Bulletin. Il sera publié dans une revue spécialisée.

Le travail fut proposé au sieur DALEN (DALLAM ?) ; selon monsieur Norbert Dufourcq ce facteur d'orgues connu des spécialistes, est un Anglais exilé. Il construisit, dit-on, les orgues de St Pol, Son dérangement de trois jours pour voir les orgues et "pour devoir traiter pour les faire" lui fut rétribué, le 1er mars 1649, 8 livres 14 sols.

Ce ne fut point DALEN qui eut le travail, mais Thomas Harrisson, un autre Anglais exilé. Il y a lieu de penser que ce fut avec l'accord de Dalen lui-même. En effet Harrisson, d'après monsieur Dufourcq était de l'atelier de Dalen. D'autre part si DALEN s'est fait payer son dérangement ne serait-ce pas le signe précisément que son intention formulée était de ne pas faire lui-même le travail mais de préparer un marché pour Harrisson. De plus DALEN sera l'un des experts invités à la "réception" des nouvelles orgues. Ainsi le grand patron aurait mis un marché dans les mains de son candidat à la "maîtrise".

Quoi qu'il en soit, Thomas Harrisson était à Roscoff le 28 du même mois de mars 1649 pour y signer le lendemain par devant maitre Guillaume Collec, notaire "roial"," l'acte du marché pour faire les dictz orgues". Nous n'avons pas trouvé cet acte, ni aucune copie; il est possible qu'il soit aux Archives départementales. Le notaire reçut 1 livre 9 sols d'honoraires. Si Harrisson eut droit la veille à une bonne "collation" de 8 sous, il ne fut pas dédommagé pour son déplacement. Aux termes du marché Harrisson recevrait un salaire de 500 livres. En fait, à la fin de son travail, une délibération de messieurs les habitants de Roscoff lui octroiera une "rallonge" de 150 livres (26 octobre 1650).

Le 14 may 1649, HARRISSON arrivait à ROSCOFF "avec ses hardes", traînées par cinq chevaux sous la conduite d'Ollivier Le Moulin et de Jannou, qui furent payés 6 livres 12 sols pour leur randonnée à LANDERNEAU. Les "hardes" dont il est question ne sont pas constituées, de toute évidence, des seuls habits et du linge de Thomas Harrisson. C'est tout son matériel, ses caisses d'outils, ses fours qui nécessitèrent un si fort attelage. Le "facteur" transportait tout son atelier. Il s'agissait sans doute même d'un véritable déménagement. Comme un "compagnon du Tour de France" il devait aller de paroisse en paroisse et s'installer sur le lieu de son travail. Avait-il une famille ? On ne le sait. Il demeurera à Roscoff du 14 mai 1649 jusqu'à la fin d'octobre 1650 certainement, Nous ne savons pas où il habitait ni où il faisait son atelier. A plusieurs reprises simplement, nous lisons l'expression "chez le sieur Harrisson; ainsi "Le 2e décembre (1649) j'ay paié 2 sous 6 deniers pour randre les vieilles orgues chez le Sr HARRISSON pour les fondre". Son travail terminé où transporta-t-il ses hardes ? On ne le sait pas non plus.

La préparation du chantier demanda de nombreux mois. Il fallait entreposer du bois de construction pour la nouvelle tribune ou "jubé", l'ancienne n'ayant pas de plate-forme assez profonde. On l'alla chercher dès le mois de mai à Landerneau, à Huelgoat. Le choix du bois fut confié à Jean Malgorn, "maistre menuisier".

Le bois de chauffage pour les fours fut pris à Plouénan dès avant le 18 mai, Plus tard on en recevra d'autre par gabarre de Morlaix. Le 25 Mai on loua comme entrepôt du gros gros matériau un grenier, une chambre et un galletas où l'on pourrait travailler, chez mademoiselle de Kerguillez pour le prix de 16 livres. Ce même jour on constitua chez elle un stock de 16 "bariques de charbon (de bois) pour faire fondre le plan et estain pour les dits orgues à 25 sols la barique". Fin juin jusqu'au 22 juillet Jean Cosson "scya" 585 pied de planches" pour 16 livres 4 deniers. On acheta "4 douzaines de cuirs blancs pour faire les soufflets" le 9 juin et autant le 22 juillet, la première fois pour 16 livres 10 sols, la 2e fois pour 17 livres ,5 sols. Cela ne suffit pas car le 16 décembre 1649 on fit rentrer deux douzaines de grandes peaux (13 livres 10 sols). Certaines touches du clavier devaient être en ébène a Guillaume Diserbo rapporta de Saint Malo ce "bois de Besne".

A une date non précisée, entre fin juillet et le début d'octobre, arrive un chargement de 4 pièces d'étain pesant 382 livres et coûtant 192 livres 6 sols 1 denier. On achètera 609 livres de plomb à 10 livres 10 sols les cent livres. A la fin du chantier l'étain et le plomb restants (255 livres du 1er métal, 301 livres de plomb) furent vendus à HARRISSON.

C'est en octobre, semble-t-il, que Harrisson va songer à préparer ses tuyaux chez lui ; le 13 octobre, en effet, des manœuvres ou "darbareurs" transportent le charbon de l'entrepot chez le dit Harrisson. Toutes ces manutentions sont notées et comptabilisées ou incluses dans certaines factures de Harrisson, en particulier, jusqu'au "pot de bierre" que Jannou s'offrait lors d'une course à Plouénan en mai 1649.

Il semblerait aussi que HARRISSON ait eu lui-même la haute main à la construction de la tribune. Ce n'est du moins qu'à la fin d'octobre 1649 que marché fut passé "avec Maistre Yves Pichart (ou plutôt Richart) pour faire le buffet des orgues". Richart recevra comme salaire 165 livres.; il aura droit lui aussi à une rallonge, 12 livres.

Le 13 Octobre on avait fait l'acquisition de quatre poutres pour le "jubé" (33 livres 8 sols 6 deniers). Huit jours après on paya au "sieur Roland Marec 24 livres pour une pièce de bois pour faire "des colonnes" (mots de lecture douteuse) pour mettre soulz les orgues pour soustenir le jubé1P, Il s'agit sans doute des 2 piliers actuels.

Au début de décembre 1649 l'on commença à monter la tribune. Le 30 novembre André Chappalain avait passé sa journée à charroyer des pierres "pour faire la masse soulz les colonnes. Le 2 décembre Nicolas Hervéou charroya trois charges de mortier et une charretée de pierre pour les fondations de ces 2 piliers.

Les journées s'abrégeant Harrisson dut travailler à la chandelle. Le 31 octobre il se procura, aux frais de la fabrique, 30 livres de chandelle, pour 6 livres 15 sols.

Il semble bien que le montage de la tribune se soit effectué entre le 11 et le 14 décembre ; une dépense de livres est portée en compte pour cette période. "à valloir au louage de la chambre où sont les charpentiers (chez de Kerguillez).

 

Pendant ce temps Yves Richart travaillait à son buffet, utilisant du "bois propre" acheté chez Guillaume Rouzil ou chez Louis Le Chappalain. La mise en place semble avoir eu lieu le 17 janvier 1650.

Lorsque la soufflerie sera en place Jean Jézéquel fera un "apanti" en planches au-dessus des soufflets pour les préserver de la pluye et pour éviter que les poids de l'horloge ne tombassent dessus : une journée de travail payée 12 sous, vers le 23 juin. Ce jour là Ollivier Corre avait consacré sa journée à chercher des pierres,.pour servir de poids, sous les soufflets et à les mettre en place (12 sous 6 deniers ).

HARRISSON, lui, s' appliquait à ses tuyaux ; sa provision de chandelle épuisée il s'en fit payer 12 autres livres le 20 février 1650 "pour travailler aux tuyaux d`estain" (3 livres). Il lui suffira de 6 sous de potin pour pollir ces tuyaux".

Le 2 avril il prend pour, 4 sous de safran pour jaulner (jaunir) les touches de bois" (clair).

La "réception” des travaux eut lieu fin septembre 1650. Mais on n'attendit pas l'examen des experts pour faire les essais de l'instrument. Le 7 août, à la Grand Messe et aux Vespres les orgues furent “touchées” par le Révérend prêtre Jan (?). Il eut droit ainsi que son compagnon à un repas et une collation (1 livre, 10 sols).


Précédent   - Suivant