La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 228 - 1968 - Décembre

- La paroisse vole au secours de la commune - 1873
- Affaire de l'asile


La paroisse vient au secours de la commune

La commune était perdue de soucis financiers par ses trois écoles primaires communales. A la dépense consentie pour l'achat de la propriété Prigent il fallait ajouter 2.787 fr de travaux pour y aménager les locaux scolaires des filles (21 décembre 1873).

Les pauvres édiles ! Ils n'en sortaient pas ! Et d'autant moins que la commune devait pourvoir aussi aux traitements des enseignants.

Ainsi, sur le budget voté pour l'année 1874 et qui se montait à 18.354,60 fr, la commune verserait la somme de 5.300 fr aux enseignants (séance du 2 février 1874)

L'entente était alors cordiale entre la Fabrique et le conseil municipal. Et s'agissant de l'intérêt humain des petits Roscovites il était tout naturel que la Fabrique proposât son aide financière à la commune,

Jusqu'à la Loi de Séparation des Églises et de l'Etat (9 décembre 1905) les paroisses pouvaient posséder des biens. Roscoff avait ainsi un assez riche patrimoine. Ces biens étaient gérés depuis des siècles par un conseil de quelques paroissiens, appelé FABRIQUE.

Après la guerre de 1870 l3. France va être secouée par des luttes politiques, religieuses, sociales et scolaires. D’un côté les esprits n’étaient murs pour une discussion franche et loyale. Le sectarisme teintait les convictions religieuses aussi bien que les convictions politiques. A peine commençons-nous à en sortir. Le sectarisme catholique a été réprouvé par le dernier concile du Vatican, qui a engagé l'Eglise sur les chemins plus raboteux du dialogue et du respect des non-croyants. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

Nous n'en étions pas là en 1905 ; l'Eglise catholique rejeta cette loi, votée sans son accord, alors que, manifestement, c'est elle que la Loi, au premier chef, voulait contrebattre. On ne put causer, les deux parties restant sur des positions intransigeantes, presque comme des ennemis..

Et c'est ainsi qu'en vertu de la loi de Séparation tous les biens des fabriques furent dévolus aux établissements communaux d'assistance. Cette spoliation était un vol manifeste mais elle a créé, en fait, une situation qui s'est révélée, par la suite, très favorable à la mission de l'Eglise et c'est pourquoi nous parlions, dans le numéro précédent, du beau débarras que représente, aux yeux du chrétien de notre temps, le vol des biens de l’Eglise en 1906.

Le conseil de fabrique a perdu, depuis, le plus clair de son utilité ; peut-être le retrouvera-t-il au travers de l'évolution actuelle des esprits qui nous pousse à nous mêler de plus près à la vie des organismes dont nous faisons partie. On le souhaite.

En 1874, à l'époque où se décidait la construction de la salle d'ASILE, le conseil de Fabrique était constitué des membres suivants

Le 10 Août 1873 monsieur Léopold Deschamps, maire, fut remplacé par monsieur Ludovic Le Dault a tout le conseil municipal était réuni, 23 membres,

Le changement du maire était requis en vertu de l'article 5 de la loi du 5 mai 1855, relatif aux incompatibilités. On n'a pas pris la, peine de rechercher la nature de l'irrégularité qui obligea monsieur Léopold Deschamps à se démettre du poste de maire.

On fera, en passant, quelques observations sur le recrutement du conseil de Fabrique.

Notons d'abord la distinction bourgeoise des prénoms (Ludovic, Léopold, Hyppolyte, Jérôme). Nous nous croirions à Roscoff en 1968, où les mamans, sans doute avec le consentement des papas, se livrent à la surenchère pour prénommer aristocratiquement leurs gars et leurs filles.

On s'étonne aussi de ne voir aucun représentant de la campagne à ce conseil de 1874, qui semblerait ainsi réservé aux notables de la ville ; ils se cooptaient. On se demande, dès lors, les titres qui désignèrent à l'attention des conseillers de Fabrique Jean Henri Derrien, cultivateur à Lagavran. Il fut élu à l'unanimité des voix (5) le 6 Janvier 1877. Henri Fallague fut élu à la majorité d'une voix (chacun fera le calcul). Ils remplaçaient monsieur D'Herbais décédé et monsieur Kerenfors qui avait quitté Roscoff. Le nouveau secrétaire du bureau des marguilliers avait une signature très maladroite de travailleur manuel ; le titre de secrétaire était simplement administratif, pour la régularité de la procédure. Le travail d'écriture était, en fait, pris en charge par Monsieur Morvan, dont l'écriture était très lisible. Lorsque Monsieur Derrien mourut le 6 juillet 1879, à l'âge de 71 ans 10 mois, il sera remplacé par un autre cultivateur de 29 ans, au nom et au prénom bien roscovites : Sébastien Cabioc'h, Qu'à cet âge il se soit comme imposé au choix des fabriciens (5 voix sur 6) c'est l'indice d'une personnalité marquée.

"BASTIEN A GUERGUS", Sébastien de Kergus avait épousé le 16 Février 1876 Marie Paul Le Gad (de Kergus). Il mourra à 78 ans le 4 avril 1929 à Pors ar Bascoun. Dernier enfant d'une famille nombreuse, ses parents l'avaient mis au Kreïsker dans l'espoir qu'il devînt prêtre. Il était élève de rhétorique (première) lorsqu'éclata la guerre de 1870 ; il tira un mauvais numéro et fut mobilisé. Il fut fait prisonnier par les Allemands. Sa connaissance du latin lui permettait de s'entretenir avec les aumôniers allemands.

BASTIEN A GUERGUS avait donc une culture exceptionnelle pour le temps ; il se trouvait à l'aise ainsi au milieu de ses pairs. Il resta au Conseil jusqu'à la dissolution des Fabriques, protestant avec ses collègues contre la dévolution des biens qui leur étaient confiés (25 novembre 1906). Il fit partie jusqu'à sa mort du CONSEIL PAROISSIAL constitué le 15 janvier 1907.

Ce n'est qu'en 1875 (séance du 18 Avril) que le Conseil municipal délibéra pour la première fois de l'affaire de l'ASILE.

Depuis un an environ, déclare le rapport de séance, on en parle. Les parents, journellement absents pour leurs travaux, sont condamnés à la dure alternative ; ne pas gagner leur salaire ou abandonner leurs enfants à eux-mêmes.

Des mères de famille sont ainsi obligées de confier leurs enfants de 2 à 7 ans à des personnes charitables mais ne disposant pas de locaux convenables, conformes aux règles de l'hygiène.

Ces locaux, d'ailleurs, ne seront plus disponibles ,au 29 septembre 1875. Or ils sont déjà 200 enfants à fréquenter cet établissement.

Nous sommes écrasés de charges financières par nos trois écoles, par l'agrandissement du cimetière. Nous n'avons pas d'argent pour entreprendre, à nos frais, la construction de la salle d'Asile dont l'urgence pourtant ne peut être mise en cause.

Dans ces conditions le conseil municipal croit devoir accepter la proposition de monsieur Grenier Ferdinand Auguste, supérieur des Révérends Pères oblats de l'église Saint Sauveur de Québec (Canada). Moyennant la prise en charge par la commune de six messes annuelles (à perpétuité -- on croyait encore en ce temps là à la perpétuité des institutions et à l'invariabilité des mentalités) ce religieux ferait donation de sa propriété de la Sainte Union, à savoir une maison sans étage sur la grève, avec une cour devant ; la superficie en est de 2 ares 7 centiares (cadastre section A, n° 212).

Le département ayant cédé les ruines de la chapelle de la Saint Union (St Ninien), adjacente à la propriété de monsieur Grenier (cadastre section A n° 213), on disposerait d'une superficie supplémentaire de 1 are 26 centiares.

Des plans ont déjà été préparés par Mr Puyo, le devis se monte à. 13,400 fr (y compris les 700 fr de l'architecte)

Le financement en serait assuré par le don de 6.000 fr (Fabrique) et un autre don de 1.000 fr (Mr Deschamps, juge de paix). Comme monsieur le sous-Préfet, dans une lettre du 12 Avril 1875, a laissé entendre qu'on pouvait présumer un secours de 4.000fr, le conseil ose espérer que l'Etat et le département viendront au secours de la Commune.

Ce terrain de 333 mètres carrés, à peine suffisant aujourd'hui pour implanter une maison, nous paraît particulièrement exigu pour une école destinée à héberger plus de 200 enfants. On n'était pas assez riche pour voir grand.

Chacun pourra se rendre compte des lieux en consultant le dessin ci-après, pris du cadastre. Désormais cet emplacement est devenu l'entrée du quai entre les deux vieilles maisons qui se disputent le titre de "Maison de Marie Stuart”; nous reviendrons un jour sur ce petit problème roscovite. Disons simplement aujourd'hui qu'à notre sentiment la maison qui porte la plaque de marbre "Mary Stuart House" n'existait pas, du moins comme elle est, en 1548, date où la petite Mary débarquait à Roscoff.

A la fin de 1875 la Commune se réjouit de l'initiative de l'Instituteur de Santec qui voudrait monter à ses frais un cours pour adultes. Le conseil est d'accord naturellement (19 décembre) et non pas seulement parce qu'il ne lui en coûte rien, mais aussi parce qu'il ne peut qu'encourager l'estime qui commence à. se développer dans le pays pour l'instruction.

Le projet de construction sur l'emplacement de la Sainte Union fit l'objet d'observations de la part du Ministre. Elles sont résumées en ces termes dans le rapport de la séance du Conseil municipal du 25 mai 1876.

" La dépense totale de 13.400 fr pourrait être réduite en ajournant la construction des murs de clôture et en restreignant la surface attribuée au logement de la directrice et de l'adjointe.

L'allocation de la commune pour ces travaux est insuffisante (7.400 fr) : la commune de Roscoff retire de la vente de ses produits des ressources qui lui permettent d'augmenter se part contributive.

La commune aurait 200 fr libres au 2 Janvier 1876. Quelle affection est réservée à cette somme ?

Le logement de la directrice excédera les besoins du service ; on pourrait le réduire sans inconvénient."

La Mairie avait donc prié l'architecte de revoir ses plans dans ce sens : l'économie réalisée ne serait que de 231,57 fr. Mais la surélévation du plafond de la classe réclamée par le ministère entraînait un supplément de dépense de 108,97 fr. Ainsi l'économie se réduisait-elle à la somme de 122,50 fr. Beaucoup de bruit pour rien, pensèrent les conseillers.

Le conseil ajoutait d'autres remarques de très grand bon sens, pour qui connaît le pays de Roscoff et ses vents. Mais était-ce le cas de la lointaine administration ?

La clôture sur la ruelle s'impose pour abriter des vents du large ; d'ailleurs, fait observer le conseil, à Roscoff les propriétés sont closes de murs. l'argument était de poids en un temps où la propriété était le principe sacrosaint de la société. Les conseillers auraient pu faire remarquer aussi que la surveillance de cette fourmillière d'enfants serait impossible sur une place et que, par définition, une cour d'école est un espace enclos.

Le souci de l'hygiène ne date pas d'aujourd'hui, ses exigences ont simplement varié. Au siècle dernier et au début de celui-ci on imposait aux bâtiments publics, scolaires particulièrement, une très grande hauteur de plafond, au nom du "cubage d'air" requis par le nombre des occupants. L'école actuelle des soeurs et celle des frères en sont des exemples, point si anciens (hauteur des plafonds : 4 mètres).

L'architecte de l'ASILE avait prévu 3,70m de plancher à plancher ; le ministre de l'Instruction publique exigeait 4 mètres. "S'il y a nécessité de porter la hauteur de la salle de 3,70m à 4m, le conseil y consent, mais le grand air située à quelques mètres de la salle lui ferait penser que cette hauteur inutile". Qui n' en conviendrait ? Mais règlement, règlement.

Après la guerre de 1940 on a adopté d'autres gabarits : les locaux scolaires, si j'ai bonne mémoire ont été bâtis sur le module de 1,75 mètre. La hauteur des classes est donc ramenée à 1,75 x 2= 3,50m.

Le Ministre a touché au vif la susceptibilité roscovite lorsqu'il reproche au conseil de faire le chantage à la misère. On lui rétorque donc que l'instruction primaire absorbe toutes les ressources de la commune et au-delà. D'autre part Roscoff, certes, fait du commerce, mais la commune, n'en retire aucun profit. D'ailleurs depuis la guerre (1870), les marchand roscovites et les cultivateurs ont perdu des sommes énormes et plusieurs sont ruinés.

La décision urge si l'on ne veut pas voir cet hiver, 300 enfants pauvres sans local pour les recevoir. Le donateur croyant à la construction prochaine de l'ASILE n'a pas voulu réparer ses bâtiments, qui se dégradent de jour en jour.


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