La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 229 - 1969 - Janvier

- Affaire de la salle d'asile


LA SALLE D'ASILE

Dans les numéros précédents nous avons commencé d'étudier les origines de l'ECOLE MATERNELLE de Roscoff. Le projet (1873) était dû à l'initiative du CONSEIL DE FABRIQUE. Il s'agissait de construire une grande salle, dite SALLE D'ASILE, qui permit de regrouper les enfants de 2 à 7 ans, que les parents, pris par leurs travaux, étaient contraints de laisser "à la rue".

Le Père_Grenier, de Québec – Canada (1) proposait de donner un petit terrain avec une construction légère tout contre la chapelle Saint Ninien, La municipalité, qui avait pris l'affaire en charge (18 Avril 1875) se crut autorisée a  envisager la destruction de la chapelle pour étendre la superficie de l'établissement projeté. Un plan fut réalisé par monsieur Puyo, de Morlaix.

La maison avait un étage s elle portait en façade un fronton surmonté d'une croix sur le fronton on avait prévu un blason de Roscoff et l' inscription : ICI EST DEBARQUEE MARIE STUART.

La Paroisse; nous l'avons dit, proposait de contribuer à la construction de l’ASILE par un don de 6.000 fr. Monsieur Deschamps juge de paix faisait don de 1.000 fr pour le même objet.

Mais, selon le Ministre des Cultes, la fabrique n'avait pas le droit de disposer gratuitement des 6.000 fr pour les donner à la commune ni des 300 fr annuels qu'elle s'engageait à verser pour le fonctionnement de l'établissement.

Pour faire face à ce contretemps très fâcheux, le conseil municipal (24 juin 1676) sollicite l’autorisation d’emprunter les 6.000 frs offerts par fabrique sur la base de 3% d’intérêts ; la somme serait remboursable en 36 ans. On croyait, à l'époque, à la stabilité infinie de la monnaie. Il est de fait que la stabilité se maintiendra jusqu'à la guerre de 1914.

Le 16 Juillet 1876 on relève 444 élèves dans les écoles :

Le 8 septembre 1876 il est question d'établir une école de filles à Santec.

Au cours de cette même séance vinrent se joindre aux 15 conseillers municipaux les 14 personnes les plus imposées de la commune : Laurent, Guivarch Jean, Floch Olivier Chevalier, Jezéquel Hyacinthe, Cabioch Vincent, Salaün Jérome, Le Gad Henri (en ville), Quément, Cabioch Jacques, Mironnet Henry, de Floyd, Daridon Jean Marie, Rolland Jean.

Ils se mirent d'accord pour voter l'emprunt des 6.000 fr de la fabrique aux conditions énoncées plus haut, les annuités devant être versées les 1er novembre de 1877 à 1912.

Tout semblait donc prêt. Le projet d'une salle à la Sainte Union n'allait pourtant pas voir le jour. Des personnes cultivées habitant Roscoff ou y séjournant seulement, s'émurent à la nouvelle que l'on allait détruire la chapelle dite de Marie Stuart, Peut-être pensaient-elles que cette chapelle était dûe à une libéralité de la petite Stuart. Elle était nettement antérieure (15ème siècle) au passage dans notre port de l'illustre fillette (1548). Aussi bien pourquoi faudrait-il qu'il poussât une chapelle en tout lieu où les grands personnages mettent le pied ?

Les amis du VIEUX ROSCOFF ne se contentèrent pas de s'instituer en défenseurs d'un passé et d'un patrimoine artistique qui leur étaient chers ; ils eurent aussi à coeur, par le geste qui sauvait la chapelle, de contribuer efficacement à l'édification sur un autre emplacement de cet asile pour la sauvegarde de l'enfance roscovite. C'est ce qu'il nous reste à conter, mais non point avant d'avoir fustigé la génération de 1930 dont l'inconscience a permis la destruction de la chapelle. Ce plus vieux monument de Roscoff eût mérité son transfert quelques pas plus loin. Il aurait ennobli le quai et, peut-être aurait-il, par sa simple présence, exorcisé les démons qui suggérèrent plus tard à l'administration portuaire le projet artistiquement insensé, de ce hangar immense, morne, hideux.

PAOTRED ROSKO, dormiez-vous ?

A ce point de notre récit nous n'avons rien de mieux faire qu'à transcrire les documents de la Mairie, notre seule source d'information désormais.

 

Séance du. 21 Mai 1877

SALLE D'ASILE - ACQUISITION D'UN TERRAIN POUR REMPLACER CELUI DE LA CHAPELLE MARIE-STUART,

Le maire appelle toute l'attention du conseil sur l'exposé ci-après de faits récents et qui, intéressant l'histoire de France, l'Angleterre et Roscoff, rendent aujourd'hui la Construction de la salle d'asile, impossible sur le fonds de la Chapelle commémorative du Débarquement de la Reine Marie Stuart.

Exposé :

Il est inutile de rappeler ici, les raisons urgentes et toutes d'humanité qui décidèrent le conseil municipal à voter dans sa séance du 18 Avril 1875, et sur les instances pressantes de l'administration départementale la Création d'un asile à Roscoff.

Ces motifs furent hautement appréciés par le Conseil municipal, l'administration départementale, et MM les Ministres de l'intérieur, de l'instruction publique et des cultes, qui vinrent appuyer de leur haute influence les courageux efforts de la population Roscovite.

Après de nombreuses formalités tendant au même but, un décret de M. le Maréchal président de la République (Mac Mahon), est venu les sanctionner à la date du trente un Mars dernier, et aujourd'hui la Commune de Roscoff est appelée à adjuger les travaux.

C'est ici le moment de rappeler sur quels fonds devait être édifié l'asile.

La commune de Roscoff imposée en majeure partie pour construction de maisons d'Ecole, au maximum de ses Centimes sans ressources, ne disposait d'autre emplacement que celui trop exigu que lui offrait la générosité d'un de ses enfants, le révérend père Grenier, supérieur des oblats, missionnaire au Canada (Québec). Le département vint alors en aide à. la commune en détresse, en lui abandonnant les fonds et ruines de la Chapelle commémorative du Débarquement de MARIE STUART, mais à Charge de rappeler ce souvenir historique par une inscription au fronton du nouvel Édifice.

Ce furent de pénibles moments pour l’administration municipale. Deux graves questions se posaient devant elle et demandaient une solution urgente.

Consommerait-elle un acte qui faisait disparaître de son sol un souvenir qui lui était cher et dont elle avait le Dépôt et la responsabilité ?

Ou des devoirs les plus impérieux d'humanité devaient-ils prévaloir ?

La misère était grande ! Le dernier avis prévalût, et les nombreux visiteurs durent croire comme les habitants de Roscoff, que les derniers vestiges de la Chapelle étaient condamnés.

L'opinion s'en émût, les Anglais de Distinction et autres qui visitent journellement la Chapelle, firent entendre des plaintes très vives, et l'initiative privée certaine du concours de Roscoff, pris des mesures efficaces ; il était dit que l'oratoire de Marie-Stuart, ou la Chapelle St Ninien ne devait pas disparaître, et que la raison de haute Charité destiné à le perdre devait le sauvera

Des correspondances actives furent échangées et un acte de générosité dont Roscoff conservera à jamais le souvenir vint juste à temps arrêter des faits que l'opinion a sévèrement appréciés. M. le marquis de Bute, descendant des Stuart fit parvenir à M. le maire de Roscoff un engagement de quatre mille francs, formant la tête d'une liste de souscription destinée à mettre la Chapelle fonds et droits, hors de doute.

L'administration en fut prévenue. M. le Préfet et M. le Préfet du Département ont bien voulu venir visiter les lieux et ont promis leur plus actif concours. Une lettre officielle de M. le Préfet en date du 18 courant, invite le maire à l'achat d'un autre terrain, et à l'envoi d'un dossier destiné à rendre la Chapelle inaliénable, et autoriser la Commune à édifier l'asile sur un autre fonds.

Le maire croit devoir informer le Conseil, qu'il a refusé et refusera toujours de signer aucune pièce, tendant à la Disparition du monument. En cela il ne doute pas de l'adhésion du conseil municipal à sa conduite.

Un seul terrain propre à la construction de l'asile est en ce moment disponible, il porte le n° 878 Son A du Cadastre et contient onze ares quarante centiares. Sa position est exceptionnelle comme Centrale et à l'abri des charrettes qui du mois de Juillet à fin de Mars (9 mois) envoient au port de Roscoff des marchandises (il passe 2.500 colliers par 24 heures)

Le Maire est entré en pourparlers avec Mme Vve Lahalle propriétaire de ce terrain, dont le prix serait fixé à :

Pour y faire face, la municipalité dispose :

Le maire résume l'exposé de la situation en ces termes

La commune a été mise en demeure de fournir elle-même le complément de la somme portée au Devis de la Construction de l'asile ; dans ce but elle a voté aujourd'hui même ses dernières ressources quinze cents francs. L'urgence de la construction l'a déterminée à ce dernier sacrifice. Et il conclut à demander aux monuments historiques de contribuer au rachat de la Chapelle par une subvention de (2.320 francs) deux mille trois cent vingt francs.

Le Conseil :

Vu l'exposé ci-dessus

Délibéré à Roscoff les jour, mois et an que devant.

Dès l'instant où la sauvegarde des ruines de la chapelle est assurée la donation du terrain Grenier qui avait été autorisée par le gouvernement, perdait tout intérêt pour la construction de la salle d'asile. Ainsi s'exprime le conseil dans la séance du 25 Novembre 1877.

Considérant

Que la donation faite par Grenier à la Commune se trouve sans but désormais, puisque ce fonds et celui des ruines de la Chapelle de Marie Stuart devaient servir ensemble à recevoir l'asile,

Que la commune, par des raisons qui intéressent en même temps, le Gouvernement Français, l'Angleterre, n'a qu'un désir elle aussi c'est de conserver les Ruines.

Émet le voeu à l'unanimité, et supplie Monsieur le maréchal Président de la République, de vouloir bien en présence de circonstances aussi intéressantes, rapporter le décret du 31 Mars dernier, et autoriser la commune de Roscoff à renoncer à la Donation précitée.

Délibéré à Roscoff en mairie les jour, mois et an que devant.

Dans la même séance le maire déclare avoir obtenu une promesse de vente du nouveau terrain pour le prix de 6.000 francs et avoir fait dresser des plans et un nouveau devis pour l'édification de la nouvelle salle d'asile.

Le maire expose que par suite des termes de la délibération du 21 Mai 1877, il a passé à la date du 5 9bre (septembre) 1877 un acte portant promesse de vente du nouveau terrain destiné à recevoir les bâtiments de la salle d'asile (Prix Fr 6.000).

A ce nouveau terrain ne pouvait naturellement s'approprier les plans pris pour l'ancien. Aussi s'est-il adressé à M. l'architecte d'arrondissement pour dresser de nouveaux plan et devis de la salle d'asile à édifier sur le nouveau terrain.

Ces plans et devis sont à l'instant soumis et communiqués au Conseil municipal, qui, à l'unanimité les approuve, ainsi que le prix des devis qui monte à la somme de douze mille cinq cent dix francs, 18 centimes, soit ci 12.510 fr 18 c

et qui établit ainsi qu'il suit son compte de Dépenses et de ressources

Art. 1er

Cette somme sera payée par les :

 

Article de construction

Construction de l'asile (non comprises les clôtures qui peuvent être retardées, les murs existants ayant en moyenne 1 m 80 cm,de hauteur et pouvant aller plusieurs années - 12.510,18 fr

Pour faire face à cette dépense, la Commune dispose de :

Le conseil municipal prie l'administration de lui venir promptement en aide. La population de Roscoff, les enfants surtout ont eu à souffrir pendant l'hiver 77-78 d'une terrible épidémie, peut-être l'abri et les soins qu'auraient fournis l'asile auraient atténué la misère.

On n'en parlera plus au conseil avant le 1er septembre 1878.


(1) - Né à Roscoff, le 2 janvier 1827, en France, le père Ferdinand Grenier   (1827-1903) est un oblat de Marie-Immaculée ( depuis le 10 mars 1848 ) arrivé au Québec en 1850. Il œuvre au Saguenay et à Montréal avant d'être appelé à Québec pour desservir, avec d'autres oblats, la nouvelle église de Saint-Sauveur. Il y reste dix ans (1853-1863), assistant le père Flavien Du rocher dans sa charge. Par la suite, il est envoyé à Plattsburgh (New York), Ottawa et Lachine. Il revient définitivement à Québec où il succède au père Durocher comme curé de la paroisse de Saint-Sauveur (1876-1879 et 1885-1891). Il sera aussi supérieur de sa communauté (1874-1879 et 1885-1894). C'est le père Grenier qui fixera la programmation iconographique et l'emplacement des œuvres de Charles Huot dans l'église de Saint-Sauveur.


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