La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 230 - 1969 - Février

- Affaire de la salle d'asile )


LA SALLE D'ASILE

Chacun de nous a fait l'expérience irritante des lenteurs de toute administration. La construction de la Salle d'Asile (plus tard appelée ECOLE MATERNELLE) resta en projet cinq ans Ces longs délais eurent du moins l'avantage de laisser aux esprits le temps de la réflexion et de provoquer la coalition des amis du vieux Roscoff.

Une séance extraordinaire du conseil municipal fut convoquée le 1er septembre 1878 en suite d'une lettre du Sous-Préfet de Morlaix à la date du 14 Août.


SEANCE EXTRAORDINAIRE DU 1er SEPTEMBRE 1878

par suite de la lettre de M. le S.Préfet du 14 Août 1878

Présents MM. -

Le maire communique au conseil une lettre de M. le S.Préfet de Morlaix, en date du 14 août dernier, relative au renouvellement d’une demande de secours à faire au Département pour la construction de l’asile et fait comme suit l'exposé des dépenses à effectuer et des ressources dont dispose la commune pour tous frais d'établissements.

DEPENSES

RESSOURCES

Emprunt à la Fabrique - 6.000 fr

Souscription Deschamps père pour construction - 1.000 fr

SOUSCRIPTIONS payées et destinées à conserver les ruines de la Chapelle de Marie-Stuart par l'acquisition d'un nouveau terrain destiné à recevoir l'asile :

M.M. :

BALANCE

Déficit - 2.280 fr 00

Le Conseil,

Vu

1° La lettre de M. le S.Préfet précitée

2° la situation qui précède.

Demande au département à combler le déficit, et a toute confiance que sa demande sera écoutée. L'exposé ci-dessus est la preuve la plus éloquente des efforts faits par la commune de Roscoff pour élever un asile communal, devenu urgent et pour conserver un monument historique. Les souscriptions recueillies à l'Etranger et en France sont venues lui donner un énergique appui.

Délibéré à Roscoff, les dits jour, mois et an que devant.


La liste des souscripteurs laisse apparaître le manque d'intérêt des Roscovites autochtones pour leur patrimoine d'histoire et d'art. On y chercherait en vain des noms aux rudes sonorités bretonnes. Les deux seuls qui y feraient penser, Cermak ( voir aussi ), sont tchèques comme le suggèrent les prénoms.

Depuis ce temps des destructions désastreuses et des constructions d'un goût médiocre ont dénaturé et continuent de défigurer ce petit pays. Faudra-t-il toujours qu'il n'y ait que des étrangers, des Cornouaillais même, à prendre sa défense ?

En 1889 on le voit, la station biologique de Roscoff était en service. Elle fut ouverte en effet, dès 1871 par Henri de Lacaze-Duthiers et officiellement fondée en 1872.

Jaroslaw Cermak était un peintre tchèque. Il jouit encore aujourd'hui en Tchécoslovaquie d'une certaine célébrité. Un fervent de cet artiste, le Professeur Frantisek Kozik, vient chaque année à Roscoff se replonger quelques heures dans notre petit univers roscovite pour y retrouver l'inspiration du peintre et découvrir des oeuvres inconnues. Il ne serait pas surprenant que des familles possèdent encore des portraits exécutés par Cermak. Nous en avons vu un tout récemment, d'une réelle qualité  au prochain passage du Professeur Kozik on le soumettra à son expertise.

A cette époque notre peintre s'était rendu propriétaire d'une parcelle de terre entre la rue du Cap (rue Edouard Corbière) et la venelle d'accès au Vil, la partie actuellement bâtie de la propriété KRIST-ROUE (Le Christ-roi). Il avait sollicité un arrangement de clôture avec la commune. Dans sa séance du 21 mai 1877, le conseil municipal avait donné son accord. A en croire les termes de la délibération ce serait monsieur Cermak lui-même qui aurait fait bâtir la maison.

" Le Maire soumet au Conseil une demande qui lui est adressée par M. Jaroslaw Cermak, chevalier de la légion d'honneur, peintre distingué demeurant à Paris, avenue Wagram, 128, à l'effet de rectifier la ligne courbe que forme le mur nord de sa propriété portant le n° 125 section A du cadastre. Cette offre ne peut qu'être avantageuse à la commune, outre l'avantage de la ligne droite que prendra le mur neuf qu'il se propose de bâtir, la compensation de terrain qui résultera de cette rectification restera même au bénéfice de la commune. Le terrain pris et rendu par cette ligne droite est du reste bien insignifiant. Elle n’atteint pas 2 mètres carrés.

" Le conseil vu la demande du Mr Cermak considérant qu'elle ne peut qu'avantager la commune, accorde à l'unanimité la rectification demandée, y adhérant entièrement et sans réserve ; l'entrée de la promenade du VIL ne pouvant qu'y gagner, les nouvelles constructions devant en améliorer et embellir les abords. "


Mais revenons à notre Salle d'Asile.

Le Préfet avait autorisé l'achat du terrain par un arrêté du 9 août 1878.

L'adjudication des travaux, autorisée par le préfet en date du 12 septembre 1878, comportait dans le cahier classique des charges un article manuscrit, le 24ème, rédi­gé comme suit.

ART. 24 - Les pierres de moellons proviendront de carrières dans les terres et l'emploi du sable de mer pour fabriquer les mortiers est formellement proscrit. Il en sera de même des pierres de taille qui seront prises en Cléder dans l'intérieur des terres. Toutes les eaux employées à la fabrication de la chaux, plâtres etc.. enfin pour quelques travaux que ce soit seront eaux douces, l'emploi des eaux de mer étant formellement interdit. "

Un délai de cinq mois était prévu pour l'exécution du marché.

Le devis estimatif, très détaillé, s'élevait à la somme de 15.960 francs.

Trois entrepreneurs soumissionnèrent sur papier timbré à 50 centimes, cacheté selon la règle. C'étaient :

L'insistance que met la commission, avant l'ouverture des plis le 24 Octobre 1878, à souligner l'extrême importance, à ses yeux, de l'article 24 nous incite à reproduire le procès-verbal. Il y a là matière à étonnement pour les bâtisseurs modernes, qui font une énorme consommation de sable drague ; peut-être même y a-t-il matière à réflexion.

" Ce jour, vingt quatre octobre mil huit cent soixante dix huit à midi, nous Le Dault maire de Roscoff, après avoir réuni la commission nommée pour suivre l'adjudication de la salle d'asile de Roscoff et composée de :

·        M.M. Fallague adjoint,

·        Marcel conseiller municipal,

·        Picart receveur municipal

·        et Puyo architecte de l'arrondissement,

nous nous sommes rendus à la salle de délibération de la Mairie pour recevoir les soumissions concernant l'adjudication de la dite salle d'asile. Après avoir déclaré la séance ouverte et avoir donné lecture du cahier des charges, nous Maire de Roscoff, avons déclaré au nom de la commission, qu'il serait tenu rigoureusement la main à ce que le sable de mer soit complètement proscrit des maçonneries, même de celles en fondations et avons rappelé qu'aucun matériau baigné par la mer ne serait employé. Au nom de la commission nous avons de plus annoncé que vu la saison avancée le délai de cinq mois accordé pour la construction serait prorogé jusqu'au 30 Juin 1879. Enfin nous avons invité les entrepreneurs à déposer leurs soumissions Elles se sont trouvées au nombre de trois, que nous avons numérotées suivant l'ordre de leur présentation et après avoir reconnu que les cautionnements étaient faits et que les entrepreneurs étaient munis chacun du certificat, certifiant de leur capacité ; nous avons procédé à l'ouverture des soumissions et en avons déduit le tableau suivant :

Noms             taux rabais                         devis               rabais             Soumissions

Tréal Henri                 3.                     15.200.           456.               14.744.00

Morgant                     5.                      15;200             760;               14.440.00

Pétel Fois                  10,50;             15;200             1.596.            13.604;00

La, soumission de Mr François Pétel entrepreneur à Roscoff étant la plus avantageuse et reconnaissant que le dit avait toutes les qualités requises pour répondre du soin de l'entreprise : nous Maire de Roscoff de l'avis unanime de la commission avons déclaré le Mr Pétel adjudicataire et aussitôt le dit entrepreneur ayant annoncé qu'il maintenait son office, l'adjudication a été maintenue en sa faveur moyennant le rabais de dix francs cinquante centimes pour cent francs soit pour le prix de 13.604 fr. Mr Pétel a de plus payé les frais de la présente adjudication soit 32 fr 35 à la charge de payer les frais d'enregistrement.

L'adjudication des travaux à monsieur Pétel fut approuvée par le Préfet le 30 Octobre 1878. Le chantier dut s'ouvrir le 1er février 1878. Les intempéries, en effet, contraignirent l'entrepreneur à solliciter une prorogation du délai (5 mois) d'un mois.

Le conseil ne pouvait qu'accéder à sa demande lors de sa séance du 16 février 1879

" Le Maire expose que le sieur Pétel entrepreneur des travaux de la salle d'Asile, s'est trouvé par suite de la température exceptionnelle et des eaux gagnant les fondations, très gêné et retardé jusqu'aujourd'hui dans l'exécution courante de sa maçonnerie.

Il demanderait au conseil à proroger d'un mois le terme fixé au cahier des charges pour la livraison. Le conseil vu la demande du sieur Pétel, considérant qu'effectivement la température et la pluie ont retardé son travail sans qu'il y eu rien de sa faute, est d'avis à l'unanimité de lui accorder le délai d'un mois. Ce qui remettra la fin des travaux le 30 juillet prochain.

Délibéré à Roscoff les dits jour mois et an que devant.

Rien d'étonnant à ce que des pluies abondantes aient provoqué l’inondation de ce terrain. Le quartier de la rue Brizeux, appelé autrefois Goas Prat (le ruisseau de la PRAIRIE), est édifié sur ces prairies qu’irriguait le ruisseau du LEN-VRAS. Ces eaux sont désormais contenues par des conduites qui la déversent auprès du phare.

Au cours de la même séance le 16 Février 1878; Monsieur Le Dault, maire, fut d'entreprendre les démarches pour le classement de la chapelle Marie-Stuart comme monument historique. C'était de la décence la plus élémentaire.

" Le Maire rappelle au Conseil les diverses phases qui ont ces dernières années donné lieu aux Décrets Présidentiels et aux arrêtés Préfectoraux desquels il résulte que sur le versement de la somme de 6.100 fr faite par M. le Marquis de Bute et autres souscripteurs, les ruines de la chapelle de la Reine Marie Stuart, sises en Roscoff et le terrain sur lequel sont; ces ruines, sont mises hors doute et doivent être conservés à perpétuité

Il rappelle entre autres les délibérations des 21 mai 1877 et 25 septembre 1877 et demande au Conseil s’il n’y aurait pas urgence à demander en ce moment où l’Etat s’occupe de la question du classement des monuments historiques à faire comprendre ces ruines dans le classement.

Le Conseil :

Ne peut que donner son plein et entier assentiment à cette demande et insiste même pour que M. le Maire qui est plus que personne au courant de cette affaire fasse au plus tôt les formalités nécessaires au classement de la chapelle, comme monument historique.


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