La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 231 - 1969 - Mars

- Affaire de la salle d'asile
- Essai sur les "Johnnies" de Roscoff, par Mr François Guivarc'h 

Johnny    Johnnies de Rroscoff - François Guivarch - 1979


LA SALLE D'ASILE (suite et fin

Au cours de la Séance du 16 Février 1879, le Conseil municipal se débat avec des promesses de subventions qui lui furent faites pour la construction de la salle d'Asile, mais que les autorités tardent par trop à honorer.

“ Le Maire rappelle au Conseil, que par lettre officielle du 12 Avril 1875 de M. le S.Préfet de Morlaix, Mr le Préfet du Finistère en vue de l'Etablissement de l'Asile communal actuellement en cours d'exécution, promit à la commune, outre une subvention de l'État de trois mille francs (qui depuis a été votée) une somme de MILLE francs comme subvention départementale. Cette même lettre ajoutait ces mots significatifs soulignés, Mr le Préfet me fait savoir que le concours de l'Etat et du département ne fera pas défaut.

Depuis cette époque, et chaque année la commune de Roscoff fit figurer à ses budgets comme acquises la somme de 3.000 fr que l'État vota dès que le dossier lui fut soumis, et aussi la somme de 1.000 fr promise par Mr le Préfet.

“ Des circonstances diverses et imprévues vinrent depuis 1875 entraver le règlement de cette affaire, entre autres des protestations s'élevèrent en France et en Angleterre pour empêcher la démolition et l'aliénation du terrain où se trouvent les ruines de la chapelle de la Reine Marie-Stuart, sur lequel devait s'élever l'Asile. Un décret de Loi de Mr. le Président de la République intervint pour les sauvegarder ainsi qu'un arrêté de Mr le Préfet du Finistère, ce dernier du 9 Mai 1878.

“ L'adjudication fut autorisée sur un autre terrain à la date du 9 Août, 12 septembre et 30 octobre 1878 par Mr le Préfet du Finistère, qui ne mit pas plus en doute que ses prédécesseurs l'allocation de 1.000 fr promise à la commune. Il demanda même en octobre 1878 une subvention de 2.000 fr au lieu de 1.000 fr, reconnaissant lui-même l'urgence et se basant sur les besoins et efforts de la population Roscovite.

Le 9 Octobre 1878 une lettre de Mr le Préfet de Morlaix faisait connaître au Maire de Roscoff que la commission Départementale n'avait pas accueilli la demande de Mr le Préfet, la somme entière était refusée !

“ Le Conseil vu l'exposé qui précède,

Considérant en présence des promesses écrites, que la commune a sur l'avis de Mr le Préfet même, poursuivi l'adjudication de l'Asile comptant comme Mr le Préfet sur la subvention de 1.000 fr promise.

“ Qu'il ne peut être admis que des écrits puissent être considérés comme n'ayant aucune valeur, que le résultat serait d'anéantir la confiance nécessaire aux transactions

“ Considérant qu'en l'Etat, la commune déjà obérée va se trouver au dessous de ses affaires et que l'administration municipale devient impossible dans de pareilles conditions,

“ Est d'avis à l'unanimité, de remercier Mr le Préfet des bons soins qu'il a apportés à cette affaire, de soumettre la présente délibération à Monsieur le Ministre de l'Intérieur.

“ Le Conseil demande en outre à Mr le Ministre, cette subvention de 1.000 fr si le Département s'obstinait à ne pas faire honneur aux engagements écrits de Mr le Préfet du Finistère.

Délibéré à Roscoff les jour , mois et an que devant."

 

Cela sent le chantage, assez puéril même. Nos édiles auraient-ils oublié qu'un "TIENS" vaut mieux que deux "TU L'AURAS" ?

Les travaux allaient bon train au GOAS-PRAT. En Mai, le conseil se préoccupe de l'ouverture de l'établissement pour la fin de l'été. Il faut aussi songer au fonctionnement de la maison. Ce sera l'un des objets de la séance du 25 mai 1879.

'' Le Maire rappelle au Conseil que les constructions de l'Asile communal vont être terminées dans un mois environ, Il serait utile toutefois de laisser un délai pour que les murs aient le temps de bien sécher, et puis diverses appropriations extérieures dans la cour et le jardin entraîneront à ouvrir l'Etablissement vers le 1er septembre à l'époque de la rentrée des autres écoles,

" Quel taux le conseil compte-t-il fixer à la rétribution ?

" Le Conseil,

Vu l'exposé qui précède : à l'unanimité,

pour fonder l'asile communal et les dépenses d'entretien et du personnel appelé à diriger l'établissement, dépenses que le budget communal serait impuissant à couvrir sans rétributions;

Confiant dans les efforts et le courage de toutes les classes de la population Roscovite dont l'énergie n'a jamais fait défaut;

Vote à l'unanimité et décide :

" Que deux listes seront dressées à chaque session ordinaire du conseil :

Pour l'une concernant les pauvres le taux est fixé par enfant à vingt cinq centimes par mois;

Pour l'autre liste le taux est fixé à cinquante centimes par enfant et par mois

" Le Conseil votera et appréciera sur la position des parents lors de la formation des Listes.

Il attendra que la marche de l'Etablissement soit complètement réglée et qu'un nombre suffisant de demandes soit portées pour établir le taux à payer et si comme il en a tous l'espoir, du bouillon ou de la soupe pourrait être distribué aux enfants à leur repas de midi.

'' Voeu :

En terminant le conseil émet le voeu que la direction de l'asile soit confiée à la congrégation des Filles du St Esprit à St Brieuc qui dirigent déjà l'hospice communal de Roscoff et dont la municipalité apprécie hautement les services.

“ Délibéré à Roscoff, les jour, mois et an que devant.

Les démarches vont être entreprises auprès de la Congrégation du Saint-Esprit :

"Délibération du 15 Août 1879 :

“ Le Maire informe le conseil que la délibération prise le 25 mai dernier et qui émettait le voeu que la direction de l'asile communal fut confié à la congrégation des filles du St Esprit, a été approuvée par Mr le Préfet qui a autorisé cette congrégation à prendre la direction et le Maire à faire toutes les démarches nécessaires à ce sujet.

" Ces démarches ont été poursuivies aussitôt et il en résulte que les conditions offertes par cette congrégation sont les suivantes :

1° - Traitement annuel de deux soeurs à 600 fr, l'une : douze cents francs

2° - Une bonne deux cents francs

3° - Mobilier 1.700 fr - dix sept cent francs.

4° - Linge personnel des soeurs 300fr - trois cent francs qui pourra être fourni par la Communauté de même que le mobilier.

" Le Conseil ne peut qu'engager le Maire à traiter à ces conditions qui lui paraissent des plus raisonnables.

“ Il attendra pour payer le mobilier et le linge personnel des soeurs le retour du budget additionnel de 1879 et si les sommes prévues aux budgets pour cet objet étaient insuffisants il se propose d'en régler la différence sur les premiers excédants de recettes disponibles en demandant crédit à la congrégation ou à ses fournisseurs. "

Le 26 Octobre 1879 le Maire soumit à son conseil l'approbation du procès-verbal de réception des travaux

“ Le Maire soumet à l'approbation du conseil le procès-verbal de réception des travaux de la salle d'Asile qui monte par suite des travaux supplémentaires à la somme de quinze mille sept cent cinq francs cinq centimes.

" Or le devis primitif n'étant que de quatorze mille trois cents deux francs quatre vingt dix sept centimes. Il en résulte sur le chiffre du devis primitif un excédant de quatorze cents deux francs, huit centimes.

“ Le Conseil : Vu le procès-verbal sus-énoncé Considérant que les travaux supplémentaires étaient de la plus grande urgence,

Approuve à l'unanimité ces travaux et vote les dépenses supplémentaires auxquelles ils ont entraîné qui portent à quatorze cents deux francs huit centimes.

" Cette somme de 1.402 fr 08 centimes sera prélevée sur les 2.180 fr alloués au budget additionnel de 1879 sous la rubrique Construction d'une salle d'Asile, mobilier, honoraires de l'architecte.

“ Délibéré à Roscoff les dits jour, mois et an que devant. "

Ici s'achève notre récit sur les origines de l’Ecole Maternelle de Roscoff.

Jean Feutren


Monsieur François GUIVARC'H a eu la délicatesse de préparer une étude sur les Johnnies de Roscoff à l'intention des lecteurs du Bulletin Paroissial.

Nous nous empressons d'assurer la publication de cet "essai" qui se poursuivra dans les prochains numéros et qui suscitera, nous n'en doutons pas, un très vif intérêt


ESSAI SUR LES "JOHNNIES" DE ROSCOFF  par Mr François GUIVARC'H

          Kalz ijin o deuz ive Paotred Rosko,

          Euz BRO-HALL a bez o-deuz great an dro

          Vid gwerza o zrevad dre ar marhajo,...

          Dre Bariz, dre Vro-Zaoz o deuz tremenot,

          Mont a reint heb dale beteg pen ar Bed...     à voir et à écouter  

Ils sont aussi ingénieux les gars de Rosko,

De la France entière ils ont fait le tour

Pour vendre sur les marchés leurs produits excellents Dans Paris, à travers le Pays Saxon, ils ont circulé, Ils iront bientôt jusqu'au bout du monde...

Est-il possible de condenser de manière plus saisissante en quelques vers, les traits essentiels du caractère d'une population ? Le barde Eugène d'HERBAIS "Marheg Arvor" connaissait bien ses compatriotes, qui a su faire ressortir dans un simple raccourci . l'esprit d’initiative, le sens commercial, l'opiniâtreté du Roscovite.

D'où leur sont venus ce goût de l'entreprise, ce don du négoce par quoi se distinguent les gens de Roscoff ? Un bref rappel d'histoire locale et un regard sur la situation excentrique de leur pays nous aideront peut-être à expliquer et à comprendre un phénomène qui n'a pas son pareil en France.

Jusqu'en 1790, Roscoff fut une trêve de SAINT-POL de LEON et dépendait de la paroisse de Toussaint de cette ville. C'était à l'origine une simple bourgade bâtie à l'Est de l'anse de l'Aber, au pied du rocher de Roc'h Kroum. Il reste de ce vieux Roscoff le hameau dénommé précisément "Rosko-goz", massé autour de son calvaire du XVe siècle.

Après des alternatives de prospérité, d'insuccès et des luttes continuelles, le vieux Roscoff qui était surtout un port d'escale, fut détruit et brûlé par les Anglais en 1374 et en 1387. Beaucoup de ses habitants furent passés au fil de l'épée.

Les survivants prirent leur revanche quelques années plus tard. C'est en effet de Roscoff que partirent en Juin 1403, avec 1.200 hommes d'armes sous les ordres de DU PENHOAT, trente vaisseaux qui rallièrent la division commandée par Guillaume DU CHASTEL et, sous la direction de ce dernier, défirent le 12 Juillet, la flotte anglaise au large de la pointe Saint-Mathieu, lui prenant 40 navires. L'année suivante PLYMOUTH était pris et saccagé.

Les Roscovites qui n'avaient pas désespéré se remirent au travail. Se rendant compte que le vieux port n'offrait pas un abri suffisant contre les attaques anglaises et qu'en outre, l'Aber s'ensablait, ils décidèrent d'en construire un nouveau sur l'anse située à l'Est qui était plus abritée des vents d'Ouest et mieux incurvée. Elle possédait enfin dans son milieu, un rocher "Le Kellen" vers lequel on pourrait pousser un môle dont l'Aber avait toujours été dépourvu.

Ils résolurent donc d'y installer leur nouveau port. En même temps, les maisons se bâtissaient autour de 'L'anse et en direction du Nord, puis plus tard, vers l'Est et Bloscon où se trouve aujourd'hui Sainte Barbe.

L'histoire de la construction de la jetée met en relief l'animosité qui divisait Roscoff et Saint Pol dont, nous l'avons dit, la première dépendait:

La jetée que l'on se proposait de faire de 143 toises soit 278,85 mètres, se construisit donc par étapes. En 1520, quelques dizaines de toises en étaient bâties. En 155Q elle était dotée d'une chaussée. Les travaux ne recommencèrent qu'en 1623, et en 1649 le quai avait une longueur de 90 toises. La tempête en détruisit 7 en 1713.

Leur reconstruction vit renaître les discussions interminables avec Saint Pol qui promettait des crédits et ne les fournissait pas. L'obstination des Roscovites vint cependant à bout de tous les obstacles et le 19 février 1743, les travaux étaient définitivement terminés.

Le quai mesurait 143 toises soit 278,85 mètres de long, 27 pieds de haut soit 8;64m, parapet compris, face à la mer et 17 pieds soit 5,44m face au port. Sa largeur était de 44 pieds soit 14,08m. C'est le vieux quai actuel dont la longueur officielle est cependant de 154 toises ou 300 mètres,

Même opiniâtreté des Roscovites en ce qui concerne l'église qu'ils réclamaient depuis longtemps à Saint Pol et pour la construction de laquelle l'Evêque Comte du Léon, refusait obstinément de donner un terrain. “Qu’à cela ne tienne" dirent les Roscovites, "nous la bâtirons en mer" et ils décidèrent en l'an 1500, d'en élever une à leurs frais. Le gros œuvre de Notre-Dame de Croas-Batz, appuyé sur du rocher, était achevé 45 ans après.

Le creusage du sol au bas du côté Nord du porche et à l'intérieur de l'église (février 1969), actuellement effectué pour l'installation du chauffage dans cette dernière, est venu confirmer, si besoin était, que la vigoureuse affirmation des Roscovites de la fin de XVème siècle n'était pas de la vaine jactance, puisque presque à fleur de sol on est tombé sur du sable et des galets ?

La population de Roscoff était essentiellement maritime mais elle était tournée vers le commerce plutôt que vers l'armement ou vers la pêche.

Il y eut évidemment quelques armateurs, mais la plupart des bateaux qui fréquentaient le port étaient, ou étrangers ou venait d'autres régions côtières de Bretagne ou de France. Quant à la pêche, ce ne fut jamais qu'un élément accessoire dans l'activité roscovite et, chose curieuse, d'une prospérité toujours inverse de celle du négoce.


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