La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 245 - 1970 - Juillet / Août

- Leçon de choses au Tavagnou

- Essai sur les "Johnnies" de Roscoff, par Mr François Guivarc'h ( Hilda )
Johnny    Johnnies de Rroscoff - François Guivarch - 1979

Carte des lieux d'activités des Johnnies


Essais " les JOHNNIES" par François Guivarch

 

Il nous est arrivé au long de ces “ESSAIS SUR LES JOHNNIES”, de faire état d'opinions communément admises; ou en nous basant sur les dires des anciens de la profession, sur des écrits de journalistes et sur notre propre documentation, d'en émettre de personnelles à propos notamment des traversées d'aller et de retour et de la durée des campagnes de ventes.

Nous savions bien sûr, qu'en matière d'HISTOIRE la circonspection s'impose dans les affirmations : les documents sur lesquels on s'appuie ne sont-ils pas apocryphes ? Les témoignages, déjà si fragiles en eux-mêmes et si différents parfois selon les individus pour un même fait, ont-ils été consciencieusement rapportés et fidèlement interprétés ? L'absence de pièces authentiques n'a-t-elle pas conduit les chroniqueurs à faire des suppositions qui approchaient seulement la vérité, mais dont le temps a fini par faire des tranches d'Histoire ?

A plus forte raison dans le domaine "Johnny", où les documents écrits sont rares, cette prudence est-elle de rigueur.

Pour les naufrages toutefois, il est encore possible de disposer de journaux de leurs époques respectives, de rapports des Compagnies de navigation, des Lloyd's de Londres ou des Administration Maritimes. L'on peut aussi avoir connaissance de jugements déclaratifs de décès rendus par les Tribunaux civils pour des disparus, encore qu'ils l'aient été parfois plusieurs années après l'évènement et fondés simplement sur des déclarations de témoins ou d'acteurs du drame dont la mémoire était plus ou moins fidèle ou sur des rapports administratifs.

Dans notre enquête sur la perte de l'HILDA, nous avons, en consultant les différentes sources de renseignements été consolidé dans notre point de vue, sur la “réserve” qu'il sied à l'historien de métier ou d'occasion, d’observer, en nous félicitant après coup, d'avoir timidement intitulé notre étude :”ESSAIS” .

Nous avions cité ce sinistre comme ayant été le seul vraiment catastrophique pour les Marchands d'oignons, et il nous a en fait conduit à en découvrir quelques autres également tragiques dont celui du “CHANNEL QUEEN”, survenu le 1er Février 1898 et celui de la goélette " PAQUEBOT N° 5" du 13août 1899.


Quelques liens :


Du même coup nous devons amender l'opinion formulée à deux ou trois reprises par nous sur la clôture aux dates limites de Noël ou du 1er de l'An des saisons de vente en Angleterre avant la guerre de 1914/1918.

Le naufrage du "CHANNEL QUEEN" le 1er Février nous démontre en effet qu’il y avait pour le moins des exceptions importantes à la règle des retours précoces, puisque ce navire transportait 44 de nos compatriotes qui terminaient leur campagne 1897-1898, et il nous révèle en même temps l'existence dune ligne PLYMOUTH - St BRIEUC, utilisée en ces temps.

Pourquoi son souvenir ne s'est-il pas plus:profondément ancré dans notre région ? Ayant fait 21 victimes parmi lesquelles 14 Johnnies, il fut en effet, à l'époque, considéré comme un des plus terribles qui se soient produits dans les Îles de la Manche. Peut-être s'estompa-t-il petit à petit .dans l'esprit des gens, devant celui plus atroce encore de l'HILDA ?

Pour raviver ce souvenir et en mémoire des 9 Roscovites, des 4 St Politains,et du jeune Sibirilois disparus dans le drame, nous allons décrire les péripéties de ce dernier, suivant les, relations de “LA DEPECHE DE BREST” des 2 au 8 Février 1898, du “COURRIER DU FINISTERE” des 5 et 12 Février 1898 et d'un article de rappel du “JERSEY LIFE” de Février 1967.

Les circonstances temps bouché, mer très grosse, l'apparentent à celles de la perte de l'HILDA,. mais les causes directes en sont établies, le Capitaine du navire et les principaux acteurs ayant survécu et donné leurs témoignages.

Dans la nuit du 31 Janvier au 1er février 1898, le beau et tout neuf Steamer “ Channel QUEEN” (Reine de la Manche), de 177 pieds ou 53 mètres 82 de long sur 24 pieds ou 7 mètres 30 de large, jaugeant 386 tonneaux brut, construit en 1895 dans les chantiers de MIDDLESBROUGH, entièrement en acier, et s’enorgueillissant des 2.000 H.P. de sa machine et de sa double hélice, avait quitté le bassin Sutton à PLYMOUTH à 10 h 50 du soir, par grosse mer, pour GUERNESEY, JERSEY et St BRIEUC. Il appartenait à la “Channel Islands & St Brieuc Line”, Compagnie de très bonne renommée qui assurait le service des îles anglo-normandes et de Saint Brieuc. La 1ère escale à St Pierre de Guernesey était prévue pour 05 h 15 du matin.

La nuit était très sombre et brumeuse, mais n'inspirait cependant aucune inquiétude au capitaine COLLINGS, vétéran de la ligne sur laquelle il naviguait depuis 1863, totalisant plus de 3.000 traversées de la Manche. Ayant auparavant commandé et le “COMMERCE” et l’ “AQUILA”, il s'était vu désigné pour le CHANNEL QUEEN, dès son lancement. C'était un marin de Plymouth.

Son équipage comprenait outre lui-même, un chef-mécanicien Mr SCONE, 13 matelots et chauffeurs et un jeune garçon de cabine ; au total 16 personnes, la plupart de Plymouth et de Jersey.

Il transportait 47 passagers dont 3 seulement en cabines: un citoyen ,de Jersey : Mr J.A. BALLEINE qui rentrait d'un voyage d'agrément en Devonshire, un représentant de commerce Mr Frank COWELL de Plymouth qui allait visiter sa clientèle dans les Iles où il était bien connu pour son affabilité et son caractère enjoué. Tous deux partageaient la, même chambre.

Le troisième voyageur de 1ère classe était Madame POLLARD, seule femme à bord. Épouse d’un chauffeur de Plymouth, elle était accompagnée d'une enfant de 2 ans, DOLLY, fille d'un caporal du Régiment de Gloucester stationné à Jersey, qu'elle avait, deux mois auparavant, prise en nourrice, sur une annonce de journal. Elle se rendait justement auprès du père, après avoir emprunté l'argent du passage en 3ème classe. Pour lui réclamer les 6 dernières semaines de pension qui ne lui avaient pas été payées et mettre au point la situation. Elle était donc voyageuse de pont. Mais, la mer était houleuse, le Capitaine lui avait, par humanité, octroyé une cabine ; geste de compassion qui devait être fatal pour la petite fille.

Les 44 autres passagers, tous de pont, étaient des marchands d'oignons de ROSCOFF, ST POL DE LEON qui rentraient chez eux, campagne terminée, et faisaient partie de deux Compagnies.

La plus importante, celle de P. LE ROUX de Roscoff, qui avait travaillé à FALMOUTH en Cornwall et dans sa région, comptait 26 membres. La deuxième, celle de Hamon BERTHEVAS (dit “an onion”) dont beaucoup chez nous se souviennent encore, en comportait 18 qui revenaient d'EXETER en Devon. Les deux “master” avaient 5 associés ou co-patrons. Un grand nombre de ces hommes étaient apparentés entre eux : pères, fils, frères, oncles, neveux. Quelques uns étaient restés sur le pont, les autres étant descendus dans la cale avant.

Le brouillard,.à l'approche de Guernesey s'était accentué. Connaissant les dangers de la côte Nord-Ouest de l'île, truffée de récifs, où il devait changer de cap à son navire, le Commandant avait réduit de moitié la vitesse de ce dernier qui, tout à coup, vers 05 h 15, heure où il aurait dû toucher St Pierre, heurta une roche et commença tout de suite à s'enfoncer dans des vagues énormes. Il était sur le “Noir Rocher”, de notoriété sinistre.

Le garçon de cabine Georges AMY, se précipita en bas pour alerter MM. BALLEINE et COWELL, leur criant : “Enfilez vite vos pantalons et montez sur le pont ; nous sommes sur les rochers.”, tandis que de sa passerelle, le Capitaine hurlait : “Sauve qui peut. Tout le monde sur le pont”.

Ce fut la panique. Madame POLLARD sortit de sa cabine, y abandonnant l'enfant et, dissuadant Georges AMY d'aller à son secours, lui dit :”Il n'y a rien à faire, l'eau entre à flots par les hublots et les sabords”. “Après tout, cette fille ne m'est absolument rien” . L'on reste confondu devant une pareille sécheresse de coeur et un tel cynisme.

Sur le pont, les passagers et l'équipage furent munis de ceintures de sauvetage. Plusieurs Johnnies ne les utilisèrent pas ou les attachèrent trop mollement, Mr BALLEINE devait dire plus tard :”Nous nous rendions compte que le bateau sous nos pieds s'enfonçait. Toutes les 4 ou 5 secondes nous ressentions une secousse et à chacune d'entre elles nous descendions un peu plus. La nuit était d’un noir d'encre et nous ne pouvions rien distinguer devant nous.

Trois minutes après notre arrivée, la coque était déjà presque entièrement sous l'eau."

Une chaloupe de sauvetage ayant été écrasée, une deuxième fut mise à la mer, mais chavira aussitôt. 4 hommes, dont 3 marchands d'oignons, dit le “Jersey Life”', 7 hommes dont 3 compatriotes, dit un Johnny rescapé, s'accrochèrent à sa quille et purent être repêchés quelques heures plus tard.

Il dut y en avoir une troisième de lancée, d'après le récit suivant d'un autre Johnny :”François CAROFF de Roscoff qui dormait dans la cale avec des camarades, ayant entendu un bruit insolite, réveilla ceux-ci, juste au moment où une secousse relativement faible se produisait. Tous montèrent sur le pont. François CAROFF fut le premier à monter dans le canot qui chavira. Projeté à la mer, il se mit à nager parmi les débris de toutes sortes et les naufragés qui se débattaient et finit par gagner une autre embarcation où se trouvaient déjà 2 compatriotes et ils furent assez heureux pour gagner le rivage et y donner l'alerte."

L'existence de cette chaloupe est confirmée par un autre Marchand d'oignons qui ajoute que 9 de ses collègues s’y trouvaient.

Le Capitaine C0LLINGS essaya de lancer des fusées de détresse. Elles ne partirent pas. Il actionna la sirène  du bord qui fut entendue de la côte.

Il tenta aussi de retenir Mr COWELL qui, s'étant débarrassé de sa veste et de sa jaquette, plongeait pour essayer de sauver à la nage. “Acte irraisonné, équivalant à un suicide" ' devait-il écrire dans son rapport. Le malheureux fut par la suite ramassé, mourant, avec une plaie énorme derrière la tête,. Le Chef Mécanicien l'imitant, le même espoir au cœur, plongea à son tour. Nul ne le revit.

Les passagers et les membres de l'équipage restants étaient dans une situation pitoyable : accrochés désespérément aux rambardes du pont, ils étaient constamment submergés par les vagues furieuses, des portes des cabines arrachées et ballottées par ces dernières, leur frappaient les jambes ; les fermetures des écoutilles claquaient comme des coups de feu, et la cloche du bord battue par les lames tintait lugubrement.

" J’étais presque aspiré par les flots déferlant au-dessus de moi, mais je restai,cramponné,aux rampes pendant 4 heures. Je sentais le froid me raidir et je fus un moment sur le point de fléchir et de lâcher prise pour en terminer avec le cauchemar que je vivais quand, dans un réflexe de conservation, j'entrevis un sauvetage proche” devait encore dire Mr BALLEINE, traduisant l'état d'esprit de tous.

J'entendis soudain un grand, cri : “Mon Dieu” et, compris qu'un Breton manquait à la rambarde derrière moi. C'est avec effroi que je me retournai, pour le voir les yeux dilatés et la bouche ouverte, disparaître dans la mer” rapportait de son côté Georges AMY.

Un Johnny intuitif, avait cru voir une possibilité de salut dans les manches à air du pont et avait. réussi à se glisser dans l'une  d'entre elles. Très gêné dans les entournures mais relativement à l'abri des vagues, il craignait cependant à chaque instant de voir son refuge céder sous leur fureur. Elles arrivaient par séries de trois, avait-il plus tard décrit à ses enfants qui nous ont rapporté le fait, à intervalles à peu près réguliers, la troisième étant toujours la plus violente

A un moment, les naufragés entrevirent deux feux. Ils crièrent au secours, mais en vain. Quand le jour apparut, ils s'aperçurent qu'ils n'étaient qu’à 50 yards (45 m) d'un tas de rochers et que la mer descendait. Mais le ressac était si violent que tout essai pour les atteindre eut signifié noyade certaine (Mr.Balleine).

Et tout d'un coup arrivèrent enfin les secours. Vers 8 heures, une embarcation s'approchait lentement et avec précautions dans les remous, jusque 5 à 6 mètres de l'épave. Mr GAUDION et Mr BEWLEY, marins-pêcheurs de Guernesey, lancèrent un filin sur le pont. Le Capitaine COLLINGS put l'aggripper, et un à un, passagers et matelots furent arrachés au péril, transférés sur de petites barques et descendus à Rocquaine Bay.

..Le Commandant mit pied à terre le dernier à 10 h 35 (sa montre, battue et mouillée des heures durant, marchait encore).

La nouvelle du désastre s'était répandue à Guernesey et Jersey, y provoquant la consternation. Les premiers rapports fixaient le nombre des noyés à 4 (à 2, disait même le Directeur local de la Cie de Navigation aux journalistes). En, réalité leur nombre était de 21 :

Les Jersiais survivants furent transportés chez eux le lendemain, à bord de l'ANTILOPE de la Great Western.

A St Pierre de Guernesey, les 30 marchands d'oignons rescapés, dépenaillés, l'épouvante marquant encore leurs visages, furent habillés de manière disparate mais chaudement, par la population et rassemblés au restaurant de la mère HEUZE où ils furent réconfortés. Le fils du Consul de France vint leur faire une première visite; suivi peu après par son père Mr J.N. LE M0TTEE qui prit les malheureux en charge et sous sa protection. Sa sollicitude pour eux lui valut d'ailleurs par la suite, les éloges de la presse britannique (Le Baillage). Il devait avouer lui même, que de la vingtaine de naufrages et plus dont il avait eu à s'occuper depuis sa prise de fonctions dans l'île, le plus affreux était celui du “Channel Queen”.

Celui-ci provoqua bien des remous à. JERSEY, à GUERNESEY et à AURIGNY où l'on ne. comprenait pas : 

Les conclusions de l'enquête officielle attribuèrent d'ailleurs le sinistre à cette insuffisance de la signalisation et eurent pour résultat immédiat de faire doter le HANOIS d'un système avertisseur plus puissant.

Les obsèques des 6 victimes retrouvées furent célébrées solennellement à l'église,de St PIERRE. Tout le clergé, catholique et protestant, de l'île y assistait. Le premier cercueil qui sortit de la morgue fut celui de François LE BIHAN de Roscoff, que des mains pieuses avaient recouvert d'un drapeau français, geste qui toucha nos compatriotes.


LECON DE CHOSES AU TAVAGNOUN

Le Chantier du port en eau profonde est devenu l'un des points d'attraction de la région. Les visiteurs occasionnels sont nombreux, mais il y a aussi les abonnés qui, chaque dimanche, viennent se, rendre compte de l'avance des travaux. Ils s'arrêtent devant les machines qui- disloquent la roche comme en se jouant, transportent d'énormes blocs et modèlent le paysage à. la convenance de l'homme et d'aucuns sont saisis d'une admiration rétrospective pour leurs ancêtres qui, munis de simples pioches, de leviers et de marteaux, mais aussi d'une connaissance parfaite des secrets de la pierre, ont construit monuments et édifices qui défient le temps.

Ces promenades dominicales ont même permis à de nombreux roscovites de lier connaissance avec cette côte et d'y admirer les massifs rocheux les plus beaux de leur territoire. Petit à petit ils se sont mis à les aimer et si les nécessités de la construction exigeront leur sacrifice ils ne les verront plus disparaître sans regret. Ils pourront cependant les revoir revivre dans les archives du presbytère car Mr le Recteur les a fixés pour l' éternité sur des pellicules de photographies et sous tous les angles, côté terre et côté mer, Ils pourront aussi les admirer sur une toile de Yann DARGENT accrochée dans le hall du collège du Kreisker. Il me semble du moins qu'il s'agit d'eux.

Et pourquoi, à partir de ces roches, ne pas nous remettre en mémoire quelques notions de géologie apprises autrefois et sans doute oubliées.

La science des pierres est très intéressante, beaucoup se passionnent à, son étude comme d'autres se passionnent pour l’étude des êtres- vivants. D'ailleurs en y regardant de très près il y a entre ce monde minéral et le monde vivant de nombreux points de comparaison. Au point de vue structure chimique par exemple toutes les substances animales ou végétales sont construites autour de l'élément carbone, ceci devient évident sous l'action du feu : les êtres vivants carbonisent. Les minéraux, les roches, eux sont construits autour de l'élément silicium ou plus simplement la silice dont est fait le verre.

Nous nous imaginons que le monde minéral lui, est immuable : il n'en est rien. La pierre naît elle aussi, vient au jour et meurt, seulement son cycle se compte par millions d'années.

Enfin si à première vue les pierres paraissent toutes semblables, elles diffèrent entre elles d'une multitude de façons : agencement des éléments qui les constituent,,taille des particules, degrés de cristallisation, colorations, mode de formation, de telle sorte .que leurs variétés sont infinies.

A LANDIVINEC (la LANDE aux IFS) comme, à côté, à ROC'H ILIEVEC (la ROCHE AU LIERRE) les roches sont de granite.

Le granite est la roche fondamentale. Elle constitue l'assise des continents et tous les habitants de la terre ont du granite sous les pieds à une profondeur plus ou moins grande.

Il s'est formé en profondeur sous l'action de la pression, de la température et de la vapeur d'eau à partir de la substance interne du globe, mais dans bien des cas, en utilisant. les sédiments ou débris, divers de la surface du sol qui se sont enfoncés progressivement dans les profondeurs de la terre où ils sont liquéfiés par fusion et cristallisent.

Par son lieu de formation le granite est une roche plutonique (de Pluton, dieu des enfers). Par sa structure la roche est dite cristalline parce que formée de cristaux ou encore grenue parce que formée de petits grains. En effet, même à l'oeil nu, on peut distinguer trois types de particules : des paillettes brillantes de mica, des cristaux blancs (ou roses dans le granite rose de feldspath orthose qui se clivent, se détachent .les uns des autres en formant des angles droit  et enfin des grains de quartz semblables à des grains de gros sel.

Dans le granite, disons classique, les différents cristaux sont de petite taille, celle d'un grain de riz. C'est ce granite qui est utilisé dans la sculpture, encore faut-il que la dureté de la roche ne vienne pas à bout du ciseau du sculpteur.

Ce grenu de la roche explique pourquoi les statues de granite ne présentent jamais le poli du marbre ou même du kersanton beaucoup plus fin, plus foncé et auquel manque le quartz. L'Eglise de ROSCOFF est construite avec ce matériau du pays.

Mais la pierre de LANDIVINEC est légèrement différente. Les cristaux de feldspath ont, quelquefois 2 à 5 cm de long. Ils apparaissent dans la pierre sous l'aspect de rectangles blancs. C'est ce type de granite qui a été utilisé dans la construction de l'Aquarium. Plusieurs dalles de l'Eglise en sont aussi. Susceptible d'un beau poli, il est. encore utilisé sous- forme de pierres tombales.

Ce granite à, gros cristaux de feldspath est un granite porphyroïde.

Dans cette masse de granite on peut aussi voir des îlots d'une pierre plus claire formée de gros prismes blancs d'une dizaine de centimètres, d’entassement de mica et toujours de quartz vitreux. Ce granite à minéraux de grande taille est une : pegmatite.

Ce type de roche se retrouve le long de la côte de Toul-an-Ouch à Pen-an-Dour, face à MOGUERIEC, et sa destruction libère de gros cristaux de feldspath. Les très vieilles personnes se rappellent peut-être l'existence d'un “moulin à pierre” au stang, à la limite de St Pol sur la route de BERVEN. Il est le dernier vestige d'une activité locale. Au début du siècle on ramassait sur les grèves de SANTEC, ces galets blancs que l'on appelait "mein bur" (pierres pures). Ces galets réduits en poudre donnaient du Kaolin.

Enfin, en filon dans le granite, c'est-à-dire en bande étroite se voit encore une pierre jaunâtre à grains très fins toujours avec les mêmes éléments ; il s'agit cette fois d'une aplite.

Et voilà sur un petit espace trois types de roches de la famille du granite : le granite porphyroïde, la pegmatite et l'aplite.

La terre est vieille, on lui donne quatre milliards, et demi d'années aussi elle s'use. C’est ainsi que les massifs granitiques nés à quelques kilomètres de profondeur finissent par arriver à la surface et percent au jour et c'est au tour de la. roche de s'user. Ce phénomène de l'usure des roches est l'érosion dont les agents nous sont bien connus : la pluie, le vent, les variations de température qui détruiront cette roche si dure qui résistait au ciseau du sculpteur.

Le massif granitique de LANDIVINEC présente toutes les étapes la désagrégation. Il était connu que la roche superficielle était “pourrie”, c'est-à-dire qu' elle se décomposait. En fait, toute cette partie a déjà été repoussée dans la mer pour construire , la plate-forme du port et elle était constituée de sable et d'argile très claire. Le sable provenait du quartz granitique et l'argile de la décomposition sur place des feldspaths. Cette argile blanche est le kaolin utilisé dans la fabrication de la porcelaine, et de différents onguents.

L'argile brune que l'on trouve par ailleurs un peu partout dans les bas fonds doit sa couleur aux oxydes de fer et elle a été entraînée quelquefois loin des lieux de sa formation par les eaux de ruissellement.

Ce travail de destruction a évidemment demandé des millions d'années. Il est cependant possible de constater sur place des modifications de la roche sous l'action du temps car l'attaque de la propriété du château a mis à jour la pierre saine compacte très différente de celle qui émerge du sol. Cependant ce massif est déjà fragmenté sous l'action des pressions, torsions du sol. Ces lignes de fracture ou diaclases sont les points par où pénètrent les agents de destruction : l’eau, et plus tard quand la roche apparaîtra à l'air libre, le vent et le sable. L'usure est lente mais continue. Elle commence par les parties le plus élevées et les extrémités supérieures de nos si beaux rochers ressemblent à des empilements de gros blocs irréguliers. Plusieurs de ces blocs sont déjà, en équilibre instable et il suffira d'une légère poussée pour les précipiter en bas : c'est là l'origine des roches branlantes.

Au bas de la falaise l'usure continuera, les angles vont s'atténuer, les blocs vont s'arrondir et cela donne l'amas de boules de Porz Elenec. C'est la désagrégation en boule du granite.

Les arbres indiquent la direction des vents dominants: l'orme du Boulevard près de Kerléna penche avec obstination du côté sud-est : “ il tourne le dos au vent ” mais les pierres aussi parlent dans le même sens.

Les diaclases ou fentes horizontales sont toutes plus larges du côté ouest, vent dominant. La roche s'use vers l'Ouest sous l'action du bombardement intense par des petites particules projetées par le vent.

Cette usure a quelquefois des effets inattendus.

Ce sculpteur patient qu'est le vent réussit à modeler la pierre et à lui donner des formes étranges, têtes d'animaux ou d'hommes, corps d'oiseaux.... autant de caprices de la nature.

L'attaque de la roche par l’eau de la pluie crée aussi des modelages très curieux. Le pouvoir dissolvant d'une eau est d'autant plus fort que cette eau est pure, et si l'eau de mer est excessivement agressive pour les métaux, elle l'est beaucoup moins que l'eau de pluie pour les roches.

Un léger creux, une faible retenue d'eau et le creusement de la roche commence. Le mouvement est irréversible. Cela donnera les traces de pas d'un être légendaire, et si la cavité devient importante, après destruction d'une paroi, un véritable fauteuil qui permettra, d'appeler la roche “la chaise du curé” comme à CARANTEC.

C'est à Ti-Saozon que se trouve les plus beaux exemples d'érosion par l'eau de pluie. Le sommet du massif au centre de l'île semble réellement sculpté de main d'homme.

Le granite, roi du monde minéral à la dureté légendaire, s'est décomposé sous nos yeux. Il est devenu cette matière plastique entre toute, molle, qu'est l'argile et ce sable de carrière ou de mer divisé à l'infini. Il a formé des sédiments. Son évolution est-elle terminée ? Peut-être pas. Cette argile peut un jour devenir des schistes ou de l'ardoise. Ses différents éléments remis en contact avec le magma interne peuvent aussi conduire à de nouveaux granites et le cycle recommencera.

N.J.


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