La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 247 - 1970 - Octobre

- Feunteun Al Lagaden
- La terre et la mer, par l'abbé Nicolas Jestin
- Le blason de Roscoff


FEUNTEUN AL LAGADEN

Un des objectifs de notre BULLETIN est de faire connaître leur pays aux paroissiens et aux anis de Roscoff. Ainsi de temps à autre, nous leur proposons des observations sur les noms de lieux. En voici sur LAGADENNOU, ce quartier de Roscoff, peu construit pour l’instant, qui s’étend entre Le Pontigou et la grève de l’Aber.

On a pris la détestable habitude d'orthographier LABER, sans mettre l'élision après L'. Déjà le cadastre de 1846 commet cette faute. Quoi d' étonnant dès lors que les personnes ignorantes de notre langue, sur la foi des panneaux de signalisation, parlent d'aller “AU LABER", de traverser la grève “DU LABER”. L'équivalent ancien du mot breton ABER est le mot français HAVRE, golfe ou refuge pour les bateaux. Au 17ème siècle on disait “le port et havre de Roscoff” et peut-être était-ce l'ABER (non pas le LABER) que l'on désignait ainsi comme le “havre” de Roscoff.

Dans son ouvrage "PILOTE DE LA MANCHE" publié en 1874, le capitaine de frégate Thomassin écrit : “L'ABER - On appelle ainsi une anse de sable qui se trouve à toucher Roscoff dans l'Est (on notera l'erreur Ouest). Elle a près de 1 mille de profondeur du Nord au Sud et 4 encablures de largeur. Lorsque la mer arrive au bout de la jetée de Roscoff, il y a 1 mettre à l'entrée de l'Aber vis à vis la pointe Perc'haridic. C'est donc là que devrait être le véritable port de Roscoff, d'autant plus qu'il n'y a jamais de mer ni de ressac et que le fond y est de sable fin ; mais par endroits, il est parsemé de pierres éparses de 50 à 60 centimètres de dimension qu'on pourrait enlever très facilement,” (page 70). La population, pour son usage, a suivi ce conseil du navigateur et ôté ces pierres. L'auteur, à qui nous laissons la responsabilité de ses dires, suggère qu'avec vent N-E les bateaux cherchent refuge dans l'Aber (page 72). Il en pince vraiment pour l'Aber. Aujourd'hui nous voilà au TAVAGNOUN.

Il ne semble pas que le mot ABER soit de même souche que le français "abri" dont on aurait gardée dans l'Ouest le verbe “abrier”, au sens de “couvrir”.

Lorsque fut dressé le cadastre de 1846 l'habitat rural de Roscoff était loin d'être aussi dense qu'aujourd'hui. Ainsi la dernière maison de Roscoff sur le bord ouest de la route qui mène à. Saint Pol était LE PAVILLON, l'ancienne maison du forgeron. De l'autre côté rien après la propriété des Capucins avant Bonne-Nouvelle. Le nom de PONTIGOU (2 petits ponts sur le ruisselet qui descend de Kerhoret) est porté sur le cadastre mais il n'y avait pas en cet endroit la moindre construction.

Les prairies irriguées par la fontaine de Kerhoret et la fontaine Pol (Len-Baol) ne portaient pas de nom. Un seul endroit y est. marqué : "MARE dite FEUNTEUN AL LAGADEN”, La fontaine existe toujours à mi chemin du Pontigou et des anciens abattoirs .(non construits alors). Cette fontaine a donné manifestement son nom à cette section territoriale : LAGADENNOU.

Quelle peut bien être l'origine de ce nom FEUNTEUN AL LAGADEN ?

Faut-il chercher du côté de l'évocation poétique ? Une des fonctions antiques des fontaines était de faire office de miroir où l'on va se regarder ( LAGAD = œil ). C'est plutôt de la topographie, comme le plus souvent, qu'il faut attendre la lumière. Le cadastre nous y engage d'ailleurs : il s'agit d'une mare avec une fontaine ou de LA FONTAINE DE LA MARE.

En breton une MARE se dit précisément LAGENN (prononcer G comme GU). Notre interprétation a l'avantage d'expliquer le nom par la géographie. Nous lui ôtons sans doute de sa .poésie, LAGADENN0U serait ainsi le nom camouflé de LAGENNOU ou MARECAGES.

Un peu plus loin d'ailleurs PALUD n'est rien d'autre que le nom latin de MARECAGE. Ces terres, aujourd'hui largement drainées, étaient autrefois spongieuses au double titre de l'eau de mer et des eaux de la colline de Kerguennec et de Kerestat. C'est la propriété du Marais. A côté le quartier (ancien) de PRATEROU doit son nom aux prairies (PRAT = prairie au singulier). La finale EROU doit être estropiée et nous n'en voyons aucune explication correcte.

Nous proposerons à nos lecteurs une autre étymologie, celle de TRAON-ERC'H, la jolie plage de sable blanc sur la côte Est. On dit souvent que la désinence ERC'H (neige) serait une allusion à la blancheur de ce sable. Cette interprétation du type poétique est invraisemblable en nos pays - on aurait dit GWENN (blanc). La topographie ou la forme des terres nous en donnera l'explication. Le mot TRAON ou le BAS suggère toujours la présence au-dessus d'un village ou d'une éminence. C'est bien le cas ici : un minuscule vallon assez abrupt dominé par Pen al lan et Ruvéic (2 vieux villages).

Je ne me fie certes pas à mon breton maternel de Cornouaille ; aussi ai-je consulté le dictionnaire.

An NEH, comme on écrit aujourd'hui, mais qui se prononce comme autrefois NEC'H est un mot, authentiquement breton pour désigner le HAUT. Nous verrions donc dans TRAON ERC'H une déformation de TRAON AN NEG'H. Chacun traduira à sa façon : LE BAS du HAUT - le Bas de la hauteur.

Et pourquoi pas, conciliant géographie et poésie : LE VALLON DE LA CRETE ?


Les passionnants essais de Mr François GUIVARC'H sur les JOHNNIES ne sont pas terminés, nous retrouverons, dès notre prochain numéro de Novembre, son concours si apprécié.


LA TERRE ET LA MER , par Mr l'Abbé Nicolas JESTIN

Le but de cet article est tout à fait modeste : il est d'attirer votre attention sur certains faits parfaitement visibles sur nos côtes qui sont “l’'écriture” de l'histoire de cette bonne vieille terre qui nous porte.

Ainsi il existe dans la falaise de la grande grève de PEMPRAT une couche de galets jaunâtres épaisse d'environ 70 cm, recouverte...de 3 m de gravier et d'argile et située à 1 m au-dessus du niveau supérieur de la grève actuelle. C'est une “plage fossile”, c'est-à-dire une plage conservée dans son état par des dépôts de sédiments et qui indique un niveau que la mer a occupé à une certaine période. Cette plage se retrouve sur toute la côte jusqu’à PEMPOUL et encore à TI SAOZON, à` l'Ile Ste Anne de St POL et à PERHARIDY. Elle..nous servira de point de départ à un certain nombre de réflexions.

Pour quiconque n'a jamais vu la mer, ce fameux “niveau de la mer” ne pose pas de problème, mais pour nous qui voyons cette mer s'en aller et revenir, descendre, remonter avec pas mal de fantaisies, quant au niveau atteint, nous ne sommes pas étonné, d'apprendre que sa détermination est un véritable casse-tête.

Une pression de 1 millibar abaisse le niveau de 1cm. Chez nous des vents d’est la font descendre plus bas et remonter moins haut, les vents d'ouest ayant un effet opposé. Le zéro moyen varie d'un jour à l’autre, d'un mois à l'autre, d'une année à l'autre ; à BREST la différence entre les moyennes de 1906 et 1915 est de 13 cm.

Dans ce domaine un grand nombre d'observations ont été réalisées, le percement de l'isthme de SUEZ a révélé que le niveau de la Méditerranée et celui de l'Océan Indien étaient différents.

La moyenne de TOULON est de 16 cm inférieure à celle de GIBRALTAR. La Mer du Nord est plus haute de 19 cm 6 à DUNKERQUE que sur la rive opposée.

Dans certains lieux “privilégiés” cette variation du niveau des eaux peut se lire dans la pierre. Trois temples grecs de Paestum près de NAPLES sont aujourd'hui à 16 mètres au-dessus du niveau de la mer. Or les colonnes des temples sont perforées de cavités dues à un mollusque marin, le LITHODOMUS, ce qui signifie que ces temples ont été à un moment donné immergés.

Les études de ces perforations ont montré que le niveau des eaux a monté depuis leur construction - 6 siècles avant J.C. - de 23 mètres, puis a baissé de 16 m, pour atteindre leur niveau actuel.

Mais nous avons près de nous des témoins de cette modification du niveau des eaux. En 1962, a été repéré près du CONQUET, à PORSLIOGAN, un ancien quai à 2 m au-dessous du niveau zéro des cartes, c'était le reste d'un port du 2ème siècle de notre ère.

En 1965 la mer a découvert dans la grève du Curnic de Guissény, sous une tourbe fossilisée, des fondations d'habitations datant de 4.000 à 2.500 ans avant J.C. Sur cette même plage en 1967 / 68 la destruction d'une partie de la dune a dégagé un établissement romain de 6 x 5,30 actuellement recouvert plusieurs fois par mois par la mer. Et encore plus près, le port de Porz-Guen de Plouescat, les grèves de SANTEC laissent apparaître cette même tourbe fossile.

Aujourd'hui le niveau de la mer monte toujours très doucement seulement de quelques millimètres par an, et encore à une vitesse ralentie semble-t-il depuis 1940.

Cette élévation du niveau de la mer correspondrait à une fonte des glaces polaires provoquée par une élévation de la température. Mais le ralentissement depuis 1940 annoncerait peut-être un refroidissement général. Et ce niveau zéro que l'on a pourchassé si longtemps s'évanouit toujours comme un mirage au moment où l’on pense l'avoir atteint.

A cette variation du niveau de la mer il y a deux causes :

La masse d'eau de la mer dépend de la température, un refroidissement immobilise, retient, les masses d'eau sur la terre sous forme de glace - le niveau de la mer, baisse. Au contraire un réchauffement libère l'eau des glaciers et le niveau de la mer monte. Une confirmation est donnée par l'étude des fossiles, ou restes d'êtres vivants trouvés dans les différentes couches de terre, êtres vivants de climat froid ou êtres vivants de climat chaud.

L'un des effets de la dernière glaciation a été de lier les Iles Britanniques au Continent. La mer a en effet baissé de 90 à 100 mètres, ce qui a eu pour effet de donner comme affluents au Rhin qui drainait la Mer du Nord : la Tamise; la Weser et l'Elbe et à la Seine qui drainait la Manche : Avon et la Rance. On comprend dans ce cas pourquoi les vallées des fleuves se prolongent sous la mer dans le plateau continental qui est le prolongement du continent sous la mer. La fin du plateau est marquée par une pente plus forte.

Le 2ème principe, ou d'isostasie, est celui-ci :

les couches externes de la terre s'enracineraient d'autant, profondément dans la couche profonde qu'elles sont plus lourdes, à la manière d'un radeau qui s'enfonce d'autant plus dans l'eau qu'il est plus lourd. Un allègement des couches terrestres par fusion de la glace soulève le sol libéré, comme un radeau vidé de son contenu remonte sur l'eau. Ceci est évident dans la Manche.

En application de ce principe, bien que la mer reçoive sans discontinuer des apports territoriaux (la terre s'use et tombe dans la mer) elle ne sera jamais comblée. Bien au contraire, les dépôts alourdiront son fond et sa profondeur s'en trouvera augmentée.

Ceci est cependant absolument hors de cause car la mer occupant les 3/4 de la surface du globe et sa profondeur moyenne étant de 4.000 mètres tandis que celle de la terre n'est que de 800 mètres, la fin du monde pour l'homme est aussi commencée irrémédiablement; bien que très lentement, par les agents de l'érosion terrestre.

Comme toujours les deux causes agissent ensemble mais dans des proportions très variables.

 

L'Histoire du monde est ainsi marquée par une suite de gains de la mer (transgressions), suivis de reculs (régressions) et il est possible, dans une certaine limite de dater ces moments;

Toute avancée ou “transgression” marine est accompagnée de dépôts, de sédiments, coquilles d'animaux marins. Tout recul ou “régression” fait cesser ces dépôts et les remplace par d'autres dépôts ou sédiments terrestres de nature différente.

Il ne reste plus qu’à dater ces sédiments par leurs fossiles. Si le terrain n'a pas été bousculé et se trouve constitué de plusieurs couches ou strates, la couche la plus profonde est évidemment la plus ancienne. Partant de ce principe les géologues ont identifié les espèces animales ou végétales dans l'ordre de leur apparition et constaté leur brusque disparition.

La présence de tel type de faune dans un terrain lui donne un âge. Ceci a donné quatre ères correspondant à quatre renouvellements de faunes (animaux) marins ou terrestres.

Les ères :

(l'unité de temps est le million d'années).

Mais la période antérieure ne peut être datée par les méthodes dites paléontologiques ou par l'identification d'êtres vivants (on n'en trouve guère) et elle représente 4 milliards d'années soit 80 % de l'âge de la terre.

Cette datation par les fossiles n'est que relative, elle indique seulement un ordre de succession.

Il existe d'autres méthodes qui permettent de donner des dates chiffrées. Elles sont nombreuses et diverses études de dépôts de type saisonniers. Vitesse d'accroissement des coraux. Variation du rayonnement solaire, du pôle magnétique, etc... et puis la chronologie aux métaux radio actifs ainsi le strontium a donné pour âge à un mica du Transvaal 3 milliards 850 millions d'année.

Il existe une mesure dont on parle souvent, c'est la datation au carbone. En voici les principes.

Il existe dans l'atmosphère une proportion constante de carbone radio actif dit carbone 14. Cette même proportion se retrouve dans tous les êtres vivants jusqu'à leur mort. A partir de ce moment elle commence à diminuer. Si dans un os, un charbon, la proportion a diminué de moitié, l'os ou le végétal sont morts depuis environ 5.56830 années.

Cette datation n'est malheureusement valable que dans les limites d'une trentaine de milliers d'années. C'est elle qui a permis de donner au charbon de bois trouvé dans une chambre du dolmen de BARNENEZ à Plouézoc'h, l'âge de 3.800 ans et en tenant compte que la méthode rajeunit pour ces époques, ce charbon a été formé il y a 4.500 ans avant notre ère.

Revenons à nos côtes de Roscoff. Hélas ! elles sont pauvres en indications.

Le socle ancien est constitué par une roche caractérisée par sa structure en couches superposées et formée des mêmes minéraux que le granite : il s'agit de “gneiss”. Ce socle est plissé : les éléments sont redressés et orientés Sud-Ouest - Nord-Est, ceci se voit très bien sur la côte de Rosko Goz.

Le granite est dit du type “intrusif”. Il est plus récent puisqu'il pénètre le gneiss. L'argument avancé est la verticalité et la netteté des contacts gneiss-granite.

Les roches en place ont subi des fractures qui ont donné naissance à des filons très nombreux dans l'Ile Verte, il en existe deux séries. Après mise en place de la première Sud Ouest - Nord Est, la roche a encore subi des cassures avec légers déplacements ou décrochements. Les deux parties des filons se trouvent alors décalés. L'imprégnation des failles ou fentes par de, nouveaux minéraux donne naissance à une deuxième génération plus tardive de filons orientés Est - Ouest.

Les filons les plus récents sont les filons croiseurs.

La mise en place de ces terrains est très ancienne. Ils sont aujourd'hui considérés comme étant d'âge pré-cambrien c'est-à-dire antérieurs à l'ère primaire (moins 580 millions d'années - Cf. "Stratigraphie" Théobald et Gama p. 62) mais ils ont subi l'influence des plissements hercyniens responsables des diverses intrusions jusqu'au carbonifère - 250 millions. L'histoire géologique marque un temps d'arrêt, du moins rien n'apparait sur les côtes, bien que la Manche occidentale porte des traces des différentes transgressions et régressions marines : thèse de G, BAlLLOT “Géologie de la Manche occidentale” 1964.

La transgression crétacée - ère secondaire, moins 100 millions d'années - a cependant atteint nos côtes. G. Baillot signale la présence de craie dans l'ABER.

En fait il s'y trouve beaucoup de silex, quelques blocs de craie, mais je n'y ai nulle part trouvé de craie en place. D'autre part l'analyse du sable accuse une grande quantité de calcaire contrairement au sable de la plage de St Pol. Cependant la craie n'apparait nulle .part sur les rivages, si elle s'y est déposée elle s'est dissoute au cours des ères plus récentes.

En effet la roche mère porte directement une couche de galets qui; elle, date du quaternaire.

On passe donc directement du primaire au quaternaire.

Cette ère est la nôtre. Son début a été fixé artificiellement au début des grandes glaciations. Chaque tentative ayant pour but de préciser son âge a pour résultat de la vieillir. C'est encore l'ère où apparaît l'homme.

On lui attribue 2 millions d'années. C'est peu par rapport à l'âge de la terre : 4.500 millions.

On compte quatre grandes glaciations qui d'ailleurs se subdivisent. C'est la dernière, dite de Wurm, qui a eu lieu entre - 90.000 et - 40.000 ans dont notre falaise porte la trace.

Le refroidissement qui a immobilisé l'eau dans les glaciers a entraîné une baisse du niveau de la mer : une régression. La mer en se retirant a laissé en place cette plage de galets.

Un certain nombre d'évènements peuvent désormais se lire sur la falaise, mieux toutefois entre Créac'h André et Kersaliou. En ces endroits la plage de galets de 70cm d'épaisseur est surmontée dans l'ordre : (croquis p. 13)

Pour dater ces différents niveaux il faudrait y prélever des matières organiques et pratiquer une analyse au carbone 14. Il serait aussi possible en identifiant les pollens par exemple, de préciser quels ont été les climats, chaud ou froid

Sous toutes réserves, il semble qu'on puisse avancer que la période de froid n'a pas été unique. La glaciation de Wurm se subdivise d'ailleurs en plusieurs périodes de glaciations entrecoupées de réchauffements.

Nos côtes portent les traces de deux périodes de gel. Les couches B et D sont dûes à des phénomènes dits de solifluxion, c'est-à-dire de mouvements vers la côte de glissements en nappes provoquées par l'eau et le gel.

On pourrait donc avancer cet-ce hypothèse :

-           1° - Refroidissement, retrait lent des eaux (galets) et des dépôts terrestres : couche A,

-           2' - Gel : couche B

-           3° - Réchauffement (limon) : couche C

-           4 ° - Gel - couche D

-           5° - Réchauffement beaucoup plus long que celui correspondant à la couche C (3 fois plus ?)

Reste à expliquer la présence d'une autre plage de faible importance sous la terre arable.

C'est cette plage qui se retrouve au sommet de la falaise de Ti Saozon côté Est. Elle a été déposée par une mer dont la remontée après la dernière glaciation a dépassé le niveau actuel de plusieurs mètres (5 ?) pour redescendre jusqu'à son niveau actuel.

Seulement cette remontée a eu lieu alors que la côte était habitée. En effet à Ti-Saozon, sous cette plage, se trouvent des traces de feu, de brique, de poteries, du mâchefer, des os, des coquilles de patelles (berniques) cuites, qui sont autant de tracés de l'activité humaine. Nous devons être en ce moment bien près de notre ère. Le carbone 14 nous le dirait.

C'est aussi cette dernière transgression de la mer qui a creusé les vallées de nos rivières pour les transformer en véritables bras de mer, comme l'ABERVRAC'H ou l' ABER-BENOIT.


LE MARCHE AUX LEGUMES

Les choux-fleurs et les artichauts, longtemps furent vendus sur pied et à l'avance.

Voici quelques conventions passées à Roscoff au début du siècle :

  28 Octobre 1918

Je soussigné Madame Roignant Guillaume avoir vendu mes bricolis à Madame Le Roux Yves pour la somme de quatorze cents francs et les conditions à fournir travail et transports à la gare et pour l'hiver l'acheteur répond du tiers et dépassant les pertes sont entre les deux et 20 fr d'argent de tabac qui sont payables d'avance,-.(réglé le 18 février 1919).

29 Avril 1919

Je soussigné Monsieur Jean Marie Stéphan et Madame veuve Jacob avoir vendus à Madame Diverrez leur lot d'artichauts pour la somme de onze cent francs un carré devant être arraché la fin de juillet le reste lui appartenant jusqu'à Noël drageons compris

29 Avril 1919

Je soussigné Monsieur et Mme Paul Seité avoir vendu à Madame Diverrez leurs lot d'artichauts pour la somme de cent quatre vingt francs drageons compris les vieux doivent être arraché la fin de.juillet.

11 Avril 1916
Je soussigné Mme Vve Corre avoir vendu mes artichauts à Mme Diverrez pour la somme de 700 fr la moitié du carré d'artichaut doivent rester jusqu'à Noël ainsi que les drageons blancs.


LE BLASON DE ROSCOFF

Beaucoup de vieilles villes ont leurs armoiries. Il ne semble pas que, durant l'Ancien Régime, Roscoff ait eu les siennes. Sans doute parce que ce “faux-bourg” n'avait pas la pleine personnalité civile : il n'était qu'une dépendance assez turbulente, de la ville épiscopale de St Pol.

Le goût, pourtant, au 16e et au 17e siècles, était à l'étalage des titres et des insignes. De nombreuses familles de Roscoff, aux noms bien bretons de Prigent, Kergoat, Prat, Treut.. tenaient fort à leurs armoiries de petite noblesse bretonne. La Révolution française s'est acharnée, sur ces symboles nobiliaires les pourchassant à renfort d'échelles pour les marteler, comme sur les frontons des lucarnes roscovites, du temps de Henri IV ou pour les taillader lorsqu'ils étaient de bois,. comme sous la tribune de l'orgue. Les inquisiteurs en ont oublié deux au moins à l'église : l'écusson de la clef de voûte du porche (France-Bretagne) et un autre au. bas du rampant nord de la façade du même porche.

Lorsqu'il écrivait ses ANNALES ROSCOVITES, peu d'années avant la Révolution, Pascal de Kérenveyer considérait comme armoiries de Roscoff les 4 navires de pierre sculptés sur l'église aux quatre points cardinaux :

Il ajoutait celui de la façade de la chapelle de l'Hospice et celui de la chapelle St Pol, disparue depuis, qui était implantée auprès de l'actuelle croix de la Barrière, dite de la Croix. Le socle de cette croix est la pierre d'un autel de cette chapelle. On peut encore signaler le bateau du pignon nord de l'ossuaire, surmonté d'armoiries effacées, sans doute celles de l'évêque du début du 17e siècle, Roland de Neuville. On notera aussi le navire qui orne le dosseret de la chaire (1711).

Il ne s'agissait pas là, au sens propre, d'armoiries. Mais peut-être leur attachait-on la même signification.

Se prévalant de la loi du,14 décembre 1789, la ville et communauté de Roscoff, par son vote du 31 Janvier 1790, secoua. enfin la tutelle abhorrée de St Pol de Léon et s'érigea en commune indépendante. Ce n'était pas l'heure de se donner des armoiries.

L'idée de se faire un blason ne pouvait naÎtre que plus tard ; nous ne savons pas quand exactement ; sans doute vers le milieu du 19e siècle. A défaut d'autre indice l'expression bretonne de la devise dénote cette époque. Auparavant elle se fût écrite en français ou en latin.

L'un des vitraux sud du chœur, le plus proche de l'autel porte au bas une enfilade de quatre blasons identiques, dont l'attribution à Roscoff est confirmée par l'inscription sur une longue banderole des deux syllabes magiques ROS   CO, séparées par un champ d'hermines. Ces vitraux du chœur doivent disparaître ; les caisses contenant les nouveaux vitraux sont déposées dans la chapelle Sainte Brigitte depuis plusieurs mois attendant la venue des verriers. La flottille des blasons était une composition de monsieur Le Clech, maître verrier à St Pol. Ces vitraux, commandés le 3 Avril 1864 avaient coûté 1000 fr.

Roscer, dans le FINISTERE PITTORESQUE (tome I p; 406) édition 1906 propose la lecture suivante du blason :

“D'azur au navire équipé d'argent, flottant sur des ondes de même, les voiles éplôyées d'hermines au chef aussi cousu d'hermines.”


Précédent   - Suivant