La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 253 - 1971 - Avril

- Essai sur les "Johnnies" de Roscoff, par Mr François Guivarc'h
Johnny    Johnnies de Rroscoff - François Guivarch - 1979

Carte des lieux d'activités des Johnnies

- Découverte d'un calvaire à Roscoff
- Rosko - Le nom ???


DECOUVERTE D'UN CALVAIRE A ROSCOFF

Le 24 Mars 1971 les cantonniers qui effectuaient les travaux de voirie au carrefour de KERGUENNEC ont exhumé deux pièces de l'ancien calvaire CROAZ PAOL sis en cet endroit. Le souvenir s'en était conservé d'une croix à personnages.

Sur son emplacement un homme pieux, Joseph Guivarc'h “TOUNTTOUN JOB” avait fait dresser en 1881 l'actuelle croix de fonte. Un vieux frêne voûté, (ounn en breton) courbé par les vents d'ouest, incline doucement sa ramure par dessus la Croix, lui faisant l'office de baldaquin.

Calvaire actuel à Kerguennec

La première pièce arrachée à la glaise fut le Nœud de la Croix. La pelleteuse ne tardait pas à dégager une statue décapitée. Il s'agit d'un saint Jean évangéliste, reconnaissable aux revers de son col. Ce dernier bloc est haut de 63cm. La base est creusée d une petite cavité profonde de 4 centimètres et de section elliptique d'axes 5 et 6 centimètres. La console (ou branche) qui portait Jean à gauche du Christ était creusée d'une cavité identique. Un goujon de pierre long de 8cm bloqué à la chaux (sans doute assurait la stabilité de la statue. Une Vierge de douleur lui était symétrique,

Jean est taillé en ronde-bosse, c'est-à-dire que le dos lui-même est travaillé. Il arrive souvent que les personnages au pied de la croix soient au nombre de quatre, adossés deux par deux et taillés dans un seul bloc. Ce n'était pas le cas ici.

Le sculpteur a adopté le parti le plus simple il a joint les mains donnant ainsi à l'évangéliste une attitude figée.

Le Nœud est une pierre tout à fait remarquable et vient enrichir notre documentation. Nous ne connaissons pour l'instant aucun nœud de Croix qui lui soit apparenté. Cette découverte laisse ainsi entrevoir que le massacre général des Croix et calvaires par la Révolution française rend impossible d'établir, à partir des monuments existants un tableau satisfaisant des styles que pratiquèrent nos sculpteurs. On peut espérer qu'une fouille sous la croix actuelle livrerait au jour d'autres morceaux du calvaire : crucifix, vierge, console et peut-être cavaliers et larrons.

Le Nœud faisait partie intégrante du fût, chose rare. A lui seul il est un monument. Quatre personnages y sont taillés : la Véronique avec la Sainte Face, sainte Catherine d'Alexandrie avec sa roue, saint Yves et un ange qui porte l'inscription du couple donateur :

Les deux dernières lignes sont écrites sur le fût ; au verso de ce lambeau de fût on voit un insigne marchand de 14 x 18 cm.

Nous avons trouvé trace dans les archives municipales d'Yves Rolland et de sa femme Catherine (K.) BOURLAUDI ; ils se seraient mariés en 1600. En l'absence de cet acte nous avons, sur les indications des ANNALES ROSCOVITES, retrouvé deux actes de baptême de filles du couple : Le 2 Novembre 1603 et le 19 Avril 1607. Les actes sont en latin. Jeanne (1607) eut pour parrain un “HONORABILIS MERCATOR” (Honorable Marchand). Son père en était un lui-même. Grâce à ces actes nous avons reconstitué le nom de la “FAME” de Rolland.

Il est tout naturel qu'ils aient représenté leurs patrons sur la Croix.

Le nœud mesure 81cm de haut ; les statues font de 50 à 53cm. Le haut du noeud est un fort tenon, haut de 9,5cm et de section circulaire de diamètre 17cm.

Note : François ALLAIN m’a fait remarquer qu’il restait en bas des morceaux d’un tenon identique à celui d’en haut. C’est la preuve qu’il y avait au moins deux branches à la Croix et donc probablement des cavaliers.

Sur le volumineux tenon du nœud s'encastrait une console qui reposait sur une couronne débordante de 5cm et prenait aussi appui sur la tête de Ste Catherine et de St Yves, qui dépassent la couronne de 5 autres centimètres.

Etait-ce la seule branche de la Croix, celle qui portait Marie et Jean, le crucifix reposant Lui même directement sur le tenon ? Celui-ci nous parait assez important pour qu'il ne soit pas invraisemblable d'imaginer une 2ème branche plus haute qui aurait porté le Crucifix avec les larrons et peut-être des cavaliers, comme à Loc-Mélar.

Mais une certitude reste, il y avait à tout le moins une console. Des fouilles permettraient peut-être à partir d'autres découvertes, de dépasser les conclusions actuelles.

La circonférence du fût cylindrique était de 73cm.

Le numéro 204 du Bulletin (juin 1966) a publié des documents municipaux de 1794 concernant la destruction des croix et le transport des socles taillés, destinés à être utilisés dans le quai “vieux”.


ESSAI SUR LES “JOHNNIES” par Mr François GUIVARCH

En 1948, 2.500 tonnes d'oignons furent autorisées à être exportées pour toute l'année : 480 partirent par 3 navires sur PORTSMOUTH, SWANSEA et PLYMOUTH pour 48 chargeurs et arrivèrent en Grande-Bretagne début août ; 1.960 tonnes complémentaires y entrèrent après le 15 Novembre.

Au total, 197 patrons et individuels émigrèrent dans les 2 départs, avec plus de cent “domestiques”, vendeurs et botteleurs.

Malgré la conservation défectueuse de l'oignon, la campagne d'hiver ne fut pas mauvaise dans l'ensemble. La vente du produit sur les marchés britanniques était soumise aux règles suivantes établies par le :

RULES GOUVERNING THE SALE OF BRITON ONIONS IN GREAT BRITAIN  -  Réglementation de la vente d'Oignons bretons en Grande-Bretagne)

Les vendeurs d'oignons bretons qui ont reçu l'autorisation de vendre leurs oignons en Grande-Bretagne, sont priés d'observer les règles ci-dessous, dans l'exercice de leur trafic en ce pays :

Tout vendeur d'oignons qui vendrait ses oignons au-dessus du prix maximum ou qui enfreindrait toutes autres prescriptions des ordonnances du Ministère du Ravitaillement, sera passible de poursuites devant les Tribunaux britanniques.

Je déclare avoir lu et parfaitement compris les règles ci-dessus, et je m'engage ici à les observer.

Signature :

NOM :

MEMBRE de l'ASSOCIATION des VENDEURS D’OIGNONS

de ROSCOFF et de sa REGION

22, Hans Place, LONDRES, S WWI.

La lecture de ces règles et notamment de la deuxième, aura sans doute provoqué le scepticisme de nos lecteurs sur la possibilité de son observation par un JOHNNY vendant sa marchandise à la chine, à pieds ou à bicyclette, et vraisemblablement aussi.. le sourire de ce dernier.

Et voici maintenant des traductions du permis de vente d'oignons et d'ail, ainsi que d'une décision de prorogation des délais de vente octroyés les 9 août et 22 Octobre 1948, jusqu'au 31 Mars 1949 :

 

MINISTERE du RAVITAILLEMENT  -  FRUIT FRAIS et LEGUMES (Restrictions à leur commercialisation)

ORDONNANCE de 1945

AUTORISATION

Conformément à l'article 24 de l'Ordonnance de 1945 sur les restrictions au commerce des Fruits et des Légumes, et à titre d'amendement, le Ministre du RAVITAILLEMENT autorise par la présente, tout membre actuel de l'ASSOCIATION des Marchands d'oignons de ROSCOFF et de sa Région, sise 22, Hans place, Londres ; S WWI, à vendre des oignons au détail. Cette permission annule donc en la matière, les restrictions imposées par le § 4 de l'article 5 de cette ordonnance (qui a pour effet d'interdire toute vente au détail par les importateurs), et autorise en conséquence toute personne à acheter ces oignons à ce membre.

L'autorisation est accordée avec les réserves suivantes .

Signé : L.A. BENT,

d'ordre et pour compte du Ministre du Ravitaillement,

Date : 9 Août 1948

 

La présente copie est certifiée par le CONSEILLER COMMERCIAL près l'Ambassade de France en Grande-Bretagne, comme étant la reproduction exacte de l'original délivré par le Ministry of Food.

Londres, le 10 Août 1948,

Signé : MARESCHAL,
Attaché Commercial - cachet.

 

Ministère du RAVITAILLEMENT

M.O.F. Réf. : 79-58/3                      DIVISION des FRUITS FRAIS & LEGUMES

Your Réf. SC/MBy 22655              Carlton Hotel,  - Pall-Mall - Londres, SW.I

Le 13 Janvier 1949

Cher Monsieur,

Par la présente, je vous fais savoir qu'il a été décidé que la validité des 2 autorisations données le 9 Août 1948 et le 22 Octobre 1948, permettant aux membres de l'Association des Marchands d'oignons de Roscoff et de sa région, de vendre sous certaines conditions, des oignons et de l'ail au détail, sera étendue pour une période allant jusqu'au 31 Mars 1949.

Voulez-vous en conséquence, avoir l'obligeance de considérer la présente lettre comme une autorisation d'extension de la validité de ces 2 permissions jusqu'à la date mentionnée ci-dessus.

Signé : P.-K. HOOPER

Destinataire : M. MARESCHAL,

Attaché commercial près l'Ambassade de France, 22 Hans Place, SW.

Certificat de la conformité de la copie transmise, à l'original délivré par le Ministère du Ravitaillement, par M. MARESCHAL, At. Ccial,

Le 14 Janvier 1949, avec signature et Cachet.

 

Le 20 Juillet 1949, intervenait une nouvelle décision du M.O Food, confirmant l'extension de l'autorisation de vente à l'ail.

 

Ces textes apportent quelques restrictions supplémentaires à celles formulées dans la “REGLEMENTATION DE LA VENTE”.

Il faut ajouter :

-           Que la liste des membres de l'Association avec leurs adresses en Grande-Bretagne, devait être annuellement fournie par elle au Ministère britannique du Ravitaillement, dont le contrôle et les recherches éventuelles étaient facilitées,

-           Que ce Ministère réclamait par ailleurs que l'association certifiât et l'ancienneté du Johnny dans le métier, et qu'il avait bien exercé ce dernier en Grande-Bretagne avant les hostilités.

-           Il exigeait en outre que l'Association eût dans ce pays une “REGISTERED ADDRESS”, c' est à dire, qu'elle élût domicile, chez un correspondant déjà inscrit sur les contrôles britanniques où seraient déposées toutes les communications que les Autorités du Royaume-Uni pourraient avoir à faire à son nom, ainsi que toutes les plaintes et toutes les réclamations que provoqueraient les agissements -e ses membres.

Sur les exhortations du Conseiller Commercial près Ambassade de France, F. MAZEAS sollicita de la “Chambre de Commerce à Londres” l’admission de l'Association des Johnnies comme membre de la dite chambre avec permission d'élire domicile chez elle. Satisfaction lui fut donnée le 24 Septembre 1948 sur les deux points. La qualité de “membre adhérent de la Chambre” fut acquise à l'Association à compter du 1er Octobre 1948, contre paiement de la cotisation annuelle qui était, à l'époque, de 3 livres sterling.

La Référence était d'honorabilité et devait être précieuse à tous points de vue, en particulier au regard de l'Administration britannique. Elle comportait, en outre, une perspective d'appui sérieux dans les difficultés, prévisibles, des rapatriements de fonds.

Mais aussi HONNEUR OBLIGE. Lorsque des manquements inévitables des Johnnies aux règles très strictes de la vente qu'ils s'engageaient, nous venons de le voir, à respecter en recevant leurs Permis, étaient découverts, des plaintes émanant, tantôt des cultivateurs, tantôt des Commerçants ou encore des Consommateurs, parvenaient contre eux à la Chambre de Commerce française.

Cette dernière les signalait aussitôt au Président de l'Association, en soulignant le discrédit qui en résultait et qui rejaillissait sur elle-même et sur ses adhérents ; elle insistait pour qu'il y fût mis bon ordre par l'exigence de plus de scrupule dans le respect de leurs engagements de la part des membres de la Corporation et, au besoin, par l'application aux récidivistes des sanctions prévues en pareil cas dans le “REGLEMENT INTERIEUR” de cette dernière.

Il y eut ainsi des récriminations contre la vente aux mois d'Avril et Mai, de marchandises germant ou se détériorant très vite mais que le vendeur avait pourtant garanties comme étant de la nouvelle récolte de l'année. C’est cependant la vente au détail pendant les périodes d'interdiction qui motivait les plus nombreuses plaintes.

Le CONSEILLER COMMERCIAL, si dévoué pour nos marchands avait, lui-même et à plusieurs reprises, été témoin dans les rues de Londres de cette dernière infraction et, dans l'intérêt de tous, avait attiré l'attention de leur Président sur les dangers que cette pratique leur faisait courir.

Ceci se passait, il est vrai, en Septembre 1949 et nous verrons que cette campagne 1949 / 1950 qui, en juillet s'annonçait sous de favorables auspices, fut en réalité, difficultueuse. Et ceci pour de multiples raisons allant du coût élevé de l’oignon en France, aux tergiversations britanniques sur les dates d'arrêt et de réouverture des importations qu'ils avaient finalement fixées respectivement et irrémédiablement, au 21 Août et au 15 Novembre.

Les irrégularités constatées par Mr MARESCHAL étaient donc le fait de quelques rares Johnnies qui ôtaient arrivés à Londres avant le 15 Août et qui ne s'étaient pas souciés des refus opposés par les Britanniques aux demandes de prorogation, au-delà du 15 Août, des permis de vente qui leur avaient été délivrés.

Mais nos Johnnies avait-ils, en réalité, bien saisi la portée de l'interdiction de vente au détail à partir du 15 Août puis finalement du 21 Août qui leur avait été faite ?

Nous pensons au contraire que, de bonne foi, ils avaient interprété ces dates comme étant des limités au-delà desquelles aucun débarquement ne serait plus possible en Grande-Bretagne, avant le 15 Novembre.

Mais, puisqu'on les avait autorisés à y entrer avec des oignons avant le 21 Août, qu'on ne les y connaissait sur toute l'étendue de l'île que comme vendeurs au détail : ce ne pouvait-être, à leur sens pour y rester passivement regarder leurs oignons germer ou pourrir cars leurs magasins, ni pour les distribuer gratuitement ou contre une pinte de bière ou une “cup o'tea” à leurs voisins ou à leurs plus proches clients.

Avant l'ouverture. de la saison 1949 / 1950, Mr Alain GUEGUEN, Secrétaire Administratif de l'Association avait cependant, au cours, d'une réunion assemblant 200 Johnnies, mis ces derniers en garde contre les conséquences graves que pouvaient entraîner pour tout la Corporation, des agissements contraires aux Règles acceptées, en insistant sur la nécessité de respecter également toutes les autres formalités diverses imposées par leurs hôtes.

L'année précédente, disait-il, des bateaux avaient quitté Roscoff sans licences d'importation. Or, en absence de cette pièce, la marchandise ne pouvait être débarquée. Elle avait donc dû, pour être déchargée et attendre dans le navire à quai que les licences fussent parvenues par la poste au port destinataire. Il était pourtant si facile de passer les prendre au siège de l'Association, avant le départ ! Il en était résulter une perte de temps de vente et des frais supplémentaires fâcheux pour les patrons, des dommages certains pour la cargaison, un retard qui était justifiable de sures taries pour le fréteur .... et des remarques de désapprobation du Conseiller Commercial près l'Ambassade de France à Londres.

D'autres Johnnies, par inadvertance probablement encore, partaient sans avoir songé à se munir de leur carte de membre adhérent de l'Association, s'exposant ainsi à des ennuis et des retards d'admission pour une entorse à la première des conditions d'octroi des Permis de vente.

Mais après ces doléances, Monsieur GUEGUEN pouvait heureusement faire part à ses auditeurs de quelques nouvelles encourageantes.

La Licence unique par bateau, par exemple, faisait place à une Licence Individuelle pour chacun des chargeurs de ce dernier. Cette mesure, que l'Association sollicitait depuis la reprise du trafic, simplifierait beaucoup, non seulement les formalités de départ et celles de l' arrivée en Grande-Bretagne, mais également et surtout, le rapatriement en France du produit de la vente de chacun par lui-même.

Jusque là, en effet, lorsque la saison touchait à sa fin, chaque Johnny devait faire une demande d'autorisation de rapatriement de ses devises et les demandes étaient enregistrées par ordre de date. La formule d’Engagement de Change, unique, était utilisée par le premier demandeur qui, lorsqu'il avait obtenu satisfaction, la faisait parvenir à son suivant immédiat sur la liste et ainsi de suite. L'on imagine sans peine les retards et les inconvénients qui pouvaient résulter de ces opérations successives.

Mais, et surtout, les Britanniques autorisaient l'introduction dans leur pays par les Johnnies de 2.500 tonnes d'oignons, de 105 tonnes d'ail et de 50 tonnes d'échalotes pour la prochaine campagne ; tous tonnages dont les Ministères français intéressés avaient eux-mêmes, à la suite d'intervention de Mr L. GUILLOU, député de la circonscription, permis l'exportation.

Ce serait, avec la perspective d'un fructueux supplément d'activité pour les spécialistes de l'ail et de l'échalote, la fin des tracas qu'entraînaient parfois pour eux les modifications qu'ils se permettaient d'apporter d'eux-mêmes, aux formules des licences octroyées par le Ministry of food.

Celui-ci considérait les textes de toutes ses formules d'autorisations, qui étaient d'ailleurs imprimées par ses soins, comme sacro-saints et intouchables. Or, certains Johnnies, introducteurs d'ail ou d'échalotes même avant que leur importation ne fût officiellement permise remplaçaient tout simplement et à la main, le mot “onions” par. ceux de “garlic” (ail ou “schallotts” (échalotes), sur la licence “fractionnée” qu'ils avaient en leur possession ou y ajoutaient ces derniers. Ils encouraient, ce faisant, et sans même y songer, les foudres de la Douane et du Ministère du Ravitaillement britanniques. Pour une première infraction cependant, considérant le contrevenant comme étant de bonne foi, ces derniers se bornaient à protester contre l'infraction auprès des correspondants des marchands d'oignons à Londres.

La saison ne répondit malheureusement pas aux espoirs qu'elle avait suscités. Une sécheresse persistante au printemps et au début de l'été avait, en France, entravé la pousse des oignons dont la récolte, insuffisante, avait fait monter considérablement les prix. En Grande-Bretagne au contraire, une abondante et inhabituelle production maintenait ces derniers à un niveau assez bas. Un nombre restreint de Johnnies se risqua donc, avec un contingent réduit d'oignons : 399 tonnes, à franchir la Manche. La prorogation du 15 au 21 Août du Droit d'entrée ayant en outre été d'abord refusée avant d'être finalement accordée, les téméraires .étaient donc à destination à la mi-août. Et au 15 Novembre, les prix se trouvant toujours en hausse en France., il n'y eût pas de nouveaux départs ...

Les bases de la reprise étaient toutefois solides et si les Britanniques maintenaient toujours les stricts principes de l'ordonnance de 1945, ils se montraient cependant moins pointilleux dans leur application. Sans doute avaient-ils pris conscience de l'élément réel de stabilité qu'étaient pour leur économie, les Johnnies et leurs méthodes de surveillance des prix d'entrée.

Nos gars avaient donc foi dans le proche avenir de leur profession et, de fait, la campagne 1950 / 1951 vit 362 d'entre eux (245 patrons ou individuels et 117 employés) reprendre la direction de Grande-Bretagne, avec 5.168 tonnes de marchandises.


ROSKO

Depuis longtemps on se disputé sur l'étymologie du nom de ROSCOFF. L'orthographe, elle même, n’en est pas encore fixée. Nous ne pensons pas d'ailleurs diriger ici le débat. Comme bien des noms de lieux bretons celui-ci a toutes les apparences d'une omelette. Il n'est pas possible sans doute, de reconstituer ni d'identifier de façon certaine les deux œufs qui seraient à l'origine de cette dénomination., à savoir :

les deux syllabes RO (ou ROS ) et SKOFF ou (KOFF).

Nous allons relever ce que les livres disent à ce sujet et proposer, pour, terminer, une nouvelle explication dont l'intérêt serai à tout le moins, d'ajouter à l'omelette une saveur de ciboulette.

Fanch Gourvil, dans son étude sur les NOMS DE FAMILLE BRETONS D’ORIGINE TOPONIMIQUE ( c' est-à-dire les noms de famille empruntés à des lieux), parue on 1970, écrit au paragraphe 70 (page XXVIII) :

" ROS, ROZ “Tertre, promontoire” ; en gallois (rhos) et en cornique “plateau; bruyère”.

Dans le Finistère 293 toponymes ; 113 dans les Côtes:du Nord ; 54 dans le Morbihan ; 10 dans la Loire Atlantique ; 2 dans I'Ille et Vilaine".

Le même auteur au n° 1944 (page 248) signale que, dans le Morbihan ce préfixe est francisé le plus souvent sous la forme ROSE ou ROZ. On remarquera en ce même numéro 1944 un relevé fort différent pour le Morbihan (75 au lieu de 54) et pour les Côtes du Nord (60). On retiendra que les noms de lieux en ROS sont très fréquents dans toute la Bretagne.

C'est, en général, ce-préfixe ROS qui est retenu pour ROSCOFF. Tel est par exemple, le sentiment de Fanch.

Roscoff serait ainsi apparenté géographiquement à Rosnoën, Rostrenen ou à des villages de notre pays : ROSVEGUEN, ROSCANNOU. Cette interprétation est largement traditionnelle. Le Père GREGOIRE DE ROSTRENEN s'en fait l'écho dans son DICTIONNAIRE FRANCOIS-CELTIQUE ou FRANCOIS-BRETON publié en 1732. Voici tout ce qu'on y lit sous la rubrique ROSCOFF :

“ Petit port de mer près de saint Paul de Léon ROSGON (GOPN est à nasaliser, c'est-à-dire à prononcer comme son, ton). Quicquer, natif de Roscoff, appelle en latin en ses “colloques bretons – français” RUPERIA ; mais mal car Roscoff ne vient pas de ROC'H GOZ (rupes vetus - vieux rocher) - comme il y a apparence qu'il l'a cru - mais bien de ROS-GOFF, qui voudrait dire à la lettre “tertre du maréchal” (ferrant), ainsi l'ont écrit tous les anciens. “

“ Qui est de Roscoff : Rosgonad, Rosgonis (à prononcer en détachant GON-ad, GON-is). A Roscoff on sert Dieu avec édification.

“Un ebad Doue eo guelet penans ez eo servichet mad an Aotrou Doue e Rosgon”:

“C'est une joie divine que de voir comment le Seigneur Dieu est bien servi à Roscoff”.

Mais, n'en déplaise à tous ces savants messieurs, l'on ne voit pas quelle éminence ici a pu prêter à une dénomination en ROS, comme cela est le cas pour Rosnoën, qui domine la vallée de l'Aulne. Aussi bien ne faut-il jamais présumer de la vérité d'une opinion par l'importance et le nombre des personnes qui la partagent. Rien n'est aussi commun, ni aussi généralement partagé que l'erreur. Le sentiment général est tenu de fournir sa justification exactement au même titre qu'un sentiment individuel. L'étymologie de Roscoff est d'ailleurs d'inspiration maritime et non pas terrienne. C'est pourquoi il est de l'honnêteté la plus élémentaire d'exprimer un doute sérieux sur cette étymologie en ROS et d'essayer une autre explication.

Ainsi face à ROS (tertre) un seul terme, lié à la géographie maritime du lieu, peux se réclamer de quelque vraisemblance ; il s'agit de ROC'H (roche et aussi château-fort). “ROC’H, écrit Gourvil, est emprunté au latin populaire Rocca ; il fait défaut dans les dialectes celtiques d'outre-Manche. Il a fourni 138 noms de lieux-dits dans le Finistère, 46 dans les Côtes du Nord, 44 dans le Morbihan, compte non tenu de nombreuses francisations en ROCHE " (Gourvil p. XXVIII). Ainsi, ceux qui sont à la recherche d'un but de promenade auraient plaisir à se rendre à ROC'H-TOULL (Roche Creuse) en Guiclan, vers Guimiliau, au-dessus de la vallée de la Penzé. C'est l'une des très rares grottes de Bretagne.

Les rochers ne manquent pas sur le site du Roscoff actuel, ni sur le site ancien (ROC'H-KROMM), encore moins sur le site antique, lequel nous parait devoir être placé dans la presqu'île du RUGUEL-PERHARIDY. Mais ceci est une autre question ; il faudra y revenir.

N'ayant aucune autorité en linguistique nous nous gardons scrupuleusement d'émettre mieux qu'une simple hypothèse de lecture. Le terme ROC'H peut-il s'adoucir pour devenir en composition ROS ? Ceux qui ont l'oreille bretonne en jugeront eux-mêmes, mais pas avant d'avoir lu la suite ni d'avoir cherché à leur tour, à identifier la deuxième syllabe (KO ou SKO), notre deuxième œuf de l'omelette ROSCOFF.

Assez couramment, nous l'avons dit, la désinence COFF est interprétée comme une corruption de Goff, maréchal-ferrant. Roscoff serait “le tertre du forgeron”. Nous avons fait un relevé rapide des écritures adoptées dans la rédaction des anciens actes paroissiaux. En 1608 au registre des mariages on trouve l'écriture ROSCO ; dans le meme registre on lit ROSCOFF par exemple en 1614, 1617 ; en 1622 on trouve ROSGOFF. Mais dans l'ensemble des actes autour de 1620 on lit surtout ROSCOFF ; cette constance relative tient sans doute au rédacteur, le curé GOUEROU. Après 1630 et jusque vers 1670, ROSGOFF peu à peu prédomine (affaire de rédacteur encore sans doute) pour céder la place à ROSCOFF. A de rares emplois près, qui sont le fait surtout de la sénéchaussée de Lesneven, qui paraphe les cahiers ROSCOFF l'emporte définitivement vers 1680 sur ROSGOFF.

Ainsi l'écriture ROSGOFF ne semble suggérée d'aucune façon par les prononciations ; ce serait une écriture savante employée par les gens cultivés en veine de donner notre bourg un nom intelligible.

Fanch Gourvil, lui aussi, dans l'ouvrage précité fait un sort “au tertre du forgeron”. Pour lui (N° 1 514 p. 196) COFF serait un nom de saint qu'il retrouve aussi dans PLOGOFF, LESCOFF, TROGOFF, Saint-COFF (en Plouay - Morbihan), Ces noms sont prononcés PLOGON, LESCON, Saint CÔ, TROGO, ROSKO. En Galles saint COF est connu comme appartenant à la congrégation de St Ildut.

Selon cet auteur la prononciation bretonne de ce noms en GOFF dissuade d'y entendre l'allusion au forgeron, qui se fût exprimée, par exemple pour KERCOFF, par KERHO et non par KERGO comme c'est le cas. (n° 2196)

Il se peut que Fanch Gourvil ait raison : ROSCOFF, tertre de saint COF. Mais nous ne sommes pas convaincu. Où serait ce fameux tertre ? D'autre part il   n'a jamais été question, semble-t-il d'un saint patron COF, pour cette portion de la paroisse de TOUSSAINTS (saint Pol ). Par ailleurs il nous parait trop commode de suppléer à notre ignorance en recourant à des personnages patronymiques.

Le dictionnaire de H. DU RUSQUEC (1895) propose une autre explication. On y lit ceci :

“ ROSGOUN, Nom de ville, Roscoff ; on prétend que l'étymologie de ce mot vient de ros (tertre) Goff (forgeron), Néanmoins vu la conformation topographique du lieu, on pourrait aussi rien admettre ros (tertre) goun pour gouhin (gaine, fourreau) ou gouff (golfe). “

Il y a de l'idée dans cette explication fantaisiste, la préoccupation de s'en tenir à la nature des lieux.

Un prêtre celtisant, décédé en 1928, Mr Hellard, a annoté en marge de ce dictionnaire au mot ROSKOUN

“ROS/COUN, CON/QUET, CON/KERNE (Concarneau), tous des ports - CON, refuge, port".

Nous laissons à ce confrère toute la responsabilité de ses rapprochements ; out comme l'explication de DU RUSQUEC pour KONK - port, abri, conque (latin concha) . Gourvil (n° 344) retient lui aussi la signification “conche, anse”.

Nous sommes ici sur une fausse piste comme aussi nous le serions à proposer une allusion aux “chiens” (kon, koun) : ROSCON “le tertre aux toutous”. Rappelons-nous l'explication savante de BLOSCON : “les chiens meurtris”.

 

Quelle omelette !

 Voici comment, pour terminer, nous saupoudrons le tout de ciboulette.

La deuxième syllabe de ROSCOFF ne commence pas à C = K ou G, mais à S. Le nom ancien ROSCO ferait ainsi allusion à une caractéristique maritime du lieu, à savoir qu'il est un port d'échouage. SKEI en breton, SKOA, veut dire “échouer” pour un bateau reposer sur le sable. Ce sens est retenu par les dictionnaires, même récents comme Vallée.

L'explication n'est pas tout à fait neuve. Elle nous a été suggérée par monsieur l'abbé Matthieu Séité, décédé il y a deux ans. Il empruntait son explication au docteur Jaouen de Kerlouan. En langue Cornique (Cornouailles de Grande-Bretagne) SKOVA voudrait dire mettre un bateau à l'abri.

La syllabe SKO s'accommoderait bien de ROS pour l'oreille, mais non pas pour le sens. Ce serait plutôt du côté de ROC'H qu'il faudrait se tourner. La lettre C'H se serait assouplie pour s'harmoniser à l'S de SKO. ROSKO serait ainsi le rocher auprès duquel on met le bateau à l'échouage plutôt que le rocher sur lequel on se brise.

Un nom de grève donne lieu à une observation analogue : PORZKAF. Il faut l'écrire PORS-SCAF. En breton SKAF c'est un petit bateau léger, un esquif. C'est la même racine que le mot grec SKAPHE objet creusé, bateau, qui a donné le mot moderne “scaphandre” (bateau-homme).

Allez donc vous y retrouver !


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