La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 254 - 1971 - Mai

- Essai sur les "Johnnies" de Roscoff, par Mr François Guivarc'h 
Johnny    Johnnies de Rroscoff - François Guivarch - 1979

Carte des lieux d'activités des Johnnies

- Les croix de Roscoff


ESSAI SUR LES “JOHNNIES” de Roscoff, par François GUIVARC'H

Le travail du Bureau de l'Association des Johnnies s'allégeait, et son président pouvait souffler un peu dans les premières années, principalement durant ses propres séjours outre-Manche, il était parfois débordé.

De HARROGATE, dans le Yorkshire où il stationnait, il était en correspondance très assidue avec son Secrétaire-Administratif, lui adressent des éléments ou des instructions de réponse, souvent en anglais, aux nombreuses lettres les autorités britanniques et françaises, administratives ou consulaires que ce dernier lui transmettait. Il répondait lui-même aux demandes parfois saugrenues que ses collègues d'Angleterre, de Galles ou d'Ecosse présentaient à l'Association et pendant l'hiver 1948 /1949, où les oignons se conservaient très mal il devait, après des journées de vente harassantes, mettre à jour sa correspondance puis trier sa marchandise qu'il voyait se détériorer rapidement, avant de songer à prendre quelques heures de repos.

Et les années se suivirent sans trop d'à coups: En 1951 cependant, les Britanniques avaient brusquement pris une décision qui était de nature à perturber gravement le trafic.

A coté de l’ “OPEN GENERAL LICENCE” (O.G.L.) ou “ENTREE LIBRE sous LICENCE”, avec fixation des périodes d'interdiction des importations,- fut institué sans préavis, celui des” BLOCK LICENCES” ou autorisations d'importation de Stocks Globaux pouvant provenir de tous pays étrangers, même pendant les périodes d'interdiction déjà fixées. Ceci pour pallier au retard provoqué par les intempéries dans la récolte des oignons en Grande-Bretagne et freiner la hausse des prix qu'elle devait fatalement entraîner. L'entrée dans ces conditions, de 10.000 tonnes pendant le mois d’Août (du 1er au 31), fut ainsi permise.

Or, ce nouveau régime, réservé aux seuls importateurs sur place dans le Royaume-Uni, excluait automatiquement les Johnnies autorisés a y entrer,seulement sous O.G.L. , du. 1er au 21 août. Ils allaient donc se trouver en concurrences par une arrivée supplémentaire, sur le marché, imprévue pour eux, d'oignons étrangers.

Dès qu'elle eut connaissance de la décision, en fin Juin 1951, l'Association demanda au Conseiller Commercial près l'Ambassade de France, d'intervenir à nouveau en sa faveur auprès du “Ministry of Food”, et le 3 août, Mr MARESCHAL, toujours aussi diligent et zélé, pouvait avec satisfaction lui répondre que ses membres bénéficieraient du régime des “Block Licences” et que, dans le contingent fixé pour ce dernier (il avait entre temps été porté à 20.000 T.), serait compris celui qui avait été accordé à eux-mêmes, sous O.G.L. . La totalité de ce contingent ayant d'ailleurs été atteinte dès le 23 du mois, les importations furent immédiatement arrêtées.

L'alerte avait été chaude. En définitive elle fut cependant bénéfique, en ce sens que les restrictions britanniques s'assouplirent considérablement par la suite. Pendant la campagne 1951 / 1952 nos Johnnies purent en effet commercialiser 5.295 Tonnes en Grande-Bretagne.

Le tonnage moyen annuel - nous l'avons déjà écrit - finit par se stabiliser autour de 3.000 T, avec de rares écarts en plus ou en moins (1.530 T, en 1955) dus, soit à l'abondance ou à l'insuffisance des récoltes de l'un ou de l'autre côté du Channel, soit aussi aux difficultés que pouvaient rencontrer les patrons dans le recrutement de vendeurs et de botteleurs dont nous savons que le nombre tendait touts les ans à décroître.

Le régime des “Licences d'Importation” disparut d' ailleurs lui-même à son tour en 1953.

Facilitées, les tâches du Bureau et du Président restaient cependant multiples :

Ils devaient aplanir les difficultés qui surgissaient parfois entre les Johnnies et les diverses Administrations britanniques et certaines étaient inattendues. L'Administration des Impôts de Grande-Bretagne voulut par exemple en 1955, obliger l'un d'entre eux à payer “L'INCOME TAX”  ou Impôt sur le REVENU pour les années 1953, 1954 et 1955. Se basant sur les longs séjours qu'il faisait dans le Nord de l'Angleterre, elle lui réclamait une somme de 186 Livres Sterling- £, soit environ 183.000 franc de l'époque !

Cette prétention soudaine du Fisc britannique, transmise à l'Association par Mr. LEROY-BEAULIEU, Attaché Financier près l'ambassade de France, 58 Knights-bridge à Londres, constituât la plus insidieuse et certainement la plus grave menace que les Johnnies avaient eu jusqu'alors à subir. Si elle aboutissait, dans ce cas particulier, elle serait inévitablement appliquée à tous et entraînerait la disparition du trafic car aucun d'entre eux ne serait en mesure d'y faire face.

Le Président dut donc se livrer à une étude poussée de l'activité de la corporation depuis sa naissance ; des conditions particulières ce surpopulation et de vie dans notre région qui étaient à la base de cette dernière ; des aléas que cette activité comportait pour un profit qui, même dans les meilleures années, était toujours modeste ; de la compréhension que, pour toutes ces raisons, l'administration fiscale française avait depuis le début témoignée à son égard etc ...., pour fournir à l’Attaché Financier et à la Chambre de commerce française à Londres, des arguments assez étoffés pour obtenir par leurs intermédiaires l'abandon par l’administration britannique des Impôts de ses prétentions.

Quel profond soulagement dut être le sien quand il apprit le résultat favorable des démarches-!

Les rapatriements ou les essais de rapatriement de devises, supérieurs à la valeur, du tonnage importé en Grande-Bretagne par les Johnnies - éléments qui figuraient obligatoirement sur le reçu que leur délivrait la Douane anglaise à l'entrée - étaient également des sources de conflit car les sommes récoltées par les vendeurs dépassaient évidemment et heureusement, pourrait-on ajouter, le prix fixé sur le dit reçu.

Les autorités anglaises se montraient en général conciliantes et c'étaient volontiers un pourcentage de dépassement assez substantiel. Lorsqu'elles jugeaient ce dernier très élevé, la différence devait rester “bloquée” dans le compte en banque du Johnny en Grande-Bretagne ou être utilisée par lui à des achats sur place.

Mais ce dernier s'avisait-il de concrétiser ces achats en automobile ou en tracteur par exemple et de vouloir introduire ces véhicules en franchise en France. C'est avec les Douanes françaises que s'ouvraient alors des litiges qui étaient toujours longs et onéreux, malgré les interventions de l'Association auprès de l'Administrateur des Douanes chargé du service du Contrôle commercial au sein de l'Office des Changes à Paris.

Il arrivait aussi parfois à celui-ci, de s'étonner des excédents importants qu'il relevait entre les rentrées de devises enregistrées par lui et les sommes portées sur les Engagements de -Change contractés au départ des marchandises. Ces suppléments provenaient pour ainsi dire toujours des achats d'oignons “dutch” (prononcez “dotch” comme le Johnny) c' est à dire hollandais que ce dernier avait faits lorsque son propre stock s'était épuisé plus rapidement que prévu, pour pouvoir atteindre en continuant à travailler, la date fixée pour le retour de la Compagnie. Ces achats ne figuraient évidemment pas sur le déclaration d'Exportation faite ni sur l'Engagement de change pris. Mais, comme il s'agissait en somme pour le Trésor français, d'une amélioration de la balance du Commerce extérieur du pays, l'Office des Changes se contentait facilement des explications fournies par l'Association.

Le Bureau de cette dernière avait également tous les ans à s'enquérir, en préparant la campagne à venir, des prix que retiendraient les Douanes britanniques pour la perception des droits d'entrée sur l'oignon, l'ail et l'échalote, droits calculés en pourcentage sur leur poids en mesures anglaises. Et .c'était, encore le Conseiller Commercial près l'Ambassade de France qui était son obligeant intermédiaire dans cette démarche.

Les demandes de licences d'importation et de Permis de vente,devaient être présentées en temps utile, au Ministry of Food.

Il en était de même pour celles de certificats phytopathologiques ou de formules diverses auprès des services de “Contrôle et Protection des végétaux” à Rennes qui dépendaient du Ministère de l’Agriculture à Paris. Mais il était aussi parfois utile ou nécessaire de solliciter de ces services des intervention spéciales (d'ailleurs prévues aux 9 & 10 du Règlement Intérieur) de Contrôle des marchandises ou de leur refus pour maturité insuffisante, en cas de cas de départs trop hâtifs de membres isolés de l'Association.

Il fallait aussi répondre au nombreux courrier provenant soit de correspondants français (demandes  d'emploi, offres de services ou de fournitures, etc....), soit de Sociétés ou de commerçants étrangers dont certains, se méprenant sur l'activité véritable des marchands d'oignons, offraient par exemple les oignons d'Egypte ou encore leur demandaient de la poudre d'oignons ou d'ail.

En Juillet 1950 le bureau tenta par l'entremise du Conseiller Commercial à Londres, une démarche en vue d'obtenir dans l' île de MAN, l' autorisation de reprise du trafic qui avait été, en 1932; interdit, nous le rappelons, par les autorités régionales de l'île. Mais en Août de la même année ces autorités, entièrement maîtresses sur leur territoire, repoussèrent la demande, en spécifiant que la production d’oignons était dans l'île largement suffisante pour les besoins ce la population et, qu'en tout état de cause, elles disposaient de sources propres de ravitaillement.

En France même, le dit Bureau s'efforçait d'obtenir pour l'ensemble imposant que représentaient les Johnnies, des avantages divers susceptibles d'alléger leurs charges.

Il sollicitait par exemple du Trésor public, par l'intermédiaire de la Sous-Préfecture ou de la Préfecture du département, des réductions sur le coût des passeports à renouveler ou sur celui des nouveaux et, auprès de la S.N.C.F., l'application des tarifs de groupe au voyage de retour au même titre que pour celui d’aller. Mais, si  pour ces derniers le rassemblement des voyageurs qui partaient tous de la gare de Roscoff ou tout au moins avec un billet délivré par cette station était aisé, il l'était beaucoup moins pour celui de retour. Les Johnnies d'une même région de Grande-Bretagne ne finissaient en effet pas leurs saisons aux mêmes dates et leur regroupement était plus difficile et toujours moins important en nombre.

Ces démarches était parfois couronnées de succès, mais elles échouaient aussi. Ce fut le cas pour les passeports.

Nous ne citerons que pour mémoire l'approvisionnement en imprimés divers (étiquettes, vignettes etc..) en sacherie et autre matériel, aux meilleures conditions concurrentielles de prix, qu'assurait également l'Association à ses membres.

Et cette dernière ne perdait enfin pas de vue l’intérêt d'une propagande de bon aloi auprès du public britannique, en répondant favorablement aux demandes qu'elle recevait de la BBC et de la Télévision d'outre-Manche.

A diverses reprises, ces organismes avaient exprimé le désir, soit d’interroger dans leur pays d'origine leurs visiteurs saisonniers, soit de les y filmer dans les opérations de chargement de leurs oignons dans leur port de départ et satisfaction leur avait à chaque fois été donnée. Ces auditions et ces vues diffusées en Grande-:Bretagne eurent pour heureux résultat de rendre plus familiers aux Britanniques le visage et la silhouette du “personnage Johnny” et d'accroître sa popularité parmi eux.

Faisons cependant une mention spéciale du film de long métrage pour le tournage auquel François MAZEAS qui avait cessé toute activité depuis 2 ans, avait cependant accepté de reprendre temporairement du service en France et en Angleterre et qui eut pour titre “ONIONS JOHNNIES”. Nous aurons plus loin, l'occasion de reparler de ce film remarquable et remarqué.

Le Fondateur et Premier Président de l'Association des Marchands d'oignons avait en effet été victime en 1955 d'un très grave accident de travail qui l'avait rendu, après un long et douloureux traitement, infirme de la jambe gauche : dans l'impossibilité de continuer à exercer son métier, il avait donc résigné ses fonctions de Président lors de l'Assemblée Générale de l'Association du 6 Juillet 1958.

Les gestes de générosité qu'une saine administration de sa trésorerie permettaient de faire, lui étaient indubitablement inspirés par ses sentiments humanitaires et spontanés.

Lors d'inondations catastrophiques dans le bassin de la Tamise en 1953, une somme de 50.000 francs avait été, malgré les difficultés des transferts de fonds à l'étranger à l'époque, adressée au Comité britannique de secours aux victimes, par l'intermédiaire du Lord-Maire de Londres.

Plus près de nous, l'éboulement d'un crassier à ABERFAN dans les mines des Galles du Sud-Est fréquentées par nos Johnnies qui avait, en 1966, enseveli environ 200 victimes dont 15 écoliers et leurs maîtres et dont l'horreur avait provoqué partout une intense émotion, l'Association était également immédiatement intervenue, par un don en espèces en faveur des familles sinistrées.

Faits dans un premier mouvement et désintéressés, ces gestes avaient cependant très favorablement impressionné les populations d'Outre-Manche envers nos compatriotes.

Les déshérités de notre région n'étaient cependant pas pour autant oubliés de ces derniers et, de temps en temps, les communes environnantes fournisseuses de Johnnies, recevaient des sommes destinées à leurs Bureaux de Bienfaisance. Précisons qu’outre les cotisations des membres, les produits des bals ou autres manifestations organisées par l'Association venaient grossir la caisse de cette dernière et lui permettaient de se montrer généreuse.

Après la démission de Fr. MAZEAS, Pierre DANIELOU de Keradraon en Roscoff, fils et petit-fils de Johnnies, voulut bien accepter de le remplacer à la Présidence.

Il fut officiellement confirmé dans ces fonctions, par l'Assemblée Générale de 1959.

Toujours disponible pour toutes les démarches inhérente à sa charge ; aimable et dévoué envers tous, Pierre DANIELOU resta pendant 9 ans, c'est-à-dire jusqu'à de 1967, à la tête de l'Association. Un Bail complet, nous confiait-il dernièrement en souriant pendant la durée duquel les conditions d'entrée et de vente en Grande-Bretagne s'assouplirent petit à petit.

“L'IMPOT LICENCE” fut définitivement supprimée vers 1953 / 1954. Les “Permis de vente” disparurent également à la même époque, et les dates d'entrée dans l'île devinrent libres avec la nouvelle “Réglementation des entrées, des fruits et légumes dans le Royaume-Uni” qui avait remplace celle de la draconienne Ordonnance de 1945.

D’eux-mêmes, cependant, les Johnnies qui avaient constaté les incidences néfastes qu'entraînaient pour leurs opérations des départs trop hâtifs avec des oignons de maturité insuffisante avaient, en ASSEMBLEE GENERALE, décidé d'attendre, tous les ans, le début du mois d'Août pour effectuer les premiers chargements et départs et, malgré les vives réticences et les protestations de quelques-uns, en avaient fait une règle d'obligation Générale.

L'ENGAGEMENT de CHANGE lui-même fit place quelques années plus tard à un CONTROLE, exercé bien discrètement, par les Services de la DIRECTION GENERALE DES DOUANES et DROITS INDIRECTS du Ministère des Finances à Paris. Ce contrôle était d'ailleurs facilité par l'obligation faite à tout exportateur de domicilier ses exportations dans une banque par laquelle doit exclusivement se faire le rapatriement en France de leurs devises, et ce; depuis la “Réglementation générale des Exportations françaises” intervenue dans les premières années 60.


LES CROIX DE ROSCOFF EN 1789

Les archives municipales contiennent un document rédigé le 15 Septembre 1789 concernant l'organisation de la défense de Roscoff par les citoyens-militaires. Cette étude porte en annexe une carte du même format 21 x 32cm, dessinée à la plume et rehaussée de couleurs.

Trois positions y sont déterminées :

La carte prend à la hauteur de Bonne-Nouvelle, Kerestat pour donner les chemins et les rues jusque vers l'Eglise. Les croix existantes sont marquées.

En descendant de Bonne Nouvelle on rencontrait d'abord CROAZ-PAOL au carrefour de Kerguennec. Plus bas à droite dans le carrefour du Pontigou vers Kerhoret se dressait une autre croix sur l'emplacement actuel de la maison de Monsieur Millour ; à cette époque il n'y avait aucune maison d'aucun côté de la route depuis Bonne-Nouvelle jusqu'aux Capucins.

A la hauteur de l'actuelle rue des Capucins une croix était implantée en plein milieu de la route qui s'élargissait sur une bonne longueur en cet endroit comme s'il y avait eu là une sorte de terrain vague. A quelques mètres plus bas se trouvait la petite maison du PAVILLON (l'ancienne forge).

Dans le mur de clôture, plus récent, de l'hospice on a remployé une pierre de taille, gravée selon les apparences. Mais elle est recouverte d'une couche de lichen si épaisse qu'on n'y peut rien deviner. Plusieurs applications de désherbant en viendraient peut-être à bout. Il n'est pas improbable que cette pierre soir une relique de la croix voisine.

Le quartier du RAZ, aujourd'hui rue Viala, avait aussi sa croix. Elle était édifiée sur le terrain de l'actuelle école maternelle dans l'axe de la rue baptisée aujourd'hui rué Jules Ferry et qui s'appelait dans le cadastre 1846, la RUE DES POISSONNIERS, la rue parallèle s°appelant rue du Quélen, aujourd'hui Esprit Le Mat. Le nom de ce “village” semble être une allusion à la chaux (RAZ). Dans un plan sommaire du terrain de l'école maternelle, daté de 1810, on marque une maison appelée “maison à four” . Il est probable qu'on a voulu désigner ainsi ce que l'on appelait en breton “TI-FOURN”, la “maison du four à pain” connue encore des anciens. Il n'est pas invraisemblable qu'à défaut d'un four à chaux il y ait eu là un dépôt de chaux. Chacun sait la grande consommation qui fut faite autrefois de la chaux en maçonnerie et surtout pour blanchir les murs. Au 17ème siècle par exemple la “Chao” pour l'Eglise provenait de Saint-Malo.

A peu de distance du RAZ, au bout du village du THEVEN (rue Amiral Courbet) une croix marquait le carrefour de la route vers Poul-ar-Foll, à peu près à l'emplacement de KER-DIVEZA (dernière maison).

Sur la butte de Penn ar Creac'h il y avait une croix dans le carrefour inchangé, mais en herbe, d'où part le chemin vers le petit village de Pors Elenec. Il semble bien qu'il s'agissait là d'une croix simple, sans personnages, celle même dont le.haut est encastré tout près dans une clôture de pierres.

Une sixième croix est indiquée dans ce plan de 1789, celle de ROSKO-GO?. C'est la seule des croix qui ait été sauvée de la “Révolution culturelle”. A en croire une tradition, tout à fait vraisemblable, des voisins auraient eux-mêmes démonté la croix et mis le fût et la croix à l'abri. On ne peut s'expliquer autrement le bon état actuel de ces deux éléments. Le socle, lui, pourrait n'être pas d'origine. Cette croix serait, pensons-nous, de la seconde moitié du 15ème siècle.

Le document de 1789 ne donne pas l'enclos de l'église ni la place au nord. L'on ne peut donc se prononcer, à partir de lui, sur l'existence d'une croix calvaire dans le cimetière qui entourait alors l'église ; il est infiniment probable qu'il y en avait une. Par contre, on doit retenir comme certaine la présence d'une croix ou d'un calvaire sur la place de l'église vers la pointe où est bâtie la maison du directeur de la Station biologique. En cet endroit, en effet, existait alors un fort. Le cadastre de 1846 continue de le signaler sous le nom de FORT DE LA CROIX. C'est peut-être cette croix, antérieure à la construction de l'église, qui aurait donné son vocable à celle-ci “N.Dame de CROAZ-BATZ” : la croix où l'on s'embarquait pour l'île de Batz. •

En 1789, Roscoff n'était pas commune mais ce “faux bourg” dépendait de saint Pol, paroisse de Toussaints. Il n'allait pas tarder à . secouer la tutelle abhorrée de la ville épiscopale. Les riches bourgeois, les commerçants prendront la tête des revendications. Se référant au décret du 14 décembre 1790 ils s'érigeront en commune indépendante le 31 janvier 1790 contre l'agrément de saint Pol. Dans une lettre adressée aux administrateurs du département les municipaux s'exprimaient ainsi en 1790 : “Roscoff, trop longtemps victime d'une municipalité ambitieuse et jalouse, commence enfin à jouir de cette heureuse indépendance après laquelle les habitans ont tant soupiré(s) °, le décret du 14 décembre dernier brisa enfin la chaîne qui l'attachait à Saint Pol”. Ce beau préambule comme sauront en rédiger nos édiles pendant plus de 50 ans n'a d'autre but que d'apitoyer le département sur les besoins pressants de la commune naissante : entretien du Vil, du quai et confection d'une route convenable entre Roscoff et saint Pol.

Les hommes “éclairés” de ce temps parlaient un langage pompeux. Qu'on en juge par le début de cette adresse de la Commune et du Commerce de Roscoff à l'Assemblée nationale :

“ Messieurs, L'Industrie est l'âme du Commerce ; le Commerce est le nerf de l'Etat ; la Liberté en est la vie et tout ce qui peut suspendre sa marche l'atténue.,.” (mars 1791).

Chaque époque a son jargon, même son jargon religieux. La nôtre est encore plus pompière !

L'auteur de la carte n'a pas cru devoir étendre son dessin à Kerfissiec ni aux quartiers de l'Aber et de Keravel. Dommage pour notre étude. Nous avons bien une carte de la commune de Roscoff approuvée à Quimper le 12 Mai 1791 ; elle est trop vague et même inexacte pour qu'on fasse fond sur elle. Aussi bien n'indique-t-elle pas les croix. Elle signale par contre le moulin à vent de Creac'h-Milin, un autre vers Rucat et un 3ème vers Santec.

Nous avions signalé autrefois dans le Bulletin l'existence au Reuniou (en Keravel) d'un menhir christianisé dont le nom est encore connu des Roscovites : CROAZ-KOVEK (croix ventrue) ; nous avons aussi signalé la croix de Kerfissiec (encore indiquée dans le cadastre de 1846) ainsi que le calvaire de Keradennec. Nous avons de bonnes raisons de penser qu'au carrefour des 3 routes qui aboutissaient au manoir de Keravel (en saint Pol) il y avait aussi une croix à personnages ; la ligne de chemin de fer a transformé ce coin en supprimant le dernier tronçon de la route de Keradennec au manoir de Keravel. Le cadastre de 1846 appelle ce quartier PENN AR CROISSAINT (CROAZ-HENT ou carrefour).

Nous allions oublier la croix de la chapelle saint Sébastien dont le socle devait servir en 1835 au cimetière du VIL, précisément pour implanter la croix de bois qui portait le grand crucifix en châtaignier - aujourd'hui à l'église.

Le désastre des Croix et Calvaires n'a épargné dans nos régions que les monuments démontés par précaution par des chrétiens courageux. On regrettera certes leur leur disparition criminelle mais aussi l'inconscience culturelle des chrétiens du 19ème siècle qui les a détournés de recueillir les reliques de ces monuments, les laissant traîner dans les fossés ou les enfouissant.


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