La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 257 - 1971 - Septembre

- Essai sur les "Johnnies" de Roscoff, par Mr François Guivarc'h 
Johnny    Johnnies de Rroscoff - François Guivarch - 1979

Carte des lieux d'activités des Johnnies

- Lagadennou, Porz HOLENNEK


LAGADENNOU

Dans le n° 247 du Bulletin Paroissial (Oct. 1970), nous avions proposé une explication pour LAGADENNOU, ce coin de prairies ; nous y voyions une corruption de LA-GENNOU “marécages”. Nous croyons devoir rectifier cette interprétation au vu même de la traduction que propose ROPARZ HEMON dans son dictionnaire pour LAGADENN “anneau, boucle ; œillet (ouverture) ; bulle ; étang ; source d'eau vive ; rayon (de lumière) ; bourgeon”. Le dictionnaire de Vallée donne pour “source” LAGADENN.

Ainsi FEUNTEUN AL LAGADENN du cadastre de 1846 serait la FONTAINE DE LA SOURCE, Il n'y a point là pléonasme FONTAINE et SOURCE n'étant pas deux termes identiques dans nos régions. FONTAINE ajoute à SOURCE, l'idée d'un aménagement par l'homme de la source.

LAGADENNOU devrait donc se traduire : LES SOURCES.

En gallois, “source” s'écrit : “llygad-y-flynnon”, ce qui donnerait, nous a-t-on assuré, lagad ar feunteun, “ l'oeil de la fontaine “.

Nos lecteurs auront plaisir à lire la délicate évocation que nous offre Yves Milan dans son ouvrage FONTAINES EN BRETAGNE (p. 15)

DE LA SOURCE A LA FONTAINE.

“Une source c'est toujours un miracle” a dit COLETTE, c'est l'affleurement d'une vie secrète.

En Bretagne où elles se comptent par milliers, ces fraîches émergences ne sont ni importantes ni imposantes, comme les résurgences des pays calcaires.. Elles se dissimulent à l'origine et au pied des versants d'innombrables vallons qui sinuent et s'enfoncent dans le vieux socle armoricain. Elles sont discrètes et secrètes, il faut parfois les chercher longtemps à travers les landes et les taillis ; près des villages un sentier court à travers champs et conduit à leur bassin naturel, au pied d'un talus couvert de ronces, ou de fougères. L'eau de cristal frémit sur un fond d'algues onduleuses, sur ce fond moiré et vivant, le ciel se reflète comme dans les yeux clairs et transparents de ces jeunes Bretonnes dont parle RENAN. L'Arabe désigne, du même nom, aïn, l'œil et la source, et RENAN épris de poésie biblique et sémitique a bien saisi cette analogie.

Que la source soit aménagée, même très simplement, qu'on lui fasse un fruste berceau de pierres moussues, que le bassin soit creusé, prolongé par un lavoir, elle devient “fontaine”, elle s'humanise et perd un peu de sa beauté sauvage. Au murmure de l'eau se mêle le caquetage des lavandières ; si un village est proche elle devient le “forum” rustique où se colportent nouvelles et commérages ponctués de vigoureux coups de battoirs...


PORZ-HOLENNEK

L'anse sud où vient mourir la propriété de LANDIVINEC n'a pas de dénomination bien fixée dans l'usage. Les uns parlent de PORZ-ALENEK ; d'autres emploient l'épithète ELENEK et d'autres HOLENEK.

Un rocher de la crique, tout contre Landivinec, porte le nom de ROC'H-HOLEN, qui voudrait dire, pour les gens “rocher du sel”. Les pêcheurs qui fréquentent assidûment cette éminence ont-ils observé un superbe phoque - que l'érosion a sculpté dans l'un des blocs de son assise ?

L'on fait fausse route, nous semble-t-il, à retenir pour ce rocher comme pour l'anse entière un rapport même ténu avec le sel. Or c'est bien pourtant la signification de HOLEN, HOLENEK ou de son homologue cornouaillais HALENEK. Mais cet énorme éboulis n'a rien d'un marais salant. Il faudrait avoir perdu tout sens que d'imaginer ici un commerce clandestin du sel. Certes le trafic du sel a-t-il été important à Roscoff du 15ème au 18ème siècle mais on n'avait pas à s'en cacher.

L'épithète ELENEK ne donne aucun sens connu. Par ailleurs l'adjectif breton HELENNEK, “érudit” n'est pas en situation ici. Nous croyons qu'il faut s'en tenir encore une fois

à la disposition des lieux. La crique est largement ouverte sur l'est, nullement abritée des vents d'est. Il pourrait donc s'agir d'un PORZ HOULENNEC, l'anse où la mer est houleuse. Le mot breton HOUL veut dire “vagues, houle”. A Roscoff on dit plus couramment HOL. Le dictionnaire de Du Rusquec donne aussi cette traduction. L'adjectif correspondant est HOLENNEK. Il est donc conforme à l'emploi fait de HOL par les Roscovites de restituer le nom de PORZ-HOLENNEK.(avec 2 N). Dans cette hypothèse on écrira ROC'H-HOLENN, le rocher de la houle.

Lors des études préparatoires à la construction du port en eau profonde un appareil enregistreur avait été installé en pleine mer, à l’est de Landivinec, pour mesurer l'amplitude de la houle à l'entrée du futur port. Les cartes marines que l'on se procurait tout récemment à la Coopérative des marins, portent en surcharge manuscrite l'indication de ce HOULOGRAPHE, Il semble bien qu'il n'y soit plus, son office ayant été rempli.

Bientôt la trouée sera faite dans la falaise de Landivinec ; le terre-plein du port s'étendra jusqu'à PORZ HOLENNEK.


ESSAI SUR LES “JOHNNIES!” par Mr François GUIVARC'H

Les Courtiers et les Agents maritimes des ports comme CARDIFF et SWANSEA en Galles, NEWCASTLE-on-TYNE sur la Côte Est, LEITH-EDIMBOURG et ABERDEEN en Écosse, se montraient très prévenants, eux aussi, envers les Johnnies.

Ils s'efforçaient entre autres, pour leur obtenir des conditions d'affrètement avantageuses, de leur trouver des navires navigant déjà dans nos parages au moment de leur départ en été et à leur arrivée outre-Manche leur accordaient, pour régler les frets ou rembourser les avances qu'ils faisaient pour eux des frais de douane et de déchargement, des délais jusqu'à la vente d'une partie de leurs marchandises.

Le trafic JOHNNY étant d'une importance très modeste dans l'ensemble de leurs opérations de gros “Shipbrokers”, leur prévenance ne pouvait être taxée de “simplement commerciale”.

Ne pouvait davantage être soupçonnée “d'intérêt personnel” celle des médecins et des chirurgiens auxquels se confiaient nos compatriotes ou qui les prenaient d'eux-mêmes en charge.

A la fin des années 60, l'un de ces derniers a, par exemple, dans un hôpital moderne de Londres, reçu gratuitement pendant des mois et dans des conditions de confort inconnues certainement de lui, des soins attentifs et persévérants tant dans la recherche de la cause de ses maux par d'innombrables analyses, que dans l'application de remèdes d'un coût énorme qui lui ont finalement permis de reprendre ses activités, en se modérant bien sûr.

Un autre, très gravement blessé dans un accident de la circulation, toujours dans Londres et, au diagnostic initial, condamné sinon à un décès à court terme, du moins à rester définitivement grabataire, s’est vu après une année de soins et une rééducation très suivie, remis sur pieds et apte à déambuler avec des béquilles et à se suffire à lui-même.

Ce dévouement de praticiens anglais de renom à l'égard d'étrangers d'humble condition, était-il inspiré par des sentiments humanitaires innés ? ou par l'intérêt scientifique “des cas” qu’ils représentaient pour eux ?

Il n'avait certainement pas pour origine des calculs personnels ; il trouvait seulement un stimulant et une récompense morale dans la docilité de leurs patients, dans la fidélité qu'ils apportaient à observer scrupuleusement les régimes hygiéniques et alimentaires imposés et dans la confiance avec laquelle ils s'abandonnaient à la vigilance de leurs soigneurs.

Ainsi naissait et se développait de part et d'autre une réelle sympathie qui, après la sortie du malade ou du blessé, continuait à se manifester, soit dans une correspondance amicale émaillée de questions ou de conseils thérapeutiques, entrecoupée parfois de consultations; soit dans des rapports médicaux du chirurgien, élogieux pour l'aide précieuse et primordiale trouvée par lui auprès du blessé au cours d'un traitement douloureux de rééducation qui exigeait de sa part courage et fidélité obstinés.

Les menus objets, parfois introuvables en Grande-Bretagne, comme par exemple les casquettes de marine de plaisance dites “malouines” que les “guéris” rapportaient de France en signe de gratitude pour leurs “sauveurs” étaient, malgré leur modeste valeur marchande, considérés par ces derniers comme des témoignages de reconnaissance de prix et ils en faisaient état autour d’eux au grand profit de la corporation JOHNNY.

C'est cependant dans sa clientèle que le Johnny éveillait et suscite de plus en plus des sentiments d'amitié. Et l'on peut croire nos émigrants lorsqu'ils affirment, sans forfanterie, que chaque été ils sont maintenant attendus avec impatience dans beaucoup de maisons Outre-Manche ; qu'il leur advient même parfois de se faire admonester lorsqu'ils ne s'y sont pas rendus dès leur arrivée. Particulièrement lorsque cette dernière a été annoncée par des voisins ou par des connaissances.

Cette amitié est fidèle. Les achats d'oignons sont réservés au même vendeur qui peut à coup sûr se représenter lorsqu'il pense épuisée la provision déposée à son dernier passage, sans craindre d'avoir été supplanté par un concurrent. Un “You'll have a drink ?” - Voulez-vous boire quelque chose - très cordial, lui réjouit tout de suite le coeur.

Pour Noël et pour le 1er de l'An, fêtes familiales particulièrement chaleureuses dans tout le Royaume-Uni, en plus de leur part de “Plum-Pudding” traditionnel, ils ont souvent droit à un petit cadeau personnel auquel vient s'ajouter; si leur retour en France est proche, un souvenir pour leurs enfants et pour leur épouse que l'on connait certainement de noms et parfois de photographies.

Cette familiarité se manifeste plus librement peut-être encore dans la correspondance ; tous ceux qui ont servi de traducteurs ou de rédacteurs de lettres tour les Johnnies avec leurs logeurs ou avec leurs clients peuvent en témoigner. Cela va, des demandes de nouvelles de tous les membres de la famille affectueusement exprimées, à des acceptations d'invites à venir passer quelques jours en Bretagne.

Ces acceptations se sont multipliées ces dernières années, nous avons eu l'occasion de le constater près de nous ou dans les environs, et les séjours d'enfants, prolongés pour apprendre notre langue ou pour s'y perfectionner, ont été fréquents, parfois d’ailleurs avec réciprocité. D'autres sont venus pour assister à des mariages de Johnnies.

Les relations de ces derniers s'étendant à beaucoup de milieux, l'un d'entre eux devait recevoir, voici 2 ans, après la Coupe du Monde de football à Mexico, la visite du capitaine de l'Equipe professionnelle d'Angleterre, le célèbre Bobby MOORE en personne, élevé à la dignité de “Sir” par S.M. la Reine. Cette visite qui avait été discrètement annoncée par un de nos quotidiens régionaux et qui aurait certainement occasionné un énorme plaisir à nos jeunes “Paotred Rosko”, ne put malheureusement, au dernier moment, se faire.

La catégorie que nous avons baptisée "LES INDIFFERENTS" dans ses rapports avec les Johnnies, se situait autrefois surtout et pour cause, dans les Comtés de l'Intérieur que ces derniers négligeaient sauf rares exceptions, nous l'avons dit, de fréquenter en raison de leur éloignement de leurs ports de débarquement et pour la rareté des moyens de transport.

Les habitants de ces Régions ne connaissaient donc pas nos marchands d'oignons dont la Presse ne parlait pas encore, et s'il leur arrivait d'apprendre leur existence, c'était le plus souvent par oui-dire.

Après la guerre de 1914 / 1918, les journaux se sont peu à peu intéressés au “sujet : Johnnies.” Beaucoup de ces derniers, anciens “Poilus” avaient été mêlés aux “Tommies" sur les champs de bataille ou avaient eu l'occasion de leur servir d'interprètes à l'arrière du front., et bénéficiaient en conséquence du préjugé favorable en Grande-Bretagne.

Lors de la reprise du trafic après 1946, le thème fut de nouveau exploité par les mêmes journaux et l'un d'entre eux, le “Daily Mirror” dont nous avons récemment reproduit un article et décidément conquis, semble-t-il, par le sujet, mettait en 1949 en scène dans une bande dessinée de feuilleton appelé JANE, oui vient de nous être communiquée, un personnage en tenue légère, poursuivi et mis en joue par des policiers dans des fourrés, sans doute pour “indécence”. Rattrapé et cerné, ce dernier déclarait tout bonnement à ses pourchasseurs : “Je vous en prie, Messieurs ! Je ne suis nullement dévêtu moi-même. Seulement, voici quelques instants, un “gentleman armé d'un fusil, m'a volé mes vêtements, mes oignons et quelques objets que j'avais ramenés de ma Bretagne.” Et dans le dessin suivant, rhabillé de bric et de broc le Johnny s'en allait gaillardement, avec tout de même un béret basque sur la tête, son “stake” et quelques bottes d'oignons sur l'épaule !

La Radio à son tour s'en empara et ce furent de fréquentes interviews de nos compatriotes interrogés, soit à Roscoff pendant leurs préparatifs de départ, soit sur le terrain en Grande-Bretagne, diffusées par tous les Postes dans cette dernière.

La Télévision enfin, très vite répandue dans tout le Royaume-Uni, apportait les images de nos marchands d'oignons dans de nombreux foyers, faisant connaître leurs silhouettes à tous, même aux plus distants parmi les dédaigneux qui auraient eu l'impression de s'abaisser en paraissant seulement les remarquer dans la rue ou en tout autre lieu public (ce genre d'individus est très largement répandu en Grande-Bretagne qui n'en a pas cependant l'exclusivité !)

Dans cet engouement, le Cinéma lui-même ne voulut pas être en reste. Il a produit entre autres, un Film dont nous avons déjà touché un mot et (qui mérite que nous nous y arrêtions.

Il s'intitule “ONION JOHNNY”, titre en fait plus typique en son singulier.; que celui de "ONIONS JOHNNIES" que nous lui avions décerné plus haut. L'acteur principal en est François MAZEAS que nous avons longuement vu à l'oeuvre dans ses fonctions de fondateur et de 1er Président de l’Association des Johnnies et qui accepta, pour les besoins de la cause, de reprendre en France et en Angleterre, un métier qu'il avait abandonné depuis 2 ans.

L'auteur du scénario ne s'est pas contenté de présenter quelques scènes isolées de l'activité du Johnny.

Il est venu dans son propre pays, le voir évoluer parmi ses concitoyens et vivre avec les siens. Il l'a étudié dans son comportement d'époux et de père de famille soucieux de l'instruction et de l'éducation de ses enfants, dans un intérieur sans luxe superflu mais coquet et confortable. Simplement, avec des touches discrètes mais justes, il a montré le chagrin décent de la femme et des enfants au moment du départ de leur mari et de leur père pour sa campagne annuelle en pays étranger ; également, leur joie plus profonde que démonstrative lors de son retour.

Il s'est intéressé en même temps aux cultures de la région de Roscoff, en particulier naturellement, à celle de l'oignon, marchandise précieuse du Johnny ; il a suivi nos paysans dans leurs champs pour les voir planter, sarcler, récolter et trier soigneusement leurs produits avant de les livrer aux navires dont le chargement se fait également sous nos yeux.

Après les scènes émouvantes de la séparation, avec toutes les inconnues qu'elle,peut contenir, ce sont : l'existence morne du Johnny dans des locaux d'un quartier populeux d'une ville du Yorkshire ; ses démarches et ses “chines” harassantes dans des rues montueuses, sous la pluie bien souvent ; les accueils bienveillants mais aussi parfois rébarbatifs que lui réservent les ménagères ; les retours dans un logis inconfortable et la cuisine rudimentaire que s'y fait l'exilé ; tout cela avec en filigrane dans l’esprit de ce dernier, des visions de la vie de sa famille en Bretagne, dans le même temps.

C'est en un mot, un film profondément humain dans sa simplicité. Les autorités du Cinéma ne s'y sont d'ailleurs pas trompées qui l'ont primé lors du “Festival du Film documentaire” de VANCOUVER, en 1963.

Projeté à deux reprises par la Télévision anglaise, il a conquis un public britannique surpris de découvrir des aspects insoupçonnés de lui de l'Homme - Johnny qu'il côtoyait journellement.dans la rue et dont il entendait souvent parler, et en termes pas toujours favorables. Le film a donc, mieux que n'aurait pu le faire aucune autre propagande, relevé la côte de ce dernier dans tout le Royaume-Uni.

Ses producteurs ont fait don d'une épreuve à François MAZEAS, avec malheureusement une restriction que ce dernier s'est cependant engagé à respecter l’interdiction de le porter à l'écran en France, au cours de séances à “entrées payantes”. Il ne peut donc être projeté que dans des salles “gratuites” et il l'a été, dans ces conditions, dans la salle du Cinéma de Roscoff et au cours des Fêtes du “Bleun Brug” de 1969 à St Pol de Léon. Il mérite amplement de l'être à nouveau.

Il peut d'ailleurs être vu en même temps que deux autres films de court métrage réalisés par monsieur l'Abbé LOAEC, ancien vicaire de Roscoff, lors des visites qu'il faisait, accompagné de collègues des paroisses voisines, aux Johnnies durant leurs campagnes, en Angleterre du Sud ou Nord; en Galles et en Écosse.

Il s'agit dans ceux-ci de retrouvailles amicales par Régions, avec nos compatriotes rassemblés pour la circonstance dans un même endroit, parfois avec leurs épouses, plutôt que de scènes de leur vie de travail. Les joyeuses agapes qui marquaient ces réunions étaient précédées de dévotions qui..ont arraché à un spectateur inaverti, en voyant à chaque rencontre, c'est-à-dire plusieurs fois par film, les Johnnies sorti d'une église ou d'une chapelle cette exclamation.: “Dieu ! Qu'ils sont donc pieux nos marchands d'oignons en Angleterre !”

Et voici que l'on se met depuis quelque temps à exploiter commercialement le sujet JOHNNY en Grande-Bretagne.

L'on peut en effet aujourd'hui, voir sur les épaules ou sur la tête des femmes britanniques, des fichus de couleur, représentant sous l'appellation “ONION BOY” un enfant, sur une bicyclette pilotée d'une seule main et l'autre, audace suprême que n'ont certainement eue que rarement les plus téméraires de la Corporation, tenant sur l'épaule libre, un “stake” et flexible qui plus est, ployant sous la charge de bottes d'oignons !

Ou encore, des cartes postales également coloriées figurant le même petit Onion Boy peint par Glük, en pantalons serrés et à revers du bas larges, pieds nus, vêtu d'une chemise à carreaux, d'un petit gilet, d'un foulard rouge et coiffé d'un béret basque penché sur le devant de la tête ; tenant de la main sur l'épaule gauche un bâton avec une grosse botte d'oignons à chaque bout, l'autre main ayant les doigts glissés dans une ceinture de cuir ceignant les hanches, dans une allure décidée. Des yeux matois, coulent cependant quelques grosses larmes, suggérées sans doute au dessinateur, par un souvenir personnel de l'odeur piquante des oignons épluchés !

On ne risque donc plus guère de se tromper en affirmant que de nos jours, le JOHNNY, s'il laisse encore indifférents quelques Irréductibles, n'est plus, Outre Manche, un inconnu pour personne.


The Little Onion Boy, par Gluck


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