La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 259 - 1971 - Novembre

- Essai sur les "Johnnies" de Roscoff, par Mr François Guivarc'h 
Johnny    Johnnies de Rroscoff - François Guivarch - 1979

Carte des lieux d'activités des Johnnies

- La maison de Marie Stuart
- La côte est de Roscoff


LA MAISON DE MARIE STUART

rosko-ninien-doc2.jpg (41548 octets)

On peut considérer comme acquis le débarquement de la toute jeune Marie Stuart à ROSKO en Août 1548. L'église (sans le chœur actuel et le clocher) s'achevait. La chapelle St Ninien se dressait au-dessus des rochers depuis un certain nombre d'années, une cinquantaine peut-être. Le style de la porte qui est conservée, invite à le penser et encore avec plus de sécurité, les documents découverts aux Archives départementales (carton G113) par monsieur Bourde de la Rogerie. Deux actes datés du 21 Janvier 1538 mentionnent une assemblée du chapitre de Saint Pol tenue “en la chapelle de Monsieur Sainct Strignon au bourg de Roscoff” (Bulletin de la société archéologique du Finistère 1911 p. XXXIV).

La petite fiancée royale aurait été hébergée, dit-on, à ROSKO. C'est ainsi qu'une maison ancienne de la rue Amiral Réveillère se pare d'une plaque de marbre MARY STUART HOUSE - Maison de Marie Stuart. Il y a là une usurpation, nous semble-t-il. La forme de la lucarne, la présence d'un œil de bœuf aujourd'hui obturé, le style classique des jambages des cheminées obligent à donner à cette maison une date postérieure d'au moins 30 à 40 ans à la date de l'arrivée de la princesse (1548). A cette époque le style était gothique dans les maisons de Roscoff.

La maison voisine nous semblait plus ancienne ; la lucarne était encore gothique comme les deux lucarnes de l'église. Les jambages des cheminées étaient aussi de style gothique, celles du rez de chaussée du moins, qui avaient été dégagées il y a quelques années par monsieur Lemoine. On pouvait construire ainsi avant 1548. Une probabilité stylistique a son prix mais un document en a davantage. En dégageant une cheminée du 1er étage un superbe écusson est apparu sur le manteau enfumé de la cheminée. Il porte la date de 1551 en chiffres modernes et non gothiques ou romains Il s'agit d'un écusson de marchand avec une inscription religieuse en l'honneur de Notre Dame

Nous trouvons ici la confirmation de l'interprétation que nous proposions (n° 221) de l'inscription portée sur une cheminée contemporaine (1567), de la rue des Perles EN ESPERANCE DE MIEUX. La devise a une portée religieuse en espérance de la vie éternelle.

Notre collection d'armoiries marchandes s'est enrichie d'une belle unité. La preuve surtout est faite que la maison gothique de la rue Réveillère est elle même postérieure au débarquement de Marie Stuart.

En réalité ROSKO était très peu bâti en 1548. Il serait d'ailleurs invraisemblable qu'un si grand personnage n'ait pas été conduit immédiatement à la ville épiscopale de Saint Pol qui disposait de demeures seigneuriales.

Nous avons dit souvent que les souvenirs attribués à la petite princesse n'offraient pas l'ombre d'une garantie. La Vierge en argent dite de Marie Stuart, est de style 17ème siècle finissant ; monsieur Auzas; inspecteur des Beaux-Arts a identifié deux des 4 poinçons : celui de la communauté des orfèvres de Paris pour 1686-1687 et le poinçon de décharge d'Estienne de Ridereau fermier des droits de marque 1684-1687. Cette œuvre parisienne peut donc être da­tée à quelques mois près de 1686. Or Marie Stuart était morte en 1587 !

Quant au chapelet (en double) et à la modestie (en double), attribués aussi à la fillette, c'est, nous semble t-il un travail espagnol du 17ème siècle.

Y a-t-il intérêt à se laisser mystifier indéfiniment ?


ESSAIS SUR LES JOHNNIES par Mr François GUIVARC'H

Dans le dernier chapitre sur l’imprégnation, passagère ou durable, des coutumes britanniques sur le Johnny, nous avons par inadvertance appelé jeu de “daggs” celui des fléchettes pratiqué en Grande-Bretagne et importé par lui dans notre pays. Un lecteur avisé nous a fort amicalement fait observer que le véritable nom de ces fléchettes est “Darts”. Nous l'avons remercié de son information et prions les autres, en nous excusant, de rectifier l'appellation erronée que nous avons employée.

Au tout début de ces “Essais” nous avons fait état de la détermination faite par Mr HERUBEL, l'historien du port de Roscoff, des éléments essentiels dont se composaient le caractère et le tempérament roscovites : Habileté, Opiniâtreté, Audace et, pour tout dire, “Débrouillardise”.

Ces particularités, développées au cours des siècles dans les conditions géographiques, historiques et sociales dont nous avons fait une esquisse, ne sont donc pas chez le Johnny spécialement nées dans la. fréquentation de populations étrangères, puisqu'elles se trouvaient à la base même de l'aventure du premier d'entre eux. Mais elles ont trouvé dans cette fréquentation un ferment de fortification et de transmission à tous les membres de la corporation dort un grand nombre n'étaient pas Roscovites.

La débrouillardise “individuelle” était chez eux “journalière” devant les imprévus de la vente, de la concurrence ou du comportement de la clientèle.

Mais elle savait se faire aussi “collective” dans les situations menaçantes pour la survie du Trafic. Rappelons en brièvement quelques unes :

Ce sont les principales, mais dans chacune d'entre elles, nous avons eu l'occasion de voir ou de “deviner” l'ingéniosité de nos compatriotes à se tirer d'affaire.

Ce n'est cependant dans ce terme général de “Débrouillardise” qu'il faudrait classer le “sens de l'organisation” qui les a caractérisés. Nous pensons qu'il serait mieux placé dans celui “d'Habileté”.

Oh ! bien sûr, ce sens est resté à un stade assez primitif, mais souvenons-nous que leur instruction était primaire et d'aucun d'entre eux, ne sortait d'une école spécialisée d'Etudes Commerciales ?

Voyez-les cependant, dès que se furent précisées les possibilités qui s'offraient à leur activité en Grande-Bretagne,constituer pour les exploiter ces associations, rudimentaires certes et fourmillant de lacunes juridiques, qu’étaient leurs “Compagnies” dont le principe, malgré leur diminution en nombre et en effectifs, tient encore malgré bientôt un siècle et d'existence.

Et la répartition qui s'est faite entre elles des régions côtières de toute l’île ? Devant une carte géographique de cette dernière nous sommes tenté, en l'évoquant, d’employer le terme de “quadrillage”.

Regardez en effet la côte SUD en partant de Douvres à l'Est. Les points d'atterrissage qu'étaient les ports de Brighton, Portsmouth, Southampton, Pool, Bournemouth, Weymouth, Exeter, Torquay, Plymouth, Falmouth et Penzance à l'extrême-Ouest, avec les franges poussées à l'intérieur, jusque à Londres et sa banlieue, Aldershot, Reading,, Winchester, Salisbury, etc.....ne vous laissent-ils pas l'impression que cette côte Sud aussi intensément exploitée a bien été, intentionnellement ou non, effectivement quadrillée ?

Si, devant la même carte, vous remontez ensuite la côte OUEST depuis la pointe de Cornouailles, en passant par le canal de Bristol et tout le Pays de Galles, pour arriver par Liverpool, Preston, Manchester et même Birmingham, puis par Barrow in Furness, White haven, Carlisle, Ayr, jusqu’à Glasgow, comme nous l'avons fait en suivant nos Johnnies Cornouaillais, Gallois, Écossais dans leurs navigations vers leurs régions de vente ; et que vous redescendiez ensuite, après des échappées aux Hébrides et aux Shetland, de la :Septentrion, Thurso, à Inverness, Aberdeen, Dundee, Perth, Leith, Édimbourg en vous arrêtant un peu à Newcastle on Tyne pour écouter l'accent chantant de ses “Jordeys”, avant de descendre à South Shields, Sunderland, Middlesbrough, Darlindton pour arriver enfin par Hull, Grimsby et Great Yarmouth; jusqu'à l'estuaire de la Tamise ... vous vous direz certainement au bout du long mais instructif périple, qu'à l’habileté, à l'opiniâtreté et à l'audace attribués par Mr HERUBEL au Roscovite, il y aurait lieu d'ajouter pour les Johnnies un sens indéniable de l'Organisation, doublé d'un flair certain dans le choix des points de vente. Et le partage “tacite” qui se faisait ensuite entre eux de ces derniers, pour limiter au mieux les inconvénients d'une concurrence inévitable vient confirmer ces deux dispositions de leur tempérament.

“FAUT LE FAIRE” dirait-on sans doute, dans le jargon simpliste et désinvolte avec la grammaire de nos bateleurs d'aujourd'hui ! Lais avec un étonnement légèrement admiratif tout de même, en apprenant les risques de tous genres courus et les privations acceptées pour exercer un travail d'une exceptionnelle rudesse.

Le pratique de ce métier n'a plus cependant de nos jours que de rares communes mesures avec celle des temps héroïques.

Les transports du personnel ne se font plus que par chemin de fer, mais parfois par la route et, en cas d'urgence par avion. Quant à ceux de la marchandise, ils se font depuis quelque temps par camions et par ferry-boats, tout au moins pour la côte Sud.

Le logement est en général de meilleure qualité. L'hygiène vestimentaire, corporelle et alimentaire s'est aussi développée, grâce à la présence plus fréquente d'épouses de patrons dans les magasins et à leurs soins attentifs.

Il n'est plus question de levers matinaux bien avant le jour, pas plus que de rentrées à des heures avancées de la nuit.

L'on ne traîne évidemment plus de charrettes à bras sur des distances de 40 ou 50 Km par jour, avec le souci d'avoir, en arrivant harassé au logis; à préparer avant de songer à se coucher le départ très matinal du lendemain.

La “chine” de porte à porte tend à disparaître, remplacée par la livraison périodique mais régulière chez les clients; à bicyclette, à motocyclette, ou  en fourgonnette pour ceux qui parcourent encore les banlieues des villes ou les campagnes.

Dans ce domaine, comme dans les autres, la régression du nombre des Johnnies, en réduisant d'autant la compétition, est à la base de la transformation.

La journée de travail débute entre, 7 et 9 h du matin selon les saisons et les régions, et se termine à la tombée de la nuit. Plus de couchage par conséquent dans la promiscuité des “Lodging-houses” ni même dans les abris plus salubres de “l'Armée du Salut” ; encore moins dans les wagons désaffectés des gares.

Des distractions : Cinémas, cirques, matchs de football ou de rugby, sont prises assez fréquemment et, en tout, cas, hors de toute clandestinité.

Un changement ne s'est pourtant pas opéré (mais nos Johnnies n'y peuvent rien) et l'expression “Ennuyeux comme un dimanche anglais” est toujours d'actualité. N'ayant donc pas eu à modifier leurs habitudes de cette journée, ils continuent à se rendre visite d'un groupe à l'autre, à jouer aux dominos ou aux cartes ou encore à papoter en se communiquant les nouvelles reçues par chacun, des siens et du pays.

Ou même à écouter la radio, des postes existant dans à peu près tous les “magasins” sinon à regarder la télévision chez ceux qui ont la chance de la posséder quand ce n'est pas chez des amis britanniques qui se font, nous le savons, de plus en plus nombreux.

A travers toutes ces modifications heureuses, deux usages subsistent cependant intouchables la Gratification “gwerz ar butun pe gwerz ar banne” (argent de tabac ou pourboire) et la pinte gratuite de bière, journalière pour tous, mais simple pour le vendeur et double pour le botteleur.

Il semblerait, devant ce tableau presque idyllique de la vie présente des Johnnies, que leur nombre devrait sinon s'accroître, tout au moins se maintenir. Or, il va diminuant, d'année en année, et le redire devient un truisme.

Nous avons eu à plusieurs reprises l'occasion de souligner ou, même d'analyser brièvement, quelques unes des causes de cette régression constante, Nous risquons par conséquent de nous répéter, en affirmant que l'une des premières à se manifester fut la dureté du métier que beaucoup de pratiquants "flous", lâchaient après une ou quelques campagnes et dont l'exemple finit par faire tache d'huile.

Il y eut aussi la prolongation graduelle en France de la scolarité pour les jeunes ; venant s'ajouter aux mesures anglaises de réglementation stricte du travail de ces derniers, elle frappait le trafic à la source car la profession s’apprenait dans l'âge tendre et en tout cas avant le service militaire et il y avait, en fait peu de johnnies à débuter après avoir été rendus par ce dernier à la vie civile.

L'industrie en général et automobile en particulier et le Commerce, en se développant dans notre pays, présentaient des possibilités d'emploi dont l'avenir paraissait plus assuré que celui d'une profession pleine d'aléas et demandant beaucoup de sacrifices. Certains patrons effrayés par ces derniers, abandonnèrent eux-mêmes et la disparition soudaine de compagnies importantes creusait un grand trou dans l'effectif total.

Rappelons en passant et pour saluer les mémoires des victimes, les cruelles hécatombes creusées dans les rangs des Johnnies par les sinistres maritimes et par les deux guerres mondiales, surtout par celle de 1914 - 1918.

Le moteur principal de l'amenuisement fut cependant, notre avis, la découverte de l'insuffisance des garanties sociales dans la corporation. Si les risques d'accidents pouvaient être convenablement couverts par l'assurance individuelle et à son gré, pour le patron, et par la loi sur les accidents agricoles du travail pour l’employé, le risque maladie par contre ne l'était, nous l'avons vu, que partiellement et uniquement durant le séjour en Grande-Bretagne, pour tous, tandis que leurs familles par ailleurs, ne continuaient à bénéficier des garanties de la S.S. de leurs chefs, que s'ils souscrivaient dans ce but, avant le départ, une assurance complémentaire. Or, devant le coût élevé à leurs yeux de cette complémentaire, beaucoup préféraient renoncer à partir.

Mais c'était surtout dans le domaine Vieillesse et Retraite que le bât blessait. L'on ne s'en aperçut évidemment que lorsque les premiers ayants-droit firent calculer le montant de leur pension par la S.S. Le temps passé à l'étranger ne pouvait être retenu pour le calcul puisqu'il n'avait donné lieu à la perception d'aucune cotisation.

Et le désavantage jouait aussi bien pour le “domestique” que pour ceux des patrons qui à leur retour en France, y exerçaient un emploi salarié. La découverte de cet état de fait préjudiciable provoqua naturellement un déchet considérable dans le nombre des Johnnies.

En lisant ces propos assez pessimistes, certains penseront peut-être qu'ils pourraient se résumer en un seul mot : ANACHRONISME.

Mais toutes les réalisations humaines, sauf peut-être celles de l'ART et de l'ESPRIT, ne sont-elles pas à l'avance condamnées à devenir anachroniques, et plus rapidement dans les période, comme la nôtre, de découvertes scientifiques bouleversantes ?

Elles ne peuvent, à notre modeste avis, échapper à ce vieillissement qu'en se modernisant et en s'adaptant. C'est tout de même un peu ce qu'a fait la profession Johnny réduite, et ceci nous procure l'occasion de répondre à ceux de nos lecteurs, très souvent marchands d'oignons, qui nous interrogent sur les perspectives que nous entrevoyons pour elle.

Nous venons d'écrire que cette dernière est aujourd'hui d'exercice beaucoup moins pénible qu'autrefois tout en étant, nous le croyons, d'un rapport mieux assuré. Il ne saurait être question de vouloir faire renaître dans les conditions du passé, ni les grandes ni les moyennes “compagnies”. Ce serait à coup sûr tomber dans l'anachronisme.

Nous pensons cependant que, pratiqué en famille ou en groupes restreints d'associés, voire même ,avec un minimum d'employés, le métier peut avoir des chances de survivre.

Mais il faudrait pour cela, et tant que les lois sociales, tant dans leurs contextures que dans leurs modes d'application seront ce qu'elles sont, que les intéressés fissent en privé, l'effort nécessaire et indispensable pour compenser pour eux-mêmes et pour leur personnel, les pertes d'avantages sociaux et de vieillesse qu'ils subissent actuellement.

Matériellement, ceci ne nous paraît pas irréalisable, mais c'est à chacun d'apprécier lui-même si le sacrifice pécuniaire consécutif qui lui serait demandé, vaut d'être consenti.

Est-il utile, pourra t'on nous rétorquer, de persévérer dans cette voie, puisque le nombre des pratiquants n'est plus ,qu'environ le dixième du maximum atteint entre 1925 et 1930 ?

Cela aurait cependant pour premier résultat de conserver pour l'oignon rosé qui trouve les marchés français assez fermés, un débouché qui inciterait nos agriculteurs à en continuer la culture.

Mais aussi, et ce nous paraît en l'occurrence, primordial, en réservant l'avantage exceptionnel, pour ne pas dire le privilège qu'est l'entrée préférentielle en Grande-Bretagne, accordée à nos Johnnies depuis l'initiative d'Henri Ollivier, cela réserverait à l'avenir.

Ne serait-il pas, en effet regrettable que cette faveur eût à subir une nouvelle solution de continuité ? Nous avons mesuré les dangers qu'elle a courus après l'interruption forcée de 1939 à 1946, et l'âpreté de la longue lutte que l'association des Johnnies a dû livrer pour obtenir son renouvellement.

Si ces derniers en faisaient d'eux-mêmes l'abandon, il est probable qu'elle ne serait pas rétablie, tout au moins avec ses traits particuliers, surtout si l'entrée de la Grande-Bretagne ne dans le Marché Commun devient effective.


PORZ AR VAG-SKANV  -  plus simplement “port aux sureaux”

La COTE EST de Roscoff est très découpée. Chaque anse y porte une dénomination.

En suivant la côte depuis sainte Barbe nous rencontrons dans l'ordre :

Peut-être en oublions-nous ; nos lecteurs auraient alors l'obligeance de compléter notre information.

Il est sans doute peu de TOPONYMES (noms de lieux) Roscoff dont l'orthographe et la prononciation soient aussi instables que PORZ AR BASCOUNT.

En voici un échantillonnage :

Il semble bien que la voyelle A soit à peu près constante au milieu de ces variations. C'est une raison presque suffisante pour écarter les termes BESCONT, BESCOND ou BESCOUNT où certains croient percevoir l'étymologie de ce PORZ. Cette explication fait fi de l'histoire et de la nature des lieux (topographie).

En breton VICOMTE se dit BESKONT. Comme Roscoff on tend à devenir OUN, on prononcerait BESKOUNT. On sait qu'il y avait sur ce terroir un manoir dont Jan MOAL, le roturier, était sieur en 1680. Mais c'est faire erreur que de croire qu'il s'agissait d'un titre nobiliaire, Aux 16eme et 17ème siècles, il n'y avait de nobles au sens propre qu'à Kerestat et auparavant à Rucat. Les nobles de Roscoff, ceux aussi dont les noms sont portés sur les actes à cette époque portent le modeste titre d'ESCUYER, ainsi Hierosme de Kergoat, seigneur de Kerestat, Nicolas Toulcoat (1686) sieur de Quersaliou. Ils ne font pas partie de la hiérarchie nobiliaire, qui commence par chevalier et se poursuit par baron, vicomte, comte, marquis et duc. PORT du VICOMTE est une fantaisie.

Une autre explication est proposée. Le PORT DES TREPASSES correspondrait à l'étymologie BAS-KANV ou BAS-KAON, tréteau mortuaire. KANV ou KAON veut dire “deuil”. Y aurait-il eu là un naufrage terrible ou bien un rocher qui aurait eu la forme d'un brancard mortuaire ? Il n'y a pas lieu, nous semble-t-il, de s'attarder à cette interprétation, non plus qu'au terme proche de BOLZ-KANV ou catafalque.

L'on entend parfois prononcer PORZ-AR-BASKOURN. C'est mémo l'écriture retenue par Monsieur l'abbé Kerbiriou dans son ouvrage que nous citons plus bas. En breton SKOURN, SKORN signifie “glace”. Il ne semble pas indiqué de trouver une allusion au froid en cette anse dont l'extrémité nord porte le nom de TOULL AR C'HRASTER (trou de la sécheresse, de la chaleur).

Nous avançons une autre hypothèse, qui tient compte des caractéristiques de cette grande plage. Les anses précédentes ne sont pas accessibles par la mer ; leurs plages étroites sont fermées par des rochers et des éboulis. PORZ-SKAFF porte dans son nom cette caractéristique PORT DE L'ESQUIF, du radeau. Seule la plage de PORZ AR BASCON est accessible à des bateaux ; il en venait autrefois, il en vient peut-être encore. Au milieu de l'entrée de la plage on aperçoit une bonne surface sableuse que l'on appelle précisément TOULL AR VAG, le TROU du BATEAU.

Nous proposons donc l'interprétation PORZ AR VAG-SKAN(V), PORT pour BATEAU (BAG) LEGER (SKANV).

Monseigneur DE LA MARCHE, dernier évêque de Léon, sur le point d'être arrêté par le gouvernement révolutionnaire, s'enfuit clandestinement de ce PORZ sur un bateau de, contrebandiers. Voici ce qu'en écrit Mr l'abbé Kerbiriou dans son ouvrage sur Mgr de la Marche publié en 1924 (pages 346-347)

“ Mgr De la Marche avait réellement quitté le pays. En s'échappant de la maison de M. du Laz, il s'était rendu chez M. de Poulpiquet Coëtlez au château de la Villeneuve (Kernevez). Un gentilhomme de la ville de Saint Pol, M. François de Kermenguy, prévint son fils Nicolas âgé de 20 ans, qu'il eût à se tenir prêt à aller prendre l'Evêque au château et à l'escorter jusqu'à Roscoff où un bateau de fraudeurs devait le transporter en Angleterre. Le port de Roscoff était à cette époque un centre important de contrebandiers qui exportaient de l'autre côté de la Manche du thé et de l'eau-de-vie. Le jeune homme partit accompagné d’un ami, M. Salaün de Kertanguy, et d’un domestique, Jean Postec, originaire de Plougasnou. A huit heures du soir, les trois jeunes gens arrivèrent à Kernévez où ils trouvèrent un marin envoyé par le capitaine du bateau pour leur montrer le chemin tout le long de la grève. Mgr de la Marche les suivit; ils sortirent par l'une des portes du parc, gagnèrent Pempoul et atteignirent une petite anse, Pors-ar-Baskourn, tout près de la chapelle de Sainte-Barbe en Roscoff, à une lieue de Saint-Pol. Là, le bateau attendait, caché par des rochers. La séparation fut déchirante ; l'Evêque remercia les jeunes gens et leur donna sa bénédiction qu'ils reçurent agenouillés sur le sable. Dans le bateau il n'y avait ni lit, ni siège, mais seulement quelques barils d'eau-de-vie. La traversée n'était que de trente-six lieues, mais elle dura quatre jours par un fort mauvais temps. Mgr de La Marche n'avait pu emporter ses bagages, car la municipalité de Roscoff les avait confisquée , le patron du bateau dut lui prêter des souliers et des bas ; enfin, le quatrième jour, il aborda à Mount-Bay, dans la Cornouaille anglaise, et de là se rendit à Londres où il allait préparer les voies à l'arrivée et à la réception des prêtres français que les décrets de déportation devaient chasser sur les côtes britanniques, et devenir ainsi le précurseur et la providence de ces infortunés en exil. “


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