La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 260 - 1971 - Décembre

- Essai sur les "Johnnies" de Roscoff, par Mr François Guivarc'h 
Johnny    Johnnies de Rroscoff - François Guivarch - 1979

Carte des lieux d'activités des Johnnies

- Porz ar Zaos


LA POMME DE TERRE

Il y a moins de 450 ans aucun Européen, aucun Asiatique, aucun Africain ne connaissait la pomme de terre. Les Espagnols la découvrirent en 1537 (l'église de Roscoff est alors en construction) dans les Andes du Chili où les Indiens s'en servaient comme aliment. Ils l'adoptèrent et l'introduisirent dans leur pays, puis en Italie en 1580, en Irlande en 1536. Sa culture commença en divers autres pays d'Europe, mais très petitement. Ce n'est que deux siècles plus tard que sa popularité commença grâce à PARMENTIER. En 1773, l'Académie de Besançon, alarmée par la surpopulation - déjà ! - proposa un prix à qui trouverait des aliments nouveaux. Parmentier rédigea un mémoire sur la pomme de terre et gagna le prix. Le roi LOUIS XVI l'appuya dans sa propagande et la pomme de terre partit à la conquête du monde

Aujourd'hui, elle tient la première place, bien avant le blé et le riz. En 1960 on cultivait dans le monde 231 millions de tonnes de riz, 249 de blé et 282 de pommes de terre. En 1968 le riz passait à 256 millions de tonnes, le blé à 273 et la pomme de terre à 297. Elle reste donc le principal aliment du monde, mais c'est l'Europe (Pologne et U.R.S.S. surtout) et l'Amérique du Nord qui en consomment le plus.

Roscoff doit beaucoup à Monseigneur DE LA MARCHE, dernier évêque de Léon, plus connu sous le nom de “ESKOP AR PATATEZ”.

Cet évêque fut, en effet, un homme très ouvert, soucieux d'assurer l'instruction dans son diocèse ; nous reviendrons un jour sur ce sujet. Citons ce qu'écrit Monsieur l'abbé Kerbiriou sur l'action entreprise par ce prélat pour introduire dans son diocèse la culture nouvelle de la pomme de terre

Monseigneur rendit un grand service à sa population en répandant dans le pays la culture de la pomme de terre. Mr de Kerdanet, qui connut l'Evêque, dit dans une courte notice parue en 1818 : “Ce vénérable prélat a introduit dans son diocèse la culture des pommes de terre qu’on on dédaignait de son temps et qui sont aujourd'hui d'une très grande ressource pour les personnes peu fortunées qui béniront sa mémoire”. La reconnaissance populaire lui a décerné le nom d’ESKOP AR PATATES (l'évêque aux pommes de terre).. Il y a des gens à Saint Pol qui ne le connaissent que sous cette dénomination.”

“quelques années après que Parmentier plantait à Versailles ses premières pommes de terre, Monseigneur de la La Marche en plantait dans son petit domaine de Château-Gaillardin.

A 500 mètres de la ville de Saint-Pol du côté de la mer, s’élève encore, sur un des points culminants de la péninsule, une ancienne tour flanquée de deux pavillons modernes (ceci est écrit en 1924). Avant d’être la propriété des Évêques de Léon, elle servait de poste d'observation aux marins chargés de surveiller les mouvements des navires.”

“ C’est dans sa bibliothèque de Gaillardin que composait ses mandements , il occupait ses loisirs à des travaux rustiques dans le petit ; jardin “de 18 cordes de surface”, et il y prépara son champ d'expérience. Il le fit enclore de murs en 1783 afin de protéger ses récoltes. Aussitôt qu'elles venaient, à maturité, il les distribuait aux cultivateurs. C’est ainsi que le précieux tubercule fut de bonne heure acclimaté dans le pays de Léon.”

La pomme de terre fut la base de l'alimentation humaine en nos pays. Au 19ème siècle et encore assez largement aujourd'hui. Mais peut-être fut elle plus précieuse encore car elle a permis l’alimentation hivernale des porcs et assura ainsi à nos grands parents la seule alimentation carnée qu’ils aient pu s’offrir : le lard salé et les dérivés du porc, pâtés et saucisses.

Il y avait autrefois un quai PARMENTIER. Il fut question récemment de l'appeler Quai Monseigneur de la Marche, ESKOP PATATEZ. Cette fantaisie n'a pas eu d'effet. Depuis la délibération municipale du 10 décembre 1970,  nouveau quai de plaisance et ancien quai PARMENTIER sont placés sous le patronage de CHARLES DE GAULLE.


ESSAIS SUR LES “JOHNNIES” par Mr François GUIVARC'H

Il nous arrive d'être de temps en temps questionné sur l'entrée de la Grande-Bretagne dans le MARCHE COM1IîU1q et sur ses incidences. Nous sommes naturellement ici dans un domaine nouveau dont les inconnues ne permettent que des conjectures.

Le principe de l'Entrée vient d'être voté par le Parlement britannique, après huit ans d'attente et à une majorité plus forte que prévue et composite d'ailleurs. Mais il reste à faire ratifier par ce même Parlement, au moyen d'une loi, l'acceptation du TRAITE de ROME qui est la base même du Marché Commun des SIX, et surtout à lui soumettre tous les textes d'une deuxième loi qui aura pour objet d'aligner la législation britannique sur celle des SIX en la matière. Il y aurait ainsi, dit-on, un millier de clauses différentes à discuter et à faire admettre pour que soit entérinée l'adhésion.

Cela demandera d'autant plus de temps que l'Opposition des adversaires de l'Entrée sera sur chacune d'entre elles, farouche, du moins le proclament-ils. Il est cependant à prévoir que, sauf accident grave de parcours, l'ensemble sera voté. L'Angleterre semble en effet avoir compris que son intérêt était maintenant de s'intégrer dans une Association Européenne puissante que son adhésion viendra. renforcer de l'appoint de son industrialisation avancée, surtout dans la Mécanique, et qui deviendra un contre-poids des plus sérieux dans la balance économique mondiale, surtout si l'on tient compte des Pays Africains associés et des accords préférentiels qu'elle a passés avec les Nations méditerranéennes.

Nous ne tenons nullement à paraître vouloir jouer les Prophètes... mais, n'est-ce pas exprimer une évidence que d'énoncer, en ce qui concerne le Johnny que, - et toutes choses restant égales par ailleurs - l'Entrée de l'Angleterre ne devrait apporter pour lui qu'un seul changement: la Grande-Bretagne n'a-t-elle pas conclu avec lui, depuis 1828, une sorte de Marché Commun miniature, en tolérant sa venue sur son territoire, avec ses marchandises dans les conditions que nous connaissons, et en l'autorisant à les y vendre, au détail et à la chine ? Double prérogative à laquelle nous songions, en insistant plus haut sur l'utilité de réserver l'avenir.

Le changement serait cependant de taille, puisque les droits de Douane qu'il payait jusqu'ici au débarquement, disparaîtraient graduellement ; l'un des buts du Marché Commun étant précisément la suppression des barrières douanières entre ses Membres.

Les difficultés pour lui, proviendraient plutôt des quelques pays parmi ces derniers, producteurs d'oignons, qui pourraient mettre en contestation les deux faveurs dont il jouit en Grande-Bretagne.

Pour les défendre, ses principaux arguments seraient naturellement : la Modération dont- il a su faire preuve depuis 143 ans, et dans leur usage et dans les prix ; l'infime proportion de la marchandise qu'il vend, dans la consommation totale de l'île ; le nombre réduit de ses vendeurs.

Quant à la concurrence qu'il aurait à supporter de leur part, il ne s'en effraierait pas outre mesure, car il y a longtemps qu'il se trouve dans le Royaume-Uni en face des oignons “Dutch” de Hollande, et, mais moins fréquemment cependant, de ceux d'Italie. Ne lui arrive-t-il pas même , à l'occasion, d'en être acheteur ?..

Il profitera par contre directement, avec la majorité,de nos cultivateurs, des dispositions du traité de Rome qui obligent tous les pays membres, à pratiquer un prix commun pour tous leurs produits agricoles. Les prix anglais qui, pour certains, sont actuellement inférieurs de 25% à ceux de la Communauté, vont donc s'aligner sur ces derniers et monter. L'oignon britannique cessera ainsi d'être pour le Johnny et pour nos paysans, l'obstacle le plus gênant dans la vente du leur.

Une autre probabilité favorable se profile aussi pour notre culture, dans l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun : avec la réouverture des Marchés anglais pour nos pommes de terre de primeur qui, jusqu'aux environs de 1932, y trouvaient un large et rémunérateur débouché. Mais cette reprise nécessitera sans doute, tout au moins sur la côte, une reconversion partielle dans la plantation des espèces plus ou moins hâtives de choux­fleurs.

Tous devront cependant rester attentifs au “Stimulant” que sera certainement pour les agriculteurs anglais la hausse générale de leurs produits, aussi bien qu'à “l'Esprit d’entreprise” quelle pourrait développer en eux, car ils sont par ailleurs, supérieurement outillés.

Notre industrie risque, à l'inverse, d’être en état d'infériorité devant la britannique dont les fournitures à la France, surtout d'objets fabriqués, dépassent d'un quart nos exportations Outre-Manche. Souhaitons qu'elle puisse être à même de surmonter cette difficulté, comme elle a su le faire assez bien en face de Ia concurrence allemande.

Il est enfin à prévoir et à espérer que les membres de la Communauté dont plusieurs autres pays d'Europe aspirent à faire partie, seront obligatoirement conduits, sinon à créer une monnaie d'échange, de réalisation très délicate on le conçoit, tout au moins des parités de change fixes tour leurs monnaies respectives. Les variations de cours de ces dernières, leurs dévaluations ou réévaluations successives ont, en effet, depuis quelques décades, rendu les échanges internationaux hasardeux et pour leur modeste part, nos Johnnies en ont été plus souvent les victimes que les bénéficiaires.

Dans l'immédiat, il est à souhaiter que la Crise monétaire déclenchée dans le monde entier par les mesures draconiennes et unilatérales prises le 15 Août dernier par les Etats-Unis d'Amérique pour tenter de corriger le déficit de leur balance commerciale, et dont les répercussions sont bien fâcheuses pour les Économies de tous les pays, trouve rapidement une solution qui écarterait de graves dangers dont le principal pour l'Europe, est pour l'instant : l'ECLATEMENT du Marché Commun.

Dans ces perspectives que nous avons examinées sommairement en ce qu'elles concernent nos Johnnies, n'est-il pas désirable que leurs 150 persévérants qui ont franchi la Manche en 1971 maintiennent la tradition du Trafic ? Et ce dernier ne serait-il pas susceptible, s'il conserve ses deux avantages de base, de reprendre vigueur avec la mise en service assez prochaine du Port en Eau Profonde de Landivinneg ?

Les travaux, malgré le retard imposé à la mise en place d'un caisson supplémentaire en ciment, par l'insuffisance de hauteur des marées jusqu'en mars 1972, y sont en effet très avancés et l'on peut entrevoir déjà les améliorations dans la manipulation et le chargement des marchandises comme dans la rapidité de leur transport et, par voie de conséquence, dans les conditions de leur conservation que l'on y trouvera ; améliorations qui pourraient peut-être se compléter par le passage sur les bateaux de leurs chargeurs eux-mêmes.

Quoiqu'il en advienne cependant, au terme de ces “ESSAIS”, qui ne prétendent pas avoir épuisé le sujet, sur le “Phénomène JOHNNY”, il nous revient à la mémoire les propos que nous tenait, après la parution des premiers chapitres, cet ancien de la profession dont l'expérience, les souvenirs et les observations nous furent maintes fois précieuses dans nos recherches :

“ L'on ne sait pas assez, car on s'est en fait peu soucié de l'approfondir et, si on le sait on ne le dit que très rarement sans d'ailleurs l'écrire, l'importance des apports qu'a valus “le mouvement JOHNNY” à notre Région et tout le profit qu'elle en a tiré.

“Nos marchands d'oignons, à part les engagements de “domestiques” ou d'achats de marchandises qu'ils inscrivaient eux-mêmes ou tout au moins signaient sur des cahiers d'écolier dans certaines auberges ou sur les registres paraphés des agents maritimes, n'ont pas laissé dans le public d'autres écritures dépeignant leur existence d'exilés temporaires.”

Leurs correspondances avec leurs familles contenaient sans doute, pensons-nous, des détails très intéressants, mais elles étaient privées et n'ont probablement que peu souvent été conservées.

Quant aux cahiers des auberges et restaurants, ils ont pour la plupart disparu, et les registres des Agents maritimes sont des documents commerciaux à conservation de durée réglementaire limitée. Les archives des Douanes seraient peut-être plus indicatrices mais en matière de statistiques.

Pour la période d'après-guerre 1939 / 1945 cependant, l'ASSOCIATION DES JOHNNIES possède une documentation fournie dont la consultation nous a été très utile.

“Le premier avantage que trouva notre pays dans le “Trafic” lorsqu'il fut bien assis, continuait notre interlocuteur, fut l’exutoire annuel” qu'il représentait pour une population masculine trop nombreuse sur une superficie réduite et dont le trop-plein n'avait d'autres perspectives d'emploi pendant les mois d'été et d'automne, que celle de journalier agricole, embauché au point du jour, sur la place se St Pol (d'où le nom breton de “plasenner” appliqué à l’engagé), pour une ou quelques journées au maximum selon sa réputation de travailleur. Et cet exutoire s'accompagnait de la garantie d'un salaire mensuel, aubaine pour beaucoup de familles.”

“ Il assurait aussi un débouché à l'oignon rose dont la culture s'étendit bientôt de Roscoff, de Santec et des abords de St Pol à Plougoulm dont la plaine de “Tregor” en était couverte au printemps et en été, pour gagner Sibiril-Mogueriec, Cléder, Plouescat et au-delà.”

“ Et le succès rencontré par ce dernier, ne fut-il pas un aiguillon pour l'exploitation des choux-fleurs dont les espèces hâtives et demi-hâtives se plantaient en double culture entre ses planches, puis des pommes de terre et de l'artichaut ?”

“Il vint en tout cas à point pour redonner vie au port de Roscoff dont l'activité s'était éteinte après la fin du Blocus continental, et dont il déclencha la troisième renaissance. “

“Le Cabotage et la Navigation de commerce du TREGOR et du GOELO, en profitèrent pour-armer ou réarmer des cotres, des dundees et des goélettes islandaises ou Terre-neuviennes qui se voyaient assurés grâce à lui, de six à sept mois de fret par an, et d'un temps de navigation précieux pour leurs équipages.”

“La présence continue de plusieurs dizaines de ces derniers dans le port, l'avitaillement de leurs navires, leur entretien ou leur réparation étaient des ressources évidentes pour le commerce local auxquelles venaient s'ajouter les dépenses des livreurs de marchandises condamnés parfois à un stationnement prolongé dans les rues de la ville ou aux abords des quais, et celles de la masse du personnel des Compagnies employée au chargement des bateaux. Si l'alimentation et la limonade étaient les premières bénéficiaires des achats de tout ce monde, ces derniers profitaient aussi par ricochet, à tous les autres commerces. D'autant plus qu'avec les expéditions de pommes de terre nouvelles de mai à Juillet et, plus tard, avec le transport durant l'hiver des choux-fleurs dits “Moudet” vers les marchés anglais, le port de Roscoff connaissait un trafic presque permanente.

Mais, c'est surtout l'Économe générale de notre Région qui se trouvait gagnante dans l'émigration des Johnnies. L'argent qu'ils en rapportaient et qui dans le passé était le plus souvent de l’or, ne représentait-il pas venant, contre marchandises exportées, de l'étranger et non d'un circuit intérieur fermé, le véritable enrichissement désiré et recherché par tous les pays.?

Ne peut-on pas dire enfin que le Johnny a constitué une publicité gratuite en matière de TOURISME ?"

Lorsque ce dernier, à Ia fin du 19ème siècle, prit de l'extension avec la multiplication des lignes de chemin de fer, de nombreux Britanniques fervents par nature de cet agrément y ont voulu faire la connaissance de la contrée d'origine de ce curieux vendeur ambulant dont les manières et la ténacité les intriguaient et ils venaient y séjourner parfois pendant une grande partie de l'été.

“Le mouvement s'est ensuite amplifié avec la diffusion de l'automobile, si la durée des séjours s'est écourtée et surtout lorsque de nos jours, la Presse écrite, la Radio, le Cinéma et la Télévision ont réussi à rendre familière à la Grande-Bretagne toute entière, la silhouette à nulle autre semblable, de ce fidèle immigrant annuel.”

La monographie que nous avons tentée a-t-elle pu atténuer les regrets de notre ancien Johnny et constituer des éléments d'archives pour une Histoire plus fouillée d'un phénomène dont la Commune de Roscoff semble, elle aussi, vouloir perpétuer le souvenir ?

Son conseil municipal, sur la proposition du propriétaire des anciens jardins des Moguerou, Roscovite par alliance et aussi de coeur, futur habitant d'ailleurs du quartier a, en effet et l'an dernier, décidé de donner le nom de “RUE DES JOHNNIES” à la nouvelle voie tracée dans le lotissement qui a été fait de ces jardins. Le choix de cette appellation que les autorités de tutelle ont approuvé, nous semble particulièrement heureux et judicieux.

La rue se trouve en effet à 100 mètres seulement de celle qui porte le nom de Henri OLLIVIER, et elles conduisent ou conduiront toute deux à ce vieux port qui servit de point de départ au premier Johnny et fut ensuite pendant près d'un siècle et demi, le théâtre de l'intense activité de ses nombreux imitateurs et fervents continuateurs.

F I N

 

BIBLIOGRAPHiE sur les JOHNNIES

DOCUMENTATION

Renseignements fournis par :

Après avoir exprimé notre reconnaissance à tous nos obligeants "documentateurs", nous remercions en particulier :

Monsieur le RECTEUR de Roscoff, de nous avoir d'abord incité à publier nos ESSAIS, ébauchés voici 25 ans, sous forme de “causerie” à de futurs enseignants en stage d'Etude de la langue bretonne à Roscoff et ensuite d'avoir patiemment mis, pendant 30 mois, son “Bulletin Paroissial” à notre disposition pour cette publication,

et Mr Michel CABIOC'H d'avoir, avec l'aide de ses proches, apporté des soins attentifs à la mise en page claire et aérée du texte en l'agrémentant parfois de judicieux dessins.

Roscoff, le 10 décembre 1971 - L'auteur : Fr. GUIVARC'H


PORZ AR ZAOS

La rédaction d'un Bulletin comme le nôtre oblige à certaines heures à se battre les flancs pour en extraire des sujets susceptibles d'intéresser les lecteurs. Par bonheur pour le rédacteur, Roscoff offre une ample matière à études. Encore faut-il que surgissent au fil des conversations avec les paroissiens des observations ou des expressions suggestives.

Nous devons ainsi à des personnes du quartier de Rosko-goz deux toponymes fort anciens, pratiquement sortis d'usage, que le vieux Cadastre lui-même (1846) n'avait pas fixés :

Les champs au-delà de Touliguin vers Rosko-goz et Roc'h KROUMM portaient le nom de MECHOU PORZ AR ZAOS - Champs de l'anse à l'Anglais. Sans doute un bègue - Quelqu'un qui parle difficilement - est-il un SAOZ en Léon (un Anglais) et un GALL (Français) en Cornouaille, Mais il n'y a pas lieu ici de traduire “Anse du BEGUE”.

Où est PORZ AR ZAOS ?

Nous ne voyons en ce site d'autre emplacement que l'anse que domine Saint Luc. Le nom garderait-il le souvenir de l'invasion anglaise qui rasa l'agglomération de Rosko, groupée alors sur ces terres appelées depuis MECHOU PORZ AR ZAOS ?

Cette agglomération, peu importante, eut son cimetière, tombé en désuétude après 1550, date de la mise en service de l'église. Un champ sur le bord de la venelle qui va de Touliguin à Rosko-Goz en a gardé le souvenir : le CHAMP DU VIEUX CIMETIERE. Il y a tout lieu de supposer qu'il y avait là une chapelle à la fin du 15ème siècle. C'est sans doute de là que proviendrait la statue Notre Dame de CROAZ-BATZ, antérieure à notre église.


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