La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 262 - 1972 - Février

- Documents sur Roscoff - Les cahiers de doléances, par J.Y. Tanguy
- Goélands et goélettes au Kelenn.


LES CAHIERS DE DOLÉANCES par J.Y. TANGUY

Le Cahier pour les États

Les six premiers articles énoncés dans notre dernier numéro, d'ordre plutôt général, répondent aux aspirations nouvelles du Tiers Etat qui accueillait la réunion des États Généraux comme la “bonne nouvelle” annonciatrice de temps nouveaux. L'égalité devant l'impôt est à la base de toutes ces revendications. Les paragraphes suivants abordent les sujets “brûlants” du moment.

Depuis deux siècles, les habitants du bourg n'avaient cessé de se battre sur tous les fronts (au Parlement et au conseil du roi) pour obtenir les droits de ville. Aussi profitèrent-ils de cette occasion pour réitérer leurs doléances :

ARTICLE 7 .

- Ils demanderont spécialement que l'église succursale de Roscoff soit érigée en paroisse, que le recteur qui en sera inamovible sera à la nomination des habitants de Roscoff, patrons et fondateurs de leur église.

ARTICLE 8 .

- Que le port et havre de Roscoff obtiennent le droit de ville, faveur que sollicite et sa population et l'étendue d'affaire qu'il se fait et dont il est encore susceptible.

ARTICLE 9 .

- Qu'il soit absolument distinc et séparé de St Pol, seul moyen de faire renaître la paix et l'harmonie entre les habitants respectifs.

ARTICLE 10 .

- D'avoir un hôtel de ville, un maire et un greffier.

ARTICLE 11.

- D'avoir le droit de députés aux États de la Province, droit dont il a déjà joui en 1614

Nota privilège qui a été aboli à la sollicitation de St Pol

ARTICLE 12 .

- D'avoir l’administration et manutention de ses deniers d'octrois dont les fonds seront employés aux réparations du quay, de sa jettée, de la digue et aux autres endroits menacés de submergation.

Nota - L'octroi accordé par le roi Louis XIII, en 1623 consistait dans la levée d'un sol par pot de vin et de 4 deniers par pot de cidre ou bièrre qui seraient vendus dans le bourg

ARTICLE 13 .

- D'avoir un corps politique légal composé du maire, de deux fabriques, procureurs généraux, syndics d'administration des biens de l'église, deux administrateurs de l’hôpital du lieu et de sept assesseurs parmi lesquels on nommera un miseur, deux collecteurs des impôts royaux et quatre conseillers surveillants à la police.

Nota - le Miseur étant le gestionnaire des finances municipales.

ARTICLE 14 .

- Les dits habitants de Roscoff étant patrons et fondateurs de leur église succursale, de l'Hôpital, du couvent des capucins, des chapelles St Sébastien, Ste Barbe.et Ste Anne demander qu'il ne soit permis à qui ce soit de les interrompre ou troubler dans la jouissance de leurs droits, privilèges et possessions.

Nota - Cette revendication mérite quelques éclaircissements. Depuis la dernière guerre contre l'Angleterre (cf. guerre d'indépendance des Etats-Unis et traité de Versailles de 1783) la chapelle de St Ninien et celle de l'hopital avaient été “encombrées par les affûts et canons qui étaient répandus sur la côte”. Une délibération du 19 Septembre 1784, constatait “qu'il y avait des ordres d'en disposer de manière à en priver entièrement les habitants”.

Aussi, le service des fondations et l'instruction des enfants s'en ressentaient-ils ! Le corps poli tique fut d'avis de recouvrir au roi ou à ses ministres “pour obtenir, de deux choses l'une, que les canons, affûts et autres ustenciles qui encombrent actuellement la chapelle de Ste Union et celle de l'hopital, en soyent enlevés incessament ou qu'il plaise à Sa Majésté de donner les ordres nécessaires pour obtenir à une indemnité convenable vis-à-vis les habitants de Roscoff..,” La suite de cette histoire ne nous renseigne pas si les plaignants eurent gain de cause ?

ARTICLE 15 .

- Supplier très humblement Sa Majesté de vouloir bien prendre cette ville sous sa protection particulière et ne jamais permettre qu'il soit   décerné aucun droit qui tend à ruiner et détruire son commerce, seule ressource qui fasse subsister ses habitants.

ARTICLE 16.

- Un jour de marché, Louis XIV de glorieuse mémoire leur accorda 6 foires par an en 1649. Ce diplôme n'eut pas d'effet, la ville de St Pol s'étant touts temps opposée à tout ce qui pouvaient faire l'avantage de l'endroit.

Nota - En effet, grâce à l'appui des évêques de Léon, les St Politains purent empêcher l'enregistrement de ce diplôme, par le Parlement de Bretagne. Cette procédure d'entérinement parlementaire était nécessaire, pour que ce privilège royal entre en vigueur.

ARTICLE 17 .

- Solliciter fortement un grand chemin royal qui partant de Roscoff aille joindre celui de St Pol à Lesneven d'un côté, et de l'autre celui de Morlaix ; ce chemin, que l'on demande depuis longtemps est d'autant plus nécessaire que celui qui existe aujourd'hui est impraticable en hyver et que le commerce demande plus aisé et plus commode.

Nota - Les problèmes de voirie ne tracassaient pas seulement nos contemporains !

ARTICLE 18 .

- Le commerce des audevies et thez (sic) que les Anglais et les Irlandais venaient prendre jadis à Roscoff, a été florissant et procurait d'abord le débouché des audevies du royaume et celui des thez que nous apportaient les vaisseaux de la compagnie (sans doute, la Compagnie des Indes, remodelée en 1785 et dont le siège était à Lorient) et faisant d'un autre côté subsister une quantité d'ouvriers et de journalliers dans le pays, mais depuis qu'il a plû à la communauté de ville de St Pol de Léon d'obtenir par une sollicitation prépondérante, des octrois ruineux et destructeurs sur cette branche, elle languit et s'évanouit progressivement sous nos yeux. Demander avec instance la suppression de ces droits odieux et arbitraires qui chasse le commerce d'un port commode et heureusement situé.

Supplier le gouvernement de le protéger et d'encourager l'industrie (= habileté, savoir-faire), l'activité de ses habitants et enfin toutes les pêcheries qui s'y font.

ARTICLE 19.

- Roscoff est le seul port de France, commode pour le commerce interlope avec l'Irlande, la partie du Ouest d'Angleterre et l’Écosse, avec l'encouragement nécessaire, deviendrait de conséquence pour le bien général de la France. Ces encouragements consistent à, ôter les octrois ruineux sur les marchandises destinées pour l'étranger et obtenir pour des embellissements frivolles,. St Pol de Léon.

La liberté d'entreposer les audevies d'Espagne, le Rum ou Taffia (= cru réputé d'eau de vie) de l'étranger comme sa Majesté a accordé pour le genéviévre de Hollande et le taffia des colonies et un entrepôts général ou la prolongation de l'entrepot de quatre mois. S'il est nécessaire de lever quelques droits sur l'expiration, qu'ils soient assez modiques, pour que le négociant put le céder de ses bénéfices afin de le mettre en concurrence avec les illes de Guernezey et Aurigny situées aussi favorablement que ce port, qui par une exemption de tous droits, une franchise générale et une exemption de tous les frais résultant d'une régie régulière, ont attiré chez eux tous le commerce. “

Nota - Ces deux précédents articles 18 et 19 illustrent toutes les branches de l'activité maritime, qui se déployant à, Roscoff et complètent ce qu'en a déjà écrit le conventionnel Cambry, en 1794 (cf. extraits de son ouvrage : “Voyage dans le Finistère” dans un précédent numéro de Janvier).

A maintes reprises, les habitants s'insurgent contre ce qui a provoqué le “languissement” du commerce interlope : la création de droits d'octroi perçus par la communauté de ville de St Pol,

Ne réussissant plus à faire face à ses dépenses, St Pol se vit contraint de chercher de nouveaux subsides.

Un arrêt du Conseil du roi et des lettres patentes de novembre 1784, l'autorisèrent à percevoir de nouveaux octrois, à raison de 21 sols par tonneau de vin, 21 sols par barrique d'eau de vie et 10 sols 6 deniers par baril de graines de lin, déchargés aux ports de Pempoul et Roscoff, sans oublier la “bagatelle” de 10 sols par livre, accordés au roi sur les dits droits.

Ce fut un tollé général. Les Roscovites, indignés, n'hésitèrent pas à prendre d'assaut le Conseil du roi, les Etats de la province, le Parlement, “semant à la volée” des mémoires imprimés qui furent présentés au duc de Penthièvre, gouverneur de la province, à De Castries ministre de la Marine et De Calonne, Contrôleur général des finances. (les archives de la Mairie contiennent un dossier complet à ce sujet).

La ville de St Pol qui ne s'attendait pas à ces réactions, reconnaît dans une requête “que toutes ces contestations l'ont épuisée et qu'elle n'a pu encore parvenir à forcer les habitants de Roscoff de payer les taxes.”

Bon gré, mal gré, les négociants durent se soumettre. Ils obtinrent une compensation, en faisant exempter les eaux de vies nationales du droit de 20 sols. Certains, au lieu de faire débarquer comme autrefois les barils de graines de lin au port de Roscoff, préférèrent les décharger à Morlaix qui leur servait d'entrepôt ; et de là, ils gagnaient St Pol par charrois. Ce stratagème permettait de tourner l'arrêt du conseil de 1784.

“Rien ne leur a coûté quand il a été question de se vanger et de narguer en quelque sorte la suppléante”, soupira amèrement St Pol. Mais, cette épreuve de force fut fatale pour l'essor du commerce. Un effondrement sérieux du trafic s'en suivit et quelques étrangers quittèrent Roscoff pour Guernesey qui offrait plus de garanties, contre les aléas du métier de contrebandier.

ARTICLE 20.

- Les cultivateurs et Laboureurs de Roscoff se plaignent amèrement de ce que le chapitre de Léon leur enlève tous les ans, la douzième partie des productions de leurs terres et de la sueur de leur front. Ils trouvent cette dixime trop excessive et ruineuse et sollicitent instamment sa Majesté et les (Etats) Généraux, de les alléger de ce fardeau, c'est à dire de la porter à la 36e gerbe comme on le perçoit ailleurs ; ils osent en attendant ce soulagement, de la bonté paternelle du Monarque, ils assurent que cette dixime excessive ne fut accordée à leurs pères que pour l'édification de la cathédrale ( 1430) et qu'elle devait s'éteindre et finir à l’époque où ce temps serait fini, ce qui a lieu depuis un temps immémorial.

Nota - La dîme était un prélèvement que l'église faisait avant 1793 en dehors de la Bretagne, sur certains produits tels que huiles, vins, etc... , dans notre pays, sur les récoltes, et qui en était ordinairement le dixième. La perception de ce droit, par le chapitre de Léon, peut s'expliquer par le fait que les terres autour de Roscoff, relevaient du temporel de la paroisse du Minihy.

Avec ce 20ème article, s'achève le cahier pour les Etats.

"Ainsi signé, sur la dite Doléance ": 32 signatures, plus 6 croix :

 

GOELANDS et GOELETTES AU KELENN

Nos exercices de toponymie roscovite n'aboutissent pas toujours à des conclusions parfaitement convaincantes. Ils ont, du moins, un double intérêt qui est d'attacher les Roscovites à leur pays et de stimuler à la fois leur esprit d'observation et leur réflexion.

Des marins-pêcheurs nous ont fait remarquer après la lecture de notre dernier article “'PORZ KONELLEK” , qu'eux-mêmes appelaient le poisson à raie dorsale blanche GWELLENNEG. Nous versons volontiers ce renseignement dans notre dossier; mais nous ne lui trouvons aucune étymologie ; c'est encore, à notre sens, un cas de métathèse (inversion des L et des N).

Une publication de la, station biologique consacrée à l'inventaire des poissons de Roscoff donne un double nom breton au LIEU NOIR : LEVNEG et GWELENEK. Il nous semble que les marins-pêcheurs ne confondent pas le lieu noir avec leur GWELLENNEG.

Quelqu'un évoquait devant nous, à l'occasion du même article, l'oiseau de mer le GOELAND. Le Larousse consulté, le petit Larousse aussi, il nous est apparu que le nom de cet oiseau est d'origine bretonne. Du coup -nous voilà embarqué dans une nouvelle aventure étymologique, mais en GOELETTE cette fois.

L'oiseau se dit en breton GWELAN (gouelan, goelan). Les anciens, comme nous-mêmes encore aujourd'hui, s'émerveillaient de la majesté de cet oiseau en vol, lorsque, ailes déployées, il se laissait pousser par le vent. Est-ce l'image de la voile, GWEL que l'on a voulu suggérer. L'aurait-on baptisé le “voilier” de la mer ?

Ne serait-ce pas plutôt une allusion aux cris insistants de l'animal, aux heures de tempête particulièrement ? Ils feraient songer à des pleurs. En breton pleurer se dit GWELA, GWELAN. Cette étymologie nous parait plus satisfaisante. On ne voit pas bien, en effet, d'où viendrait le suffixe AN dans l'hypothèse de la voile. Le GWELA(N) serait ainsi l'oiseau non pas pleureur, mais pleurant “al labous a se o vouela”. Pleureur eût souligné un état constant de l'animal, un défaut : on n'a pas commis une telle erreur. Comme un autre animal, à quatre pattes celui-ci, le cochon, notre bel oiseau a une bien mauvaise réputation dans l'usage que nous faisons de son nom entre hommes. Dans tous les milieux un GOELAND est un goinfre qui saute sur les plats, qui bouffe et engouffrerait n'importe quoi sans s'en rendre compte. Nous ne sommes vraiment pas gentils avec les animaux !

Il n'y a pas lieu de nous attarder, nous semble-t-il au mot breton qui est le plus proche du français GOELAND, à savoir l'adjectif superlatif GWELLAN, “le meilleur”. En quoi cet oiseau aurait-il pu justifier ce titre de champion des oiseaux ? Il suffisait d'employer des adjectifs simples pour rendre une caractéristique d'un individu ainsi un homme plus petit que les autres se fit appeler

- Ar Bian - Le Bian ou Le Petit. Un homme particulièrement maigre devint An TREUT - Le Maigre. Qu'en est-il sur ce point de tous ses descendants ? Aujourd'hui une TREUT eût fait une superbe mannequin.

Le terme de GOELETTE a une belle sonorité bretonne; l'étymologie est à chercher évidemment du côté de la Voile GWEL ou GOUEL (avec les auteurs modernes. Mettre à la voile se dit GOUELIAN). Le participe passé est GOUELIET. Y-sommes-nous ? La langue bretonne, comme les autres langues, connaît les suffixes verbaux. Des exemples français aideront à saisir le procédé : il y a “mâcher” et “mâchonner”, “sauter” et “sautiller”, “sucer” et “suçoter”, etc... L'idée de répétition se rend en breton par le suffixe “eta” ou “ata”. A-t-on employé un verbe “GOUELIETA” qui eût donné au participe passé : GOUELIETET ? C'est, en tout-cas, à la beauté de sa voilure que ce navire doit son nom breton.

Mais de quel breton est-il sorti ? Tréguier, Cornouaille, Léon ou pays de Vannes ? Nous n'avons pas la réponse. Nous tenons beaucoup cependant à poser cette question, pour le cas où chacun de nous serait tenté de réduire le breton à son propre dialecte et de bouder les explications qui n'iraient pas à sa prononciation.

Nos marins studieux avaient talonné aussi dans notre PORZ KONELLEK un obstacle inconnu de leur carte linguistique, LE KELENN. Le sens de “houx” est pourtant l'un des deux seuls sens connus à ce mot, l'autre étant “leçon, enseignement”. Pour les marins roscovites et quelques anciens du pays le terme AR C'HELLEN, prononcé, semble-t’il, avec 2 L, évoque un endroit précis du vieux port où les marins échouaient leurs bateaux pour procéder à leur carénage, c'est-à-dire à l'entretien de la coque ainsi qu'aux soins de beauté qui s'imposaient avant la grande parade des régates. La partie du Kelenn qui était proche du bord était utilisée pour le transbordement du fumier ou du goémon sec des bateaux dans les charrettes.

Le KELENN est un plateau surélevé de quelques centimètres à peine. Le sol en est ferme ; il est constitué de moignons de rochers, de graviers et de galets tenus par du sable. On le repère bien de la côte ; on le domine de l'extrêmité du vieux quai. Pour y aller nous avons pris la précaution nécessaire de chausser des bottes : bien nous a pris, car il nous fallu patauger dans la vase avant de rencontrer le sol ferme et propre du KELENN.

En procédant ainsi nous suivons encore une fois notre petite méthode toponymique : partir de la configuration du terrain et chercher à y découvrir des caractéristiques qui auraient donné naissance au nom. Le jour même où nous sommes allés sur le Kelenn nous avons arpenté aussi la plage du Kelenn à Carantec et trouvé dans la partie la plus proche du bourg un plateau du même genre qu'à Roscoff ; la seule différence : à Carantec il n'y avait pas de vase à traverser.

Une remarque que nous avons faite à Roscoff et à Carantec nous paraît d'une certaine importance : ces deux KELENN sont arrosés sur leur sud par un ruisselet. A Roscoff il descend du Lenn-Vras. Il y aurait aussi un KELENN à Locquénolé ; nous avons consulté le meilleur connaisseur de ce pays ; il ignorait tout d'une telle dénomination à Locquénolé. Il n'y en a pas à l'île de Batz.

Emplacement d'un port où se nettoient les bateaux serait la définition du KELENN roscovite. Nous ne savons pas si dans le passé la plage du KELENN a rempli le même office. Tenons-nous en à Roscoff.

Qu'en est-il du nom lui-même ? Nous l'interprétons comme un nom composé : KE-LENN.

A Roscoff un LENN c'est un lavoir. Le préfixe KE est le nom breton du “Quai”. Le breton KE est d'ailleurs à l'origine du français “quai”, selon le Larousse. Les marins utilisaient l'eau de mer ; mais rien n'interdit de penser que pour certains soins l'on ait eu recours à l'eau douce du ruisselet.

Le KE-LENN serait donc le QUAI-LAVOIR.

Mais ne nous empressons pas de fermer ce dossier. Il nous faut, en effet, chercher dans l'histoire du port de Roscoff l'apparition de cette dénomination de KE-LENN. Elle est antérieure, nous semble-t-il, à la construction du vieux quai, dont on dit qu'il s'enrocha sur un grand QUELEN, puis sur un petit QUELEN. Ceci nous reporte, au moins, au début du 16ème siècle, avant même François 1er. Si le nom a été lancé ainsi à une époque où il n'y avait même pas de quai qui avance si peu que ce soit dans la mer, le havre de Roscoff avait une topographie -profondément différente de celle que nous connaissons. L'origine du nom, de ce fait, pourrait être autre que celle que nous a suggérée la topographie actuelle.

Il va donc falloir non plus chausser des bottes mais se pencher, armé d'une loupe, sur les vieux documents, c'est là une dure épreuve désormais pour nos yeux.

Nous percevons déjà les éléments d'une autre explication : GE-LENN ou flaque d'eau. Nous n'aurons donc pas fini de patauger.

Lorsque monsieur l'abbé RAMONET arriva comme recteur de l'ile de Sein en 1955 il n'y avait dans l'île qu'une seule vache et qu'un seul cochon. Ce dernier appartenait au patron du bateau de sauvetage ; il était choyé par toutes les ménagères de l'île qui lui apportaient les déchets alimentaires.

A Roscoff la corne de brume est dite LA VACHE. A Sein elle s'appelle AR GOUELVAN, le GOELAND, c'est une confirmation de l'étymologie : l'oiseau qui geint.

Puisque nous ne sommes pas à un changement près du nom de nos rues pourquoi ne ferions-nous pas de la vache terrienne un bel oiseau de mer : AR GOUELVAN ?


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