La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 264 - 1972 - Avril

- Documents de Pascal de Keranveyer sur N.D. de Croaz-Batz.


NOTRE-DAME DE CROAZ-BATZ

Nous ne poursuivons pas la publication des actes paroissiaux de 1550 conservés par Pascal de Kerenveyer. Ce que nous en avons transcrit illustre suffisamment ce phénomène de la vie chrétienne du Moyen-âge, l'inhumation dans le sol même des églises et des chapelles. Ces actes font apparaître aussi l'énormité de l'effort financier assumé par la génération qui entreprit l'édification de ce lieu de culte ; ce fut l'affaire d'une cinquantaine de familles aisées.

L'intérêt principal que nous avons trouvé à ces actes de 1550 est la possibilité qu'ils offrent de retrouver la structure de l'édifice primitif.

Pascal explique ainsi le transfert du commerce du site ROSKO, appelé dès lors ROSKO-GOZ (le vieux ROSKO). “L'anse est (côté du levant) était plus profonde, le fond plus vaseux et ayant un rocher assez près de la rive pour qu'au moyen d'un travail peu considérable on pût faire une espèce de petite jetée. Le QUELLEN c'est le nom de ce rocher, baigné de 17 à 20 pieds (pied = Om324) aux grandes marées.” Nous venons de proposer une étymologie de ce vieux site :AR C'HELLEN - l'étang.

Pascal est un très médiocre historien et seuls ont de l'intérêt les documents qu'il recopie. Ses explications sont fantaisistes le plus souvent, ainsi quand il écrit “que les Roscovites fermèrent de portes les issues de leur nouvelle ville”. C'est du délire.

Les chrétiens de ce nouveau village ne disposaient au début du 16ème siècle que “d'une petite chapelle couverte de genêt” ; ce n'est pas improbable, à part du moins le genêt. Le chaume nous paraît plus probable et même déjà l'ardoise. Pascal ajoute que les Roscovites devaient se rendre à St Pol pour leurs Pâques et les baptêmes ; on le croit assez volontiers. Mais quand il y joint les enterrements nous hésitons à le suivre : nous avons signalé AR VERED KOZ (le vieux cimetière) auprès de TOULLIGUIN.

Les COLONS qui vinrent ici aux 15ème et 16ème siècles armer des bateaux et commercer étaient des gens singulièrement débrouillés pour l'époque et même cultivés. Ils éprouvèrent tout naturellement le désir de rester chez eux pour remplir leurs devoirs religieux. Ils avaient assez d'argent et de personnalité pour entreprendre la construction d'une grande chapelle, d'une véritable église et assurer l'entretien d'un prêtre à demeure.

L'évêque d'alors (1521-1554), monseigneur Christophe de CHAUVIGNE trouva, à redire au projet des notables roscovites. Nous aurions aimé connaître les raisons de son opposition. Les gens ne démordirent pas. Ils édifièrent leur église imposante à la lisière des terres à fond argileux, dans la dune de sable qui bordait le littoral. L'évêque s'obstinait à leur refuser les commodités du service religieux : saintes huiles, fonts baptismaux, célébration des obsèques et des mariages. Les Roscovites poursuivirent l'évêque devant le Conseil du Roi. Ce procès leur occasionna de gros frais, mais ils eurent gain de cause contre l’évêque, comme on l'a lu.

Les Roscovites auraient voulu, sans nul doute, devenir une paroisse ; ils durent se contenter de n'être qu' une section de la paroisse de Saint Pol (Le Minihy), une trêve. L'église tréviale de Roscoff avait son recteur à saint Pol ; le prêtre résident était vicaire de ce recteur. En breton le recteur s'appelait PERSO(U)N et le vicaire CURE.

La construction de l’édifice et la poursuite du procès avaient endetté les familles promotrices. L'église n'avait sans doute pas de rentes, à moins que l'ancienne chapelle n'ait eu les siennes. Elle n'avait pas encore de recettes cultuelles. Il fallait donc aviser à trouver des ressources pour éponger les dettes, bâtir un presbytère et verser à l'évêque, au vicaire général et au recteur la contribution annuelle, En même temps il fallait parachever l'édifice : vitraux, dallage.

Nous avons souvenir d'avoir vu dans un débris de compte datant des années 1550-1560 le coût du presbytère : 1.500 livres tournois. Ce souvenir est confirmé dans un acte de 1559 reproduit par Pascal. Nous ne connaissons pas l'emplacement de cette maison. Ce devait être un édifice exigu puisqu'on n'y pouvait loger, semble-t-il, qu'un prêtre ; en tous cas, le prédicateur de l'Avent et du Carême durant le 17ème siècle devait prendre pension ailleurs. Le vieux bâtiment de la mairie (époque Henri IV) ne fut presbytère que beaucoup plus tard, au début du 18ème siècle, nous semble-t-il.

Le site où fut implantée l'église portait préalablement à la construction le nom de CROAZ-BATZ - La Croix de l'Île de Batz. Deux dénominations ont conservé le souvenir : le titre même de l'église : Notre Dame de CROAZ-BATZ, et le FORT DE LA CROIX ou petit fort par différence avec le fort plus important de l'îlot des Bloscon. Ces deux forts construits par Vauban resteront propriété du GENIE MILITAIRE jusqu'en 1891.

La CROIX devait se trouver sur le promontoire proche de l'actuelle maison du Directeur de la station biologique. C'est là, sans doute, l'embarcadère primitif pour l'Île de Batz.

La BAILLEE des tombes du 28 Décembre 1550 fut poursuivie le lendemain 29, mais sans la présence du vicaire général. Au cours de ces deux séances 117 concessions furent adjugées. Il y avait déjà deux personnes au moins inhumées dans le sol sablonneux de l'église. Les emplacements ne sont pas tous déterminés avec une clarté suffisante pour qu'à quatre siècles de distance nous puissions en proposer la répartition exacte. Aussi bien nous voulons trouver surtout la structure de l'édifice qui s'achevait à cette date.

Le Chœur était de plain pied avec la nef puisqu'on y avait concédé des tombes, trois rangées, nous semble-t’il. Ce choeur primitif, avec le maître-autel au fond, occupait dans la nef actuelle toute la superficie au-delà des deux gros piliers de l'arc diaphragme (au-delà de la chaire). Le CHEVET de l'église était donc plat, comme celui du Kreïsker et de nombreuses églises et chapelles du 15ème siècle et du début du 16ème. L'édifice était rectangulaire, sans chapelle latérale.

On s'en rend compte aisément au-dedans et au-dehors: le choeur actuel n'est pas bien aligné sur la nef, il est un ajout. Cela se sent aussi dans la toiture elle-même. Les murs nord et sud de ce chœur ont absorbé la moitié des contreforts du chœur primitif.

Comme nous l'avons écrit dans le dernier numéro le chœeur actuel a dû etre ajouté à l'église du temps de Henri IV, mais antérieurement à 1609, ainsi que l'ossuaire nord-ouest. Ce dernier est attribué souvent à l'époque Louis XIII ; c'est une erreur. Nous possédons, en effet, le grand cahier des comptes de la fabrique ouvert en 1609 et tenu assez régulièrement jusqu'en 1671. Or, ni la construction de ce chœur ni celle de l'ossuaire n'y sont portées ; de toute évidence ces dépenses furent à la charge de la fabrique, à la différence de l'actuelle chapelle aux albâtres, dont nous parlerons plus loin. - La dépense pour la sacristie et l'enclos (1639) s'y retrouve ainsi que la dépense pour l'orgue (1649-1650).

La CHARPENTE de l'église resta apparente jusqu'à la construction du Chœur actuel. Le tout fut lambrissé en 1610.

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Les actes de 1550 font état de la présence de 6 autels ans l'église, le grand autel et cinq autres, dont les noms sont donnés. Ils étaient certainement en pierres de taille et n'avaient reçu encore aucun habillage de bois ou de tentures.

2

Dans le bas-côté nord, sous la fenêtre du chevet se trouvait l’AUTEL DU TABLEAU ; nous ignorons le sujet de ce tableau. Cet autel est encore en place mais recouvert de boiseries et d'un devant brodé (en cuir). Le rétable, trop grand pour sa base, a été placé sur l'autel en 1777. Il provient de l'autel voisin de St Pierre supprimé à la même date. C'est alors que la fenêtre fut obturée.

L'autel St Pierre occupait, nous semble-t-il, l'emplacement du confessionnal du Recteur dans le même bas-côté. La porte nord avait son grand bénitier à gauche en entrant, encastré dans le mur ; il est toujours visible.

3

Un 2éme autel ,se trouvait plus bas dans le bas-côté nord, à l'emplacement, nous semble-t-il, du confessionnal du bas. C'était l'autel de St Jean-Baptiste. La chapelle des agonisants porte sa date en pignon : 1701. L'arcade originairement devait être un mur continu. Il est improbable qu'il y eut là une porte : le côté nord, plus exposé, a très rarement plus d'une porte (l'huis, comme on écrit en 1550).

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Dans le bas-côté sud (midy en 1550) les actes signalent deux autels. Celui du fond, à l'emplacement du confessionnal, était dédié à sainte Anne, patronne des mères éducatrices.

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Il y avait un autre autel à l'emplacement du confessionnal du vicaire ; il était dédié à sainte Catherine (d'Alexandrie). Au début du 18ème siècle cet autel fut habillé d'un retable de mêmes dimensions (largeur 2,12m) et facture que le retable de Saint Pierre. C'est encore au cours de la grande campagne de travaux de 1777, où furent supprimés les autels latéraux, que ce retable fut placé au-dessus de l'autel au bout est (levant) du bas-côté. On y voit aujourd'hui trois Vierges : à gauche sainte Barbe, au centre sainte Geneviève avec son cierge, à droite sainte Catherine. Celle-ci ne porte pas la roue cassée traditionnelle de son supplice, mais seulement

l'épée qui lui trancha la tête ; la légende fait de Catherine une fille si intelligente qu'elle condamnait à se taire les 50 savants amenés par l'empereur pour la dissuader de rester chrétienne. Elle les convertit même. Sa supériorité intellectuelle réduit l'empereur (la tête couronnée à ses pieds) aux pauvres moyens du pouvoir : tuer les gens pour être sûr qu'ils se tairont.

On sera attentif au médaillon qui couronne le rétable ; il représente sainte Marguerite, la sainte à laquelle on confiait les accouchements. On sait que notre église possède une belle statue de sainte Marguerite, antérieure à l'édifice, nous semble-t-il. Le retable devait lui être consacré en priorité. Sainte Geneviève lui a été substituée, après la révolution peut-être.

Ces statues sont, mièvre. Elles ne sont pas datées de façon précise, même par le style - fin du 18ème ou même Restauration. Elles sont postérieures au retable ; elles sont trop grandes pour les niches. La Marguerite (hauteur 106 cm) au contraire y a sa place à l'aise.

Geneviève fait problème ici pour une autre raison. Elle protège une ville, Paris ; au-dessus de la porte de la ville sont représentées des armoiries royales. Le fait que ces armoiries sont intactes établit à l'évidence que cette statue n'était pas dans l'église en 1793-94. Fut-elle cachée ? Cela nous paraîtrait assez étonnant. Ces trois statues seraient-elles de la RESTAURATI0N ?

Les actes de 1550 ne font pas état, nous semble-t-il de l'existence de l'autel qui porte aujourd'hui ce retable. Il n'est pas question non plus de la fenêtre sud auprès de l'autel, alors que, nous le verrons, tous les emplacements de tombes sont pris sous les autres fenêtres. Nous inclinons à penser que cette partie haute du bas-côté sud servit de sacristie durant une cinquantaine d'années. Cet autel est signalé dans l'acte notarié de la cession d'une tombe au sieur de Pontguen, en date du 12 Janvier 1635. “Ce tombeau couvert d'une pierre tombale est placé au bout sud sud est de l'église aboutissant le pignon où est l'autel Saint Nicolas entre la fenêtre du côté septentrional de la dite église et le bout du dit autel droit au-dessous de l'image St Nicolas entre autres enfeux et tombeaux appartenant à sire Yvon Prigent du côté septentrion et autre enfeu tombeaux appartenant aux héritiers ou causayant (on dit aujourd'hui “ayants cause”) de défunt sire Olivier le Maigre le Vieil qui est joignant le bout du dit autel du même côté dont la dite tombe fait le milieu”.

Nous sommes perdu au milieu de tant de coordonnées. Il nous semble qu'il s’agit là d’un tombeau placé dans le cimetière à l'angle sud que le choeur fait avec l’église. Le terme d'enfeu devrait être compris alors dans un sens particulier. Il y eut des enfeux ou niches à fond plat creusées dans le mur intérieur de l’église - comme on en voit encore au Kreïsker et à la cathédrale de saint Pol. Y aurait-il eu au dehors des frontons de tombes dressés en forme d'enfeu contré le mur ? Les pierres tombales de l'ancien cimetière de l'église étaient souvent gravées sur toute la surface ; la croix, s'il y en eut une, était dressée au bout de la tombe, mais non pas sur la pierre tombale. De telles pierres se voient encore sur le couronnement du mur du VIL.

La cession de cette tombe, “à titre de pur don irrévocable” s'opéra pour le prix de 15 livres que le sieur de Pontguen régla sur le champ par 4 écus (1 scoet - 3 livres) et autres monnaies. Il est spécifié que l'acquéreur est “quitte de toute rente”. Ce n'eut sans doute pas été le cas pour une tombe sise dans l'église ; en 1550 la rente annuelle pour une telle tombe était, nous l'avons vu, de 5 sols, soit un quart de livre.

Quoi qu'il en soit de l'emplacement de cette tombe nous retiendrons le nom de l'autel est du bas-côté Sud : il était dédié à St Nicolas, patron des navigateurs. Avant l'installation des retables de bois (fin 17ème s.) les autels des églises et chapelles étaient encadrés par deux statues placées sur des consoles contre le mur à une hauteur assez grande.

La statue de St Nicolas devait se trouver à gauche (au dessus de l'emplacement actuel de la statue de Notre Dame de Croaz-Batz).

Le patron des PASSEURS était Saint Julien. Il avait sa statue dès 1550 ; il est question, en effet, du pilier Saint Julien. Nous ne sommes pas parvenu encore à le situer.

Le bas-côté sud avait deux entrées : la petite porte (94cm d'ouverture) encore en service, si bien ornée et une entrée à deux portes dans l'arc de la chapelle aux albâtres. Les moulures de cette ouverture, large de 3,10m, sont encore bien visibles. Il y eut là jusqu'en 1634 deux portes jumelées séparées par un pilier de pierre ou trumeau. Au-dessus des portes, dans le tympan, devait se trouver la niche qui est remployée dans le chevet de la chapelle ; elle était prévue pour recevoir une statuette, de la Vierge à l'enfant, probablement. On peut penser que le bateau à droite et l'inscription à gauche de la niche proviennent aussi de ce tympan.

Bien souvent nous sommes campé devant cette inscription en banderole, en vue de la déchiffrer. Nous en avons fait des clichés à la lumière rasante du soleil du soir. Du temps de Pascal de Kerenveyer (autour de 1785) on l'estimait déjà illisible. Nous lisons D..MUI HUIC, en haut et à droite. Il s'agirait dès lors d'une citation de l'évangile de St Luc (chap. 19), l'épisode de “ZACHEE : SALUS D0MUI HUIC FACTA EST”.”Le salut est entré dans cette maison". Ce texte est classique dans l'office de la dédicace d'une église. Si telle est l'inscription la date devait s'y trouver IN ANNO DOMINI ...


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