La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 269 - 1972 - Octobre

- Eglise de N.D. de Croaz-Batz
- Les dunes
- Roc'h an Guel


LES DUNES

Deux lieux-dits à Roscoff font référence à des dunes : le TEVENN et TEVENN AR ROUANEZ (ar c'houanen ?), mais les traces de sable se retrouvent seulement en ce dernier endroit.

Les dunes sont dûes au transport par le vent de particules solides, en l'espèce de grains de sable.

Trois facteurs essentiels interviennent dans ce transport

·        La sécheresse du matériau : ceci s'observe très bien par grand vent sur les plages. Les particules humides restent collées au sol et les grains desséchés s'envolent en tourbillons.

ORIGINE DU SABLE DES DUNES .

C'est la mer qui apporte les matériaux meubles dont sont formées les dunes en quantité d'autant plus importante que les marées sont de plus forte amplitude.

Ceci est confirmé par l'étude du sable de Roscoff même qui contient une grande proportion de grains de. quartz provenant des roches granitiques, une quantité très notable de calcaire dont l'origine n'est pas seulement la destruction de tests ou coquilles d'animaux marins mais aussi la décomposition de roches calcaires anciennes, ce qui peut s'observer au microscope.

FORMATION DES DUNES

Les particules transportées par le vent se déposent lorsque la vitesse du vent diminue ce qui se produit quand il heurte un obstacle.

Celui-ci brise la force du vent, le sable se dépose derrière l'obstacle, le consolide, l'agrandit, s'accumule et la dune croît de plus en plus. On peut ainsi voir des dunes miniatures se former au haut des plages par grand vent et temps sec. Leur forme est celle d'un croissant de lune dont les pointes s'effilent sous le vent car le vent est moins freine sur les bords de l'obstacle. Ces dunes embryonnaires sont appelées des barkhanes. La marée montante les détruit régulièrement. Les dunes des terres arides.- car il existe aussi des dunes en pleine terre et très importantes, par exemple au Sahara - sont de ce type.

Les dunes du Pouldu, du Dossen et du Guillec forment des crêtes parallèles au littoral. Elles forment un rempart continu de plusieurs mètres de hauteur dont le bourrelet est régulièrement sapé à la base par la marée tandis que le vent creuse des brèches à son sommet et celles-ci sont d'autant plus importantes que la végétation qu'il porte est détruite.

Ce bourrelet dunaire se prolonge vers l'intérieur par une étendue plus ou moins considérable aujourd'hui d'ailleurs très réduite. Mais cette progression des dunes vers l'intérieur peut être très importante. Elle l'a d'ailleurs été sur notre territoire et nous verrons dans un numéro à venir l'envahissement des territoires de Santec - St Pol par les sables au 17e et 18e siècles.

La progression des dunes vers l'intérieur peut donc être très importante. Les dunes marines les plus puissantes en France sont celles du Golfe de Gascogne. Elles culminent au Pilat à 120 m et se prolongent sur 200 km avec une pente douce face au vent, environ 10° et abrupte du côté de la terre : 40°.

Cette dune s'avance lentement vers l'intérieur ensevelissant petit à petit les pins de la forêt landaise qui freinent sa progression. Avant cette fixation par des plantations, la dune avançait à une vitesse de 20 à 25 m par an, envahissant des bourgades tout comme à l'Ile de Batz où chacun d'entre nous a vu les ruines de l'église Ste Anne à demi enfouies dans les sables.

Nicolas Jestin


L'EGLISE NOTRE-DAME DE CROAS-BATZ - LE PORCHE

L’année 1777 est une grande date d'ans l'histoire de notre église. Nous en traiterons longuement à l'occasion de notre étude du pavage de l'édifice : le vestibule du porche ainsi que la grande porte furent réalisés durant cette campagne de travaux.

Pour la porte elle-même, qui est en chêne, nous avions la décision du “corps politique” de Roscoff en date du 31 Août 1777 (dimanche). Il fut question aussi d'édifier aux deux portes “côtières” (de côté) deux tambours de pierre, avec des portes neuves en “bon bois de chêne”. Mais le compte-rendu de la réunion ne fait pas état d'un vestibule qui serait à construire au porche.

Sans doute les cloisons de ce tambour sont-elles agrémentées de moulurations courbes où chacun sait reconnaître le style Louis XV ; on les retrouve sur la grande porte. Mais l'on faisait encore du Louis XV dans nos armoires à la fin du 19ème siècle.

Avec l'aide précieuse de François ALLAIN nous avons pu faire quelques remarques sur place. Le grand bénitier qui a été encastré de 24 cm dans la tour, était là avant la confection des cloisons : l'orifice, pour une éventuelle vidange, se trouve, en effet, tout contre la cloison, ce qui interdit de vidanger par là ; la cuve portait des motifs sur les 2 faces visibles : on peut penser qu'ils ont été martelés en 1793.

L'observation du dallage permet d'établir l'antériorité des cloisons sur celui-ci. La pose du dallage a été gênée aux parties non ouvrantes des cloisons. Les dalles se continuent Sans joints à travers la porte centrale. Aux autres parties des cloisons l'ouvrier a du tailler les pierres à la demande: et multiplier les joints. D'autre part, les traverses basses de la porte à double battant, sont trop étroites : on a dû raboter une bonne épaisseur. Or le pavage actuel de l'église,fut réalisé en 1885 / 1886; il est porté en compte en 1886 pour la somme de 6.044 fr 84.

qu'en conclure ? Une certitude : le vestibule est antérieur à 1886. Une probabilité tirée du style des moulures et étayée par la présence du bénitier en cet endroit avant la Révolution ; la cloison. pourrait être de 1777.

En cours de rédaction nous avons retrouvé de vieilles notes prises dans des comptes de l'église, aujourd'hui entreposés aux archives départementales. La question est résolue, c’est bien dans la ligne des décisions de 1777 que fut réalisé le vestibule.

Au 28 Mars 1781 : Peinture du tambour de la grande porte, des piliers (de la Tribune ?) et du choeur (fournitures comprises) : 42 Liv.,es 17 sols. “

Un document nous épargne, certes, d'infinies et lassantes recherches ; mais nous nous ré jouissons de n'avoir trouvé ce renseignement qu’après nous être penché longuement sur la composition de ce tambour et avoir multiplié les observations à son sujet.

Le travail fut réalisé en sapin; le menuisier était Christian Queran. La serrurerie fut l'affaire de Toussaint Ellard, de St Pol. Nous eussions aimé connaître les couleurs qui furent imposées au peintre. Actuellement les tons sont macabres. Il est vrai que si les teintes étaient claires les cloisons seraient bien vite couvertes d'inscriptions.

La grande porte de chêne est à deux battants. Sur le pied droit sud de l'entrée se voient les trous des loquets qui assuraient la fermeture de la porte primitive, à un seul battant. Les reliefs de la partie basse de la porte ont simplement pointés et collés.

Le PORCHE, originairement, faisait l'office de vestibule de l'église. Il mesure intérieurement :

La voûte est en pierre de taille ; sa charge est portée sur les murs et le cloche par des arcs en ogive selon les diagonales des arcs encastrés au long des quatre côtés, appelés arcs “formerets”. La voûte est fermée et tenue en son centre par un gros bloc de granit sculpté, appelé CLEF DE VOUTE : il fait environ 76 x 72 cm. De cette clef partent deux nervures suivant les axes ; on les appelle “liernes”

Dans les angles formés par les retombées des ogives et des formerets sont nichées sept figurines humaines et un feuillage (?). Dans l'angle nord-est, on croit deviner un visage féminin émergeant d'un large corsage traité en barrique cerclée.

L'entrée de l'église, large de 1 m 60, est encadrée d'un portail fortement ébrasé vers le porche. Les deux colonnettes extérieures du jambage s'épanouissent en arcades gothiques ; les deux colonnettes intérieures se courbent en anse de panier. Ce type d'arc est utilisé aussi dans les portes latérales, dans les baies récemment vitrées (13 Oct. 1972) de la chapelle Sainte Brigitte. C'est aussi l'anse de panier que nous retrouvons à Roscoff dans les portes du 16e siècle. Mais à la fin de ce siècle apparaît dans les lucarnes renaissances, le plein cintre ou demi-cercle. Les portes emprunteront peu à peu cette forme. Au 18e siècle on adoptera le linteau droit s de vieilles maisons comme les deux qui constituent le presbytère ont perdu leur cachet pour avoir été réordonnancées au 18e siècle.

Une console de pierre déborde dans toute sa longueur l'arcade en anse de panier du portail. Elle est ornée en son centre d'un fort motif sculpté, peut-être des armoiries. Outre une raison ornementale cette console avait pour fonction de soutenir une statue. Sur le tympan du portail est, en effet, insérée une niche gothique en calcaire jaunâtre ; cette pierre est profondément rongée. Lorsque les albâtres furent restaurés et placés dans la chapelle St Joseph en 1963 nous conseillâmes de mettre dans la niche haute du rétable la Vierge de style italien qui se trouvait alors dans le tympan du portail. C'est une Vierge d'albâtre qui n'était que depuis peu en cet endroit ; on nous a assuré qu'elle provenait précisément de la niche du retable. Quoi qu'il en soit, elle était en danger flagrant d'être volée ; trop petite aussi pour la niche elle ne s'accomodait pas du style gothique de celle ci.

Par ailleurs, la statue de Notre Dame de Croaz Batz est trop grande pour prendre place sur la console.

Deux bancs de pierre, comme il est courant d'en trouver dans les porches, présentent leurs bons offices aux personnes matinales qui attendent l'ouverture des portes.

Le bénitier original est en place, encastré dans le massif de la tour.

Les fidèles qui font leur entrée par le porche prêtent peu d'attention à son architecture. La plupart même seraient bien en peine de décrire la belle clef de la voûte. Il est vrai que les habitués des deux petites portes ne sont guère plus attentifs aux jolies arcades de celles-ci ; la porte du côté sud est un bijou. La médiocrité de leurs appentis et le manque de recul peuvent excuser cette inattention.

La clef de la voûte du porche apparaît dans un bon éclairage lorsqu'on la regarde du pas de la porte. Un ange trapu plane de ses ailes repliées en carré ; ses mains tiennent un écusson. Manifestement l'écu ne fut point oublié par les marteleurs de 1793. On a commencé par attaquer ferme le rebord de l'écu. Mais la surface elle-même n'a pas été touchée. La fleur de lys, et les hermines provocantes ont été épargnées. Peut-être a-t-on craint d'ébranler la voûte.

La moitié sud de l'écu est le côté FRANCE. Une grande fleur de lys en relief occupe la partie haute ; elle est peinte en couleur parme. Sous cette couche était posée une teinture jaune. Au bas de ce côté contre la ligne médiane est sculptée une demi-fleur de lys peinte en parme. Le fond est d'azur.

L'autre partie de l'écu est BRETAGNE ; on y voit, en haut, deux hermines, une autre en dessous et une demi-hermine accolée à la demi-fleur de lys. Il nous paraît improbable que l'écu ait comporté une 4ème hermine entière. Ces motifs bretons gardent encore des traces de peinture parme.

Les ailes de l'ange sont jaunes, sa robe est parme. Sur les rebords de la clef de voûte sont piquées dix fleurettes, dont plusieurs en forme de boutons d'or.

De qui sont ces armes ? Leur identification est d'importance pour l'historien. Les armoiries, en effet, sont le plus souvent la marque du donateur, un témoignage aussi d'honneur. S'agit-il ici d'un bienfaiteur ou simplement de la reconnaissance d'un lien de vassalité. On ne peut s'attendre à retrouver le blason du Seigneur évêque de Léon puisque la construction de l'église semble bien avoir fait fi du droit féodal de l'évêque.

A-t-on voulu se réclamer d'un patronage plus élevé en hiérarchie : le roi ou le duc de Bretagne ?

Notre écusson fait penser aux armes d'ANNE DE BRETAGNE, reine de France et duchesse de Bretagne. La partie FRANCE est identique, la partie BRETAGNE comporte, nous semble-t-il, davantage d'hermines dans l'écusson de la reine : 6 et 2 demi-hermines. D'autre part, l'écu de la reine est surmonté d'une couronne ducale dont pend une cordelière ceinturant l'écu. Il n'est pas impossible que l'écu martelé de Roscoff ait eu ce double ornement : couronne ducale et cordelière, car ce sont les bords précisément qui ont été cassés. On trouve l'écusson de la reine ANNE reproduit au tome IV p. 635 de L'HISTOIRE DE BRETAGNE par Arthur de la Borderie et Barthélémy Pouquet.

Une photographie reproduite dans la récente HISTOIRE DE LA BRETAGNE (1969) sous la direction de Jean DELUMEAU nous montre au châtelet de Nantes (15e siècle) un écu semé de 7 hermines : 4 en haut et 3 au registre inférieur sous les interstices de La série haute (p. 240)

L'écusson de Roscoff reprend la moitié du motif nantais.

Nous nous refusons à écarter pour l'instant la possibilité d'une référence à la Reine Anne : car c'est précisément en ces quinze premières années du 16ème siècle que s'élabore.le projet de construction de notre église. Lors du pèlerinage que la Reine entreprit en 1505 au sanctuaire du Folgoët elle passa, au retour, par Saint Pol de Léon. Etait du voyage son aumônier, le bienheureux Yves Mahyeux originaire de Plouvorn, que la reine venait de faire nommer évêque de Rennes.

La reine Anne mourut au château de Blois le 9 Janvier 1514.

Louis XII avait imposé, semble-t-il, à ANNE le mariage de leur fille Claude avec l'héritier présomptif du trône, François d'Angoulême. Les fiançailles solennelles des deux enfants (12 ans le garçon, 7 ans la fille) furent célébrées le 21 Mai 1506, Les futurs époux auraient la Bretagne, à moins que la reine ANNE n'eût un-fils.

Le mariage de Claude de France fut célébré peu après la mort de sa mère, le 18 mai 1514. Dès octobre le roi Louis XII se remariait avec Marie d'Angleterre, soeur d'Henri VIII. Dans la crainte qu'il naquit de cette union un fils, un dauphin, François d'Angoulême se fit attribuer le 25 Oct. 1514 l'administration de la Bretagne et la droit de porter le titre de duc de Bretagne.

Mais Louis XII décédait peu après, dans la. nuit du 31 décembre au 1er Janvier 1515. Et François, compte d’Angoulême, accéda au trône sous le nom ce François 1er.

Le jeune roi avait reçu de Claude en donation définitive le duché de Bretagne le 28 juin 1515. Il voulut, dès lors, conquérir la sympathie des Bretons ; il entreprit un voyage â travers notre province : accueilli à Nantes le 7 Août 1518, il passa en divers lieux, dont St Pol de Léon (21 Sept.), le Folgoët et quitta Rennes le 11 Octobre pour rejoindre Paris.

Le roi n'aura de cesse qu'il n'ait réalisé l'union de la Bretagne à la France ; il le fit par l'édit d'union publié à Nantes le 13 ou le 14 Août 1532. En autres clauses qui viennent au sujet de nos armoiries on. retiendra que par cet édit le Dauphin, fils aîné du roi, est reconnu comme duc de Bretagne. On y lisait aussi “Défendons à toute personne qu'ils n'ayent à porter le nom de Bretaigne sous ombre de leurs mères et que les bastards d'icelle maison ne portent les armes de Bretaigne si ce n'est avecques une barre, pour éviter la confusion et inconvénient qui, par succession de temps en pourrait advenir, et ce sous peine de confiscation de leurs fiefs.”

Si nous en croyons un dessin de Pascal de Kerenveyer repris dans la copie municipale de ses ANNALES ROSCOVITES, le bateau de la façade du porche était encadré des armoiries de FRANCE (au nord) et des armoiries de BRETAGNE (au sud). Les anges porteurs sont en place, mais on ne voit plus les motifs des écus. Le dessin porte pour la France 3 fleurs de lys et pour la Bretagne 6 hermines ; il devait, nous semble-t-il, y avoir 7 hermines. La clef de voûte aurait pris ainsi la moitié des deux précédents écus : s'agirait-il dès lors des armes de Claude de France, du dauphin François couronné duc de Bretagne à Rennes le 13 Août 1532 sous le nom de François III (il meurt le 10 Août 1536) Son cadet Henri deviendra « fils aisné du Roi, dauphin du Viennois, Duc de Bretagne », d'après un document manuscrit de la Mairie (1543-1545) ; il régnera sous le nom de Henri II à partir de 1547. Alors s'achevait l'église en sa forme originelle.

Selon Monsieur Couffon dans son étude LA PEINTURE SUR VERRE en BRETAGNE (MEMOIRES DE LA SOCIETE D'HISTOIRE et d'ARCHEOLOGIE DE BRETAGNE 1945, p. 37) “L’écu en supériorité (le plus élevé du tympan d'un vitrail) demeura mi-parti France et Bretagne sous le règne de François 1er, même après la réunion de la Bretagne â la France”'.”Lorsque les armes de France, pleines et surmontées de la couronne royale sont en supériorité dans nos églises bretonnes c'est l'indice d'une date postérieure à 1532 et même à 1547.”

Parmi les reproductions des motifs armoriés que le marquis de Kerman fit relever par le peintre Jean Bouricquen en 1614, une planche est consacrée à la grande vitre du choeur de Roscoff..On y voit en supériorité un écu de France (3 lys) surmonté d'une couronne royale.

Cette brève évocation de la toile de fond historique sur laquelle on voit naître et croître notre église suffirait à défaut de documents écrits authentiques, à date approximativement la construction.

Nous inclinons à placer le commencement des travaux aux' dernières années de la reine ANNE.


ROC’H AN GUEL

Lors d'une séance récente de recherches aux ARCHIVES DEPARTEMENTALES de Quimper nous avons eu la surprise de découvrir le “PERMIS DE CONSTRUIRE” du MOULIN de Bloscon, dont l'existence nous était apparue, on s'en souvient, à travers la toponymie.

Il s'agit d'un contrat passé 1e 8 juin 16055, par devant les notaires de la cour séculière (civile) entre Roland de Neuffville, évêque de St Pol agissant comme SEIGNEUR temporel de tout le territoire de St Pol ou MINIHY et Jan CARPIER, marchand, demeurant à Roscoff. Par ce contrat, dit d’afféagement, le Seigneur évêque cédait une parcelle de terre de son fief au dit Carpier, à titre de FEAGE. Cette dépendance féodale à l'égard du seigneur évêque était matérialisée par une redevance annuelle ou “cheffrente” de 30 sous tournois (3 journées d'ouvrier) à la charge de CARPIER.

Des actes d'afféagement de ce genre sont très nombreux aux archives départementales concernant par exemple, les terrains sablonneux en bordure de mer qui vont du TEVENN à l'est jusqu'au TEVENN CROAZ-BATZ, terroir où fut construite l'église. Nous reviendrons sur ces textes qui sont les premiers titres de propriété des maisons construites depuis en bordure de mer ; ils sont du 16e siècle.

Il nous paraît utile d'attirer l'attention des Roscovites sur un sens qui semble leur échapper du terme TEVENN. Il désigne couramment aussi une falaise et non point seulement une élévation de sable. Ce qu'on appelle LE TEVENN à Roscoff nous paraît être plutôt une falaise. Nous avions souligné ce sens pour le TEVENN AR VILIN de Ste Barbe (No 267).

La “chose” du contrat de 1605 est ainsi décrite :

“ Une franchise sittuée en la parouesse de TOUSSAINTS au Minihy, au lieu appelé LA POINCTE DE BLAUSCON ès environs et joignant le rocher appelé vulgairement (en breton)

ROCH AN GUEL cis (sis) entre le port de Blauscon devers le septentrion (nord) et le rocher appelé ROCH AN COULMET vers le midy (sud) et donnant vers l'orient (est) sur ung endroict appelé PORZ SCAFF et devers l'occident (ouest) à aultre endroict appelé PORZ AN GORET et sur deux pièces de terre appartenantes à Philippe Henry, filz de feuz (défunts) Yvon Henry et Françoise Riouall”.

Les chemins et sentiers continuaient à relever de la propriété du seigneur évêque. “Au raport de maistre Julien Jamet arpenteur juré en la juridiction de Saint Paul la pièce de terre sudescribée (sus décrite) mesure quinze seillons ou environ.. La plus grande partye est couverte et encombrée de rochers.”

Un sillon représentait, semble-t-il, environ 180 m2 (condification des coutumes.. du Finistère 1958 P.95).

Par cet acte Carpier et ses successeurs héritiers obtiennent la jouissance à perpétuité de cette pièce de terre “avec POUVOIR ET FACULTE au dict Carpier ses dicts héritiers et causayants d'y FAIRE BASTIR QUANT BON LEUR SEMBLERA UNG MOULIN AVENT” . La charge pour l'ensemble se montait, nous l'avons dit, à, “Trante soulz tournoys chacun an”, à régler à la Sainct Michel.

De CARPIER il est dit "qu'il ne scaict (sait) signer.

Les connaisseurs du site de Ste Barbe auront plaisir à remonter à cette description antérieure d'une quinzaine d'années à la chapelle. Le vieux nom du piton ROCH AR GWEL, en breton d'aujourd'hui, le Rocher de la Vue, définit son ancienne fonction d'observatoire, de tour de guet. Il n'y faut point chercher du tout l'évocation de la beauté du paysage. Les vieux noms sont utilitaires le plus généralement.

Ce rocher remplissait une fonction de surveillance, tout comme à côté le rocher de Sainte Anne, pointe avancée du vieux port de Penn-Poull en St Pol. Certains autochtones savent encore le vieux nom moyenâgeux du rocher de Ste Anne ROC'H AR HED (avec H aspiré comme le C’H ancien). En breton GED correspond au français GUET et se prononce de la même façon, avec G dur, Nous devons ce renseignement à Monsieur l'abbé Jean Guerch, originaire de ce terroir.

Ce rapprochement de GWEL et de GED nous a mis sur la voie d'une interprétation suggestive et phonétiquement satisfaisante du nom de PERHARIDY. Nous brûlons de la livrer, mais la place nous manque en ce numéro.

Le "port de Blauscon" en 1605 désigne l'anse où sont installés les grands viviers. La pointe elle même devait être isolée aux grandes marées. Le cadastre de 1846 la dessine comme une île.

On aura remarqué le PORZ-H AR GORED (écriture moderne) encore tien connu (la grève à l'ouest de Ste Barbe). Nous en avions parlé dans le n° 252 (mars 1971). C'est le port du BARRAGE de pêche.

Le nom de PORZH-SKAF, “port de l'esquif” est porté aujourd'hui, par une anse de la même côte mais nettement plus au sud. Nous serions porté à accorder du crédit à ce document notarié ; mais il ne faut pas écarter la possibilité d'une confusion dans l'esprit du notaire. Le :nom d'aujourd'hui PORT RAC'H sera repris sans tarder dans un article. Quant au nom de BLOSCON, il nous parait, pour l'instant, imperméable.

ROCH AR C'HOULMED, “roche aux Colombes”, semble bien être ce que l'on aurait appelé par la suite LES DEUX ROCHES.


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