La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 270 - 1972 - Novembre

- Perharidi
- L'âge des dunes


PERHARIDI

C'est la troisième fois que nous nous appliquons à percer la signification de ce vieux nom de lieu, ou toponyme PERHARIDI.

Conscient des limites singulièrement étroites de nos propres connaissances, nous avions consulté le CENTRE DE RECHERCHE BRETONNE et CELTIQUE A LA FACULTÉ des LETTRES et SCIENCES HUMAINES de Brest. La note que nous avions reçue fut publiée dans le BULLETIN PAROISSIAL de Mars 71 (N° 252). Elle reprenait la fiche d'identité du site, publiée dans la TOPONYMIE NAUTIQUE de l'Ile de Batz et de ses abords (1965) Par Louis DUJARDIN et Alain LE BERRE. Comme nous aurons à recourir à ce travail plus d'une fois nous abrégerons le titre en (T.N.)

Sous la RÉFÉRENCE 7419 (3515) nous lisons

Presqu'île du sanatorium PENN C'HEVRIDI (dénomination “locale”). OBSERVATIONS - GEVRIDI, pluriel de GEVRED, Sud-Est, pourrait se traduire par Pointes du Sud-Est, l'orientation étant donnée par rapport au grand chenal d'accès (7404, référence). Prononciation locale PEHERIDI - PERQUERIDIC (NEPTUNE FRANCOIS de 1693); PERKIRIDIC (carte n° 975 du Service Hydrographique de la Marine) - PERHARIDIC (sources diverses).

L'explication ne nous paraissait pas satisfaisante et nous avons donné nos raisons un an plus tard, en mars 1972 (n° 263), lorsque nous avons présenté une suggestion du Père Grégoire, de Landévennec.

Nous avions proposé en janvier 1972 (n° 261) d'interpréter le nom de PORZ KONELLEG porté par l'anse nord de PERHARIDI comme le PORT AUX LAPINS. Nous nous en tenons à cette explication, tout en corrigeant l'écriture ; il faut il faut un “G” final au lieu du “K” que nous avions écrit alors. Le grand rocher à profil d'homme qui ferme cette anse vers l'est porte précisément le nom de ROCH AL-LAPIN - le rocher au lapin. Nous retrouverons ce ROC'H plus bas. Selon Dujardin - Le Berre (T.N. n° 7439) PORZ KONNELLEG - peut-être de KONN (chiens de mer) - on dit aussi GONELEK et KOUANELLEK.

PERHARIDI dans l'interprétation du Père Grégoire aurait pu signifier LA POINTE AUX LIEVRES : cette explication nous maintenait dans le contexte des lapins. Nous n'espérions pas de solution plus adéquate bien que l'hypothèse d'un pluriel GIDI de GAD soit hautement improbable.

Ajoutons que la référence n° 7413 (T.N.) signale un rocher PIL AR C'HAD, Pilier du lièvre, près de l'Ile JACOBIN à l'Ouest.

Il ne faut point se hâter de conclure en toponymie, eût-on fourbi à l'extrême les instruments de l'analyse. On s'en persuadera en nous suivant dans les méandres de notre recherche.

En cours de rédaction du numéro précédent (octobre 1972), nous avons rapproché inopinément les noms anciens de deux rochers homologues : ROC'H AR GWEL à Ste Barbe de Roscoff et ROC'H AR C'HTED à Ste Anne de Pennpoul (St Pol) : l'observatoire et le guet. De ce rapprochement fortuit a jailli la lumière pour le nom de PERHRIDI. Voici par quels détours,

L'idée nous est venue non seulement de supposer à PERHARIDI une fonction analogue â, celle des deux autres rochers mais de chercher une parenté sonore (phonétique), avec GED. Nous avons consulté le dictionnaire de Roparz Hemon et celui de TROUDE : le mot de GEDIG s'y trouve avec le sens de “guérite”. Nous avons pensé dès lors à PER AR C'HEDIG : la pointe où l'on monte la garde, la surveillance de l'entrée ouest du chenal. Nous remontions par ce nom évocateur à ces époques dangereuses où les Anglais et avant eux peut-être les Normands menaçaient le port de Rosko (goz) dans l'Aber.

Le dictionnaire de LE GONIDEC (1847), consulté alors que déjà nous avions abandonné l’hypothèse du mot GEDIG, porte au terme ECHAUGUETTE, “Guérite sur les remparts d'une place forte, tour ou lieu élevé au bord de la mer pour placer une sentinelle GWERE (fém.) pluriel GWEREOU ... GEDIK, (masculin) pluriel GEDIGOU ou GEDOUIGOU. Pour le terme GUERITE “Petite loge où la sentinelle se met à couvert contre les injures du temps : GEDiK.

Les deux canons de pierre du clocher, pointés vers les deux directions des invasions maritimes, exprimaient à leur façon, la condition dangereuse du Roscovite ancien et le refus de celui-ci de se laisser surprendre. Lorsque ces deux pièges à la gueule obstruée d'un boulet furent brisées le vendredi 9 octobre 1964, par la chute des grands ormes nous avons insisté très fort auprès des Beaux Arts pour qu'on les remplaçât. Nous étions assuré, en effet, qu'ils avaient une signification historique capitale, nous fondant sur ce que l'on disait de nos vieux conflits avec les anglais et singulièrement sur un document écrit (1546) conservé à la Mairie, relatif au Jeu du PAPEGAUT et visant indirectement la PREPARATION MILITAIRE contre les Anglais. La toponymie se revèlait ainsi comme un précieux auxiliaire de l’histoire. Les noms de TI-SA0Z0N (Ile de la MAISON DES ANGLAIS) et de PORZ AR SAOZ (anse de l’ANGLAIS) font aussi probablement référence à des invasions. Nous proposons d'interpréter le vieux nom de terroir de KERGOULAOUEN, village de la LUMIERE - dans le même contexte d'un danger à signaler.

Mais toutes ces vraisemblances historiques n'établissaient pas en toute rigueur le sérieux du recours au mot de GEDIG. La prononciation, en effet achoppait sur la finale en “IG”, il est vrai que l’on peut concevoir une atténuation du G qui donne le son I à la finale. Mais surtout il manque à GEDIC, entre le G et le D la consonne R qui fait du nom du site tel qu'on le prononce aujourd'hui et tel qu'on le trouve écrit. Pour notre part, nous l'avons rencontré aux 16e et 17e siècles sous les seules formes PERCHERIDY et PERHERIDY.

La lumière nous est venue il y a quelques jours seulement d'une conversation avec le Père Le Carre, jésuite, à Quimper. Ce celtisant distingué a commencé par incriminer dans le cas de PERHARIDI la traduction de PER par PENN AR “Tête de”. Selon lui, PER était, en notre cas, le pluriel de PAR, vieux mot breton que le DICTIONNAIRE DES GLOSES EN VIEUX BRETON : (1964) de Léon Fleuriot traduit : “partie, parcelle”.

Les considérations que nous nous étions faites sur GEDIG orientèrent le Père Le Carre vers un synonyme GARID, qu'il vérifia dans le vocabulaire d’ERNAULT. Par la suite nous l'avons trouvé aussi en bonne place dans le dictionnaire répandu de Roparz. Si, dès les débuts de cette recherche, nous avions pensé à recourir au dictionnaire VALLEE, ce que nous faisons généralement, nous aurions trouvé au mot GUERITE “GARID” (féminin), GEDIG (masculin) et nous nous serions épargné nos divagations sur GEDIG. Cet oubli aura eu pour nous du moins, l'immense avantage de remettre en cause, grâce à la science du Père Le Carre, la traduction passe-partout de “PER AR” (sans jeu de mot).

Selon notre interlocuteur PERHARIDI serait donc un nom très ancien signifiant “les parcelles des guérites”. Mais GARIDI peut-il être un pluriel de GARID ?

Le breton parle a ses fantaisies au sein de chaque dialecte. Cette souplesse de notre langue s'observe aussi dans le breton ancien. Le pluriel courant de GARID, c'est GARIDOU. Mais GARIDI serait aussi assez naturel. Le terme BAG (féminin), qui désigne un bateau, donne au pluriel BAGOU, BIBI, BAGEIER. La desinence (finale) ER et sans doute aussi la désinence I caractérisent des pluriels collectifs ou indéterminés ; ceux-ci s'opposent au pluriel déterminés, en OU. A Roscoff, on emploie le plus couramment BIGI.

On pourrait aussi envisager le diminutif GARIDIG, petite guérite, dont la désinence IG, comme plus haut pour GEDIC, serait atténuée en I. Nous aurions là une explication satisfaisante des écritures PERQUERIDIC, signalées plus haut (T.N.). On se représente mieux une évolution de IC vers I que l’évolution inverse de I à IC.

Mais nous n'en sommes pas encore à trancher ces difficultés. Pour l'instant contentons-nous de verser au dossier de la désinence I le nom d'un site roscovite, homologue à l'est du PERHARIDI de l'ouest, le site du premier moulin à vent que nous avons découvert à l'est de ROC’H KROUMM (juin l972 n°266).Depuis la rédaction de l'article nous avons rencontré à maintes reprises la transcription claire de ce nom aux archives de Quimper (5 G 9° et 10°) ; non pas Kanvenneg que nous avions lu mais Kanmenny, Kanveiny, Kavéiny, Kanvenny . Aujourd'hui on proscrit Y au profit de I.

GARID nous paraît donc la racine authentique de PERHARIDI. L'on s'explique assez bien le passage à PERAHIRIDI par l'influence du français GUERITE. Peut-être même GERID fut-il d'usage courant.

Malgré les explications du Père Le Carre le préfixe PER continuait à nous intriguer. Nous gardions de notre enfance cornouaillaise la sonorité PER avec un E ouvert largement pour désigner le nombre QUATRE. Le dialecte cornouaillais, on le sait, contracte tous les mots. Au lieu de PEVAR (4 au masculin) le vannetais aussi contracte en PEAR.

Mais était-il pensable pour un homme de métier, ce qui n’est point notre cas, de trouver en Léon avec ses PEVAR (masculin) et PEDER (féminin) qui vous remplissent la bouche, un seul cas d'un méprisable PER cornouaillais ? Puisque PENN AR donne, de l’avis de tous, PER, pour quoi pas PEVAR ? Nous étions conscients de notre ridicule.

Mais s'il était vrai que le site de PERHARIDI était caractérisé par QUATRE rochers d'où l’on aperçoit parfaitement à la fois l'ouest du chenal et la rive de ROSKO goz ? Ce que les cartes baptisent Pointe de Perharidi, la pointe Est, porte précisément 4 rochers observatoires, (voir croquis page 15).

Le mystère de PER allait-il rebondir ?

Pour essayer de nous en sortir nous avons parcouru la nomenclature des sites marins depuis Siek jusqu'à Bloscon (T.N.) et de Bloscon à Primel (T.N.) par Dujardin-Le Berre. Il n'y a de noms en PER que dans les environs proches de PERHARIDI et seulement dans le volume (T.N.)

Les voici :

Il nous semble avoir rencontré dans les documents du 17ème siècle la traduction PERRIERE de MENGLEUZ, carrière.

Ce terme d'origine française fait aussi sérieux que la traduction que Vallée donne de PERRE “revêtement en pierres GWISKAD-MEIN”.

On pourrait s'étonner qu'un banc de sable porte le nom de PERREG. Faisant partie d'un ensemble il en aurait emprunté le nom, d'autant qu'il en accomplissait la fonction.

Entre ce PERREG et l'Ile Jacobin la carte du service hydrographique a porté le nom “LES TETES DE ROCHE”. (n° 7414). La désignation locale est tout autre : TOULL DERRIEN, le trou de Derrien (nom d'homme) avec une rétention d'eau à marée basse “LENN TOULL DERRIEN” la mare du trou à Derrien. La traduction moderne TETES ne doit pas nous égarer.

Au sud du grand chenal, entre PERHARIDI et la pointe sud-est de l'île de Batz, PENN AR C'HLEGER, traduite par “extrémité de la Masse rocheuse” (n° 7531), une tourelle édifiée sur un ensemble rocheux porte le nom de PER ROC'H, La prononciation actuelle est francisée en PER ROC. Au sud une masse rocheuse couverte porte le nom de PER REIER, Le met REIER est le pluriel de ROC'H.

La dénomination de PER REIER nous paraît secondaire, c'est à dire copiée de PER ROC'H très voisin ; on aurait pris le pluriel de celui-ci. Cet amas de roches basses, lui découvre aux grandes marées, ne porte pas d'ailleurs ce nom chez les marins de l’île de Batz mais celui de GARREG PLAD, la roche plate, PER REIER est le nom donné par les Roscovites. Parler ici de point élevé n'a guère de sens. Par contre, sans être très élevé, PER ROC'H se détache nettement et seul lorsque la mer recouvre l;ensemble qui porte son nom. La traduction PENN-ROC'H “Tête de (la) Roche (T.N. n°7528) est satisfaisante au point de vue topographique, nous semble-t-il : les celtisants donnent, on le voit, leur accord de linguistes. On ne peut pour ce site déterminer une découpure en 4 parties. Aussi bien un mot commençant par R comme RO C'H agglutine couramment le N du préfixe pour en faire un R: ainsi PER-ROS.

Nous avons poursuivi nos recherches sur PER à travers l'index des noms de lieux et de personnes qui clôt l'inventaire des sites et personnes de l'île de Batz entre 1546 et 1692 ; les mêmes sites sont cités de multiples fois mais il n'était pour nous d'autant intérêt de ventiler l'index de ces noms. Sur le total des noms portés sous la lettre P, à savoir 1311, aucun ne commence par PER (Archives 5G14)

A Roscoff nous avons PERENNES ; ce nom, à première vue nous engage du côté des POIRIERS. Sur l'ancien territoire de St Pierre, à savoir Roscoff à l'ouest de la route de St Pol et une partie de SANTEG, nous n'avons pu pousser, pour l'instant, ces investigations méthodiques ; nous avons trouvé, outre PERHERIDY, une dame au nom de Levenez PERCHEC ; le prénom veut dire JOIE et le nom est apparenté au PERREG de plus haut. Le seul autre nom que nous ayons rencontré est PERRUGAN, nom toujours en usage. La transcription de l'inventaire de 1780 écrit PEZRENTEN. A notre prochaine séance de travail à Quimper nous allons nous .pencher sur cette écriture en PEZR. Il s'agit d'un partage de biens en 1470, dont l'authentique est conservé dans (5G - 300, 1ère liasse n°1) ; la transcription est dans les premières pages de (5 G 9).

Le mardi-21 novembre nous avons fait part au Père Le Carre de la perplexité où nous plonge notre PER. Dans le cas où vraiment ce préfixe ferait originairement référence à 4 rochers groupés sur la pointe, PER signifierait bien QUATRE mais non pas par le biais du “Quatre” Cornouaillais. La filière, classique en celtique, serait `la suivante : PETRU (quatre) = PEZR = PER. Il parait que PERIGUEUX voudrait dire PETRU CORII, 4 armées. Le Père Le Carre nous a donné l'écriture :  PEZR'R HARIDI

Cette évolution se retrouve dans le prénom PER (Pierre) à partir du latin Petrus. On connait l'écriture intermédiaire PEZR. Les amateurs qui disposeraient de l'ouvrage rare (et cher) “GLOSSAIRE DU MOYEN-BRETON” par Ernault trouveraient au mot PEZRON une bonne documentation, mais rien sur QUATRE.

Nous verserions au dossier du "Z" : BALAZNEC, PRATEZROU, PRATHE7ROU, rencontrés dans les archives de Roscoff.


L’AGE DES DUNES

La jeunesse de la côte permet d'envisager pour nos dunes une formation relativement récente.

La dernière glaciation de – 90.000 à - 40.000 ans ayant amené un retrait de la mer, des marécages se sont formés sur les terres découvertes et ont formé de vastes dépôts de tourbe. Cette tourbe dont nous avons déjà parlé se retrouve précisément affleurant dans la grève sous Kerjoie très exactement, à un niveau inférieur à la dune.

La remontée des eaux étant lente, la ligne du rivage se trouvant très au large de la position actuelle laissait à découvert de vastes espaces fournissant au vent les matériaux très abondants nécessaires à l'édification des dunes, Celles-ci reculant au rythme de la transgression (remontée) , marine pour se stabiliser au niveau actuel.

Placées sur la tourbe, il est évident que les dunes leur sort postérieures. Des analyses réalisées sur la tourbe de Brignogan lui ont attribué un âge d'environ 3.000 ans avant notre ère.

Mais en fait les dunes sont bien plus jeunes car elles recouvrent des vestiges plus récents de l'activité humaine. Ainsi après l'enlèvement du sable à Toul an Ouch, près du Guillec, on peut voir en place des talus de terre et de pierres placés directement sur le sol brun, un dolmen malheureusement brisé, auxquels s'ajoutent des fragments de poterie, de charbon, de mâchefer, autant de preuves d'une occupation du sol antérieure aux dunes. Cet endroit est marqué sur la carte ci-après par le chiffre (1). Les études réalisées sur ces dunes particulièrement par Mr Giot leur donnent un âge très récent : en gros 500 ans avant Jésus-Christ.

Il est encore possible de constater que leur mise en place ne s'est pas faite de manière continue mais par étapes. La stabilisation, l'arrêt de la croissance, permet un développement de végétation à leur surface. Cette végétation recouverte à son tour meurt et laisse dans le sable une ligne noire horizontale due à la décomposition des plantes.

On peut reconnaître plusieurs de ces lignes, séparées par des couches plus ou moins importantes de sable, même dans une coupe verticale de la minuscule dune de Tevenn ar Rouanez.

LA MOBILITE DES DUNES

Une dune non fixée, c'est à dire sur laquelle il n'y a pas de végétation, est très mobile. Une violente tempête peut la déplacer, Les semis d'oyats, fortes graminées à racines très profondes comme celles du chiendent, font de la partie superficielle des dunes une masse compacte, une sorte de manteau suffisamment lourd pour résister à la force du vent. Le rôle de ce manteau de végétation est très important. Sa conservation est souvent rappelée et en 1758 “défense est faite de laisser les bestiaux sur les dunes ou d'y arracher les herbes sous peine de peine de prison ou d'amende”.

La préoccupation des habitants était alors et depuis déjà, un siècle, de lutter contre l'invasion des sables. De cette invasion il subsiste des traces abondantes sur les terres de Santec, Saint Pol et Roscoff.

Pratiquement en conservent des vestiges les territoires suivants :

-           1° - un quadrilatère délimité par la côte du Dossen, la rivière Horn, un chemin creux qui remonte à travers champ de la route de Kerelech au Pouldu et la route St Pol - Santec ;

-           2° - un second plus restreint situé entre le bourg de Santec et la côte Ouest ;

-           3° - enfin la presqu'île de Perharidi dont la dune a fourni le sable e Teven ar Rouanez.

La couche de sable n'est pas uniforme, ainsi les champs de Kerelech, inclinés en pente douce vers la mer, possèdent une très épaisse couche d'environ 1 mètre en bordure de leur talus ouest, couche qui va en s'amenuisant en remontant la pente. Le point prospecté se trouve à l'emplacement marqué sur la carte par le chiffre (2).

La limite extrême des traces de sable se trouve à vol d'oiseau à 3 km de la côte et à 2,5 km de la ville de St Pol.

Ces amoncellements le long des talus orientés approximativement Sud - Nord, sont l'indice d'un transfert occasionné par des tempêtes très fortes d'ouest. Les quantités énormes déplacées disent l'importance primitive de ces dunes aujourd'hui squelettiques.

L'origine du sable situé dans la plaine au sud du bourg de Santec est toute différente. Son épaisseur est très grande : plusieurs mètres. Le lieu-dit est dénommé Tevenn-Coz : vieilles dunes. Il coïncide avec le niveau du rivage monastérien dont il a été question récemment. Le rivage aurait donc porté des dunes.

Aujourd'hui le danger n'est plus dans une invasion, bien au contraire : partout les dunes sont attaquées par la mer et chaque tempête coïncidant avec une grande marée en emporte des lambeaux.

Ainsi, en vingt ans, le rivage du Pouldu a reculé de 8 à 10 mètres, celui de la grange grève (Aot Vras) et du Dossen de 15 mètres.

Il y a plus grave. La dune du Dossen joue le rôle de digue et sa destruction entraînerait l'envahissement par les eaux de la région voisine qui est de très bas niveau.

Les protections artificielles : pieux, entassement de roches ne peuvent que freiner cette dégradation. Les causes principales sont les unes du fait de la nature : une lente remontée du niveau des eaux par exemple, mais surtout du fait des hommes : dégradation du manteau végétal, exploitation inconsidérée des carrières de sable y compris les carrières marines sous l'eau qui enlèvent les matériaux susceptibles de reconstituer les dunes et de les entretenir.

Nicolas JESTIN


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