La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 271 - 1972 - Décembre

- Perharidi
- Documents concernant le terroir de Perharidi avant 1789


PERHARIDI

On ne tranche point si aisément en toponymie ; il n'y a point de honte à avouer ses hésitations alors même qu'on pencherait vers une solution. Les analyses auxquelles nous contraignent les mots difficiles ne sont point sans profit pour autant ; elles peuvent au passage nous fournir des éclairages sur d'autres noms.

L'explication vers laquelle nous inclinerions pour le toponyme PERHARIDI serait POINTE DE LA PETITE GUÉRITE - PE(nn a)R(C')HARIDI(G). Ce qui détermine notre choix c'est qu'en breton le nom reste au singulier après les nombres. On ne dit pas DIOU REC'HIER ni DIOU ROC'HOU mais DIOU ROCH (féminin) : DEUX ROCHE(S). Si donc PER faisait référence au nombre quatre il eut fallu écrire normalement PERHARID.

Le plus oriental de ces rochers est appelé PENN AR MEAN – le bout de la pierre. Nous avions donné la traduction “Tête de pierre”. Nous confondions ce rocher avec son voisin, côté île de Batz, à peine détaché de la côte. Celui-ci a un magnifique profil humain mais on l'appelle GARREG (plutôt que ROCH) AL LAPIN. Outre ce profil le rocher au lapin offre une particularité remarquable : le crâne du sphinx est fendu d'une oreille à l'autre; d'est en ouest. L'entaille est profonde de 2 à 3 mètres et large de 70 à 75 centimètres ; le boyau a 4 mètres de long. Il débouche à l'ouest sur une plate-forme d'où l'observation de la passe ouest est aisée et discrète.

La signalisation vers Rosko-goz ne peut se faire de l'extrémité est ; il faut sortir du boyau pour cela et rejoindre la nuque du géant au sud-est.

Le rocher, comme l'ensemble des rochers de la région, a une structure feuilletée la partie nord (côté visage) s'est décrochée de la masse (diaclase) creusant ainsi une tranchée.

Ce phénomène d'éboulement est typiquement de notre côte. Il est à l'origine, nous le verrons, de l'état actuel de la pointe de Bloscon. Nous pensons même que ce toponyme est lié à ce phénomène. Nous en parlerons dans le prochain numéro.

L'anfractuosité de GARREG AL LAPIN semble très ancienne. Comme nous ignorons les règles de datation de ces éboulements notre jugement ne doit être reçu qu'avec discernement :il nous semble que les éboulements de Bloscon sont moins anciens que la fracture du crâne du Géant de Perharidi.

Le nom donné présentement à cette KARREG (féminin) AU LAPIN n'est pas d'une haute antiquité. LAPIN est du breton assez moderne et médiocre, transcrit du français. Les dictionnaires du 19ème siècle, comme LE GONIDEC (1847) et TROUDE (1869) ne connaissent d'autre traduction que KONIKL avec des variantes. GREGOIRE de ROSTRENEN (1732) ne connaît pas de LAPIN breton.

Il est un dictionnaire breton que ROSCOFF devrait avoir à coeur et à honneur de posséder, le “DICTIONNAIRE et colloques français breton” par QUIQUER, de Roscoff, imprimerie Allienne, Morlaix (1626). Il nous faudra nous mettre en chasse pour le trouver et obtenir, à tout le moins, une photocopie de l'ouvrage.

Le KONIKL a eu la vedette plus d'une fois dans notre bulletin, singulièrement lorsque nous avons étudié le toponyme PORZ KONELLEG, Nous avions souligné la parenté du nom breton, du nom grec : KOUNIKLOS et du nom latin CUNICULUS. Les amateurs de jeux télévisés ont entendu interroger des candidats sur le sens du mot CUNICULICULTURE. Il s'agit, on le voit, de l'élevage du lapin.

La langue française, qui a ses fautes de goût comme chacun de nous, eût pu adopter, au lieu du fade lapin, le tendre COURTICOULE.

La modernité du nom de KARREG AL LAPIN ôte beaucoup de son intérêt à ce toponyme. Elle permet de soupçonner l'existence d'un nom plus ancien. Volontiers nous verrions en la GARREG un ancien PENN MEAN s ce nom convient, en tout cas, à notre SPHINX.

Le nom de PERHARIDI viendrait-il de la fracture crânienne du géant? Des dictionnaires modernes de valeur éprouvée, comme LE VOCABULAIRE BRETON-FRANCAIS d'ERNAULT (1927), VALLEE (1931) et Roparz HEMON (4e édition 1970), connaissent le mot féminin GARIDENN au sens de “galerie de taupe, passage étroit, boyau”. Mais cette convergence de trois autorités n'est pas faite pour rassurer pleinement. Car les deux derniers ont été certainement dans la mouvance du premier. Et chacun sait combien abondent les perroquets dans le monde des savants.

Aussi bien pour GARIDENN que pour GARID qui ne sont signalés que par ces trois auteurs chez les modernes, on aimerait plonger plus profond et connaître les références exactes d'ERNAULT. Autant que possible il faut y aller voir soi-même. Nous avons pu consulter GREGOIRE de ROSTRENEN. Il connait pour GUERITE : GARID, pluriel GARIDOU. Il signale en particulier :”GUERITE de CLOCHER”: GARID, pl. GARIDOU." Rappelons que le clocher de Roscoff a 2 lanternons en forme de guérite - au haut de l'escalier et un autre au nord pour la symétrie sans doute. Il serait assez courant d'appliquer aux balustrades de clocher le nom de GARIDOU : on voit l'origine probable de cette extension du nom.

On voudrait bien savoir ce que pensait QUIQUER le Roscovite; - en français BOUCHER. Il faut qu'on arrive à le dénicher, celui-là !

Avant de donner nos conclusions sur le sens de PERHARIDI nous devons verser au dossier des écritures que nous avions pourtant dans nos notes mais qui nous avaient échappé lors de la rédaction du dernier numéro. Nous nous étions fié à notre mémoire pour affirmer Que les seules écritures rencontrées dans les vieux documents étaient PERCHERIDY et PERHERIDY. Notre mémoire était défaillante; on nous en excusera. La vérité c'est que l'écriture la plus ancienne et la plus constante met un I à la place que prendra plus récemment E. On écrivait au 16e siècle PER(C)HIRIDY.

Nous relèverons toutes les transcriptions portées sur les documents historiques que nous avons consultés, tous antérieurs à la Révolution. Sauf inattention de notre part, nous n'y avons jamais rencontré l'écriture PERHARIDY.

Ainsi, à s'en tenir à la tradition écrite, l'évolution du nom se serait faite depuis le 16e siècle de HIRIDY à HERIDY puis à HARIDY, en gardant l'Y des anciens. Qu'en fut-il dans la tradition orale (parlée) ? Celle-ci seule a de l'importance, les transcriptions notariées dans des actes en français étant assez sujettes à caution. La tradition orale d'aujourd'hui est HARIDY. Est-elle en continuité avec l'ancienne prononciation ? Comment y répondre ?

Il nous semble que l'évolution la plus naturelle dans notre langue postulerait au départ HA. Rien de plus naturel en breton qu'un A donne un I sous l'influence d'un I suivant : GARID = GIRID.

Le chanoine Falc'hun, dans son ouvrage, LES NOMS DE LIEUX CELTIQUES (2e série, p. 119) en fait la remarque à propos de vieux noms français, dans lesquels il perçoit une racine gauloise, proche du celtique.

L'auteur donne deux exemples :

De même peut-être GARID devient GERID puis GIRID.

Le chanoine Falhun rapproche ces noms français en BLAINE, BLIN, BLENNES etc.. d'un mot commun à toutes les langues brittoniques : breton BLEIN, cornique (Cornouailles anglaises) : BLYN, gallois (Galles) BLAEN. Le sens premier semble être celui de sommet. (p, 113)

Beaucoup de nos lecteurs n'ont jamais soupçonné cette vie profonde des mots qu'ils emploient le plus couramment. Nous allons retrouver ce problème à propos de Penn ar Créac'h.

Ne disons pas trop vite que nous avons le bon breton.

Nos conclusions de toponymie sur PERHARIDI seront modestes et nuancées :


DOCUMENTS CONCERNANT LE TERROIR DE PERHARIDI AVANT 1789

Récemment nous découvrions dans une bibliothèque privée de notre région un beau manuscrit relié cuir, faisant 47 cm x 52 cm. Il s'agit d'un relevé effectué par le sieur Duchatellier des titres de rentes de l'évêché de Léon sur la paroisse du CRUCIFIX DES CHAMPS. Ce territoire campagnard de St-Pol correspondait aux portions actuelles de Santec et St Pol comprises approximativement entre la route de Santec à St-Pol et la route de St-Pol à Plouénan. Notre propos n’étant pas de dresser l'ancienne carte de St-Pol nous ne chercherons pas, pour le moment, à déterminer exactement ces limites.

Nous fûmes frappé en tournant les folios par la description des terres de Santec avant l'ensablement du pays et la description des mêmes terres sinistrées totalement. Nous exploiterons un pour ces données et plusieurs autres pour décrire ce désastre qui ruina, en quelques décades, les terres situées entre la rivière L'HORN et la côte de Santec. Nous signalons qu'au verso du folio 37, à la date du 27 août 1555, le seigneur évêque cède à la Dame de Kerautret (en Plougoulm) un moulin à eau situé sur la rivière de GLEZON; (autre nom sans doute de l'HORN) contre 25 livres de rente à prendre sur le manoir noble et les dépendances de Lanrivinec en Plougoulm. Pour liquider cette rente, le sieur de Kerautret, Christophe du Cosker cède à l'évêque le 14 may 1562 le manoir noble et appartenances de Poulanguernic en Plougoulm.

Cet “inventaire fait par l'ordre de Monseigneur L'Illustrissime et Révérendissime Jan-François de La Marche, évêque comte de Léon à compter de 1486 jusqu'à 17..." fait partie d'une collection constituée par le dernier évêque de Léon.

Les archives départementales possèdent plusieurs volumes de cette collection ; nous avons été autorisé à leur joindre l'Inventaire de CRUCIFIX DES CHAMPS; ce sera après la rédaction de notre étude sur l’ensablement.

Ces manuscrits sont d'une lecture aisée, courante. Par la description qu'ils font des terres de ce pays on peut brosser sans peine une géographie historique de St Pol et déterminer, par exemple, l'importance des bois de futaie, la nature des arbres. La matière est vaste. Des tables alphabétiques des noms de personnes et de terroirs facilitent à l'extrême la consultation des documents. Il est bon cependant pour un travail de haute précision de recourir aux actes authentiques conservés dans un nombre imposant de liasses.

Pour comprendre tout le soin que l'on a apporté à la conservation de ces documents et de tant d'autres sur d'autres fiels, il suffit de se souvenir qu'ils étaient des titres de rente, de précieuses pièces à conviction lorsque les débiteurs du Seigneur étaient défaillants ou récalcitrants. Lorsque nous essaierons d'évoquer la punition des délinquants “roscovites” avant la Révolution nous sortirons le dossier du seigneur de Kerisnel, longtemps rebelle ; pour l'instant nous n'avons pas encore identifié sur le terrain “la garenne de la JUSTICE où était le lieu patibulaire” du Minihy de St Pol.

Rappelons que tout le Roscoff actuel à l'ouest de la route de Roscoff à St-Pol ainsi eue Santec avec le DOSSEN au nord de la route de Santec à St-Pol constituaient la PAROISSE SAINT PIERRE.

En compulsant les Inventaires de St-Pierre (2 volumes : 5 G 9 et 10) notre préoccupation était avant tout d'essayer de dater les sables de la presqu'île de Perharidi et de Tevenn Ar Rouanes, ces deux, sites étant en St-Pierre. Nous espérions découvrir pour les 16e et 17e siècles l'énumération de maisons, de murs, auquel cas nous aurions pu soutenir avec probabilité l'origine récente de ces sables (18e siècle). Rien, pour le moment, ne nous a paru décisif. Mais nous aurons l'occasion de revenir sur cet ensablement et de proposer une autre méthode pour éclairer quelque peu la question.

Nous n'avons vu citer aucune fois TEVENN AR ROUANES : ce silence peut être un argument sérieux en faveur de son apparition au 18è siècle.

Quant à PERHARIDI voici notre cueillette.

Le terroir est cité dans (5 G 9) aux folios suivants :

21 recto, 37 verso, 39 v., 40 v., 53 r. 54 r. 98 r. 149 v., 185 r. 244 v, 247 v. 267 r. 280 r. 301 r. Dans le volume 10, qui fait suite nous n'avons trouvé que trois citations : 54 r, 81 r et 164 v.

Ce relevé nous a été grandement facilité par la table des noms en P de ces deux volumes.

Relevons pour chaque document les choses les plus notables.

-           21 R - 1553 (peut-être 1563) - Pièce de terre au terrouer de PERCHIRIDY.
Nous avons vérifié sur le document originel classé aux liasses de l'île de Batz (5 G. 27 n° 6) ; il s'agit bien de PERCHIRIDY. Dans cet acte nous relevons aussi Terouer de Poul an Foll, Prat Ezrou, Porz an Saulx (Saos), Kernauguer.

-           39 V.- 1625 - Hamon LE JACOBIN, sieur de Keramprat (Saint-Pol) “au terroir de PERHIRIDY la garenne du PERCHIRIDY avec une vieille maison et applacernent de maison en la dite garenne, la pointe de PERCHIRIDY, la roche appelée isle JACOBIN et pour y pouvoir sécher le GOUESMON”? Cet aveu confirme l'explication que nous avions donnée précédemment pour le nom de cette île.

-           37 V.- 1609 - Deux pièces de terre de fougères : PERHIDY

-           40 R.- 1641 - Même reconnaissance par Jan Claude LE JACOBIN

-           53 V.- 1641 - Terre fougereuse et sablonneuse en la pointe de PERHIRIDY.

-           54 R. - Aveu de Jeanne Guillou 17 mai 1641 “au terroir de PERHIRIDY une pièce de terre fougereuse en forme d'une petite montagne ou tertre, du côté du midy (sud) le grand chemin des charrettes". C'est probablement du côté de ce que nous appelons AR RUGUEL, par contraction AR C'HRUGELL ; le terme de KRUGELL signifie précisément "tertre, monticule" et peut désigner un “tumulus”.

-           98 R - L'aveu d'écuyer HAMON BARTAIGE fait apparaître en la grande franchise au terroir de PERCHIRIDY une terre proche des franchises du marquis de Kerjan et du Seigneur du Cleuzou - à l'autre bout terre des enfants de feu Allain SOURIMAN (19 Juin 1641).

-           149 v- 1653 reprend 53 v. Marie Guillou, veuve de Pierre Moal sieur du Meslin.

-           185 v- 1654 - Pièce de terre sablonneuse et fougereuse côté ABER. Une roche est dite ROCHELENEC.

-           244 v- 1667 reprend 98 R en l'abrégeant.

-           247 v- 19 Octobre 1667 - Laurens OLLIVIER. " Au terroir de PERHERIDY une pièce de-terre sous fougères entre terre de Marie Guillou et terre de Nouel Caroff donnante sur la Roche appelée AN QUEI GUEL.

Nos lecteurs auront peut-être subodoré la finale GUEL. Il va falloir s'atteler à ce caillou comme à ROC'H ELENEC.

- Les références 267 R(1668), 280 R (1673), 301 R (1673) n'apportent rien.

Le volume (5 G, 10) ne donne que trois références

“Terroir de PERHERIDY une pièce de terre fougereuse en forme d'une petite montagne ou tertre contenant cinq journaux et demi (prisage = estimation).

Au même terroir autre pièce de terre fougereuse sous lande en forme de trois petits monts avec-leurs valons et pâtures entre eux et à leurs côtés et bouts contenant ensemble six journaux. Ces articles étant en grande partie ensablés et servant à sécher le gouesmon.”

Nous retrouverons ces textes dans notre étude de l'ensablement.

Ajoutons pour compléter cette documentation, une indication trouvée dans l'INVENTAIRE de CRUCIFIX des CHAMPS - fol. 50 Recto .

19 may 1657 - Aveu de Damoiselle Françoise du BOT, propriétaire du lieu et manoir noble de KERLEVIC., bois de haute futaye..." On connait les poulets de KERLEVIC.

"Le Droit de pêcherie et de GOUESNIONNAGE préférablement à tous autres près l'Isle de Bas au canton de PERCHERIDY"

On retrouve “un barrage de pêche” ou GORED, non loin de la presqu'île.

Tout ceci pour le moment n’a pas de suite.

La prochaine fois, nous nous rendrons à Bloscon et à Pen ar Créac’h.

Jean Feutren


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