La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 273 - 1973 - Janvier

- Les noms et prénoms
- Bloskon


LES NOMS - PRENOMS

L'évolution des noms de famille et les antiques processus de leur création ont pris fin avec l'institution de l'état-civil. Aussi étrange qu'il semble la fixation de nos NOMS a ouvert l'ère de l'ANONYMAT. Les noms n'ont plus de vie. Nous essayons de leur en rendre par les études d'ONOMASTIQUE ou science des noms de familles. Du moins pouvons-nous par le retour à nos origines, retrouver le parfum de ce vieil art de vivre qui produit ces concrétions bourrées d'humanité que sont nos NOMS.

Une observation rapide du panorama des NOMS BRETONS dégage trois vallonnements, le long desquels ils se sont déposés. Nous remontons ainsi aux TROIS FONTAINES dont ils jaillissent à peu près toits : le PRENOM ; LE SITE, LE SOBRIQUET.

Les NOMS-SITES ou LIEUX sont du type COSQUER déguisé parfois en français VIEUVILLE. Les noms de la noblesse se sont constitués, le plus souvent, selon ce très vieux procédé de dénomination. Il faut quelque accoutumance pour apercevoir les sabots encore pleins de paille que la francisation cherche à camoufler sous certains noms. Le 20 juin 1705; était baptisée à Roscoff Roze-Judith-Coelestine PRIGENT, dont la maman s'appelait Marie-Gabrielle LAMBERT. Le parrain fut Jean-Claude de TROLONG, sieur da la HAYE, officier sur les vaisseaux du ROY et commandant aux forts et château de Roscoff. Ces titres pompeux ne peuvent dissimuler l'origine de ce nom : TRAON-HIR, ou vallée allongée. Aujourd'hui TROLONG nous semblerait plutôt un sobriquet.

HA ! si Tristan CORBIERE avait su ça, TRA-LA-LA ! Son drame fut de se sentir débile et de se croire vilain. Il s'appelait le CRAPAUD et pris toujours le plaisir malsain de se dessiner et peindre avec un nez immense. S'il avait su ça ! Il aurait adopté le nom de TROLONG.

Gageons d'ailleurs que; si la liberté nous en était rendue, bien des Français qui ont retrouvé le chemin des champs et des crèches, se dépêcheraient de se dévêtir de leur nom pour se survêtir du premier nom “peau de bique” ramassé dans le galetas. Mais madame, qui désormais a le droit à la parole, aurait peut-être des préférences pour le “manteau de vison”. On risque des scènes de ménage ...

Serions-nous “arrivés trop tard dans un monde trop vieux” ?

Les NOMS SOBRIQUETS ou SURNOMS durent être, à l'origine, des épithètes cinglantes, malicieuses ou parfois simplement descriptives dune apparence physique. Les noms empruntés au monde minéral, au monde animal ou au monde végétal relèvent du même type.

Ainsi le nom de CREAC'H; qui, à première vue, ferait référence à un lieu élevé, est, plus probablement un sobriquet : KREC’H = “LE FRISE”.

L'exemple suivant est plus étonnant ; nous l'empruntons, comme c'est notre habitude, aux archives de Roscoff. POEZEBARA est le nom porté au baptême par une Marguerite (1562) et un Pierre en 1564. Ce nom est susceptible de deux interprétations littérale-, POAZ veut dire CUIT et POEZ, POUEZ veut dire POIDS, On lira donc ou bien “SON PAIN EST CUIT” ou, plus probablement “ IL Y A LE POIDS DANS SON PAIN “. Le métier du père n' est pas indiqué, seuls les “marchands” ont droit dans les actes de baptême à cette précision. Monsieur POEZEBARA était-il fournier (qui cuit la pâte apportée par les autres) ou boulanger (qui cuit et vend le pain) ? Avait-il son four à lui ? Ce nom était-il sans rapport avec le métier du pain ? Nous ne le savons pas. Non plus que nous ne savons si l'épithète est élogieuse comme de quelqu'un qui est régulier en affaires ou si elle est vengeresse. Parler, par “antiphrase” a été toujours un déguisement cinglant d'une vérité odieuse connue de tous; ainsi un PTOLEMEE, roi d'Egypte fut-il surnommé PHILOPATOR (qui aime son père) parce que précisément il avait fait périr son père. Un autre avait été fustigé de l'épithète PHILADELPHE (qui aime son frère) pour avoir précisément assassiné deux de ses frères !

De telles vengeances feutrées ne sont pas étrangères à l'apparition de certains noms bretons, par exemple ceux qui désignent des fonctions : ROI. SENECHAL, BAILLI, ROUE, SENECHAL, VELLY .... On n'a jamais aimé ceux qui jouent au PERSONNAGE.

La 3ème fontaine d'où ont jailli beaucoup de noms du pays est la SOURCE-PRENOMS. Ce phénomène créateur n'est pas propre à notre province. Nous cherchons ici simplement à établir une nomenclature des noms de ce type rencontrés à Roscoff au 16ème siècle et au début du 17ème siècle. Nous proposerons aussi une explication de ce phénomène social. Écartons en tout cas une explication souvent avancée : les NOMS-PRENOMS auraient eu comme premiers détenteurs des GARCONS abandonnés. Il se peut que tel ait été la méthode employée par l'Assistance publique, ce serait un abus que d'étendre ce procédé aux siècles passés et d'y voir l'origine de TOUS ces noms.

Nous aurions aimé., certes, assister à la montée des bulles comme il en jaillit des fontaines et saisir du dedans l'élan créateur de la formation de nos noms. Mais il nous faudrait, pour cela, remonter bien au-delà du 15ème siècle.

Nous ne sommes pas démunis de documentation sur le VIEUX-BRETON (5ème - 11ème s.), ni sur le MOYEN-BRETON, qui lui fait suite (12ème - 15ème s.) Mais nous restons sur notre soif de savoir quant à ce point particulièrement de l'origine des noms-prénoms.

Par contre disposons-nous à Roscoff d'une documentation remarquable s'étendant sur la seconde moitié du 16e siècle. Lorsque l'on prend la situation ici en 1550 l'élan créateur des NOMS en est aux dernières vaguelettes du flux bientôt contenu par la digue administrative de l'état-civil et religieux à la fois. L'orthographe se cherche encore, la tendance se poursuit de la francisation des noms. ROSCOFF, sur ce sujet de l’ONOMASTIQUE bretonne possède en son premier registre des baptêmes (1550 -1602) un monument remarquable. Chacun des actes, en latin généralement, fournit le prénom de l'enfant, le prénom et le nom du père, de la mère, des parrains (souvent 2.), des marraines (2 aussi) et la signature lisible du prêtre de service.

En 1550, lorsque s'ouvrirent les registres de baptême de Roscoff, l'habitude se conservait de numéroter les folios en lettres d'alphabet : A, B,... en minuscules, jusqu'à Z. On continuait par AA, BB, comme aujourd'hui encore dans les immatriculations d'autos. Puis AAA... A cette époque I et J ne font qu'une seule lettre, de même U et V. On consommait beaucoup Y, par contre. Au folio GGGGG une main, plus récente a ajouté “fol. 100”. La numérotation alphabétique s’arrête à LLLLL, en 1580 ; aucun autre procédé n'est utilisé pour paginer jusqu'à la fin du recueil en 1602. On rencontré seulement quelques repères en chiffres, d'une écriture plus tardive : en 1587 fol. 120, puis en 1591 fol. 129 (erreur : en réalité 130) puis en 1596 fol. 140 (exact). Sur l'avant-dernier folio quelqu'un a écrit 165 ; ce sont des actes de 1602.

Ce recueil a été relié très récemment avec beaucoup de soin par une maison spécialisée en ces travaux d'administration. Déjà avant la Révolution, Pascal de Kerenveyer en avait fait la remarque, il manquait des folios parmi les premiers. Actuellement le 2ème folio est numéroté D; le 1er ne peut donc être que A, B ou C. Il se trouve que ses bords en dentelles ont été consolidés, lors de la reliure, par un papier transparent très fin ; mais une petite partie a été pliée malencontreusement sous ce transparent, juste à l'endroit de la lettre de pagination. Il ne pouvait s'agir de A pour la raison que nous allons évoquer

Grâce aux bons yeux et à l’ingéniosité du discret secrétaire du Bulletin, sans toucher en rien à l'état du document, nous avons discerné un C. Une inscription sous le transparent, datant sans doute de la reliure porte au crayon “6 1551-1602” - Le 1 de 51 a été corrigé sur le transparent, à.l'encre : 0. C'est une liberté abusive prise par un lecteur récent. Nous même lisons bien aussi “année.. mil cinq cent cinquantième” en latin. On ne touche jamais à des actes ; il est d'autres méthodes pour signaler des erreurs. Au dos du 1er folio une correction plus grave encore à l'encre moderne, a été portée sur l'acte lui-même : on a corrigé 1550 (qui est exact) en 1551.

Il manque donc à ce document les deux premiers folios A et B. On ne s'aventure pas du tout à supposer que le folio A s'ouvrait sur un intitulé latin, dont on trouve une transposition française au début des registres de baptême (1602 - 1622) et (1622 - 1648). Voici la formule de ce dernier :

"Registre et Cathalogue des noms et SURNOMS de tous ceux et celles qui ont esté baptisés au bourg de Rosgoff par le soubcuré (sous-vicaire) Vénérable personne Me (messire) Yves LE GOUEROU et les prêtres habittués (pratiquement habitant) au dict Rosgoff despuys (depuis) le 19ème jour de janvier l'an mil six cents vingt deux.

“Premier” pour présenter le 1er acte, qui suit immédiatement.

L'expression “Noms et surnoms” se retrouve dans le registre des fiançailles et mariages ouvert en 1608. L'expression latine correspondante “NOMINA et COGNOMINA” dans les registres de décès, en 1612, en 1614.

COGNOMINA est traduit de façon exacte par SURNOMS dans le sens actuel encore, d’une étiquette ajoutée au nom de famille et supplantant même celui-ci. Le procédé est de toujours : les Romains, auxquels nous devons le mot COGNOMEN, ne se privaient pas de ce jeu de société.

Le célèbre orateur romain CICERON, de son vrai nom “Marcus TULLIUS” ; son surnom CICERON est une allusion au “pois chiche”. Les SCIPION étaient de leur nom CORNELIUS.

Les gens de la côte, il y a peu encore, surnommaient tout le monde. A Roscoff on était si peu en reste sur les voisins que même aujourd'hui les autochtones de la trentaine et au-delà sont bien en peine de. donner.d'emblée. le nom de personnes, par ailleurs admirablement identifiées à travers des surnoms. Le temps n'est pas encore venu de publier la liste de LES-HANOIOU ou. SURNOMS de ROSKO ; connus ou en usage.

L'identité des personnes était mieux assurée dans les anciennes dénominations que par le recours à la fiche d'état-civil. Les relations humaines étaient, vécues,à, bien d'autres profondeurs ; ce qui nous faisait:écrire que l'état-civil a contribué largement à rendre notre vie ANONYME.

L'absence en tous ces documents latins et français du terme même de PRENOM nous a: fort intrigué; nous avions, même été tenté de supposer que “surnom” ou “nom” recouvrait ce que nous appelons PRENOM ou NOM CHRETIEN, NOM de BAPTEME. Il nous parait maintenant que NOM dans ces registres désigne l'ensemble PRENOM et NOM, dans le sens actuel, l'expression complète de l'identité naturelle et spirituelle - de la personne. L'insistance à retenir le terme de “SURNOM” dans l'intitulé des registres est une survivance des “siècles précédents où les surnoms définissaient parfaitement, l'identité. Cette insistance .correspondait encore à la réalité de la vie, aux 16é -17e siècles (et au 20e)

Il était doublement prudent de se tenir à cette technique administrative : d'une part on ne savait pas toujours si le NOM porté était authentique ou s'il n'était qu'un surnom - l'identité ainsi échappait à l’équivoque. D'autre part, avec des parents grincheux et susceptibles, il était bon que le prêtre secrétaire pût se retrancher derrière un règlement : “C'est comme ça qu'on fait” !

Nous allons maintenant relever et commenter un ensemble de NOMS - PRENOMS puisés dans le registre des baptêmes du 16e siècle et, accessoirement, dans ceux du 17e siècle.

Le 2ème prêtre à apposer sa signature dès 1550 (1er folio actuel), sur le 1er registre écrit Y. MORICE. Il ne va pas tarder à retrouver un peu de simplicité : pendant plus de 30 ans il signera de son nom authentique : MORVAN. C'est la traduction bretonne du prénom latin MAURITIUS (Maurice). Morvan AN GUEVEL est papa en 1566, Morvan ROUALEC en 1578.

MAZE est la traduction de Matthieu. Ainsi MAZE STEPHAN (1552) serait Matthieu ETIENNE. On trouve le nom MAZE en 1564 ; peut être MAHE (1553) n'est-il qu'une variante de MAZE. Quant à MAZEAS, qui provient de Matthias, il n'apparaît aux baptêmes qu'en 1618.

En latin GUILLAUME s'écrit constamment GUILLERMUS. De là les GUILLERM. En 1632, dans un acte rédigé en français est baptisé GUILLERM GUILLOU fils de GUILLERM GUILLOU. Savait-on alors que le nom même de GWILLOU signifie aussi GUILLAUME, de même que GWILLAOUIK. Aujourd'hui on abrège en LAOU, LAOUIK en Cornouaille et LIMIK en Léon. Per Jakez HELIAS dans “Ouest-France” du 20 Janvier 1973 écrit : “En mémoire de LOUIS GUILLAUME : e koun LOEIZ AR GWILLOU.”

En mai 1583 est baptisé GUILLERTMUS GUILLERM fils de Jean et Kterine PHILVEN. Vers ces époques le R à l'intérieur des mots ressemble fort à notre X ; cette constatation sera. précieuse pour un article à venir sur “HAUT et BAS”.

Ce n'est, en aucune façon, une tare d'être de race juive et pourtant certains noms de famille bretons attirent parfois à leurs porteurs le mépris,injustifié pour un chrétien, dont on charge les Juifs, Or, aucun de ces noms n'implique une ascendance juive : ce sont tous des prénoms chrétiens devenus des noms : JACOB, SALOMON (ou SALAUN), DAVID, YAN (Jean), BERTHELEME, etc.. JACOB réclame une explication. Ce nom n'a rien à voir avec le patriarche de ce nom mais est une traduction léonarde de JACOBUS :"JACQUES. Les exemples d'une telle traduction abondent dans les registres de St Pol.

A Roscoff est baptisé JACOB fils de Claude PAOL en 1632 (fol. 62). On remarquera le nom-prénom PAOL.

JACOB LAURENS, de Prat-HERROU est témoin de mariage le 21 Janvier 1658.

Nous connaissons aujourd'hui des Jacques JACOB, doublement JACQUES ou JACOB.

Sans doute le nom JAC (1573) (plutôt que JACQ d'aujourd'hui) a-t-il la même origine, mais française et nom latine.

La 1ère fois que le nom de famille JACOB apparaît,à Roscoff dans un acte de baptême c’est en 1568 : “CONAN”, fils naturel et légitime de Yves JACOB et Margaret (comme ça, dans cet acte rédigé en latin) GOFF, fut baptisé le 25 Octobre 1568)...” signé Guillaume DILACER.

Quant au nom qui fait référence à une origine juive, à moins qu'il ne s'agisse d'un sobriquet, c'est JUZEAU Allain (1579) : JUIF.

En d'autres noms du 16e s. transparaît clairement pour tous nos lecteurs une origine “prénominale”. Nous ne prétendrions d'ailleurs pas que.toutes ces familles soient bretonnes d'origine.

ANTHON, BERNARD (une longue dynastie), DENIS, JOSEPH (marraine en 1566), JULIEN ou JULLIAN, MARTIN et MARZIN, NICOLAS, PHILIP, SIMON, THOMAS, URBAN, VINCENT (marraine en 1563 ).

D'autres noms – prénoms ne se livrent qu'a des connaisseurs du pays. Ainsi PRIGENT (1550) est encore employé comme prénom : PRIGENT GELE est papa en 1589; de même que PRIGENT RIOU l'était en 1582.

GOULVEN (1600), DERRIEN (ou DERNIEN, 1560) sont aussi des noms,- prénoms empruntés à des saints bretons. De même HERVE (longue dynastie 1550), BIZIEN (ou BIZIAN 1555), HAMON (1606). Le prénom latin NATALIS a donné en Français NOEL et NEDELEC en breton.

On sera particulièrement attentif aux noms qui commencent par AB ou parfois AP. Ils portent en eux mêmes la marque du .processus de leur formation.

On pense communément que cet AB est une contraction du mot MAB = Fils. AB.GUILLERM (1580) est FILS de GUILLERM.

La table de Pascal de Kérenveyer relève plusieurs de ces noms :

Le sieur de Derbez, dont nous publierons le testament, (1704) s'appelait Yves APPAMON, une variante de ABHAMON. On aura reconnu des prénoms : HERVE, OLIER (Ollivier),,.HAMON, ALAN. Nous relevons aussi certaines désinences comme AUTRET, IVEN qui ne nous semblent pas être des prénoms. Il faudrait y. voir de plus près cependant car on a des surprises, comme on va le voir.

Nous ajoutons à cette moisson de noms, certainement incomplète; quelques autres employés encore comme prénoms au 17e s: et que nous avons glanés dans une table des noms et surnoms dont nous allons parler.

De 1622 à 1648 on relève parmi les prénoms donnés aux enfants :

Un AUFFROY PRIGENT est baptisé le 20 Juin 1638 par PRIGENT LE HIR. Mais aucun PRIGENT comme prénom entre 1622 et 1648. Aucun RIOUAL non plus.

Nous laisserons ouverte la question de savoir si certains de ces prénoms ne furent pas préalablement des noms désignant des métiers, des titres sociaux ou des sobriquets. Nous pensons, en particulier, à GUIVARC'H, nom de famille écrit sous la forme GUIMARC'H à Roscoff au 16e s. Ce nom mérite à lui seul une étude, que nous aimerions bien voir entreprendre par quelqu'un de la tribu : il en est de capables tout autant que d'autres. Même si l'exercice était aussi périlleux que de sortir de l'église ou d'y introduire la GRANDE BANNIERE Quelqu’un va-t-il retrousser ses manches ?

A quelle époque et sous quelles influences sociales et religieuses ces noms, prénoms de baptême ont-ils supplanté les noms antérieurs de leurs porteurs, bien des fois associés à des lieux ? Bien des noms anciens ont certainement disparu dans ce processus de rénovation des dénominations.

On a avancé, nous le disions, une explication ASSISTANCE PUBLIQUE. Il faut chercher ailleurs. On a parlé aussi de l'influence des MYSTERES du 15e siècle. Mais le mouvement nous paraît venir de plus haut et s'enraciner à d'autres profondeurs de la psychologie. Les noms en AB sont très anciens. Le breton ABELARD (1079 -1142) est connu pour sa science mais davantage encore pour sa passion pour Héloïse.

L'esprit chrétien n'a pu que favoriser cette tendance assez naturelle à l'homme de privilégier la caractéristi­que singulière de la personne, son nom familier, sensible au coeur, que nous appelons le PRENOM. Le nom de famille n'eut jamais précisément cette coloration familière. De surcroît, le prénom ou nom de baptême, introduisait le croyant dans l'intimité de Celui-là même que nous appelons par son prénom, JESUS.

Aucune rigueur administrative n'y pourra rien : on continuera à s'appeler par son nom, c'est-à-dire “ce nom pour les amis” qu'est le prénom. Aujourd'hui encore, à Roscoff, pour ne prendre qu'un exemple, on connaît très bien “MAZE VISAN”, Mathieu, le fils à Vincent ; personne n'éprouve le besoin d'ajouter son nom de famille, CABIOCH. Il faut parfois aux Roscovites un moment de réflexion pour retrouver, et encore ne le retrouvent-ils pas toujours, le nom légal d'un compatriote qu'ils identifient pourtant admirablement à leur façon par les prénoms et les surnoms. Les relations de voisinage n'ont que faire des contingences administratives.

Cette prééminence du prénom en christianisme explique aussi pour une part le maintien de l'habitude romane qui était de placer le prénom devant le nom de famille ; le préfixe “proe” en latin. signifie “devant”. L'invasion administrative a renversé l'ordre séculaire des prénoms. Le nouvel ordre : nom - prénom est glacial et déshumanisé.

Un exemple étonnant de la prééminence du prénom, se rencontre aux registres de Roscoff. Le volume 3 des baptêmes utilisé plus haut, allant de 1622 à 1648, s'ouvre par une TABLE DES NOMS ET SURNOMS. On s'attend a y trouver les noms dans l'ordre alphabétique et ce sont les prénoms qui sont relevés dans ce même ordre. Le classement n'est d'ailleurs pas exactement alphabétique : les prénoms commençant par A sont groupés sous cette lettre, mais dans l'ordre chronologique des baptêmes. Ce répertoire précieux des prénoms n'a pas grand intérêt pour l'étude des noms. Ce sont les François - Françoise qui, durant cette période, nous semblent le plus à la mode : 265 ; sous F nous avons détecté aussi 3 FIACRE (filles) et 2 FIACRE (garçons).

Tous ces noms - prénoms sont masculins. Il ne pouvait pas en être autrement, nos sociétés ayant privilégié l'homme sur le point du nom. Il ne nous semble pas que des enfants illégitimes aient reçu comme nom un prénom féminin : c'eût été infamant pour l'époque de traîner un tel nom.

Nous ignorons quand a commencé la mode des noms doubles (père et mère) comme Duran - DUPONT. Nous ne pensons pas qu'il y ait des noms doublement prénoms (masculin - féminin) comme celui-ci que nous construisons : ADRIEN-NATHALIE.

La poésie y a peut-être perdu. Mais tout le rêve des papas et des mamans n'est-il point emporté par les prénoms?

Son nom est Jean.

voir aussi


BLOSKON

Nous avons écarté précédemment, pour son invraisemblance historique l’interprétation du nom de BLOSKON par son homonyme grec BLÔSKÔN : “allant, venant”.

Le latin, lui, ne présente aucun mot qui ait une sonorité approchante de celle de BLOSKON. Nous verrons plus loin qu'il peut être utile d'envisager une racine du type BLOSK et de chercher une signification particulière à la finale “ON”. Mais BLOSK n'apparait pas non plus comme un mot d'inspiration latine.

Aurons-nous plus de chance avec le très vieux français ou roman ? Les outils de travail nous font défaut sur ce sujet. Ce n'est pas le mot BLOS, adjectif et adverbe, dont le sens est : “dénué, privé, seulement, simplement”, qui nous éclairera. (Lexique de l'ancien français, par Frédéric GODEFROY).

Le français du 16e siècle emploie le terme de BLOC ou BLOT dans le sens de “totalité, ensemble”. A cette époque s'est introduit aussi dans le français le terme de BLOCUS, écrit encore sous les formes BLOCU, BLOCUL, BLOCQU, PLOCU et BLOQUE. Le sens en est “petit fort, fortin”. Selon HATZFELD (Dictionnaire général de la langue française) BLOCUS serait une “altération” du mot allemand BLOKHAUS, maison de poutres. fortin détaché, en bois, relié d'ordinaire à un ouvrage principal par une communication souterraine.”

On trouvera des emplois littéraires de ces mots dans le “Dictionnaire de la Langue française du 16e siècle” par Edmond HUGULT. Aujourd'hui le site de BLOSKON - SAINTE BARBE est truffé d’ouvrages militaires allemands. Vers 1700 Vauban y fit construire un FORT, dont certains remparts existent toujours. Y eut-il, avant cette date, un ouvrage de défense sur ce même site ? C'est possible, mais comme BLOCUS n'entre dans le français qu'au cours du 16e siècle (d'après HATZFELD) et que nous avons trouvé BLAUSCON dans un acte de 1551, il n'y a pas lieu de poursuivre dans cette voie d'une étymologie française.

Nous en venons ainsi à restreindre nos recherches aux langues celtiques; mais ce n'est manifestement pas une voie sans écueils. La difficulté majeure pour un terme aussi singulier que BLOSKON, auquel nous ne connaissons ni frère ni soeur, c'est de déterminer son âge, s'il plonge ses racines dans les langues celtiques d'avant l'an 1000 ou s'il est de construction plus récente, c'est à dire, un mot du Moyen-breton (12e - 15e s.). Nous commençons quant à nous, à percevoir clairement cette difficulté. Sur ce point, la connaissance du breton parlé d'aujourd'hui n'avantage pas toujours le chercheur, au point de le dispenser, du moins, du recours aux spécialistes des langues celtiques anciennes ; l'amateur trouve un peu trop vite sa solution, mais que vaut-elle ?

Notre dossier sur Perharidi sera repris et corrigé et complété en faisant appel avec le Père LE CARRE à une situation d'avant l'an 1000, c'est-à-dire au VIEUX BRETON; nous parlerons alors des découvertes archéologiques sur cette presqu'île.

Supposons d'abord que ce nom inexpliqué de BLOSKON ou le mot dont il pourrait provenir soit un terme proprement breton, créé après l'an 1000. Il serait à interpréter soit comme un nom simple (singulier ou pluriel par exemple) soit comme un nom composé. En proposant quelques modèles de composition de ce mot nous ne prétendons nullement épuiser la série des structures possibles : BLOSK-ON, BLO-SKON, BLOS-SKON, BLOS-KON. Pour bien faire, il faudrait envisager d'autres écritures en BLAU (comme en 1551), des finales en KON, SKAO, KAON, KAN. Il y a de quoi s'y perdre et nous ne voulons pas engager les lecteurs dans un tel dédale. Aussi bien risquons-nous de passer à côté de l'explication la plus vraisemblable.

Les finales possibles se réfèrent au SUREAU (SKAO), au CHENAL (KAN) et au DEUIL (KAON)..Quant a KON, pluriel irrégulier de KI (chien) il nous renvoie au vieux breton d'avant l'an 1000.


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