La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 274 - 1973 - Mars

- Naufrage du brick " Le Fontenelle" -
- Le nom de Roscoff
- Bloskon


NAUFRAGE DU ..BRICK "LE FONTENELLE"

Près de l'Ile Verte, vers le chenal, à l'est, se trouve un rocher singulièrement fertile en goémon. La carte marine ne le signale que par une cote de niveau (10), dans le pays on l'appelle FONTENELLE.

Monsieur Le Berre, dans sa TOPONYMIE NAUTIQUE (n° 7477 commente “Nom d'un célèbre bandit du 16ème siècle”. Il est vrai que ce monstre, LA FONTENELLE, opéra dans ROSCOFF. Il fut exécuté à Paris le 27 Septembre 1602 ; il était âgé de 28 ans.

Le rocher du chenal est sans relation avec ce bandit. Il doit son nom à un bateau qui y fit naufrage. Les registres de la Fabrique de Roscoff en font foi ; on sait qu'une fabrique est l'organisme ancien qui gérait les biens et ressources de l'église paroissiale.

Lors de sa réunion du 25 février 1838 on fit état d'une demande présentée par le fermier de l’'île Verte, alors bien paroissial.

“Jean Quéméner, fermier de l'île Verte, ayant demandé un dédommagement pour le tort qui lui a été fait par suite du naufrage du brick “LE FONTENELLE” qui a détruit sa récolte de goémon, le conseil a décidé qu'il lui serait donné par monsieur le Trésorier 25 francs d'indemnité.” (folio 33).

Nous n'avons pas trouvé ailleurs de référence à ce naufrage ; la date précise nous fait défaut.

Par contre nous avions noté il y a des années la pièce comptable qui faisait suite à la décision du conseil : "Dédommagement aux fermiers de l'île Verte.

Doit la fabrique de Roscoff à Jean-Marie Quémeneur la somme de 25 francs pour dommage fait à la récolte de goëmon de l'île Verte par suite du naufrage du brick “LE FONTENELLE”,

Roscoff 29 Juillet 1838.

signatures : Le Trésorier LAHALLE

QUEMENER (qui a une belle signature, chose notable)

Source : en savoir plus

Né vers 1572 au château de Longle en la paroisse de Guenrouët (ou pour d'autres historiens, à la Fontenelle, petite propriété familiale aux environs de Saint-Brieuc (en Leslay, près de Vieux-Bourg-Quintin)), Guy Eder de Beaumanoir (baron de La Fontenelle) passe sa jeunesse à fréquenter la région de Tréguier-Lannion où il a des attaches familiales (son père Eder de Baumanoir appartenait à une bonne famille du pays de Quintin et sa mère Perronnelle de Rosmar de Kerdaniel). Sa famille était à Longle depuis 1431 date à laquelle Pierre Eder, maître d'Hôtel et Chambellan du duc de Bretagne, acquit la seigneurie de Delle de Téhillac, femme d'Hector de la Jaille.

.......

Par arrêt du Grand Conseil, du 25 septembre 1602, Guy Eder de la Fontenelle est condamné à la peine de mort. Il est condamné au supplice de la roue et est exécuté à 28 ans en Place de Grève le 27 septembre 1602 (il n’avait que 28 ans). Sa tête tranchée est ramenée en Bretagne pour être exposée quelques jours au sommet de la porte de Toussaint à Rennes. Elle n’y resta pas longtemps, en effet, le 8 novembre 1602, elle est enlevé par des amis inconnus.


DU NOUVEAU SUR ROSCOFF

Nous sommes honorés de la collaboration que nous a offerte pour ce numéro un celtisant distingué, monsieur Paul QUENTEL, de Saint Servan. La note savante qu'il a rédigée sur le NOM DE ROSCOFF n'enrichit pas seulement la gamme,des explications proposées de ce nom qui nous est cher. L'interprétation “Promontoire du (DIEU) FORGERON (GO) situe ce nom à une époque vers laquelle l'étude du nom de BLOSKON elle aussi tournera nos regards.

Nous remercions monsieur QUENTEL de ses analyses précieuses.

LE NOM DE ROSCOFF

“Que signifie le nom de Roscoff ?”

Pour beaucoup de gens, probablement, “colline du forgeron”, car les deux termes sont encore employés, quoique go (goff), qui désigne le forgeron soit, dans une bonne partie de la Bretagne, supplanté par “marichal”, c'est- -dire “maréchal” – “ferrant” étant sous-entendu. Est-ce bien certain ? Étudions successivement les deux éléments, en nous attachant plus particulièrement au second, qui présente quelques difficultés.

D'abord, il faut faire remarquer que le nom de ROSCOFF n'est pas uniquement porté par la ville qui porte ce nom. En Bretagne, il y a un Roscoff à Scaër, et un Rosgogoz à Plounevez-Lochrist (où-l'on note aussi un “roc'h ar go”). Au Cornwall, c'est à,-dire dans la partie de la Grande-Bretagne située en face de Roscoff, il y a, dans la paroisse de Tywardreath, un Rose gooth qui est Rosgof en 1327, en 1375 et en 1390.C'est évidemment le même nom.

Le premier élément, roz (ros), s'il désigne bien une cote, une butte, a aussi le sens de “promontoire”, sens qu'a ce mot dans:toutes les autres langues celtiques. A Roscoff - ville ainsi qu'au Cornwall (où Rosgof est aussi sur le bord de la mer, comme le laisse entendre le nom de Tywardreath “maison sur la grève”), c'est évidemment le sens de “promontoire” qu'il faut retenir.

Quant au deuxième élément, il évoque bien, de prime abord, le forgeron. C'est bien le sens qu'a “goff” dans des noms comme Kerangoff, à Brest, Liergoff à Guérande (Loire Atlantique), respectivement “demeure” et “résidence” du forgeron. Il faut relever le nom de Guérande, car il est révélateur : ce nom, en effet, qui serait dans le Léon “Les ar go”, est l'indice d'une certaine opulence, “Les” désignant même souvent une “cour”. Mais au Moyen-Age, le forgeron était un personnage. En 1273, par exemple, un certain Guillaume Glacon, forgeron et bourgeois de Broon (Côtes du Nord), donne à Sainte Marie de Boquen “quiquid juris, propriétatis et possessionis habebat in territorio de Querrensic” (1) (Geslin de Bourgogne, Anciens évêchés, tome III, p. 273) : voilà qui suppose une vraie richesse. On pourrait citer des textes semblables concernant d'autres pays que la Bretagne. En Galles, le Cartulaire de Llanâaf parle d'un “manerium de Tre y gov” (p. 251).

Il est peu probable, cependant, que goff, dans Roscoff, désigne simplement le forgeron. Car, outre les noms relevés ci-dessus, on remarque en Bretagne l'existence de divers noms de lieux où Goff est associé à des hauteurs ou des lieux maritimes : c'est le cas de Menegoff à Priziac (Morbihan) - menez = mont - Renangoff (Gourin, Morbihan), Runangoff (Caouennec et Pedernec, Côtes du Nord) - run = colline - Iniz Govian (île du Morbihan) - iniz, ailleurs enez = île , Kornog ar go, sur la côte Ouest du Finistère - kornog = ouest (?) -, d'autres encore. En Écosse, à Kircudbright, une hauteur est appelée Minnigaf, en 1548 Monygof = breton Menezgof, Menezko. Or on ne voit guère pourquoi le forgeron serait ainsi associé à des hauteurs, des promontoires et des lieux maritimes. Ptolémée, qui écrivait au 2ème siècle de notre ère, parle d'un “Promontoire Gobée” à l'ouest de la petite Bretagne, que l'on situe généralement, avec le géographe Desjardins, à la pointe du Raz. Il y a cependant diverses indications tendant à montrer que le “promontoire Gobée” était le nom de la pointe avancée du Léon. C'est ce que laisse entrevoir la lecture des géographes anciens. R. Dion, professeur de géographie ancienne au Collège de France, l'a bien compris quand il écrit, à propos du voyage de Pythéas, les lignes suivantes :”Ouessant prend à ses yeux la valeur d'un repère, marquant à l'Ouest, dans l'ensemble du contour maritime de l'Europe, l'origine des rivages qui font face au Nord” (Revue de philologie de lit, et d'Hist, anc.:, XL, fasc. 2, 1966, p. 203, n.5). C'est ce qui explique l'origine d'un des deux noms de l'Île d'Ouessant, le breton Eussa, du gaulois Oxisama “la plus élevée”. Du reste la carte d'Abraham Ortelius, “Theatrum orbis terrarrum”, publiée à Anvers au XVIe siècle, mentionne encore “Gobeu Pro”, à côté de "St Mahe" autrement dit Saint Mathieu. C'est donc un Roscoff supplémentaire qu'il faut ajouter à ceux qui ont été relevés plus haut, car, phonétiquement, Gob est devenu gon (= goff) vers le neuvième siècle, Encore à cette date l'auteur de la vie de St Pol traduit le breton roz par promontorium pour désigner ce qui est aujourd'hui Roscoff - ville.

Mais, dans l'antiquité, caps, promontoires, etc.,, de même que les fleuves, et aussi les pics, hauteurs, etc, étaient sacrés, et dénommés comme tels, ou encore portaient le nom d'une divinité.

Les exemples sont innombrables. Hiérin akrotérion, “promontoire sacré”, était le nom grec de ce qui est aujourd'hui le “Cap Saint Vincent” (cabo ,an Vicente j dans la péninsule ibérique. En Gaule, la Seine, la Marne, etc., étaient divinisées. Vosegus était un dieu qui a donné son nom aux Vosges. En ce qui concerne les caps et promontoires, sur lesquels il y avait souvent des autels, leur sanctification était associée à la crainte qu'ils inspiraient aux navigateurs. Le cap Malée, au sud du Péloponèse, était célèbre à cet égard dans l'antiquité : “Qui double le cap Malée doit oublier sa patrie” écrivait le géographe Strabon (Géog, VIII, V1, § 20). A Douarnenez

on a découvert, il y a une vingtaine d'années, un autel dédié à Neptune. Mais Neptune est un dieu romain, et il a vraisemblablement pris la place d'un dieu celte, comme c'est sûrement le cas de Vulcain.

En effet, le nom du dieu forgeron des Gaulois, qui existait sûrement, nous est inconnu. Par contre, en Irlande, nous savons qu'il s'appelait Goibniu, ou encore Gobban. Dans le pays de Galles, le dieu forgeron est Gofannon, alias Gwydion. Ce .dernier, dans le récit mythologique connu sous le nom de “mabinogi de Math” fabrique des chevaux et des navires magiques. Or nous trouvons, en Gaule, des dédicaces à Vulcain dans des lieux maritimes comme, par exemple, à Nantes, sur le bord de la Loire, ou à Lyon, sur le Rhône. Ceci ne s'accorde guère avec ce que l'on sait du Vulcain des Romains. Mais, si l'on sait que “l'interpretatio romana” des dieux pré-romains, et des dieux celtes en particulier, a été très poussée (le Mercure de chez nous n'a que partiellement les attributs du dieu latin), si l'on tient compte que la batellerie gauloise était très florissante, on entrevoit que le nom de Vulcain s'est substitué à celui d'un dieu celtique dont le nom devait être en rapport avec celui du forgeron - magicien. Gobannitio est du reste attesté en gaulois comme nom propre : c'est le nom que portait un parent de Vercingétorix, et ce nom signifie “le petit forgeron”, exactement comme le nom Le Goffic, assez répandu en Bretagne.

D'autres constatations débouchent sur les mêmes conclusions. C'est ainsi qu'au Pays de Galles, en 1303, on trouve un lac qui porte.le nom même du dieu - forgeron (“lacs de Lyngouannon in commode de Uchorvey”). En Angleterre, dans le sud-est, où peu de noms celtiques ont subsisté, on trouve encore cependant un Gobant dans une localité qui s'appelle Ford (près de Canterbury) :”Ford” est le mot anglais qui désigne le “gué”. Par ailleurs le cap Land's End, à l'extrêmité sud-ouest de la Grande-Bretagne s'appelait au temps de Ptolémée le “cap Bolerion” : c'est sûrement le nom du dieu Bolar ou Balar. Or, O'Rahilly, spécialiste irlandais de l'histoire ancienne et de l'ancien irlandais, écrit à son sujet ce qui suit : “Balar, the sun-god, and Goibniu, the smith-god, though they were differenciated in later times, are ultimately one and the came” (“Balar, le dieu-soleil et Goibniu, le dieu-forgeron bien qu'ils aient été différenciés plus récemment ne sont en définitive qu'un seul et même dieu”) (Thomas O'Rahilly, Early Irish history and mythology, Dublin 1946, p. 314).

Une remarque pour terminer, concernant le nom de Plogoff, en Cornouaille. On l'a quelquefois (et encore tout récemment) associé à celui de Roscoff. Mais Plogoff suppose un éponyme Saint Coff, et non saint Goff. C'est ce même Coff que l'on retrouve dans Lescoff, sur le territoire même de la commune, et dans le nom de lieu Saint Coff en Plouay (Morbihan). C'est un saint de la congrégation d'Iltud, mais dont on ne sait rien par ailleurs. Actuellement, à Plogoff, le patron est Saint Collodan, également connu sous le nom de saint Cleden.

Paul Quentel


BLOSKON

Nous n'avons point trouvé de termes en BLO(S) dans le vocabulaire moyen - breton (12e / 15e s.) Peut-être faudrait-il faire l'essai de certains mots aux sonorités approchantes.

Nous signalions précédemment le vieux français BLOC ou BLOT. Son sens de “totalité”, “ensemble”, se retrouve dans les mots bretons BLOKA(D) et BLOC'H. Le premier est un substantif qui signifie “GRAPPE” ; il est appliqué, aux fruits (cerises, raisin, groseilles). A Roscoff on dit BLONKAD, en Cornouaille on prononce BLOCHAD et même BLOUCHAD (CH comme dans CHERCHER).

Le terme de BLOC'H signifie comme substantif “bloc, tout” ; il est employé dans le pays de VANNES comme adjectif et adverbe, dans le sens de “tout-à-fait, total, tout ensemble”. Le diminutif BLOC'HIK; “presque tout” était d'un emploi si courant dans cette région qu'il a valu aux VANNETAIS le surnom de BLOC'HIK (Dictionnaires LE GONIDEC et ERNAULT). Aujourd'hui, où nous ne parlons plus que par “ABSOLUMENT” ou “ABSOLUMENT PAS” il resterait à prendre la place des VANNETAIS “ABSOLUMENT – PRESQUE” !

LE PELLETIER (1752) connait un autre BLOC'H ou BLOUC'H “imberbe, gras, lisse”.

Nous ne voyons aucun passage possible de ces mots au terme de BLOSKON ; cependant nous retiendrons l'idée de “rassemblement” qui pourrait n’être pas étrangère, comme nous le verrons à la fonction dévolue à ce site avant la christianisation du pays.

Selon M. BULLET dans ses “MEMOIRES SUR LA LANGUE CELTIQUE” superbement imprimés en 3 tomes (Besançon 1759) BLOS (gach) en irlandais voudrait dire “homme ROBUSTE”. Dans la même langue BLOSC voudrait dire “assemblée”. L'auteur signale aussi BLOSQ au sens de “écorce, peau”. En breton nous disons PLUSK. Nous laissons à cet auteur la responsabilité de ses dires.

Le Pelletier encore (1752) a relevé le terme de BOSCON “criblures de toutes sortes de bleds (blés) mêlées ensemble pour la volaille. Je n'ai entendu ce mot qu'en Bas-Léon”. Il est cité par LE GONIDEC (1850) et Ernault (1927). Le Pelletier propose l'étymologie BOS (gras), CON ou COUN (chiens) : les chiens gras. Nous nous garderons de faire nôtre cette explication, mais nous tenons en réserve le terme de BOSCON pour le cas où il contiendrait une allusion aux volatiles. En effet le “DIEU de BLOSCON”, dont nous aurons à parler longuement, porte dans sa main droite un oiseau, comme en fait foi le dessin qui nous a été conservé ; chacun pourra bientôt en juger. D'autre part, au site de BLOSKO.N même s'est incrusté un nom qu'il faudra bien tenter d'expliquer : KLUD AR YER, le perchoir des poules. Ce toponyme n'est connu aujourd'hui que de rares pêcheurs.

Dans des recherches aussi complexes il ne faut mépriser aucun indice.

Alain LE BERRE, dans sa “TOPONYMIE NAUTIQUE DE L'ILE DE BATZ" et de ses abords (1965) transcrit “AR BLOSKONN” et suggère prudemment “Peut-être les CHIENS MEURTRIS ?3. Le point d'interrogation est de l'autour lui-même ; nous y ajoutons le nôtre. Si KON est le pluriel ancien de KI­chien, on ne voit pas que BLONS (ou BLOS en vannetais) “meurtrissure” ait été employé comme adjectif. D'interprêter KON comme le pluriel ancien de la LOUTRE (DOURGI et KI-DOUR) : DOUTRGON, n'y change rien.

Nous avons, par contre, un sentiment de grande sécurité linguistique avec des dénominations comme KARREG AR C'HI KLANV, “le rocher du chien enragé” auprès des ateliers du Centre Hélio-Marin ainsi qu'avec BANEL AR C'HI BREIN, “la venelle du chien pourri” qui joignait le RAZ au LENN VRAS (le Grand LAVOIR) avant la construction de la Gare.

Cette enquête a sans doute enrichi notre vocabulaire, mais elle se révèle décevante pour notre propos. Nous serions d'ailleurs bien en peine d'établir l'âge de tous ces mots et leur éventuelle antériorité sur le terme de BLOSKON.

Depuis longtemps nous avions envisagé l'hypothèse d'un BOLS devenu à l'usage BLOS. Le changement de place d'une lettre au sein d'un mot ou METATHESE est un phénomène courant à ROSCOFF. Par exemple, le breton traduit le terme français de CHAMBRE par KAMBR. Mais le Roscovite dit KRAMB ainsi dans le mot composé POD-KAMBR dont le sens est transparent. A propos de ce terme CHAMBRE donnons un spécimen des conversations ou colloques FRANCOIS-BRETONS de notre QUIQUER (édition 1690, Bibl. de Landevennec). Il s'agit de la conversation d'un voyageur avec la servante de l'hostellerie :

(pages 109-110)

C'est du breton bien médiocre, mais du moins “cambr” est correct.

On connaît à Roscoff le quartier du GARDALEAS (garages, école des Frères). Ce nom de lieu est singulièrement maltraité. Sur des centaines de fois où ce terroir revient dans les titres de propriété du 16e au 18e s, nous n'avons souvenir que d'un seul GARDALEAS ; c'est toujours KERDALAEZ ou LAHEZ, le village d'en haut. La finale est devenue LEAS par interversion de A et E.

Ce pauvre GARDALEAS deviendra sous la plume d'un habitué de M0NTPARNASSE, le GARDALEASSE. C'était en 1900 sur une affichette retrouvée au presbytère :

VILLE DE ROSCOFF

SALLE DE L' ECOLE DU GARDALEASSE

le vendredi 17 Août 1900, à 8 heures du soir

GRAND CONCERT AU PROFIT DES PAUVRES

Prix des places - 3 francs.

Cette propension roscovite à inverser les lettres ou à leur changer de place autorisait ainsi l'hypothèse d'un BOLZ primitif.

Avec ce terme nous sommes en pays de connaissance. De surcroît la topographie (l'étude du terrain) nous devient secourable. Notre hypothèse, en effet, a pris corps sur les lieux et elle s'est renforcée au cours de conversations avec les vieux marins-pêcheurs.

Ces usagers du détroit, vieux poseurs de filets à mulets, dénomment la pointe extrême de BLOSKON : an ARC'H ou PENN an ARC'H. En français on traduirait LE COFFRE, la POINTE DU COFFRE (= la pointe que constitue le COFFRE) Le mot ARC'H sert à désigner par exemple, un coffre à blé.

La découverte de ce nom élucide le toponyme voisin, l'anse PORAC'H. Précédemment, avant que nous n'ayons contourné le site, nous avions envisagé le sens de PORT aux RATS, solution quelque peu désespérée. Notre attention avait été attirée aussi par le mot de RAC'HER rencontré dans ROPARZ HEMON et désignant un “bateau sardinier”. Or l'on sait l'importance durant les siècles passés de la pêche à la sardine sur nos côtes ; il y eut une usine à l'île de SIEK. N'y avait-il pas entre PENN AR VILL et SAINTE BARBE une anse PORZ AR GORED (barrage de pêcherie) appelée aussi PORZ AR BREZELI, le port des maquereaux ? Pourquoi n'y aurait-il pas eu un port aux sardines ?

Toutes ces analyses sont réduites à rien par la découverte de AN ARC'H. Il faut écrire POR(Z AN) ARC'H, l'anse de l'ARC'H, à l'opposite de PORZ BLAUSCON (1605) qui est l'emplacement des viviers.

Il était tentant dès lors de faire de BOLSKON un quasi synonyme de AN ARC'H et d'éclairer le premier nom par le second.

La dénomination AN ARC'H est courante en TOPONYMIE NAUTIQUE. A nous en tenir à la côte qui va de l'île Vierge à Primel le répertoire toponymique signale 4 “AN ARC'H” ; il faut ajouter un ARC'HELL et notre ARC'H de Bloskon qui a échappé à la perspicacité du chasseur de noms ; il s'agit des références 7215, 8630, 9113, 9259, 10416.

Si nous n'avons pu vérifier nous-même sur place le bien-fondé de la traduction proposée pour ces rochers “en forme de COFFRE”, nous avons par contre observé, mesuré et photographié notre ARC'H de Bloskon.

AN ARC'H est très volumineux. Sa forme se rapproche d'un tronc de pyramide, dont la base est sensiblement plus étendue que le plan supérieur. La hauteur moyenne est de 5m50 environ.

La base est grossièrement hexagonale (6 côtés). Le côté qui fait face au chenal mesure 7 mètres. La superficie doit approcher de 90 mètres carrés. Le.plan supérieur se rapproche d'un quadrilatère dont la superficie est de 55 mètres carrés. Le volume serait ainsi approximativement : Y= 1/3(90 + 55 + V² 90 x 55) 5,5 = 356 mètres cubes.

Des experts nous donneraient une mensuration bien meilleure. Le mètre cube de granite pesant environ 2.700 kilos, notre ARC'H, en première approximation, pèse autour de 950 tonnes.

En retrait de AN ARC'H au-dessus des rochers inclinés repose une dalle de pierre plus réduite (3,85 x 1,25 x 1,20) qui se détache sur le ciel. Nous pensons que le nom de AN ARC'H est dû plutôt au gros monument qu'à ce “cercueil” posé sur des tréteaux de pierre.

Nous signalions dans le dernier numéro le nom donné parfois à l'AUTOMNE, RAZ-ARC'H - Ras le coffre. Le Pelletier commente ainsi :”Il est à remarquer que nos Bretons n'expriment ni le Printemps ni l'automne en un seul mot. Ce qui fait juger qu'ils partageaient l'année en deux saisons seulement”. (col. 739)

Le nom d'ARC'H est bien attesté dans les anciens dictionnaires bretons. ERNAULT en a relevé quelques emplois dans son GLOSSAIRE (= Dictionnaire des mots anciens ou mal connus) MOYEN-BRETON (1896). Laissant de côté les dictionnaires du 18e s, nous retiendrons les emplois empruntés au CATHOLICON de Jehan LAGADEC.

Dans un manuscrit latin de cet ouvrage (Bibliothèque Nationale 7656) on trouve : ARCH GUELE, chaslit.

Dans une édition imprimée in-4° on trouve ARCH AN TUT MARU bière (des morts).

La Bibliothèque Nationale (Réserve x 253) possède l'exemplaire du CATHOLICON qui a appartenu à Pierre-Daniel HUET (1630-1721), évêque d'Avranches. Nous avons eu la joie de tenir cet ouvrage et de le consulter. Les caractères en sont gothiques ; l'édition est de Jehan CALUEZ, à Tréguier (1499). Ce dictionnaire est breton-français et latin. Nous y avons trouvé : ARCH (an boet) : Huge de la viande ; aujourd'hui on écrit HUCHE.

Ernault signale encore : HARCH DEN MARU : châsse (d'un mort) dans Catholicon (édition 1522).

Le sens de BIERE est connu de GREGOIRE DE ROSTRENEN (1732). Aujourd'hui on dit plutôt ARCHED.

ARC'H pourrait provenir du latin ARCA qui a ces sens de “coffre, cercueil”. Le français du 12e siècle connaît ARCHE dans le sens de “coffre”, par exemple “ARCHE de l'ALLIANCE”.

Il est bon que nous rappelions l'hypothèse au sein de laquelle nous nous démenons : BLOSKON serait une “corruption roscovite” d'un BOLSKON, à interpréter par le moyen-breton (12e - 15e s.)

BOLZ est un terme connu dans le sens de “voûte” ; il est employé en composition pour donner BOLZ-KANZT, “catafalque” ; le dictionnaire léonard de DU RUSQUEC écrit BOLS KAON (KAON = deuil).


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