La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 276 - 1973 - Mai

- Vogue des prénoms bretons
- Bloskon


HERRIC – Prénoms bretons

Aujourd'hui la vogue est aux prénoms bretons, surtout dans les familles expatriées, qui tiennent à graver le sigle BZH (BreiZH, Bretagne) sur la fiche d'identité de leur enfant.

Le prénom ERIC est-il breton ? Sans doute pas dans cette écriture où E porte l'accent aigu. ERIC est plutôt un prénom scandinave.

Mais écrit autrement et prononcé en conséquence, HERRIC est un prénom authentiquement roscovite et depuis fort longtemps. C'est notre HENRI. Nous avons tous fort bien connu HERRIC-PETER ; on prononce HER comme E avec l'accent grave (è).

Dans les registres anciens l'orthographe des noms est livrée au jugement et à l'oreille du prêtre de service. Si le vicaire (curé) Hervé RIOU autour de 1600 écrit HENRICUS (Henry) avec parfois 2 R après N, son prédécesseur et collègue BONYOU écrit régulièrement HERR-CUS ; ainsi HERRICUS JAIFFROY est papa en 1599. HERRICUS FLOC'H est parrain le 7 juin 1599 de Hervé LORENS (c'est ainsi que BONYOU transcrit LAURANS prononciation bretonne de LAURENT). Magister HERRICUS en GALL et Anne GUILLORE ont une fille Françoise le 9 Août 1600.

BONYOU écrit constamment “en” pour “an”, l'article défini breton. Ses “R”' minuscules se rapprochent fort des “x” manuscrits ; aussi la confusion n'est pas possible avec “n”. Nous pouvons faire la contre épreuve : le 14 Mai, HENRICUS JAFFROY est parrain dans la famille de JEAN ROUNIANT et ODERNA (?) MARTIN. C'est, sous la plume de RIOU, le même que le HERRICUS JAIFFROY de messire BONYOU:

Le 23 Juillet c'est lui encore qui baptise Laurent fils de GUILLERM (= Guillaume) HERRI. Beaucoup plus tard peut-être Pascal de Kerenveyer, quelqu'un a écrit dans la marge de l'acte : Laurent HENRY, L'interprétation nous paraît bonne : HERRI (aujourd'hui Y final) est une variante de HENRY (aujourd'hui plutôt un I final). Roparz HEMON rend HENRI par HERRI.

HERRIC vient donc d'une forme latine ; aussi n'y faut-il pas voir un diminutif “petit Henri” mais simplement HENRI. “Petit Henri” donnerait HERRIIC.

Nous ne savons pas si HERRIC a été un nom de famille ; aujourd'hui, en tout cas, monsieur Gourvil n'en a relevé aucun.

Bien avant que messire BONYOU ne tint les registres de Roscoff nos marins fréquentaient les ports de la BALTIQUE ; il n'y 'a pas lieu de supposer qu'ils en aient importé le prénom scandinave ERIC.

Les prénoms bretons exportés sont singulièrement déformés ; de toute évidence les parents ont rarement la gorge et l'oreille bretonne. YANN est prononcé comme IANE dans DIANE ; ça ne fait pas BZH du tout, mais cover-girl. Autrefois on écrivait IAN ou JAN. La syllabe AN se prononce comme l'article breton AN soit comme ENN dans le mot français “ennuyé” où l'on marquerait le 2ème N, L'écriture YANN favorise la bonne prononciation.

Si nous voulons “descandinaviser” ERIC pour en faire un prénom authentiquement BZH il nous faudrait l'écrire HERRIC ou, à la grande rigueur, ERRIC pour que soit sauvée la bonne prononciation de “è”.

Mais nos cordes vocales ne sont plus BZH. Un test l'établirait aisément : prononcer YANN et HERRIC à la bretonne.

Il est vrai que l'important est que YANN et HERRIC soient de bons gars !


BLAUSCON

Avant de poursuivre nos analyses sur le nom de BLAUSCON, il nous faut apporter une correction à ce que nous écrivions dans le précédent numéro concernant le lexique de QUIQUER (p. 12) ! La Bibliothèque nationale, consultée, nous a fait savoir que dans la 1ère édition (1626 - Res X 2054) on ne trouve pas le mot BORDELL traduit en BOLS. Par contre, dans le 6e chapitre (p. 185) on trouve bien déjà, comme dans l'édition de 1690 (Bulletin p. 12) : “Voilà un beau tombeau”  rendu par “Che tu aman un vols caër..”

Les lecteurs voudront bien excuser notre erreur.

Depuis longtemps nous avions pensé que la langue galloise (pays de Galles en Grande-Bretagne) aurait pu nous être secourable. Un seul mot de cette langue semble apparenté à notre BLAUSC, l'adjectif BLOESG. Selon le dictionnaire gallois GEIRIADUR PRIFYSGOL CYMRU, qui est en cours de publication, l'adjectif BLOESG se dit de quelqu'un “qui a une difficulté de parole, qui n'articule pas” Le verbe BLOESGI c'est “parler indistinctement”.

Nous ne voyons pas ce que nous pourrions en tirer pour notre site, à moins que la DIVINITE de BLAUSCON n'ait fait référence à ce défaut de langue.

L'insuccès de nos recherches à travers le vocabulaire breton récent et moyen (depuis le 12e s.) nous contraint à remonter au delà de l'an 1000.

Deux noms de lieux sont attestés dans les manuscrits pour la région immédiate. Il s'agit du nom de l'Ile de BATZ et d'un site de notre littoral appelé GOLBAN. Nous tenions beaucoup à mettre sous les yeux des lecteurs des reproductions authentiques de ces deux noms vénérables.

Et nous avons eu la surprise de mettre au jour une erreur de lecture qui se répète depuis la publication en 1882 du manuscrit de Paris par Dom PLAINE, bénédiction. Nos lecteurs jugeront eux mêmes sur documents.

 

Ces deux mots se trouvent dans deux recensions d'une Vie en latin de St Pol de Léon, œuvre d'un moine de Landévennec, WORMONOC, qui l' écrivit en 884.

La recension la plus ancienne est du 10e siècle (Bibliothèque municipale d'Orléans - manuscrit 261(217). Celle de la Bibliothèque nationale (manuscrit latin n° 12942) serait du 12e siècle.

Dans notre photocopie le nom latin de BATTKIA est écrit à l'accusatif (m final). Notre écriture actuelle serait donc conforme à l'ancienne prononciation BATZ, le “TH” final, comme en anglais, est rendu par “Z”. Nous ne voulons pas nous engager présentement dans la recherche de l'étymologie de ce nom.

Le site de Golban est à Roscoff. C'est lui qui a donné lieu à l'erreur de lecture, dont témoigne encore le DICTIONNAIRE DES GLOSES EN VIEUX BRETON par Léon Fleuriot (1964). Nous lisons, en effet, au mot GOLBAN :

“GOLBAN PORTITOR - (Vie de S. Paul, version du manuscrit d'Orléans 261(217), 10e siècle ; le manuscrit BN latin 12492 (en réalité 12942), 12e siècle, porte “GOLBAN promontorium”.

C'est là une erreur de lecture, on s'en rend compte aisément. Le manuscrit de Paris, tout comme celui d'Orléans, porte non pas GOLBAN promontorium mais “portitor”. Le manuscrit de Paris n'identifie donc pas GOLBAN et PROMONTORIUM (promontoire). Nous ne pouvons pas pour autant identifier GOLBAN et PORTITOR. Ce dernier mot est latin il signifie “péager au sens de receveur du péage” et aussi “porteur”, “batelier”. Un “péage” est un droit que l'on paie pour emprunter une voie, un “droit de passage”. Il y a tout lieu de penser que PORTITOR est ici l'abrégé de PORTITORIUM "péage” - endroit par où se fait le PASSAGE. En l'occurrence l'embarcadère pour l'île, suivant l'acception très courante du terme de PASSAGE.

On ne peut préciser, d'après ce texte, le site de GOLBAN. On reste cependant dans les limites du raisonnable en le situant soit au VIL (actuel) soit à la pointe du petit fort au nord-ouest du clocher ; l'anse qui se développe entre ces deux pointes naturelles se prêtait bien dans l'antiquité aux transactions entre l'Île et la côte. Ce terroir deviendra au Moyen-Age TEVENIN CROAZ-BATZ, la falaise (dune) de la CROIX de l'Ile de BATZ, où s'implantera au 16e siècle l'église Notre Dame de CROAZ-BATZ, du nom même du terroir.

Nous venons d'interpréter GOLBAN dans le sens très probable de “POINTE” (BEG en breton d'aujourd'hui) : il n'y a pas d'autre embarcadère possible qu'une pointe rocailleuse qui assure un niveau d'eau suffisant au bateau du passage. Le breton connu ne permet pas d'interpréter très sérieusement dans ce sens. Il ne connaît guère que GOLVAN, GOLVEN “moineau, passereau”. Mais les langues celtiques soeurs nous conduisent à l'idée de “promontoire”. Voici ce qu'en. écrit FLEURIOT dans le dictionnaire précité : “GOLBAN signifie "promontoire” et le sens est celui de l'irlandais GULBA “narrow strip or point of land” (bande. étroite ou pointe de terre),. Pour la forme, GOLBAN a des correspondants directs dans le vieil irlandais - GULPAN, GULBAN “bec”. Le breton moyen a golvann qui ne signifie plus que “moineau, passereau”.

Vieux gallois GILBIN., gallois GYLF “bec”.

Il semble bien que WORMONOC fut un familier de cette région,.l'on a même avancé qu'il en était originaire.

Nous traduisons ainsi la phrase qui contient le terme de GOLBAP ?. “Saint Paul et ses compagnons firent la traversée à l'endroit connu sous le nom de GOLBAN PORTITOR - la pointe du passage. Ils mirent les pieds sur file et parvinrent au lieu que l'on appelle encore aujourd'hui SECRETUM”. Ce terme désigne, semble-t-il, la RETRAITE où s'était installé le comte WITHUR. Les manuscrits ne donnent pas le nom breton de cette résidence.

L'île de BATZ est singulièrement riche en toponymes vieux-bretons (avant l'an 1000). Les celtisants patentés semblent l'ignorer. Ils ont une excuse. Nos lecteurs, pour la plupart, ne savent sans doute pas qu'entre 1952 et 1954 ont été publiées en 8 volumes par l'I.N.S.E.E. les NOMENCLATURES des HAMEAUX, ÉCARTS et LIEUX-DITS de l'Ille-et-Vilaine, des Cotes-du-Nord, du Finistère, du Morbihan. C'est un ouvrage de chevet pour les celtisants. Or le relevé des toponymes de l'Île de Batz a été bâclé littéralement : 8 seulement sont cités : BAR-HIR, GOALES, KERABANDEL, LENVEN, PEN-BATZ, le PHARE, PORS MELLOC' H, ROC H. A l'Ile de Sein, à l'île Tudy et à Molène on ne s'est même pas donné la peine d'en citer un seul. Par contre on a relevé 92 toponymes à Ouesssant (OSSA dans la Vie de Saint Paul, aujourd'hui EUSA).

Sur la très belle carte en couleurs que Monsieur Nicolas Roualec a faite de son Île on découvre bien d'autres toponymes que les 8 précédents. Plusieurs font “très vieux” - BILIOG, VENOG, MELLOK, KANABOG, GRANNOG, KERNOK, KIGNENOG, depuis longtemps sur le continent ces OG, OK, sont devenus EG ou EK. Nous nous demandons même si notre actuel PERROC'H n'est pas un authentique PERROG devenu non loin de là PERREG (perré). Citons encore KLEGER (G dur) “masse rocheuse” qui serait, selon monsieur Gourvil (Noms de famille bretons d'origine toponymique, n° 267) un pluriel de KLOG “rocher”. - Nous tenons en réserve deux autres noms “bathiens” : KENECAOU et KENECOUNAN que nous mettrons en valeur dans un travail sur les “HAUTS et BAS” à Roscoff. La permanence de ces noms archaïques (vieux-vieux) malgré l'invasion du Léon par les CREAC'H depuis le 16e siècle, a beaucoup étonné monsieur Gourvil devant qui nous les évoquions.

Roscoff a aussi une belle brochette de noms archaïques. Ii s'agit de termes à finale ON qui sentent le pluriel d'avant l'an 1000. Les sites font avec BLAUSCON une nichée très abondante : TI-SAOZON, DUON, KEREON, BERON, TAVANION, peut-être KEREZON. Nous devons y associer ROSGO, KER-GUENEC (KENEC ) et peut-être LANDIVINEG si le D est authentique. Il y a aussi de fortes probabilités pour que le site de PERHERIDI et de PORZ KONNELLEK porte des dénominations aussi anciennes. Nous n'analyserons aujourd'hui que les toponymes en ON, sauf KEREZON ~ ils pourraient nous donner un éclairage indirect sur BLAUSCON.

SAOZON est le pluriel ancien de SAOZ (Saxon, Anglais) TI-SAOZON (S = Z dans le mot composé) c'est la maison aux Anglais, l'Îlot au nord du détroit de BLAUSCON.

DU-ON est le nom d'un grand plateau marin de nature schisteuse, à l'est de BLAUSCON. Il n'y a point si longtemps ces rochers étaient recouverts d'immenses colonies de moules bleuâtres - noires. Nous ne pouvons assurer que ces colonies avaient envahi le plateau au cours du premier millénaire ; la couleur du schiste est à l'origine du nom. DUON est, en effet, un pluriel archaïque de l'adjectif DU, NOIR. Depuis longtemps l'adjectif breton est invariable en genre et en nombre. On ne dit pas AVALOU TRENKOU (pommes aigres), mais AVALOU TRENK. Le pluriel des adjectifs s'est conservé dans le GALLOIS. Il ne faut pas s'attarder à l'explication qui vient naturellement à l'esprit des Roscovites : DU-HONT ou DUONT “Là.-bas”. AN DUON c'est “LES (ROCHES) NOIRES”.

KEREON est le nom d'une roche plus proche de la côte que DUON. Ce toponyme signifie LES CORDONNIERS. KEREON est le pluriel ancien de KERE, écrit généralement QUERE comme nom de famille. Nous ne voyons pas d'explication au choix de cette dénomination. Aussi bien est-il prudent de ne point considérer comme acquise la traduction “Cordonniers”. Ce toponyme n'est plus usité à Roscoff.

La pointe BERON des cartes marines est connue des Roscovites, mais uniquement sous le nom de AN TOUR pour les terriens et celui de AN TOUR GWENN pour les marins-pêcheurs. La TOPONYMIE NAUTIQUE de Le Berre a tout embrouillé dans ce coin de côte. La pointe BERON est appelée BEG TRAON ERC'H que l'on traduit “Pointe de (la) Vallée de (la) Neige”. Cette traduction est erronée. Nous avions interprété “LE BAS du HAUT”, nous intégrerons ce nom dans une étude sur “HAUTS et BAS” et retrouverons alors le sens de “BAS du coteau”.

Ce que l'on appelle à Roscoff la “grande grève” est désigné dans la TOPONYMIE sous le nom de AOD AN TOUR GWENN, “Plage de la Tour Blanche”. L'observation qui accompagne la traduction mérite d'être signalée, sinon retenue “Cette tour est l'ancien sémaphore de BLOSCON”. Ce sémaphore étant implanté sur une hauteur appelée AR CREAC'H ; le `terroir s'appelle aujourd'hui “LE SEMAPHORE”.

L'auteur de la TOPONYMIE n'a pas tenu compte du nom donné par tout le monde à la pointe et cela de mémoire d'homme : AN TOUR (GWENN). Ce nom de TOUR parait récent et d'origine marine. Comment ce KLEGER a-t-il reçu une telle dénomination de TOUR ? Et de TOUR GWENN de surcroît? Peut-être parce qu'il se trouvait dans un alignement avec le SEMAPHORE ou simplement dans sa proximité (relative).

On ne voit pas d'ailleurs ce qui dans la structure de ce KLEGER le rapprocherait d'une tour. Quant à l'épithète de GWENN (BLANC) rien n'autorise à, l'attribuer à un badigeon hypothétique du service des balises : personne n'a jamais vu ce rocher peint en blanc.

Il y aurait donc tout lieu de penser que la pointe portait anciennement un nom autre que AN TOUR. Rien d'étonnant à cela. Que l'on se transporte sur un site tout proche familier aux Roscovites, LA MAISON ROUGE (blanche depuis quelque temps) pour les uns, CABANE DE L'ESPION pour d'autres. Les anciens (et les cartes) l'appellent ROC'H ILIAVEC ru ILIEVEC (HIEVEC les cartes) - La Roche au lierre. Tous ces noms sont récents, même le dernier. La dénomination ancienne, dont nous avons vérifié sur place le bien fondé, était ROC'H  CLEGUERIEN (archives départementales 5G-16* fol 5(1702), 21,35. Nous avons rencontré ce nom de terroir dans le partage des biens de Jean Jamet et Anne Quiffigeur en date du 22 Juin 1552; la première lottie (ou lot), celle d’Aliénore Jamet comprend des terres “au terrouer ROC'H AN CLEGUERIEN (archives départementales 5G.329, n° 13). Chacun pourra observer sur-place la présence de trois masses rocheuses dont la plus visible est notre ROC'H ILIEVEC. Il y a tout lieu de penser que, plus anciennement le nom était AN CLEGERIEN (sans ROC'H). Le site devait englober outre ces trois masses rocheuses terriennes le beau rocher de ROC’H AL LOUARN, à peine détaché de la côte. Le Berre (Toponymie nautique n° 9946) a confondu ce caillou avec la pointe au sud de AN CLEGERIEN, un rocher pittoresque lui aussi, ROC'H AN DABOULIN (tambour),

Si KLEGER (écriture moderne) est un pluriel archaïque, KLEGERIEN serait un surpluriel (2 fois pluriel). Le nom de famille KERLEGUER provient de KLEGER. Selon Monsieur GOURVIL le passage de l'un à l'autre supposerait une forme intermédiaire KERGLEGUER (Noms de famille, n° 1016). Nous pensons qu'il s'agit plutôt d'une influence de l'écriture sur la langue parlée. Les anciens faisaient volontiers l'économie de certaines syllabes dans leurs “actes”. C’est ainsi que le Y/ (K barré) est employé pour KER dans KERMELLEC par exemple, mais aussi pour CA de Catherine, écrit K/therine au 16e siècle. Dans cette hypothèse le K de KLEGER aurait été compris comme un K/ = KER. Nous n'avons pu vérifier notre hypothèse dans les registres de Roscoff. Les CLEGER y paraissent en 1570 mais le couple n'eut que deux filles ; le nom se perdit. On trouve des KERLEGUER seulement en 1710 (d'après le relevé de Kerenveyer).

Nous ne savons si les archives départementales contiennent des références au vieux nom de notre AN TOUR ; nous n'avons pas le loisir d'y courir pour trancher la question. Ces allusions nous paraîtraient assez improbables car la pointe est incluse dans le terroir, bien connu dès le 16e siècle PORZ A BASCONT (partage Kerdannet en date du 4 février 1559 - arch. départ. 5G-329). Quoi qu'il en soit nous acceptons l'hypothèse de la dénomination cartographique “Pointe BERON” et nous nous essaierons à lui trouver un sens acceptable.

Un premier sens se présente à l'esprit, BERON proviendrait de BERR (court, étroit), mot attesté dans le vieux breton d'avant l'an 1000 (voir le Dictionnaire Fleuriot). Mais on ne voit pas à quoi sur le terrain s'accrocherait le sens de “Roches Courtes”.

En breton comme en vieux français BER peut signifier BARON (voir TROUDE et pour le français DAUZAT). Il y aurait dès lors un rapprochement curieux du BARON avec le port limitrophe au sud, PORZ AR BASCONT si, avec certains, l'on interprétait ce dernier comme le port du VICOMTE (BESCONT). Ce dernier nom est aussi un nom de famille attesté à Roscoff en 1561 (André BESCOND).

Une autre piste nous parait plus digne d'intérêt ; elle fait état d'une caractéristique du site. Alors qu'à Roscoff beaucoup de roches ont des formes courbées (KROUMM) le KLEGER de la Tour est fait de roches pointues ou qui se détachent comme des menhirs. Est-ce cela qui aurait provoqué le choix du mot BER dans le sens de BROCHE de cuisine ?


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