La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 277 - 1973 - Juin

- L'homme des bois
- Bloskon


L'HOMME DES BOIS

L'arbre ou l'arbuste AULNE ou AUNE tire ce nom du latin "alnus". Il était très répandu autrefois sur les bords de nos rivières et dans les marais. Il se présentait le plus souvent en touffes de grandes tiges droites jaillissant d'une même souche, à la différence du SAULE qui buissonne sur souche ou têtard. Dans nos régions le SAULE semble avoir supplanté l'AULNE. Même parmi ceux-là dont il est il est le patronyme combien sauraient encore reconnaître le bois dont ils sont faits, l'AULNE ?

On en trouve de fort beaux plants qui baignent leurs racines dans les eaux de la PENZE, entre l'agglomération du même nom et la route de Plouvorn à Morlaix. Sur les terres de COSKEROU  à Mespaul, face à TRAON GLEZOUN (en Plouénan) on peut découvrir un taillis d' aulnes le long des praires. La rivière qui passe en cette vallée est l’Horn ; le nom ancien est conservé dans TRAON-GLEZOUN. Nous avons rencontré, en effet, des allusions à la rivière de GLAlSON (fol. 1), GLEZON (fol. 4), dans la description des biens de Charles de Penfentenyo, seigneur de Kermoruz, en date du 10 février 1629,. (INVENTAIRE de CRUCIFIX des Champs archives départementales). En 1753 on retrouve encore la ''rivière de GLEZON” dans les aveux de Louis-François Hyacinthe de Penfentenyo.

Ces divers aveux de Penfenteryo sont riches d'indications topographiques et de renseignements sur le boisement du vaste terroir de Kermoruz ; il est signal: par exemple un “'petit bois de LAUNAY - an GUERN sur le bord du GLAISON. Un champ mérite aussi une mention PARC IS AN KER (en dessous du village).

Les Bretons ont tous entendu parler de l'une de leurs grandes rivières l'AULNE. Longue de 130 km, elle prend sa source dans le pays de LOHUEC (22) et se jette dans la rade de Brest devant Landévennec. Le flux vient mourir contre l'écluse de PORT-LAUNAY, en breton MEILH-VERN (écrit MEILH AR WERN dans le dictionnaire de Roparz Hémon), C’est à-dire le Moulin de l'Aulne ou de l'Aunaie.

Pour les riverains de ce fleuve côtier dont nous sommes, le canal s'appelle AR STER VRAS, la grande rivière. Les dictionnaires donnent un autre nom “AON STER AON”. On perçoit aisément à l'oreille que AON est le français AUNE (12e siècle) prononcé à la bretonne. Il est probable que cette rivière a dû son nom (relativement récent) à l'abondance de l'aulne sur ses rives ; dans notre enfance on en voyait sur la rive gauche.

Le mot “breton” AON au sens d'aulne n'est employé, nous semble-t-il, que dans le cas de cette rivière. Cependant l'usage du pays de Pleyben où passe l'AULNE pourrait donner une clef pour l'interprétation de certains toponymes bretons. Un terroir de ce pays porte, en effet, le nom de STER-EON (et non AON), qui s'est appliqué à l'écluse construite dans le site du 19e siècle : “ECLUSE de STEREON”. On ne peut douter un instant que EON ne soit ici un avatar de AON, “aulne”.

Pouvons-nous étendre cette interprétation aux toponymes en EON ? L'hypothèse nous parait, en tout cas, plus sérieuse que le recours à EON "écume". Mais nous ne voulons pas pousser plus loin. Nous énumèrerons seulement certains de ces toponymes et nous engageons les lecteurs à faire eux-mêmes leurs observations. Il y a en Bretagne 2 PONT-EON, à Plénée-Jugon (22) et à Plouénan (29) ; ici la rivière s'appelle L’EON et porte des aulnes sur ses rives. TRO-HEON est un petit vallon de Sibiril (29). On relève dans le Finistère 14 villages KEREON, dont 2 à Lanrivoaré et 1 à St Sauveur; les autres sont Cornouaillais. Le nom de KEREONEC porté par 6 ou 7 villages finistériens est particulièrement suggestif : écrit plus régulièrement sous la forme EONEG, ce mot désigne un endroit où il y a de l'EON. On ne signale aucun KEREON dans les Côtes du Nord ; 1 seul dans le Morbihan, à Plumelin. Nous clorons cette nomenclature par BOISEON, nom d'une propriété de la région de Lanmeur.

Ce n'est certes pas à des Roscovites qu'il faut demander d'identifier la moindre essence d'arbre. Depuis longtemps l'arbre est ici l'ennemi, l'obstacle à la culture. Personne n'y connaît l'aulne, ni n'en sait le nom breton. On peut trouver ici du saule (HALEG) mais d'aulne pas le moindre arbrisseau. Peut-être y en eut-il autrefois au terroir de “AN PALUT” francisé en LA PALUE. Dans un aveu féodal de 1667 on cite “PARC AN VERNIGOU”. On peut interpréter soit “le champ des petits aulnes” soit plutôt “le champ aux marais”. Le mot de GWEN, en effet, a trois acceptions : AULNE, MARAIS, MAT (de navire).

Écrit GUAERN on le rencontre dans le manuscrit vieux-breton le plus ancien (fin du 8e siècle) conservé à LEYDE. Le dictionnaire de Léon Fleuriot donne la photographie du feuillet (il y en a 2) ou est écrit notre GUAERN, très aisé à déchiffrer (planche II). Il s'agit de fragments d'un traité de médecine. Pour une maladie appelée AENIAP on conseille de chercher “SCAU, SPERN, GUAERN, DAR, (puis un mot Latin), COLAENN, ABAL...”. Tous les ingrédients sont préparés avec de la cervoise et du miel et fixés sur l'inflammation (aeniap) selon l'interprétation de Fleuriot (p. 68). Les bretonnants auront retrouvé dans l’ordre les noms de : SUREAU, EPINE, AULNE, CHENE (DAR) - HOUX (COLAENN est devenu KELENN) – POMME.”.

On écrivait autrefois GUERN, maintenant GWERN.

Cette dénomination de l'aulne est commune au gaulois et aux diverses langues celtiques. Les noms de lieux et de personnes qui contiennent la racine VERN font référence au nom gaulois de l'aulne : LA-VERGNE, VERNEY, VERNOIS, VERNEUIL etc.. (voir DICTIONNAIRE des noms de France par Dauzat.

La Bretagne n'est point en reste dans cet hommage à l'aulne tant dans les noms de lieux que dans les noms de personnes. Il faut seulement, pour le discerner, avoir à l'esprit que GWERN devient en certaines circonstances VERN, par exemple après l'article (le) AR, et d'autre part que le mot Gyd..RN signifie aussi dans les langues celtiques MARAIS.

Nous avons fait un relevé des noms de lieux en VERN il est sans doute fort incomplet car nous n'avons retenu que les formes les plus usuelles.

Ce département est seul à avoir des TALVERN – 16. TAL signifie “front”', façade ; on pourrait interpréter lisière de l'aunaie, une variante peut-être de PENVERN. Les deux ne se rencontrent pas dans la même commune sauf à Plumelin, déjà repéré avec son KERBON.

Ajoutons

On peut s'interroger sur le lien qui unit les trois significations bretonnes du mot GWERN.

Le sens de MARAIS est très bien établi ; on dit encore à Roscoff pour caractériser des eaux qui stagnent dans une prairie : DOUR-GWERN (eau de -marais) ; l'extension de la forme française L’AUNAY nous incline à considérer l'acception MARAIS comme dérivée d'AULNE – “terres à AULNES”'.

DOM LE PELLETIER (1752) dont les étymologies sont souvent bien fantaisiste - écrit à propos de GWERN (écrit avec W, aulne). “Ce mot pourroit venir du Breton d'Angleterre GWER qui, selon Davies, signifie GRAISSE. Cet arbre aime les lieux humides, frais et gras. Le Poète (Virgile) le dit assez clairement (Géorgiques 2). Nous donnons la citation complète de Virgile, en soulignant ce qu'en a retenu le Bénédictin “Fluminibus salices crassisque paludibus alni. Nascuntur, steriles saxosis montibus orni” .Voici la traduction de GOELZER (édition des Belles Lettres 1947) “'Sur les cours d'eau naissent les saules, les marécages épais les sur les montagnes rocheuses les ornes stériles”. L'Orme est une variété de frêne à fleurs blanches cultivé pour ses fleurs dans la région méditerranéenne. Les Roscovites ont tous vu un frêne ordinaire, à la Croix de TOUNTOUN JOB ; le nom breton de cet arbre est ONN (OUNN dans le Léon).

Le mot latin ALNUS nous introduit au 3e sens de GWERN, à savoir MAT. D'après le dictionnaire latin-français de THEIL “on se servait ordinairement du bois d'Aulne pour la construction des navires, d'où l'emploi poétique de ce nom pour désigner un vaisseau” ; l'auteur renvoie à Virgile (Géorgiques 1, vers 136) : “'Tunc alnos primum fluvir sensere cavatas”. Le traducteur cité plus haut lit . “'Alors, pour la première fois, les fleuves sentirent les troncs creusés des aunes”. Il eût fallu une note pour donner un sens acceptable à cette traduction ; THEIL, nous semble-t’il, à été mieux inspiré. C'est le même aussi au mot ABIES (sapin) qui signale que “'ce nom de sapin est donné à des choses qui en sont faites ; lettre (écrite sur une tablette de sapin), vaisseau (Virgile), lance (Virgile)”. Ainsi, dans Géorgiques 2 vers 68 – “Casus ABIES visura marinos” rendu par “Le sapin destiné à affronter les périls de la mer”.

De, nos jours on dit familièrement SAPIN pour cercueil.

Le MAT doit-il son nom à I’emploi du bois d'Aulne ? DOM LE PELLETIER remarque : “les petits batimens de mer, tels que des bateaux de pêcheurs, des chalans, etc.. ont quelquefois des mâts de jeunes chênes ou d'ormeau. Mais pourquoi donner ce même nom à l'arbre aune qui n'est point du tout propre à servir de mât ?”. Cet avis n'est d'aucun poids. L'aulne, en tout cas, donne de belles écoperches, aux formes bien linéaires. Sans évoquer un tel usage de l'Aulne ou VERNE (Pot français) le Larousse en 2 volumes signale son emploi en ébénisterie et sa forte résistance à l’action de l'eau : son écorce aurait des vertus astringentes. Nos anciens, on l'a vu, étaient au fait de ces propriétés médicinales.


BLAUSCON

Notre essai sur le toponyme BLAUSCON nous a conduit à tenter un éclairage indirect par les toponymes localement proches à désinence ON, probablement archaïque.

Mais comment juger de l'état de conservation de ces vieux noms dans les anciennes attestations écrites comme dans la tradition d'aujourd'hui. La topographie peut être secourable ; c'est le cas de BERON dont nous avons traité précédemment. La topographie aidée de l'usage actuel des riverains peut permettre de corriger le nom d'un rocher de la grève du MAN, à St Pol : la carte du service hydrographique (5827) appelle ce caillou ROC'H VELEN (6,8) que Le Berre (Toponymie nautique référence 9960) traduit “ROCHE JAUNE”. Ce sens est étrange pour un rocher qui couvre complètement à marée haute. Sans pouvoir se donner la raison du nom les usagers actuels de la grève continuent à perpétuer le nom traditionnel de ROC' H HELLEN VRAS. Dans le n° de mars 1972 nous avons montré l'intérêt de ce site pour la connaissance de la préhistoire du vieux port de Roscoff. Il s'agit du GRAND ROCHER du HELLENN (grande étendue d'eau, herbier, qui reste lorsque la mer baisse). L'usage des riverains est excellent. Que nous voilà loin de la Roche jaune !

Au lieu de BER on dit aussi BIR flèche. Le pluriel BERIOU a le sens de “douleurs de côté, points de côté, élancements douloureux”. Ce mot n'est plus connu aujourd'hui à Roscoff. Pour désigner un mal de ventre très violent on disait dans le Léon : GWENN, prononcé comme le mot GWENN, “blanc”. Ce que nous appelons “appendicite” était désigné comme GWENN-RUZ (BLANC-ROUGE). En réalité les Roscovites que nous avons rencontrés confondaient GWENN avec GWENTR qui a le sens de “DOULEUR VIOLENTE”. Ainsi RHUMATISME qui se dit couramment REMM se disait aussi GWENTR-RED. Troude interprète RED “qui change de place, qui court”.

Les Roscovites auraient-ils fait la même confusion sur AN TOUR GWENN ? En ce cas on trouverait là une confirmation de l'hypothèse d'un BERON archaïque “Les BROCHES - les ROCHES POINTUES.” Cette interprétation nous semble la meilleure.

On aura peut-être reconnu dans GWENTR le mot français ventre et derrière lui le latin VENTER. Le dictionnaire DE RUSQUEC rend d'ailleurs GWENTR par “colique”.

Ne quittons pas ce terroir sans rappeler les nombreuses variantes de son nom :

Le BERRE dans sa TOPONYMIE NAUTIQUE orthographie PORZ AR BASKON et interprète “Port de la Basse aux CHIENS (de mer)”, faisant de KON le pluriel archaïque de KI (chien). Nous avions proposé une explication “PORT du bateau léger”, à laquelle nous ne tenons pas plus que cela. Mais nous ne l'échangerions pas contre le “Port aux CHIENS”.

Le terme de BASSE est défini excellemment dans le PETIT ROBERT (dictionnaire) : “Banc de roches ou de corail, situé à une faible profondeur, mais que l'eau ne découvre pas à marée basse”. Ce nom provient de BAS, pas haut (du latin BASSUS). Nous avons ici une piste très précieuse pour l'interprétation du nom de l'île de BATZ ; mais c'est pour une autre fois.

En nous rapprochant de BLAUSCON nous trouvons le terroir AN TAVANION, déjà absorbé pour une grande part dans le port en eau profonde. La station d'épuration est située en cet endroit. Nous n'avons relevé ce toponyme que sur un document tardif, l'aveu de Jean-François de la Marque, en date du 6 Octobre 1777. Nous empruntons notre citation à l'inventaire (5G - 16*) “Parc terre chaude nommée PARC AN TAVAIGNON (N ou U) au terroir du même nom près le rivage de la mer, contenant 40 cordes ayant ses fossés (= talus) tout autour, cerné au levant du "Teven TAVAIGNOU..” (fol. 210 recto). L'écriture n'est pas fixée ; la prononciation actuelle se partage entre TAVANION, TAVAGNON et TAVAGNOUN. Le “U” de OUN est un alourdissement courant en cette région. La forme TAVANION nous parait plus authentique à cause de sa forme pluriel “ION”.

La transcription des sonorités donne lieu souvent à ,un certain nombre de variantes qui oscillent autour d'un son fondamental. Ainsi, pour prendre un exemple proche de TAVANION, le nom de famille ROIGNANT est orthographié de diverses façons dans les registres roscovites des 16e et 17e siècles :

La réflexion qui introduit la généalogie des ROIGNANT par Pascal de Kerenveyer ( vers 1780) est si pittoresque que nous croyons devoir la transcrire à l'intention des roscovites. “ Cette famille, écrit-il, est de la plus grande antiquité dans le pays quoiqu'elle paraisse si tard sur l'horizon (1 er baptême enregistré 1567). Elle garde comme des titres de noblesse d'anciens habillemens du 14e - 15e et 16e siècle et ils disent quand on va les voir : “celui-cy est l'habit de Jacques Roignant, celuy là celui de Bisien qui vivait il y a bien longtems et ainsi du reste. J'ai vu, en effet, les vêtements, qui sont fort bien conservés et dans le costume véritable des anciens paysans bretons. Ils ont aussi la délicatesse de l’Alliance (c' est-à-dire qu'ils font les délicats, les difficiles en fait de mariages). C'est avec la plus grand de peine qu'ils voient quelques mâles de leur famille épouser des filles d'un nom nouveau dans le pays. Ils craignent que la pureté de leur sang n'en soit altérée”. (Annales Roscovites).

TAVANION serait un pluriel de TEVENN falaise, dune. Le sens convient excellemment à ce profil de la côte : LES FALAISES. Le terroir contigu vers le sud, LANDIVINEG rejoint TAVANION sur l’anse de PORZ AR FEUNTEUN, dont le nom était dû à un maigrelet filet d’eau qui sortait de la falaise de Landivineg.

Dans un aveu du 29 Juillet 1747 on lit “Au terroir de LANNIVINEC un parc cerné du levant de PORS AR FEUNTEUN, du midy de la franchise (terre vague) de LANNIVINEC, du nord du chemin menant de K/houlaouen à PORS AR FEUNTEUN (arch. départ. 5G - 16*).

Dans un aveu du 11 Juillet 1641 on lit LANJVINEC, (arch. depart. 5G 334 n° 109). Nous avions interprété autrefois “Lande où il y a des ifs”. On pourrait songer aussi à un nom de personne Yvinec (qui a de grands ongles). La bonne explication est ailleurs, nous semble-t-il maintenant.

Placé dans le contexte de tous les noms des lieux voisins, le terroir doit s'écrire probablement LANDIVINEG, comme on le prononce d'ailleurs aujourd'hui. La clef de l'explication est donnée par D.

La Toponymie nautique d'Alain Le Berre interprète ce nom :”LANDIVINEC peut se traduire par Monastère de Saint Guénolé”. (n° 9930). L'interprétation est extravagante : le site est tout petit et, pour le plus clair, était fait d’un grand terrain vague ou lande rocailleux.. Aucune raison d'en imaginer la propriété au monastère de Landévennec, puisque, nous l'avons vu, une partie était encore en “franchise” au 18e siècle, c'est-à-dire propriété du seigneur féodal, ici l’évêque.

Le nom même du monastère est rattaché par les celtisants modernes au nom du moine TO-WINNOC (selon GOURVIL), “WIN-WALOE” (St) ou GUENNOLE ou TO-WINNOC (selon William B.S. SMITH). Ce dernier auteur, un Américain, que, nous avions rencontré à St Goazec (29-S) en 1939, a publié en français un “Dictionnaire étymologique de la TOPONYMIE BRETONNE” (1940). LANDEVENNEC, serait ainsi “Monastère de Saint Guénolé”. Nous aurions mauvaise grace à chercher une autre explication.

DOM LOUIS LE PELLETIER, originaire du Mans (1663), travailla à son Dictionnaire de la Langue bretonne à l'abbaye de Landévennec durant 25 ans entre 1700 et 1725. L'ouvrage sera publié en 1752 ; l'auteur était mort en 1733. A l'article TEVEN il proposait pour le nom de LANDEVENNEC une explication topographique. La notice donne une bonne idée de la méthode de l'auteur. Nous la transcrivons intégralement ; quelques remarques préalables en éclaireront la lecture.

Rien, semble-t-il, ne justifie le sens d'ABRI, auquel l'auteur tient beaucoup. D'autre part c'est définir un lieu par son utilisation, tout à fait accessoire, pâture pour les vaches, alors que le nom jaillit plutôt ici de la structure : FALAISE. Quant à l'étymologie TEW (TEO, TEV autrefois) EPAIS elle rejoint, pour le sens l'idée de FALAISE (grande hauteur de roche) et de Dune. Le rapprochement avec TY (maison) ou TO (ENN) est farfelu (idée d'abri).

Nous avons eu la chance de trouver l'implantation du RAS de FONTENAY dans le lexique qui accompagne la TOPONYMIE nautique entre Audierne et Camaret (p. 14) “Le RAZ de SEIN s'appelait autrefois RAZ FEUNTEUN AOD, francisé en RAT de FONTENAI ou RAZ PLOUGON (raz de Plogoff)”. RAZ est un grand courant dans un étranglement. AOD désigne la Rive de la mer, la grève : RAZ de la fontaine (de) la rive. La carte Michelin signale, au sud proche du RAZ, Pointe de Feunteunod.

L'auteur cite surabondamment le dictionnaire gallois - latin - anglais de DAVIES (1632). Nos remarques étaient rédigées lorsque nous avons trouvé dans l'article COSTE de Grégoire de Rostrenen (1732) des considérations analogues à celles de PELLETIER sur TEVEN “Coste de la mer, lieu exposé au soleil, près de la mer..” - TEVENN.

Nous donnons entre parenthèses la traduction des mots latins.

Voici TEVEN par DOM LE PELLETIER :

TEVEN et TEWENS Abri, lieu exposé au soleil et à couvert du vent. Si on en croit quelques-uns, c'est l'abri qui se trouve sur ou sous les côtes de mer tournées vers le soleil. TEWENNI, abrier, mettre à l'abri.

On dit TEVEN d’un pâturage près de la mer, où le bétail va prendre le frais, lorsque la chaleur est grande : ce que l'on exprime par le verbe TEWENNI, abrier, par un usage tout contraire au premier.

Davies écrit :

En grec THIN (prononcer TIN(e), banc de sable, dune). Et dans son autre dictionnaire, APRICITAS (exposition au soleil - notre mois d’Avril. en latin APRILIS “mois dans lequel la terre s’ouvre, pour ainsi dire, à la fécondité - dictionnaire THEIL)

Notre TEWEN est régulièrement le singulier de TWEN, Epais, si les adjectifs en avoient, sans devenir substantifs, ce qui leur arrive quelquefois.

Mais la manière dont Davies écrit TYWN me fait croire qu'il est composé de TY, maison et de WYN pour GWYN, Blanc, ou de TO couverture éclairée, clarté couverte ou à couvert.

Le possessif de TEWEN (qui possède, une TEWEN, qui en a la nature) est TEWENNEC et TEWENNOC, qui est le nom de deux rochers en pointe sur le RAS de FONTENAY, l'un desquels est dit le grand et l'autre le petit.

Le lieu où je travaille à ce Dictionnaire, a de tems immémorial le nom de LANDEVENNEC, qui s'écrit LANTEWENNEC et signifie territoire à l'abri. Aussi y est-il (à l'abri) de tous les mauvais vents et situé au pied d'une hauteur et exposé au soleil d'Orient et du Midi. Landevenecense (monasterium) quod apricum et a ventis tectus significat, est-il dit dans les Annales Bened(ictines) par D(om) J. Mabillon tome I p. 15, le monastère de Landevennec, ce qui signifie bien exposé au soleil et à l'abri des vents - description assez irréelle à notre sens). Il est écrit dans l'ancien Cartulaire (titres de propriété) de l'Abbaye LANTEWENUC, LANTEWENOC et LANTEGWENOC, et dans la Charte de Louis Le Débonnaire LANDEWINNOCH. “

Nous retiendrons de cette note le rapprochement de TIVINNEG et de TEVENN sous sa forme galloise TYIJYN. Aucun nom ne fut mieux donné que LANDIVINEG, la LANDE AUX BELLES FALAISES plongeant deux superbes KLEGER dans l'eau profonde. Le nouveau port a absorbé ces falaises ; un KLEGER pour l'instant est encore en place, tristement solitaire. PORZ AR FEUNTEUN a disparu. TAVANION est grignoté, le site devra sa conservation à la présence sur sa falaise de la station d'épuration.

Cette prospection des toponymes archaïques nous a éclairés sur les sites proches de BLAUSCON, mais ne se révèle d'aucun secours pour l'intelligence de ce dernier toponyme.

Une voie reste encore ouverte, que nous avons tardé à emprunter, voulant réserver une grande surprise aux Roscovites.

Nous voulions aussi nous donner le temps de consulter des spécialistes de l'art gallo-romain.

Etait-ce une Déesse ? Etait-ce une Princesse ?


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