La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 278 - 1973 - Juillet / Août / Septembre

- L'homme des bois
- Bloskon  - La statuette gauloise ou romaine


BLOSCON

La figure que nous publions dans le précédent numéro, met à rude épreuve la sagacité des archéologues. Nous n'aurons pas la prétention de nous substituer aux hommes de l'art même si nous suggérons, pour conclure, une hypothèse sur le site de Blauscon où fut découverte la statuette.

Nous emprunterons au Bulletin archéologique du Finistère le rapport que nous possédons de cette découverte, la description de l'oeuvre et le commentaire de son premier possesseur. On ignore aujourd'hui oû elle se trouve. C'est au médecin général LAURENT que nous devons la publication de ce document (Bull. arch. 1964). Celui-ci est l'oeuvre de DESLANDES (1689-1757).

Parue d'abord dans le JOURNAL de TREVOUX de novembre 1727 cette lettre fut reproduite avec des critiques pertinentes dans L'EXPLICATION DE DIVERS MONUMENTS SINGULIERS... Par un père Bénédiction (Dom Martin) en 1739.

Voici cette lettre :

LETTRE DE M. DESLANDES, de l'Académie Royale des Sciences et Commissaire Général de la Marine, sur une Antiquité Celtique.

“Il y a quelques mois, Monsieur, qu'un de mes Amis m'a envoyé une Antiquité Gauloise ou Celtique, qui me paraît extrêmement curieuse. Ces sortes de Monumens, comme vous sçavez, sont assés rares dans le Royaume, et la plupart de ceux que le hazard a fait découvrir jusqu'ici ont été moins expliqués qu'admirés par les Gens de Lettres. Je ne sçai si j'aurai plus d'adresse ou de bonheur qu'eux.

Après tout, Monsieur, s'il est quelquefois permis deviner, c'est assurément en matière .de Tombeaux, de bas Reliefs, de Médailles et d'Inscriptions antiques. Les plus habiles, à mon gré, sont ceux qui assaisonnent leurs conjectures d'un plus grand air de vraisemblance.

Je ne veux point ici vous prévenir sur l'Antiquité dont on a enrichi mon Cabinet ; j'en ai fait faire un Dessein que j'ai l'honneur de vous envoyer. Vous pouvez compter sur son exactitude et sur sa ressemblance avec l’original.

C'est une statue de 22 pouces de haut, et qui peut en avoir huit dans sa plus grande largeur (60 x 22 cm). Quoiqu'elle paroisse en gros être d'une main gothique, on voit cependant quelque chose d'agréable et de fin dans les bras, les cheveux et tous les traits du visage. Au premier coup d'oeil, cette Statue paroit être d'une pierre grise, assés commune en Bretagne ; mais quand on l'examine de près, on s'aperçoit qu'elle est d'une matière très dure et très pesante, qui ne peut se rompre qu'à coups de marteau. Les fragments qui s'en détachent, s’égrainent facilement entre les doigts et se répandent d'un côté et de l'autre, comme le sable le plus fin.

J'ai longtemps douté si c’étoit la Figure d'une fille ou d'un garçon ; et mon doute étoit fondé sur quelques circonstances particulières, sur un premier coup d'oeil, que je ne puis ici détailler ; mais enfin le tout ensemble, m'a forcé de reconnoître que c’étoit une fille.

Son habillement consiste en une Tunique sans manches, et un petit Manteau, qui couvre à peine les bras. Ces sortes de Tuniques, au rapport de Pline et de Tacite, étoient tissées de lin, et les femmes de qualité s'en servoient communément, tant parmi les Germains que parmi les Gaulois. Chacun sçait que ces deux Peuples avoient presque le même plan de Jurisprudence et de Religion, et qu'ils s’accordoient l'un avec l'autre dans leur manière de vivre et de s'habiller. Tacite ajoûte qu'il n'y avoit point de manches aux Tuniques des femmes, et qu’on leur voyoit les bras nuds en toute saison.

Pour ce qui regarde le petit Manteau, je suis assés disposé à croire que c'est un Sagum ; et on ne doit sur cela me faire aucune difficulté ; car il y avoit des Sagum de plusieurs espèces. Le Romanum était fort ample et sans manches. Le Germanicum s'attachoit sur l'épaule avec une boucle ou une agraffe ; les pauvres et les gens de la Campagne se servoient d°un morceau de bois qu'ils tailloient eux-mêmes d'une façon grossière. Le Gallicum ressembloit le plus souvent à un Manteau, dont les plis tomboient négligemment autour du corps. Le Virgaturn étoit orné de quelques Landes de pourpre, et découpé par le bas. Il n'y avoit que des Personnes de distinction, des Ambassadeurs et des Généraux d'Armées, qui eussent le droit de s'en servir. Pour le Sagum Macedonien, il étoit fermé de tous côtés d’une manière assés gênante, et on ne pouvait agir sans le relever des deux mains. Ce dernier habillement devoit être aussi incommode pour la Ville que pour la Campagne. On peut voir dans les Planches 48 et 49 du troisième Tome de l’Antiquité expliquée etc. des Chlamys et des Sagum, qui ont la forme de manteau. Les hommes et les femmes s’en servoient également, et il y avoit au fond peu de différence dans tout ce qui regardoit leur ajustement et leur parure. On ne s’étoit point encore fait un art de se mettre, et de s'habiller par ostentation.

La jeune Personne dont je vous envoye la Figure, a les cheveux courts et bien séparés, mais sans aucun ornement de tête. C'étoit l’usage des Gaules et de la Germanie.: usage qui se fait remarquer dans toutes les figures que le temps a épargnées. Hérodien à l’entrée de son Histoire rapporte que l'Empereur Antonin affectoit curieusement de faire teindre ses cheveux en blond, et de les faire couper suivant la manière des Germains.

Le Bas relief qui fut trouvé en 1711 dans l'Eglise Cathédrale de Paris, représente à la vérité des Gaulois avec des bonnets sur la tête. Mais on doit remarquer que ces Gaulois préparent un grand Sacrifice : et c'étoit une nécessité dans les cérémonies de Religion, d'avoir la tête couverte, et souvent la visage voilé. Une pareille sujétion marquoit plus de crainte et de respects pour les Dieux ; du moins on lavoit ainsi établi. J’ajouterai encore que dans l’Antiquité la plus reculée pour caractériser un homme prudent et maître de lui-Même, on le représentoit d'ordinaire avec un bonnet ou un petaze. C'est ainsi qu'Ulisse étoit toujours peint ; et l'Auteur de la vie d'Hipocrate assure que, pour faire plus d'honneur à cet illustre médecin, on le peignoit aussi de la même maniere. Sans doute qu'il y avoit quelque raison secrete et mystérieuse de cet usage.

Notre Gauloise a encore la main gauche mollement étendue sur le ventre, et elle tient de la droite un oiseau à long bec, qui me paraît une bécasse de mer. Cette attitude est assés commune aux figures Celtiques ; et quand on en déterre quelques unes, on leur trouve toujours dans les mains un oiseau, un chien, un vase, un panier, ou un petit coffre, etc. Personne jusqu'ici n'a pu nous dire ce que signifient ces Symboles. Pour moi, je suis persuadé que les figures entre les mains de qui on voit un chien, ou un oiseau; étoient des Personnes de distinction, et je me fonde particulièrement sur une raillerie échappée à Jules César : Est-ce que les Dames Romaines, disoit-il, n'ont plus d'enfans à nourrir, ni à porter entre leurs bras ? Je n'y vois que des chiens et des singes. Il veuloit apparemment se moquer de la coutume ridicule qu'il avoit trouvée dans les Gaules, et qui commençoit de s'introduire à Rome. Et quel ennuyeux spectacle pour un Héros, pour un homme d'esprit, de voir des femmes s'occuper tout un jour et s'entretenir avec des animaux !

Les instrumes de ménage, comme un vase, un panier, un coffre, peuvent marquer ou la profession de ceux à qui on attribua ces instrumes, ou quelque charge, quelques rapports particuliers que nous ne connaissons plus. On trouve dans plusieurs cimetières de Guyenne et de Poitou, de grandes pierres sépulchrales, qui ne contiennent aucune inscription, mais qui sont chargées de différentes sortes d'ustensiles et d'outils. J'ai vû quelques-une de ces pierres, où il y a certainement de l'art et de l'invention. C'est dommage que tout cela soit enfoui dans les Lieux incultes, et presque abandonnés.

Ce qui doit ici causer le plus de peine, c'est que notre Figure a une corde au col, qui fait deux tours, et qui revient par dessous les bras. Est-ce là une parure ? Est-ce un cordon qui sert à retenir le manteau ? Je n'oserois décider entre ces trois conjectures. La seconde pourtant me paroit la plus vraisemblable.

Au reste, Monsieur, cette Statue n'a été faite que depuis l'irruption des Romains et leur Entrée dans les Gaules. On doit porter le même jugement de toutes les Antiquités Celtiques, qu'on voit dans les Cabinets des Curieux. Le Père Mabillon croyoit qu'il y en avoit beaucoup de supposées ; et il ajoûtoit que tout ce qui a un air gothique en France, n'est point véritablement antique. Je doute qu'on doive se soumettre, à une décision si générale.

Il y a vingt ans ( 1694 ) que cette Statue fut découverte par des Ouvriers qui travailloient au Fort de Bloscon, vis à vis la pointe du Quay de Roscof. Elle étoit à plus de 30 pieds cachée dans la terre (soit 10 m). Ces Ouvriers l'ayant biezn nettoyée, saisis eux-mêmes d'un respect inconnu, la poseront sur un piedestal préparé à la hâte. Le Peuple, à son ordinaire crédule et superstitieux y accourut en foule, et bien tôt on donna à cette Figure le nom de St Pyric, qu'une Tradition vague et incertaine supose avoir été Evêque et Comte de Léon, mais il y a apparence que c'est un Saint fabuleux. On n'en trouve aucun vestige ni dans la Légende d'Albert le Grand, Dominicain de Morlaix, ni dans les plus anciens Bréviaires à l’usage du Diocèse de Léon. ni dans les Vies des Sains de Bretagne, publiées depuis peu par les soins du Père Lobineau. Cet ouvrage, pour le dire en passant, pèche par une infinité d'endroits ; et l'Auteur ne contente ni les Critiques, qui veulent qu'on s'apuye toujours sur des Chartres et des Pieces originales, ni les âmes pieuses, qui avec moins de lumières se laissent facilement toucher et attendrir. On voit cependant dans l'Eglise du Creisquer à Léon, une ancienne peinture, qui représente un Evêque couvert d'une Chape toute semblable au manteau de notre Figure Gauloise, et le nom de S. Piric est au bas, avec un court Eloge ; mais cette écriture ne paroit pas avoir plus de cent ans.

L'Eglise du Creisquer est une des plus anciennes qui soient en Bretagne. Les Anglois la firent bâtir dans le premier feu de leurs conquêtes. Il y a sur tout un Clocher d'une hauteur surprenante ; et le Maréchal de Vauban, bon connoisseur en ces sortes d'Ouvrages, a souvent dit que c'étoit le morceau d'Architecture le plus hardi qu'il eut jamais vû. On nomme ici ce Clocher LA TOUR DU DIABLE. Vous sçavez, Monsieur, qu'autrefois dans toute l'Europe on donnoit le même nom aux Ouvrages extraordinaires de la Nature et de l'Art. En Asie, au contraire, on les apelloit et on les apelle encore aujourd'hui des Ouvrages de Dieu. L'Ecriture Sainte en fournit elle seule plusieurs preuves.

Cette contrariété de langage mérite quelque attention et on pouroit trouver dans le génie des Peuples qui habitoient l'Europe et l'Asie, dans leur manière de saisir et d'envisager les choses, l'origine de deux expressions si differentes et si oposées l'une à l'autre.

Au reste, Monsieur, quand on rencontre quelques Antiquités en Basse-Bretagne, c'est toujours dans des lieux écartés et solitaires. Ces antiquités ordinairement ont un air très grossier et très-rustique ; elles rapellent tout le brut des premiers Ages. Aussi a-t-on détruit par une fausse honte, celles qu'on voyoit autrefois dans des Maisons et des Châteaux considérables. Je vous dirai de la même manière, que quoique la Langue Celtique soit ici très commune, ce n'est cependant qu’à la Campagne et au milieu des Forêts, qu'on la parle purement. Dans les Villes. elle est si mêlée d'expressions étrangeres et de tours François qu'elle n'est plus reconnoissable. On a aussi beaucoup de peine à s’entendre d'un Evêché à l'autre.

Messieurs Spon et Wheler, ont remarqué en Voyageurs curieux, qu'il se parle une Langue extrêmement corrompûe dans toute la Grèce moderne ; que cependant plus on s'éloigne de la Mer et des lieux fréquentés, plus on trouve des vestiges de l'ancienne Langue, plus on s'exprime noblement. Vous ferez, sans doute, ici la même refléxion que j'ai faite plusieurs fois. On doit chercher les Langues vivantes à la Cour et dans les grandes Villes. Quand ces langues s'anéantissent et que le Gouvernement vient à changer, c'est dans les Endroits les plus obscurs, dans les Cabanes couvertes de chaume, qu'elles semblent se conserver. La raison en est facile à découvrir, et je croirais faire tort à votre intelligence, de vous y arrêter plus longtemps.

Ce que j'avance ici au sujet du langage, se doit dire, à peu de chose près, des habillemens. Dans la plupart des Isles qui bordent la côte de Bretagne, les femmes portent encore des Manteaux qui ressemblent au Sagum de notre Figure. J'ay fait dessiner deux de ces Femmes, dont l'une est d'Ouessant, et l'autre de Groye. C'est véritablement dans ces Isles qu'on retrouve les moeurs et les anciens Celtes. Elles n'ont rien voulu emprunter de la Terre ferme ; et les Habitans peu jaloux de ce qui ne les touche point., y jouissent d'une sorte d'indépendance. Le celebre M. Halley, dans les TRANSACTIONS PHILOSOPHIQUES, a fait quelques remarques semblables, au sujet des Isles qui sont vers le Nord de l’Ecosse. On y reconnoit dans l'usage commun de la vie, dans de certaines adresses qu'on ne voit point ailleurs, ce que Buchanan et les autres Historiens raportent des anciens PICTES et des ANGLO-SAXONS

Au reste la dévotion à St Pyric, très-vive dans sa naissance, subsista environ deux ans ; et elle effaçoit déjà toutes les autres. Un sçavant Ecclesiastique, là qui par hazard on en fit le raport, enleva secrètement la Statue. C'est par son industrie et par son attachement aux Belles-Lettres, qu’elle a passé dans mon Cabinet.

Je. suis, etc.... “

DEESSE ou PRINCESSE de BLAUSCON ? écrivions-nous en publiant l'image.de DESLANDES. Nous n'envisageons pas du tout d'y voir une statue de saint.

L'art gaulois connait des divinités à l'oiseau ; nous avons fait venir deux études sur ce sujet, l'une par Adrian N. NEWELL (1939) et l'autre par Albert COLOMBET (1949), Des spécialistes de l'art gallo-romain consultés n'ont pu nous éclairer cette énigme de BLAUSCON. Aussi bien de quel oiseau s'agit-il ?

Peut-être est-il préférable d'envisager l'hypothèse d'une stèle funéraire, le buste d'une jeune fille. On nous dit, en effet, que la statuette (de granit) fut trouvée à bonne profondeur. On ne se représente pas bien le forage d'un trou dans ce promontoire rocheux pour y cacher cet objet. Les chrétiens n'auraient pas pris tant de peine en tout cas pour une statue païenne. C'est donc que le buste devait se trouver dans un monument déjà implanté en l'endroit et l'idée qui vient naturellement à l'esprit est celle d'une tombe monumentale, un tumulus. On connaît non loin d'ici celui de Barnenez.

Seuls des cahiers de chantier eussent pu nous éclairer sur l’état des lieux avant la construction du fort ; nous aurions appris l'origine des pierres utilisées pour les murs et les casemates. Nous ne désespérons pas de découvrir un jour des indices.

La clé de l'énigme est sans doute le mot même de BLAUSCON. Nous avions envisagé de voir en ce toponyme un BOLZKON devenu à l'usage BLOSKON ; ce phénomène linguistique du renversement des lettres est fréquent à Roscoff et pas seulement aujourd'hui (Bulletin Avril 1973)- Ce que nous venons d'écrire sur la statuette nous incite â retenir cette hypothèse.

C'est ainsi que nous fermerons le dossier de :

BOLSKON ou le TOMBEAU DE LA PRINCESSE.

Jean Feutren

 

Au commencement du dix septième siècle on trouva en creusant près du fort Bloscon à trente pieds de profondeur une statue représentant un enfant dont les cheveux séparés sur le front tombaient de chaque côté du visage il était vêtu d une tunique à franges et d’un manteau fort court sur sa main gauche était placé un oiseau. Le costume de cette statue ne peut laisser douter qu elle ne fut une idole gauloise et comme les habitans du pays de la considérer encore avec vénération les prêtres catholiques se hâtèrent d’en faire un saint qu’ils appelèrent Saint Pyriec de même que de la statue de Cybèle découverte à peu près à la même époque aux environs d Auray ils ont fabriqué une Sainte Anne 

Antiquités de la Bretagne - Finistère - par Christophe Paulin de la Poix Fréminville


L'HOMME DES BOIS

LES GUERN, nous l'avons vu, sont des Gaulois, de la tribu des VERNOIS, originaires des BOIS D'AULNES ou des marais.

Les Roscovites de vieille souche ou qui se croient tels, voient dans les GUERN des Cornouaillais. Ceux-ci pouvant, étaient bien implantés à Roscoff dans la seconde moitié du 16e siècle.

Le premier GUERN baptisé à Roscoff fut prénommé Joannes en latin ; c'était le 19 Octobre 1552. Le papa était Laurent, la maman Françoise JAFFREZ. Le garçon eut trois parrains et deux marraines : maître Noël AN GUERN prêtre, Joannes MARTIN, Joannes an JOURDOUYN, AMICE CANTREZ,AZENOR JAFFREZ. Comment traduire JOANNES ? Nous hésitons entre JEtHAN ou JAN qui sont français et YANN qui est l'écriture correspondant à la prononciation bretonne. Les gens distingués se faisaient appeler JEHAN ou JAN. Mais nous ignorons la situation sociale de toutes ces personnes. Le père était sans doute appelé LAURANS ou LORANS ; dans le baptême suivant (20 Octobre) la maman est Valence LAURANS, ou LORENS dans d'autres actes. On aura noté au passage trois prénoms féminins inusités aujourd'hui - AMICE et AZENOR étaient portés couramment à Roscoff à cette époque ; VALENCE est très rare.

On retrouve des GUERN en divers actes avant 1560, en particulier un prêtre Noël AN GUERN. Le 2e baptême GUERN enregistré à Roscoff est celui d’ANDRE le 1er mai 1560. Cette fois nous sommes au sein d'une famille en mal de promotion dans la hiérarchie sociale et qui s'arrache à son passé breton pour se donner du lustre français : YANN se fait JEHAN. L'acte est en latin, comme c’est le cas le plus général au 16e siècle. Cela nous vaut pour le père de l'enfant l'écriture ANDRE DE ALNETO. Ne cherchons point ici une ascendance italienne ou espagnole. C'est un homme du cru, un GUERN ; la traduction latine du nom est juste comme aussi la transposition française qu'un clerc de la tribu a placée plus tard en marge de l'acte : ANDRE DELAUNAY. La particule est encore soudée pour un temps au nom ; quant à l'article il est absorbé par le nom : L'AUNAIE. Madame DE ALNETO, de son nom de jeune fille est PHILIPPE ABGUEGUEN (fils de GUEGUEN). Le prénom féminin PHILIPPE est courant autour de 1560.

André eut trois parrains et une marraine . André Martin, Yvon FAVEUR, JEHAN BIZIAN et Marie LE DEAN.

Dans le baptême précédent du 21 Avril, ANDRE GUERN, Jehan PHILIP et Marie LE DEAN parrainent YVON MARCHADOUR (prononcer MARC'HADOUR) fils d'Yvon et JEHAINNE AN GUERN.

Nous retrouvons ces garçons mariés et pères de famille en 1584. Le 22 avril est baptisé André troisième du nom ; la maman est Marguerite K/aultret ; la marraine est la mère du papa, Philippe ABGUEGUEN ?. Le nom est encore GUERN ; peut-être même faut-il lire ici GUAERN (ce serait le seul cas rencontré de l'écriture du 9e siècle). Comme pour son père quelqu'un a écrit dans la marge “André DELAUNAY”. Le prêtre qui baptise est celui-là même qui avait baptisé le père en 1560, YVON M0RVAN.

Le baptême suivant est célébré par François BONYOU la famille est sans doute plus modeste ; on y est EN GUERN; Nous reviendrons plus tard sur l'article breton défini, mal rendu ici par EN.

Dès 1562 apparaît dans le texte même le nom DELAUNAY; Constance AN GUERN est devenue DELAUNAY. Il s'agit du baptême des jumelles Amice et Jeanne HERVE (26 mai) ; chacune des filles a trois parrains et marraines.

Le 2e exemple de DELAUNAY (français) passé dans le texte est fourni par le prêtre Yvon AN GUERN, signataire de plusieurs actes de baptême entre 1575 et 1578. Le 11 Janvier 1579, il faisait peau neuve et revêtait sa défroque française, qu'il n'abandonnera plus : Y. DELAUNAY.

Une autre famille, celle de François AN GUERN paraît avoir été elle aussi en mal de noblesse, mais ce n'est guère que vers 1608, que les actes feront la différence entre DE L'AUNAY et GUERN.

 

En latinisant le nom de GUERN en DE ALNETO, Maître Yvon MORVAN faisait le pédant manifestement. Du moins avait-il le mérite de nous conserver la signification que l'on donnait à ce nom. Il arrive ainsi de trouver dans les registres du 16e siècle de pédantes mais précieuses traductions latines. Goulven HABASQ qui fut de service à Roscoff, rédige ainsi l'acte en latin du baptême d'Olivier TAL AR VEIN (21 février 1599); “Baptizatus fuit per me GOLVINUM SUAVEM”, - la signature G. HABASQ est suivie du commentaire “latine SUAVIS”,en latin SUAVE, DOUX. Avec l’article AN on retrouve le nom de LE DOUX. La pédanterie tourne parfois à la confusion de son auteur. C'est ainsi qu'un collègue de notre suave a eu la démangeaison de le singer le 16 Novembre 1600, lors du baptême de Jacques K/Autret (K/ = KER) “fut baptisé PER ME HERVEUM SUAVEM”. Or il s'appelait Herve RIOU ! Nous retrouverons ce nom de famille.

Dans les mêmes registres du 16e siècle le nom de Roscoff a reçu une fois une interprétation latine sous la plume de YVON SEVEN à l'occasion du baptême de Françoise PRIGENT le 4 Octobre 1590 (la Saint-François d'Assise). Il est dit de ses parents qu'ils sont “RUPERIAE habitantes”. La finale AE exprime un locatif en latin, l'endroit où se passe une chose, ici “habitant à RUPERIA”. C'est là un nom inventé, construit à partir du mot latin r2UFrS, qui veut dire POCHER, Selon cette interprétation le nom de ROSCOFF serait RUPES, le pays des rochers. Peut-être notre clerc en mal de latin a-t-il confondu ce mot avec RIPARIA, adjectif féminin “qui est sur les rives”.

En latin classique on distingue RIPA (rive d'un fleuve) de LITTUS (bord de la mer, littoral). Notre français RIVIERE dérive de RIPARIA. Mais il semble bien que plus tardivement ces nuances se sont estompées : la RIVIERA italienne c'est tout le littoral du golfe de GENES entre Nice et La Spezia. Notre usage local confirme ce sens de “bord de mer” donné à RIVE. En effet, la rue malencontreusement débaptisée en RUE GAMBETTA s'appelait au 16e siècle RUE AN AOD (avec de nombreuses variantes orthographiques de AOD) et plus tard RUE DE LA RIVE jusqu’à sa débaptisation. A St Pol, PARK AN AOD était traduit en CHAMP DE LA RIVE.

Mais RUPERIE ou RIVIERA il ne s'agit pas d'un nom donné à notre pays mais d'une traduction douteuse sans doute; de ROSKO, à ajouter aux étymologies nombreuses de ne nom.

Après cette incursion sur la côte ARMOR il est temps de revenir en ARGOAT pour retrouver nos hommes des bois.

On peut donc être CELTE, nous l'avons vu, et se faire appeler DELAUNAY à la française. L'identification n'est pas toujours aussi aisée, Tous les DELAUNAY, LAUNAY, MARAIS, DESMARAIS ne sont pas bretons de souche, L' origine étrangère (à la Bretagne) est claire pour des noms comme ceux-ci rencontrés dans les archives de St Pol. Ni Marguerite TOURNEMOUCHE, femme de Hamon JACOPIN (E3, 1620) ni Jeanne TOUTENOUTRE dame de PRATALAN, marraine en 1609 (fol. 23) ne sont du cru BZH (BREIZH - Bretagne). Nos hommes de l'aulne passés à la française sont d'authentiques BZH qui, pour “faire distingué” se sont mis à la “GUISE” française (GIZ = mode) après l'union de la Bretagne à la France (1532).

Nous avons donné bien des exemples de cet engouement. En voici un autre. Le nom de fa-mille DU DRESNAY (du DRESNE) se rencontre assez fréquemment à St Pol, à la fin du 17e siècle : Marie, dame de Penanru (1676), sa soeur Jacquette. Joseph Marie du DRESNAY, sieur des Roches était gouverneur de la ville de St Pol autour de 1711. Un bretonnant subodore derrière ce nom un toponyme DRENNEG, un endroit où il y a abondance de ronces. Lors d'un baptême à St Pol, le 5 Mars 1681, la marraine fut “Françoise Yvonne de QUELEN (HOUX ?), dame marquise de Chateaufur, Le Dresné, Pontplencoat”. Pourquoi rester à ce nom breton à peine camouflé ? Ecuyer Jean Baptiste Le Roux, parrain à St Pol en 1708, était sieur de la RONCERAY ; la promotion est complète. Nous n'avons pas songé à faire l'arbre généalogique de l'épineux écuyer.

Ne quittons point ces hôtes des bois sans faire mémoire de la tribu rivale des SAULES. Ils prospèrent depuis toujours dans nos pays humides, mais il ne semble pas qu'ils aient marqué la toponymie bretonne à l'égal des aulnes. Dans un aveu du 27 Janvier 1653 (archives départementales 5G - 9* Folio 143) on signale à Kerbizien (en Keravel) “un petit bois de saule”. Le plant est appelé SAUDRE dans un aveu de 1747, concernant les issues du manoir de KERGADIOU (Ti-TOULL). Ce nom n'est pas dans les dictionnaires que nous avons pu consulté,  mais le terme de SAUDRAIE vient sous la plume de DOM LE PELLETIER (1752)

au mot HALEC, saule, On relève :

HALEG est de même racine que le latin SALIX (saule). Dom Le Pelletier, qui aime les explications aventureuses, écrit “Il faut que l'on ait reconnu quelque salure dans cet arbre; ou qu'il sait quelque relation à la salive, comme humidité où le saule croit mieux.”. Il en existe des variétés, par exemple le “saule blanc” HALEG GWENN. L'osier est appelé AOZILH ; on trouve une parenté entre ces deux mots et avec le latin “siler”.

L'écriture AO fait supposer un AU plus ancien, qui est attesté d'ailleurs dans “ La VIE de St-Paul par Wormonoc, fin du 9e siècle”, dont nous avons parlé déjà à propos du nom de GOLBAN. Le manuscrit d'Orléans porterait, d’après la Revue Celtique (1883) tome 5, au-dessus du latin VIMINA, la surcharge AUSILL. Le mot latin désigne tout bois dont on peut faire des liens ; il est interprété ici “baguette d’osier”.

AOZIL(H) n'est pas de racine celtique ; il inconnu à Roscoff, où l'on emploie exclusivement le terme de GWIAL pour désigner le bois flexible d'osier avec lequel on confectionnait autrefois les paniers (BOUTEG). Il semble bien que GWIAL ait un sens beaucoup plus large de “bâton flexible”, par exemple de houx (houssine)

Nous n'avons trouvé qu'un petit nombre de TOPONYMES, qui fassent référence au SAULE-HALEG. Voici notre mince fagot :

ALLEGUEN - 2 dans les Côtes du Nord avec 4 ALLEGOAT.

Dans le Finistère – 2 ALLEGUENNOU, 1 ALLEGOT, 2 HELLEGOAT, 1 BOTALEC.

Nous en oublions certainement et peut-être les noms relevés ont-ils parfois une autre signification. Faut-il leur adjoindre les KER-ELLEG : 10 dans le Finistère et 6 dans les Côtes du Nord. On connaît les 2 KERELLEG de St-PoI, qui s'accordent bien avec notre interprétation.

La tribu des hommes du SAULE est largement représentée dans l'anthroponymie bretonne (noms de famille)., Nous reprenons la liste de Monsieur Gourvil :

·          HALEGOET (bois de saule)

·          L’ALEGOUET

·          HALLEGOT

·          HALLEGOUET

·          ALEGOET

·          ALEGOT

·          ALEGOUET

·          ALLEGOET

·          ALLEGOT

·          ALLEGOUET

·          ELAOUET

·          ELEGOET

·          ELEOUET

·          ELIGOT

·          ELLEGOET

·          ELLEOUET

·          ELOUET

·          HELAOUET

·          HELEGOAT

·          HELEOUET

·          HELIGOT

·          HELLAOUET

·          HELLEGOET

·          HELLEGOUET

·          HELLEOUET

·          HELLOUET

·          HELOUET

Le nom de famille HALLEGUEN est répandu dans le pays de Pleyben. Il ne peut être interprété comme HALEG-GWENN (saule blanc) car l'accent est sur LE et non sur GUEN. Le mot HALEG désigne le saule au sens collectif ; pour désigner un saule isolément on connait en breton la forme singulative en ENN : HALEGENN (G dur) > un saule.

On doit sans doute rattacher à cette tribu du saule le nom de HALGOET. Peut-être aussi LALLOUET : ce nom, selon Gourvil, serait composé de LANN (lande) et LOUET (nom de famille). “L” viendrait plutôt de l'article AN. Ce phénomène linguistique est très courant : ainsi l'on n'a aucune peine à reconstituer en breton le nom d'Anne LELEGOAT née à Roscoff le 16 Mars 1698 et baptisée le lendemain : AN ELEGOAT ; elle était vraiment une fille des bois, puisque sa mère était Marie TOULCHOAT. Ce nom doit être compris non pas comme un “trou (toull) dans le bois”, mais plutôt, selon monsieur GOURVIL, comme un “bois percé par un chemin”. Ne s'agit-il pas du nom breton de ce qu'on appelle en pays de langue française un ESSART, un coin de bois défriché. Nous avions espéré trouver dans les archives du 17é ou du 18e siècle un TOULC'HOAT promu en sieur de l'ESSART. Nous avons été quitte pour notre malignité ! Nicolas TOULCHOAT ou TOULCOAT et damoiselle Françoise LE GACQ, sieur et dame de PONT GUEN (traduit parfois en PONT-BLANCQ) eurent 7 enfants. Lors du baptême du 5e, Jean, le 9 novembre 1643, le prêtre avait rédigé l'acte en ces termes : “noble homme Nicolas TOULCOAT et Françoise LE GACQ”. Il lui fallut barrer “noble homme” et ajouter en interlignes “escuyer.. sieur et dame PONGUEN” et faire signer aux nombreux présents “interlignes et cancelle (râture) approuvés”. Notre escuyer signera toujours TOULCOET.

Le premier TOULC'HOAT baptisé à Roscoff fut GERMEN (sans doute GERMAIN) fils de GLAUDA (10 mars 1566).

Quant aux DU KERGUET nous les retrouverons comme “seigneurs temporels” de notre KERESTOT (l'écriture du 16e siècle et la prononciation actuelle des anciens) ; ce sera pour une autre fois.

Un nom de famille fortement attesté dès le 16e siècle, SAUX, ne peut-être expliqué en nos régions par le vieux nom français du saule : SAUX, SAUCE, SAULX. Le 9 Mars 1551, JAHANETA AN SAUX est baptisée par le “curé” GUEGUEN ; elle avait trois parrains et trois marraines. Le “curé” Morvan écrit AN SAOUX mais rend Jeanne en latin par Joanna (mars 1553 1566, 1568). Le “curé” GUERN écrit SAUX (sans article) (1576). Le “curé” VAILLANT écrit AN SAOS (14 février 1605), SAOS (sans article) le 15 nov. 1606. La prononciation était la même dans tous ces cas, mais l'écriture est à l'oreille du prêtre de service.

Ici SAUX est à comprendre au sens de ANGLAIS. De même pour l'anse de St Luc qui était PORZ AN SAULX (1553 - 5G.27) ...

Le nom de LOUET que nous évoquions plus haut nous acheminera à une conclusion. Ce nom apparaît aux baptêmes de Roscoff en 1580 - Marie fille de “ALAIN LE LOUET”. Le AN breton a disparu. Pascal de Kerenveyer interprète : “LOUET, MOISY”. C'est aussi cette traduction que propose LE BERRE dans la TOPONYMIE nautique de notre région (N°s 8564, 9063, 9234, 10115, 10286, 110472 ). Mais il interprète “moi-si” au sens de “gris”, couleur de moisissure, en l'occurence “roche couverte de lichen”. L'explication est très satisfaisante, mais n’était-il pas plus judicieux de traduire d'emblée par GRIS. Peut-être l'un ou l'autre de ces rochers appartenait-il à quelqu'un de la famille DU LOUET qui tenait KERROM en St Pol au 17e siècle et donna un évêque à Quimper. On dirait aujourd'hui LE GRIS - LE GRISONNANT.

C'est l'image même que Virgile se faisait des bosquets de saules :

GLAUCA CANENTIA FRONDE SALICTA (Georg, 2 vers 13) - “Les saulaies grisonnantes sous leur feuillage glauque.” (trad. Goelzer).


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