La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 279 - 1973 - Octobre

- Images de Roscoff
- Ar Moguerou


IMAGES DE ROSCOFF

Nous avons l'intention de reproduire désormais des photocopies de documents anciens relatifs d'une façon ou d'une autre à Roscoff. Ces documents ne sont pas d'un accès facile. Nous appellerons cette page “IMAGES DE ROSCOFF”. Nous les présenterons à chaque fois, brièvement.

Aujourd'hui nous montrons des miettes provenant des registres de baptême - on saura distinguer les signes qui sont de notre main.

 1ère PAGE

·        Les actes de baptêmes sont généralement en latin : de 1550 à 1600 nous n'avons relevé que 52 actes en français et 2 seulement entre 1602 et 1622. En bas de page nous avons une rédaction française par Y. Morvan :
” Le 12e jour de may FRANCOYS filz naturel et légitime à Allain AN HIR (Le Long) et Marye CARGNASCOZON sa femme et espouse fust baptizé dont Yvon K(er)anton (et hervé LE SAUR furent parrains,..),

2ème PAGE

n'avaient aucune fonction officielle. Ils étaient "prêtres demeurant au bourg de Rosgoff".


AR MOGUEROU

Ce terroir constitué de jardins en très grand nombre et de champs clos de murs, souvent élevés, mérite bien son nom AR MOGUEROU, les MURS. Des chemins étroits, en zigzag, inchangés dans leur tracé depuis plus de 5 siècles ont vu processionner des générations de piétons en sabots qui s'en allaient aux champs, s'en venaient à l'église, faisaient, leurs courses “en ville” ou poussant leur brouette se rendaient au LENN VRAS ou GRAND LAVOIR pour y battre leur linge. Les charrettes n'y passaient pas sans dommages car ces chemins avaient des étranglements. C'était cela les MOGUEROU pour les Roscovites : non pas tellement un terroir mais ces deux venelles dites des MOGUEROU sur le cadastre de 1846, celle qui venait de l'église vers le LENN VRAS et celle qui est devenue, élargie, la rue du Général LE FLO, des chemins enserrés entre les clôtures basses des champs, des murs de pierres sèches.

Nous avons appris à nous défier d'une explication des noms de lieux ou TOPONYMIE qui ne s'appuierait pas sur des documents très anciens et s'accommoderait d'instinct des explications reçues ou chercherait ses lumières uniquement dans la configuration des lieux ou topographie. Ainsi nous avions proposé pour le PARK AR MEVELLOU de Keravel l'explication “le champ des DOMESTIQUES”, à l'usage des "Domestiques".

Grâce à un partage de 1470, dont nous utiliserons les données plus d'une fois, (archives départ, 5G.300 n°1) nous savons maintenant d'une certitude absolue qu'il s'agissait d'un champ de MAHE (Matthieu) MEVELLOU, Ce champ est aujourd'hui dans la famille L'ALLOUET ; nous avions proposé dans le dernier numéro, avec réserves, de rattacher ce nom de famille au saule (haleg) ; ayant rencontré depuis, dans l'histoire de Bretagne de Dom LOBINEAU (1707), réimprimée pour la 1ère fois cette année (1973), le terme de ALLOUE nous pensons avoir trouvé là une excellente étymologie de AN ALLOTJET. Selon le petit lexique ou glossaire qui-est placé à la fin du tome II de cette histoire monumentale, un ALLOUE, en latin ALLOCATUS,serait un échelon de la magistrature féodale, le grade en dessous du sénéchal et du bailli. On connaît, par ailleurs, des familles SENECHAL et VELLY (ou Bailli en français).

Ainsi les plus hautes vraisemblances ne font pas la vérité. Une connaissance éprouvée de la langue bretonne dispose à, découvrir de précieuses vraisemblances mais ne conduit pas à la certitude. Aussi allons-nous, après quelques considérations sur le mot lui-même de MOGUEROU, chercher à en déterminer la signification réelle par le recours aux documents.

MOGUEROU est manifestement le pluriel de MOGER (G dur = GU), mur en pierre. Le dictionnaire de VALLEE signale auprès des deux traductions de MUR : MOGER et MUR des formes plus anciennes MAGOAR, MAGOER, MAGOR. Celles-ci proviennent en droite ligne du mot latin MACERIA, qui désignait un mur de clôture, ordinairement en pierres sèches qui entourait un jardin, une vigne, Le mot latin MURUS signifie plutôt “mur, murailles, remparts”.

MOGER est un substantif féminin ; de ce fait l’article défini AR (et non AN ici) et l'article indéfini JR (un) entraînent la transformation adoucissante ou mutation de M en V. “Le Mur” se dit AR VOGER et "un mur" UR V0GER,

Le pluriel de ce mot est MOGERIOU ; au sud-ouest de Quimper on dit MOGIRIOU (toujours G dur). On dit “AR MOGERIOU” sans mutation du “M”. Cette forme plurielle, seule en usage de mémoire d'homme ne doit pas nous porter à considérer comme une irrégularité l'écriture AR MOGUEROU, avec GU et OU au lieu de IOU.

En français G n'est guttural que devant A, 0, U : GABRIEL. Devant I et E il se prononce comme J : GILLES, GENEVE. Les notaires et les ecclésiastiques qui ont transcrit dans leurs actes latins ou français des termes bretons les rendaient en sons français. Depuis un siècle les celtisants ont cherché à introduire le G dur devant E et I ; il ne semble pas qu'ils soient parvenus à imposer cette écriture à l'ensemble des bretonnants. Nous citerons plus bas; tiré d'un aveu de 1470, le terme agraire de PENGUENN, une planche de terre. Le dictionnaire de TROUDE (1875) écrit PENGENN en agrémentant sa note d'un discours sur ce procédé. Les usagers du breton qui ne seraient pas des intellectuels seraient perdus avec cette écriture. Les noms de famille eux-mêmes s'en tiennent à la vieille écriture. Ainsi PENGELL qui est une autre forme de PENGENN selon VALLEE, a pour pluriel PENGILLI. Les PENGUILLY de nos régions auraient du mal à se reconnaître là leur patronyme : ils constituent la famille “DESPLANCHES”. Le nom de PENGUILLY est interprété couramment comme “LE BOUT DU BOCAGE”'. Nous n'avons pas à trancher.

Sur un point cependant notaires et prêtres secrétaires mériteraient le reproche d'une méconnaissance du génie de la langue bretonne. Ils emploient à tous coups l'article AN là où la langue parlée veut AR ou AL selon les cas. Au début du 17e siècle il y a eu à Roscoff un prêtre rédacteur d'actes de baptême qui connaissait bien son emploi de l'article “s” c'est le signe que la langue parlée en usait couramment. Nous traiterons de ce sujet dans une note.

Ainsi conformément à la mauvaise habitude des rédacteurs anciens on lit ceci dans un AVEU (sorte de reconnaissance de rentes à verser annuellement à un seigneur, ici l'évêque) en date du 28 novembre, établi au nom de Jean CABON marchand ; il y est question d'une “place pour une maison sur le chemin mesnant de saint STRIGNON au terrouer AN MOGUEROU”, (archiv. depart. 5G, 329.N°33 ); Ce document avec bon nombre d'autres contemporains entrera dans un travail, déjà bien avancé, que nous préparons sur le site de St. Trignon (plus bard St Ninian) à l’époque où débarquait la Petite Stuart (1548).

Pour rassurer, s'il en était besoin, les ROSCOVITES sur la qualité de leur breton et l'orthodoxie grammaticale de la forme MOGUEROU (GUE au lieu de GE et ROU au lieu de RIOU) nous avons dressé à leur intention le relevé suivant du nombre des habitats actuels dont le nom est apparenté à notre MOGUEROU. Nous avons consulté pour cela la NOMENCLATURE des lieux-dits de nos départements, basée, nous semble-t-il, sur les adresses postales. Cette nomenclature, déjà si précieuse, devrait être complétée par la nomenclature des terroirs, parcelles de terre tirée des matrices cadastrales et par le dépouillement des vieilles archives foncières comme celles que nous trouvons à Quimper. Mais c'est là un travail gigantesque qui requerra une multitude de chercheurs. En attendant voici le tableau des MOGUEROU adresses postales. Notre MOGUEROU roscovite n'est pas porté dans cette nomenclature ; il n'est sans doute pas le seul MOGUEROU qui ait échappé parce que ne faisant pas partie des adresses postales.

ILLE ET VILAINE

COTES DU NORD

MORBIHAN

On n'y trouve ni MUR ni MOGUER ni M0GUEROU, mais :

On notera qu'en ce pays la finale “O” est une forme de pluriel.

FINISTERE

Notre pays de GOUEZEC qui possède une superbe collection de lieux-dits a aussi son MOGUEROU.

La forme ancienne en MA est attestée en MAGOUROU (1), MAGOR (1); MAGOR-VEN (1) et MAGOAROU (2) ; ces lieux-dits se trouvent respectivement à Saint Thurien, Collorec, Chateauneuf-du-Faou et Spezet (2), dans la Cornouaille du centre-ouest.

On aura noté que MOGUERIOU est très faiblement attesté (1 + MOGUERIO).

Comme on pouvait s'y attendre ces noms de lieux sont aussi des noms de famille. Dans le travail de GOURVIL “Noms de famille en Basse-Bretagne” on peut 'relever MAGOREC (Le), MAGOARIEC, MAGOARIS, MAGOAROU, MAGOUROU (Le), MAGOUROUY_ (Le) et MOGUEROU.

Monsieur GOURVIL s'est beaucoup penché sur la toponymie bretonne. Dans son ouvrage “NOMS DE FAMILLE BRETONS D'ORIGINE TOPONIMIQUE”, à la page XXIV, il écrit :

"MOGUER “mur”, en gallois “MAGWYR” . Au PLURIEL, dans la toponymie bretonne désignait DES RUINES”. Plus loin p.199 (n°1537), il dit au mot MOGUEROU : “Forme du pluriel de MOGUER, “mur”, ayant le plus souvent désigné des restes d'établissements gallo-romains, comme dans PLOUMOGUER, PORSMOGUER, COZMOGUEROU, etc. et dans les variantes dialectales MAGOAROU.....”

Voici posé le problème de la signification réelle de notre AR MOGUEROU, La dénomination roscovite vient-elle de la multiplicité des murs et particulièrement des grands murs des jardins ou bien lui était-elle venue de RUINES antérieures

Nous sommes surpris nous même d'avoir été amené à poser le problème des MOGUEROU en ces termes. Avec beaucoup de Roscovites, en effet, nous nous représentions les MOGUEROU comme occupant tout l'intérieur du grand périmètre de nos rues - Réveillère - Gambetta - Ferry - Brizeux - Mun - Rousseau. Notre présente recherche a été déclenchée par une faute d'orthographe observée sur un panneau : LES MOGUEROUX.

Il s'agissait d'une inadvertance, déjà corrigée sans doute. Le pluriel breton s'écrit OU et non OUS ou OUX. Une bévue de ce genre se lit sur une vieille inscription peinte au linteau d'une porte face au cimetière – ROCH IGOUX (en deux mots détachés), littéralement la. ROCHE IGOUX. On a certainement voulu pourtant y faire allusion au terroir proche, celui des ROC'HIGOU (pluriel de ROC'HIG, petit rocher), dont l'implantation exacte est la masse rocheuse sur laquelle est construite la vieille demeure de monsieur Henri SEITE, Ce TI-COZ n'est d'ailleurs pas si vieux puisqu'il n'est pas porté sur le cadastre de 1846.

Ainsi, à cause de cet “X” intempestif, nous nous sommes plongé à nouveau dans le dossier 5 G -329 aux archives départementales de Quimper contenant les premières attestations concernant les terres à l'est de la route de St Pol à Roscoff, ce qu'on appelait jusqu'à la révolution française la paroisse de TOUSSAINT. L'acte le plus ancien de ce dossier porte le n° 2 (il n'y a pas de n°1); c'est un parchemin du 20 Avril 1499, Il ne concerne pas Roscoff mais le "terrouer de TNOUMEAL (vieille orthographe de TROMEAL); dans ce document se lit aussi un nom de famille KNECH qui deviendra peu à peu après 1500 - CREAC'H,

Le dossier 5 G - 300 paroisse de St Pierre - terres à l'ouest de la route de Roscoff à St Paul - contient sous le n°1 une “coppye” conforme sur papier, plus récente, d'un acte de partage dressé le 14 nov. 1470. Ce document de 19 pages contient tant de renseignements sur notre coin que nous nous en sommes fait faire une photocopie. Notre documentation écrite personnelle ne remonte pas, pour le moment, au delà ce cette date de 1470.


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