La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 281 - 1973 - Décembre

- Images de Roscoff
- L'affaire de Theven ar Rouanez


IMAGES DE ROSCOFF

Il y a environ 40 ans, Monsieur Pierre Sévère extrayait le sable qui recouvre le terrain sis à la pointe est du RUGUEL. Il cherchait à atteindre le niveau de l'ancien sol arable. Il découvrit sous 2 mètres de sable une grande dalle de pierre (environ 2m x 1m), une couche de bernacles mêlés de cendre. Non loin de là, sur la même pointe, il trouva un dépôt de 12 pièces de monnaie ancienne et une hâche de pierre. Sur ce même terrain il y avait sous le sable des murs fondés dans la terre arable. Vers la même époque l'inventeur des monnaies découvrit une longue lame de silex jaune (au moins 30 centimètres, dans le souvenir qu'il en a gardé) auprès du rocher appelé AR (k)RUGUEL. Cette pièce aurait été donnée à quelqu'un de Roscoff.

Monsieur Pierre Sévère, qui habite encore au RUGUEL, évoquait ces souvenirs en ces premiers jours de 1974 ; à tant de distance une certaine imprécision s'est glissée dans les descriptions, dont il est utile de tenir compte.

Des 12 pièces de monnaie l'inventeur ne conserve qu'une, dont nous donnons la photographie, prise par nous-même. Une autre fut donnée à un voisin. Les 10 autres ont disparu, Parmi celles-ci quelques-unes, selon l'expression de l'inventeur portaient gravés des “roues de bicyclettes”.

La pièce que nous publions pèse 20 gr, mesure 28 à 30 mm de diamètre et près de 3,5mm d'épaisseur. Un de nos lecteurs rennais a eu l'obligeance de consulter pour nous Monsieur PETIT, Avocat général, Président de la société numismatique de Bretagne.

“Cette monnaie de bronze valant 2 as porte l'effigie de l'empereur ANTONIN le Pieux (138-161). Au dos est représentée une déesse. Sa main tient une coupelle de libation qu'elle verse sur l'autel. Lorsqu'un serpent entoure l'autel, il s'agit de la déesse de la SANTE.

Sinon il s'agit de la déesse de l’ABONDANCE. Il n’est pas facile de décider ici.

Quant aux “roues de bicyclettes” elles seraient des rouelles gauloises représentant des roues. Ces monnaies de bronze seraient antérieures à la conquête romaine.

Il semble bien que le terroir du Ruguel avec son ensemble de roches assez élevées ait été habité au début de l'ère chrétienne. A une époque que nous ne savons pas déterminer les sables se sont répandus sur ces terres dans le cadastre de 1846 on ne note aucun habitat sur toute la pointe de Perharidy. Celle-ci n'est une presqu'île reliée à la terre que par la grâce et la fantaisie des sables.


L'AFFAIRE DU TEVENN AR ROUANEZ

Les ARCHIVES MUNICIPALES de ROSCOFF (N) conservent un dossier intitulé “AFFAIRE CONCERNANT LE VAGUE DE THEVEN AN ROUANNES”. Nous espérions y découvrir des allusions à un état ancien du site et déterminer ainsi clairement l'âge de cette dune naguère encore très étendue. Nous n'avons rien trouvé d'explicite sur ce point. Mais en nous appuyant sur ce dossier (N) ainsi que sur des titres de propriété antérieurs de peu à la Révolution Française nous pensons pouvoir émettre une explication probable de l'âge de la dune, Nous aurons aussi à proposer une interprétation plus solide que celle que nous avions avancée du nom même de ce site dans un article intitulé "REQUIEM POUR UNE REINE" (juin 1971).

L'AFFAIRE du THEVEN opposa l'ETAT à la commune de ROSCOFF à la fin du 19ème siècle.

La municipalité, dans une délibération du 29 Septembre 1861, entérinée par l'autorité préfectorale, avait envisagé l'aliénation d'un certain nombre de terrains communaux, dits VAGUES, pour financer la réédification de l'école des garçons. L'arrêté préfectoral était daté du 13 décembre 1861.

Parmi ces terrains mis en adjudication par Maître SALAUN, notaire à Roscoff, le 3 février 1862, se trouvaient les dunes de TEVENN AR ROUANEZ. L'enregistrement en était saisi le 13 février 1862, Aucune difficulté ne fut soulevée. Par cet acte monsieur Léopold Deschamps, armateur, devenait acquéreur de 2 parcelles d'une superficie totale de 1 hectare 52 ares pour le prix de 670 francs et cadastrées n° 70p section C. Une 3ème parcelle était acquise par M.M. Mathieu et Vincent CABIOCH; cadastrée 601 section A, elle mesurait 67 ares 50 centiares et fut payée 570 francs, En fait, on le verra, il y avait une erreur de cadastrage pour cette dernière parcelle : elle était. sur 70C et non sur la partie de dune située à l'est de la route actuelle de PALUD à la grève, cadastrée 601A et mesurant 85 ares 41 centiares.

La commune avait pris la précaution de se réserver le tracé d'une route à travers les terrains 70C ; la voie vicinale n° 1 fut réalisée précisément en 1862. C'est notre route actuelle de Lagadennou à L'ABER et SANTEC. En 1860, en effet, il n'y avait pas de route en bordure de mer ; nous,reviendrons là-dessus plus bas. Sur les terrains sablonneux de TEVEN AR ROUANEZ il n'y avait qu'un “seimple sentier, assez large pour permettre le passage des voitures. Ce sentier passait au sud des mamelons sablonneux”. La confection de la route posa des problèmes techniques vers Lagadennou et à la hauteur de l'estuaire du petit ruisseau descendant de PENFEUNTEUN et de PRATEROU où il fallut charger et rehausser.

Les terrains vendus longeaient la route n° 1 au sud. Du côté Nord restait la dune proprement dite évaluée à 80 ares 36 centiares.

Dans les actes de vente il n'avait été établi aucune origine de propriété et pour cause !

Ce coup double de la vente de terrains et de la construction de la N° 1 réjouit fort la municipalité “sans le sou” de ROSCOFF.

Vingt ans plus tard il fallut déchanter. En 1863, en effet, “à la suite d'une demande de concession de la dune proprement dite (80 ares 36 centiares) faite par un tiers, LE DOMAINE, après les recherches qu'il fit pour établir l'origine de ces terrains et le droit de l'ETAT fut amené à reconnaître l'usurpation commise par la commune de Roscoff en ce qui concernait, d'une part, la partie du terrain affecté à la voirie vicinale et, de l'autre, la parcelle de 2 hectares 19 ares (1ha 52a + 67a:50ca), vendue au préjudice du TRESOR” (dossier N acte de concession du 20 Août 1888).

Les tribulations municipales commencèrent; à la réception d'une lettre adressée par le bureau de l'Enregistrement de St Pol en date du 13 février 1884. Nous y lisions ceci :

“ D'après les renseignements que j'ai recueillis le plan et la matrice de votre commune où les dunes de Teven Rouanes figurent sous la section A (erreur : C) n° 70; au nom de l'Etat, il semble que toute la dune de Teven Rouanes, qui était d'une contenance totale de 2h, 99a, 36 cent, constituait y compris les terrains vendus, un bien vacant et sans maitre revenant à l’ETAT. Aujourd'hui, l'Etat ne figure plus sur la matrice que pour une contenance de 80 ares 36 centiares.”

" Avant de donner suite à des demandes de concession faites à l'administration, Monsieur le Directeur me prie de vous demander :

Le maire, Monsieur LE DAULT, répondit le 16 février 1884 à ces deux questions :

1° - La commune de Roscoff et ses habitants possédaient et jouissaient paisiblement de temps immémorial du n° 70 section C dit Theven Rouanes, sans que jamais ils aient été recherchés ni inquiétés par qui que ce soit.

2° - Une mutation qui remonte à 1851 a réparti ce n° 70 aux Folios 934, 1144 et 1148 de la matrice cadastrale. Au folio 1148, je lis : l'Etat représenté par l'administration des Domaines : C n° 70p - La Palue Teven Rouanes - Dune 80 ares 36 cent"

L'argumentation municipale s'enrichira d'autres considérations par la suite, en particulier la vigilance des garde-champêtres à empêcher l’enlèvement des pierres à proximité de la dune et l'enlèvement de sable et de mottes.

Nous n'entrerons pas dans les allées et venues des correspondances échangées, et en viendrons aux termes de la TRANSACTION proposée par les Domaines et acceptée par la Commune. Le document est intitulé ACTE DE CONCESSION. Entre temps, en effet, la commune s’était portée acquéreur de la DUNE restante séance municipale du 13 février 1887)

L'exposé préliminaire de l'acte (20 Août 1888), dont nous avons donné un passage plus haut, relève que les terrains en litige n’avaient pas été cadastrés dans le 1er cadastre : celui de 1809, La raison avancée pour cet oubli n' emporte pas la conviction, comme nous le verrons, “ces terrains furent sans doute considérés comme se trouvant sous le flot”.

Il apparut dans l’enquête que la parcelle cédée à M.M. CABIOCH avait été cadastrée 601 A par erreur ; en réalité c'était une partie de 70 C, alors que la vraie parcelle 601 A, propriété de la commune se trouvait à l'est de 70 C.

“L'Etat n'était plus en mesure de mettre en cause les adjudicataires au profit desquels la prescription décennale dictée par les articles 2265 et 2269 se trouvait acquise depuis longtemps. Dès lors il a dû s'adresser à la commune de Roscoff pour obtenir la réparation du préjudice qu'il avait éprouvé de l'adjudication du 3 février 1862, préjudice représenté par le prix de cette adjudication et les intérêts légitimement dus.”

On s'arrêta à la transaction suivante :

L'acte de 1888 qui réglait le contentieux entre l'état et la commune à propos de TEVENN AR ROUANEZ contenait aussi la cession par l'Etat de la dune restante à la commune. La superficie était alors évaluée à 84 ares, 50 centiares. Le prix de la concession était de 110 francs, payables en cinq termes annuels.

Nos lecteurs se souviendront du gros conflit qui opposa les DOMAINES aux promoteurs de la DIGUE voisine et qui tourna au détriment de ces derniers. C'était dans les années 1833 - 1846. Nous en avons traité longuement dans le BULLETIN PAROISSIAL (de Janvier à juin 1968).

La Dune du Tevenn continua de servir au séchage du goémon jusqu'à une époque récente, où elle fut vendue par la commune à divers particuliers. Cette aliénation eut ses raisons que la municipalité mit en avant pour obtenir l'agrément de l'autorité de tutelle.

La décision de vendre fut prise dans la séance du conseil municipal en date du 8 novembre 1925, présidée par M. François QUEMENT, maire.

La dune était grignotée par la mer “et deviendrait, de ce fait, dans un laps de temps plus ou moins rapproché, si on ne la vendait pas, propriété des DOMAINES.”. Se souvenait-on de l'aventure de 1883 ? Il n'est pas sur.

D'autre part la mer menaçait sérieusement le chemin vicinal aux deux extrémités de la dune et en 1924 il a fallu entreprendre des travaux de protection de la route. “La valeur vénale de la dune étant insignifiante et hors de rapport avec les frais que nécessiterait la construction d'un mur de soutènement pour sa protection, la COMMUNE aurait pu s'en désintéresser s'il n'y avait pas un chemin très fréquenté à protéger”.

“Le Président pense que ce que la commune n'est pas en mesure de faire, faute de ressources, des particuliers le pourraient. Pour cela il faudrait vendre la dune après l'avoir lotie ; les acquéreurs, qu'il serait souhaitable de voir le plus nombreux possible, feraient l'impossible pour se garantir contre la mer et par contre-coup protègeraient le chemin.”

Le conseil convaincu et espérant voir assurée de la sorte la protection du chemin suivit le sentiment du maire.

En retournant, approuvée, la délibération précédente, le sous-préfet de Morlaix demandait à monsieur le Maire le 21 :janvier 19269 de “lui faire connaître si le terrain à lotir est vendu en vue de constructions possibles.”

Là réponse du Maire est du 23 Janvier 1926 :

“J'ai l'honneur de vous faire connaître que la dune dont il s'agit étant très exposée et de plus, d'une nature sablonneuse, il n'est guère possible d'y faire des constructions. Un propriétaire a du renoncer à construire à proximité, il y a 2 ans, pour les raisons sus-indiquées.”

Moins de 10 ans après s'élevait l’AERIUM KER-ISA (aujourd'hui KER JOIE). Désormais presque toute la dune est construite;

On aura sans doute souri de tant de candeur à peine déguisée. Chaque époque a ses naïvetés et des idées toutes faites et ses théories cocasses sur toute chose. Aujourd'hui nous bâtissons sans problèmes sur le sable, mais avons-nous, pour autant, évacué toute sottise ?

Les Roscovites eussent dû se rappeler que leur église fut implantée sur TEVENN CROAS BATZ.

En complément aux recherches des Domaines nous voudrions proposer un essai de datation de la dune et une nouvelle explication de son nom. .

La dune de TEVEN AR ROUANEZ nous paraît être d'origine récente. Notre argumentation tient en plusieurs points.

Il n'est pas question d'une dune auprès de PALUD dans les AVEUX de la paroisse St Pierre (côté ouest de la route de Roscoff à St Pol)  même dans les derniers aveux du 18e siècle, dont nous parlerons. Ce silence est étonnant dans l'hypothèse de l'existence d'une dune, car tous les autres terrains sablonneux de Roscoff (PERHARIDY, CROAZ-BATZ, le rivage de la mer entre CROAS-BATZ et le TEVENN en ville) sont évoqués dans des aveux depuis le milieu du 16e siècle a l'évêque, seigneur féodal du coin, les a cédés contre une rente annuelle. Il ne fait pas de doute, à notre avis, qu'une dune raccordée à la terre ferme eut trouvé dé nombreux acquéreurs aux temps de la prospérité économique de Roscoff du 15e siècle à la fin du 17e siècle. Les “honorables marchands” investissaient dans le foncier pour consolider leur “honorabilité” et se pousser du côté de la noblesse.

Le silence de ces documents (arch, départ, Inventaires 5 G-9* et 5.G-1QY) nous parait, donc un argument de grand poids : là dune n'est pas antérieure au 18ème siècle dans son aspect "terrien”.

L'appétit foncier des notables roscovites n'était point apaisé à la veille de la Révolution. Les deux derniers terrains qui aient fait l'objet d'une transaction féodale avec l'évêque ou aveu d'afféagement sont de 1776.

Le 4 Juin, l'évêque cède à Demoiselle Marie Gabrielle de SIOCHAN un “terrain déclos, froste, marécageux et inculte situé au terroir de PRATEROU, pouvant contenir environ 2 journaux” cerné à l'est des maisons de Praterou au sud des terres de Kerestat en partie et en autre partie d'un courtil (LIORZ) et mazières de maison aux héritiers de Pierre ROIGNANT et d'un courtil à Yves Paul, à l'ouest d'un chemin qui conduit de Kerestat à la grève et au nord en plus grande partie de fontaine et terre à la dite preneuse et au surplus d'une prée dépendante de K/estat”. La rente est d'une garcée de froment “bon, sec, net., loyal et marchand en espèce pesante 100 livres” à verser à la Saint Michel.

Comment se fait-il que cette dame ait attendu jusqu'en 1776 pour arrondir son domaine ? Il a dû se passer quelque chose qui a donné un peu plus de valeur à ce terrain : ne serait-ce pas un indice que la mer était empêchée de remonter aussi haut le long du ruisseau de PRATEROU ? (arch, dep, 5G 321 acte n° 59).

L'acte suivant n° 60, 8e liasse, en date du 15 Juin 1776, concerne la cession par l'évêque d'une grande franchise déclose, marécageuse, froste, inculte, nommée la FRANCHISE de LAGADEN, à messire Eugène de PASCAL et dame Marie Thérèse de Kermerchou de Kerautem. Le terrain était de 15 journaux environ ; il allait jusqu'à la grève dénommée ici grève de PERHERIDY. La rente était de 5/6 garcée de froment. “Franchise” est ici un terrain vague non encore passé en propriété privée. Pourquoi une nouvelle fois cette appropriation si tardive de terrains riverains de la mer implantés le long du ruisseau qui descend de Kerhoret et de Lenn-Baol? Se seraient-ils trouvés assainis par une surélévation sablonneuse de la rive ?


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