La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 282 - 1974 - Janvier

- Guillaume QUIQUER
- L'affaire de Theven ar Rouanez


GUILLAUME QUIQUER

Sous les variantes orthographiques, QUIQUER, QUIQUIER, QUIGUER ou aujourd'hui KIGER se retrouve le nom breton du BOUCHER.

Guillaume QUIQUER est sans doute le seul ROSCOVITE de naissance dont le nom ait passé à la postérité, sauf dans son propre pays. Il doit sa notoriété dans le cercle des CELTISANTS à la publication d'un “Dictionnaire et Colloques françois et breton traduits du FRANCOIS en BRETON ..,” chez George Allienne Morlaix 1626, L'exemplaire que nous avons consulté à la Bibliothèque nationale (Res.X 205) a 394 pages ( 78mm x 125mm x 35 ). Ils’agit, on le voit, d'un tout petit livre.

Cet ouvrage, assez médiocre, fut promu à une longue destinée ; plus ou moins transformé il sera encore édité en 1915, Monsieur LE GOAZIOU a consacré une série d'articles à “LA LONGUE VIE DE DEUX “COLLOQUES FRANCOIS et BRETON” dans la Nouvelle Revue de Bretagne 1949, n°s 3, 4 et 5. L'auteur connaissait-il le PORTRAIT de son héros ? Celui que nous avons photographié est emprunté à l'exemplaire conservé à Landévennec (B. VIII D(3)) de l'édition Ploesquellec - Morlaix 1690 (75mm x 125mm x 15mm).

Il est bien établi désormais que ce “guide pour voyageurs de commerce” est un décalque en breton d'un guide polyglotte (en plusieurs langues) publié par Nicolas de BERLAIMONT à Anvers dès 1530. QUIQUER aurait utilisé une édition de 1616 en 7 langues : FLAMEN, ALLEMAN, ANGLOIS, FRANCOIS, LATIN, ESPAGNOL, ITALIEN. (Texte en 7 colonnes).

QUIQUER n'a donc fait qu’un travail assez scolaire de traduction. Cette constatation permet, peut-être, de déterminer son identité.

La généalogie des BOUCHEC s'ouvre dans Pascal de Kerenveyer par un GUILLAUME BOUCHEC “(savant homme)” ; il avait été baptisé le 11 juin 1583 ; son père était Guillaume.

En communiquant à Mr Le Goaziou l'acte de baptême d'un Guillaume GUIGUER en date du 16 avril 1605, monsieur Le CORRE, ancien vicaire de Roscoff, se demandait si ce garçon n'était pas trop jeune pour avoir rédigé cet “exercice” à 20 ans. Mais pourquoi pas !

Incompris de ses compatriotes QUIQUER aurait quitté le pays en crachant son mépris sur les Bretons et sur ROSCO : “POBL DIVALO - EUR POBL ANTER BLEIZ” “Peuple abject, un peuple (de)mi-loup” - Mais allez voir si l'épigramme est de lui '?


TEVENN AR ROUANEZ

Nous cherchons à. déterminer l'âge de la dune ou TEVENN ar ROUANEZ.

Dans le numéro précédent nous faisions état du silence des anciens documents sur ces terrains sablonneux ; dans un pays où l'on eut jusqu'à la Révolution française la fringale d'acheter les terrains ce silence laisse présumer que cette dune n'est pas antérieure au 17e siècle.

D'autre part l'acquisition pour la première fois en 1776 des terrains marécageux de Lagadennou et d'une terre en bordure de Praterou suggère que ces terres s'étaient assainies. Pour quelles raisons ? L'extension de la dune ?

Un troisième argument en faveur du caractère récent de TEVENN ar ROUANEZ nous est donné par l'ancienneté du toponyme AR PALUD. Il est bien attesté dans le partage des biens de la famille DENIS en 1470 (arch, départ, 5G,300). Manifestement ce nom est bien plus ancien. Il témoigne du fait qu'à l'époque où le terroir fut dénommé ses abords immédiats constituaient une PALUE c'est à dire un marais où la mer s' insinuait régulièrement aux marées, des marais salés. On sait que les PALUDIERS sont précisément des gens qui exploitent le sel dans les marais d'une PALUE.

Non loin de notre PALUD roscovite se trouve un village santécois AR PALUD sis à l'est du bourg ancien de POULDU. Cette dénomination rappelle que la mer montait jusque là avant que la digue n'ait été construite au début du 19e siècle.

Aujourd'hui PALUD n'est plus une palue; à tel point que le nom lui-même a perdu toute signification actuelle ; mais il garde le souvenir d'un état ancien des lieux, Aussi bien le chemin qui descend de Kerguenec devait-il donner sur la grève directement. Une confirmation de ce sentiment est donné par le plan qui accompagne l'acte de transaction de 1888 dont nous avons parlé dans le numéro précédent. Les terrains qui furent vendus en 1862 par la commune comme terrains vagues ont leur limite sud bien au sud du chemin de Kerguenec : celui-ci débouchait sur ces terres vagues conquises sur la Palue par les sables.

Le même plan de 1888 donne quelques points de niveaux tant sur les terrains vendus en 1862, au sud de la route, que sur la dune restante. En définissant par 10 mètres la laisse des pleines mers d'équinoxe on relève sur les terrains : 9,40 - 9,46 - 9,76 - 9,71 - et sur la dune 11,82 - 12,27.

Si, comme il nous semble, l'ensablement de ces terres est postérieur à 1700, les niveaux côté PALUD furent encore plus bas et la mer y pénétrait par le ruisseau occidental de Praterou et par la partie est de la dune actuelle.

Sans nous éclairer particulièrement sur l'âge de la dune, les considérations qui suivent évoqueront la circulation charretière de Roscoff à L'ABER, à SANTEC et PLOUESCAT.

Avant la Révolution le chemin de ROSCOFF à PLOUESCAT traversait la grève depuis LAGADENNOU jusqu'au RUGUEL. Là il suivait la dune et contournait par le nord la grande PALUE que constituait la vaste étendue du fond de l'Aber aujourd'hui gagnée sur la mer par la construction de la digue.

ROSCOFF, on le sait, s'érigea en commune en 1790, de par la volonté de ses “bourgeois”. La jeune commune se fit faire une carte de son territoire. Ce méchant papier, aussi mal dessiné que possible et nullement conforme à la disposition des terroirs reçut l'approbation du Directoire eu Finistère. "Vus approuvé et arrêté .,”

A Quimper le 2 Mai  1791," Il porte sept signatures, Ce document est aux,archives municipales.

Le chemin de Roscoff à Plouescat y est nettement tracé ; il passe largement au nord de l'agglomération du bourg de SANTEC (alors très petit). Il devait passer près de MEN ROIGNANT, bourg plus important. Il est tracé jusqu'à la grève de Siek un peu au sud de la pointe du DOSSEN.

La même carte indique aussi une route de grève de Roscoff vers l'ABER ; son tracé s'écarte si nettement du profil de la côte qu'il faut bien y voir un chemin de grève.

Or TEVEN ar ROUANES est porté sur cette carte, mal implanté d’ailleurs, tout contre ROSKO-GOZ. La route passe au nord de l'emplacement réel de la dune.

Lors des travaux de construction de la digue (1833-1846) une route avait été aménagée au sud de la Palue entre la digue et POULDU en passant par le village de l'Aber. Le tronçon “DIGUE – Roscoff” ne fut réalisé qu'en 1862. On continuait à aller en droite ligne par la grève depuis le bout sud de la digue jusqu'à LAGADENNOU, la construction de la voie n°1 en 1862 rencontra deux sérieuses difficultés : l'une pour couvrir les 300 mètres séparant LAGADENNOU de l'extrémité est de la dune (601 A), l'autre pour combler à l'emplacement du ruisseau venant de Praterou.

Qu'aucune route digne de ce nom n'ait joint Roscoff aux parties occidentales de son territoire avant 1862 s'explique aisément par l'histoire. En effet, avant la Révolution les bourgs de SANTEC, MENROIGNANT et POULDU dépendaient de Saint Pol au même titre que le bourg de ROSCOFF. Au religieux ces trois bourgs ainsi que tous les villages, tels Kerguenec et ROSKO-GOZ, situés à l'ouest de la route St Pol - Roscoff, dépendaient du vicariat de SAINT-PIERRE. Le sous-vicaire de TOUSSAINTS en résidence à Roscoff n'avait rien à faire par là. Dès le début du 17e siècle, d’ailleurs, SAINT ADRIEN de SANTEC fut son sous-vicaire.

L'agrégation de ces bourgs à la commune de Roscoff devait tôt ou tard entraîner la construction d’une route de terre entre Roscoff et Santec.

Ces observations, on le voit, ne nous fournissent aucune lumière sur l'âge de la dune, si ce n'est qu'elle est attestée en 1791.

On notera que la première maison qui ait été construite au TEVENN date de 1892.

Avant de proposer un âge pour notre TEVENN nous voulons reprendre l'explication de son nom AR ROUANEZ.

Nous avions proposé naguère une explication topographique de ce nom ; son seul mérite était d'attirer l'attention sur la ceinture de galets de cette dune. Nous suggérions de voir en TEVENN AR ROUANEZ une corruption d'une dénomination plus ancienne TEVENN AR C'HROUANEG, la dune aux galets. Ce n'était pas convaincant : GROUAN c'est plutôt du gravier. D'autre part il était très difficile d'admettre que la finale EZ de ROUANEZ ait pu sortir de ROUANEG considéré comme une évolution de C'HROUANEG. Le terme de ROUANEZ est trop caractéristique pour provenir d'un hypothétique ROUANEG.

Depuis ce “REQUIEM POUR UNE REINE” (juin 1971) notre attention a été attirée par une dénomination rencontrée dans un aveu de 1768. Les archives départementales possèdent l'exemplaire de l'évêque. Nous avons consulté l'exemplaire de la famille L'HABASQUE - PICREL, conservé dans les archives de Saint Nicolas.

“Noble homme” François L'HABASQUE, négociant aux port et havre de Roscoff était manifestement très riche de terres. Parmi celles-ci (verso du folio 27) nous trouvons “dans le champ ou commun nommé MEZIOTJ SPERNEC dans la GRANDE ARMORIQUE, une parcelle terre chaude, nommée alternativement TACHEN ar ROUANES ou TACHEN AR CITOQUER contenante en fonds 12 seillons...”. Ce terrain avait été acquis ainsi que d'autres de ce coin de PLOUGOULM par un contrat de licitation passé entre L`HABASQUE, sa femme Anne-Guillemette LE GREUNEN et “Hamon Olivier, Joseph MOAL, Jean ROSCOZ et femmes, et VINCENT CHOQUER comme garde naturel des enfants de son mariage avec ANNE ROUE, en date du 18 Oct. 1764”. (folio 26).

Ainsi Anne “LE ROY” était connue:sous le nom de Anne “LA REINE”. Qu'est-ce qui avait valu à cette femme un surnom si proche de son nom ? Un port de souveraine ? Un air prétentieux.? Portait-elle “culotte” dans le ménage ? Où bien ce surnom lui venait-elle la famille de ses parents ?

Muni en tout cas de cette précieuse constatation nous avons cherché à savoir s'il y avait au 18e siècle des ROUE propriétaires de terrains proches de notre DUNE AR ROUANEZ.

Notre recherche devait prêter attention au double sens que possède en ce pays le nom de ROUANEZ : il désigne une “REINE” mais peut désigner le pluriel “ROIS” comme dans “GOUEL AR ROUANEZ”, la “fête des Rois”.

Nos investigations ont porté sur la table des noms de l'inventaire (5G.10*) des aveux de St Pierre (arch. départ.) Nous n'en avons retenu que deux indications.

L'aveu n°32 du 13 Juin 1703 au nom de Demoiselles Magdalene.et Janne LE ROY fait état d'un “parc” de 1/3 journal au terroir de Kerguenec ; ce terrain leur venait de leur mère Anne Le Bloas.

Dans un autre aveu (3 sept. 174?) au nom de Dame Eléonoré LE GRIS (une LOUET en breton), épouse de messire Jacques du QUELEN, il est question d'un “STREAT (chemin) AR ROY” au terroir de Praterou. Nous n'avons pas trouvé ou du moins noté ce nom de chemin dans les documents plus anciens concernant PRATEROU. Nous voici tout près du site litigieux : les deux dénominations sont proches elles aussi : ROUE - ROUANEZ. S'agit-il de la même famille ?  Peut-être

Nous avons voulu pousser notre enquête plus loin en  direction des registres paroissiaux dans l'espoir de découvrir des ROUE surnommés ROUANEZ à l'exemple de la dame de Plougoulm.

Nous nous sommes cantonnés dans la fourchette “1670 –1788” pour laquelle nous disposions d'une TABLE ALPHABETIQUE, Aussi bien est-ce aussi dans ces limites de temps que s'est formée, nous semble-t-il, la dune.

C'est en 1716 que le “curé” (Sous-vicaire), messire René STEUN reprit le catalogue alphabétique par année depuis 1670 ; ses successeurs le poursuivirent jusqu'en 1788.

De 1670 à 1756 l'ordre est celui des PRENOMS (ou NOMS, selon les anciens). Roulloin qui fut “curé” de 1776 à 1784 rédigea la table de 1757 à 1761 et introduisit l'ordre alphabétique des NOMS de famille. “J'ai jugé, écrit-il, que l’ordre alphabétique par les noms de famille est plus sûr et plus commode à cause des erreurs qui se trouvent souvent dans les notes que l'on donne pour avoir des extraits, parce que les personnes sont connues sous un autre nom de baptême que celui qui se trouve le premier sur le registre” (Table alphabétique 1670 / 1788, folio 5).

Pour chaque année le catalogue relève les noms aux baptêmes (B), aux épousailles (EP), aux morts (M).

Nous avons donc fait un relevé des ROUE, LE ROY, entre 1670 et 1788. De 1670 à 1756 il nous a fallu parcourir tous les prénoms des baptisés, des mariés et des morts. De 1757 à 1788 le travail était tout fait. Restait à recourir ensuite aux registres eux-mêmes.

Les LE ROY apparaissent dans les baptêmes dès 1552 ; le nom ne disparaîtra plus avant la Révolution. Avec cette famille interfèrent les LE ROY dont la souche est malouine : Jan LE ROY soldat de marine, surnommé RENCONTRE (les mordus de généalogie pourront se reporter, mais avec précaution, à Pascal de Kerenveyer).

Il semble bien que le nom breton ROUE soit absent des registres entre 1552 et 1761; cela ne veut point dire que le langage usuel lui-même n'y ait pas recouru. Au contraire il est probable que ces LE ROY étaient appelés couramment ROUE, on en trouve un en 1671.

En 1759 entre en scène pour un décès d'enfant une nouvelle famille dénommée d'abord LE ROY puis ROUE. François (LE ROY - ROUE) et Françoise AMITNOT ou L' AMINOT habitaient Plougoulm avant de venir habiter Roscoff. C'est du moins ce que l'on peut conclure de l'acte de mariage de GUILLAUME ROUE le 15 sept. 1766. Ce Guillaume, fils de François et Fse Laminot, est dit “originaire de la paroisse de Plougoulm et domicilié à Roscoff”. Malheureusement on ne dit pas le domicile de la famille. Guillaume épousait Anne LE MEA “originaire de SANTEC et habituée sur la paroisse de PLOUGOUM”. Le mariage se célébra â Roscoff avec la permission du recteur de la jeune fille, le recteur de PLOUGOULM. Est-il superflu de remarquer que “originaire” veut dire “natif de” ou équivalamment ici “baptisé à” Plougoulm, pour nos lecteurs étrangers à la région est une commune limitrophe de SANTEC.

Serait-ce à ces ROUE originaires de PLOUGOULM que TEVENN AR ROUANEZ serait redevable de son nom ? La coïncidence est curieuse, en tout cas, avec la parcelle AR ROUANEZ du même PLOUGOULM attestée exactement à la même époque. Dans cette hypothèse du caractère récent de la dénomination une présomption se dégage en faveur de la “nouveauté” de la dune elle-même. Par ailleurs on s'explique mieux que la “ci-devant DUNE DE LA REINE” n’ait pas paru assez séditieuse pour être débaptisée ; on pouvait se souvenir à trente ans de distance de la signification “plébéienne” de la dénomination,

Nos analyses nous conduisent à proposer comme probable l'hypothèse de la naissance de TEVENN AR ROUANEZ au début du 18e siècle, Le sable aurait été arraché par les vents aux dunes du RUGUEL et de PERHARIDY ; les marées auraient ajouté leur effet propre pour colmater le littoral de l'ancienne Palue.

Nous recouperions ainsi les documents historiques qui font état de l'ensablement, catastrophique d'origine éolienne (provoqué par le vent) qui anéantit la vie sur une bonne partie de SANTEC ; c'était autour de 1700. Nous avons l'intention de traiter ce sujet pour lui-même.

Il apparaîtra alors que ce phénomène très limité mais bénéfique à Roscoff, fut un immense malheur et durable pour des générations de SANTECOIS. Certaines animosités au sein de la population comme à l'endroit des Roscovites et des saint-politains s'enracinent pour une part dans ce malheur qui accabla les uns et épargna les autres il y a environ 250 ans.

Jean Feutren .


Précédent   - Suivant