La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 283 - 1974 - Février

- A B ....
- Papier a comptes
- Marie Stuart et Roscoff


AB  ...

Nous voudrions réfléchir avec nos lecteurs aux procédés par lesquels on donnait à chacun son identité dans les temps passés et dont nos noms patronymiques (de famille) portent encore la marque. Mais plutôt que de répéter ce qu'on trouverait de-ci de-là dans des études, nous préférons livrer les résultats de nos observations sur les registres de Roscoff.

Nous avons le sentiment, en effet, que trop d'études sur la Bretagne sont hâtives et concluent un peu vite ce sont trop souvent des constructions en argile et non de granit. Ce sont les documents qu'il faut avant tout chercher et nous en avons de grand prix dans nos registres.

Nous commençons ce travail par des considérations sur les noms de famille bretons en AB comme ABGUILLERM. Non pas que Roscoff soit un terroir où prospèrent ces noms, mais la formation de ces noms en AB nous parait correspondre à l'esprit qui se dégage des registres roscovites à un moment pourtant où les noms se stabilisent dans l'usage, sauf en ce qui cor-cerne l'orthographe.

Les noms de famille en AB ou AP sont fort nombreux dans le Bas-Léon (ouest), Le terme même de LEON nous intrigue fort ; il faudra bien y aller voir.

En bien des cas, le préfixe AB, qui signifie “fils de..”, aurait perdu sa lettre initiale “A”. Ainsi, selon monsieur Gourvil (NOMS DE FAMILLE DE BASSE-BRETAGNE p.19) s’expliqueraient des forces comme Baziou, Beuzen, Biven, Përébéozen, Bariou, Biliou, Ce seraient dos contractions de ABaziou, ABéozen, ABiven, APéré-Beozen, ABarious, ABiliou.

Ce phénomène linguistique de la chute d'un son au début d'un mot est très courant dans les diverses langues ; on l'appelle “Aphérèse”'. Ainsi on dit “Pitaine”'

pour Capitaine ; en breton on ne dit pas GABRIEL, mais BIEL sans R). Monsieur Gourvil (p. 19) signale des homologues gallois où se retrouve le même type de contraction par “aphérèse” : “Bowen, Bevan, Parry, Pritchard, Probert, Pughe, etc. contractés de AB-Uwen, AB-Evan, AP-Harry, AP-Richard, AP-Robert, AP-Hughe.

On ne connait aucun exemple de l'emploi en breton de AB comme nom dans le sens de MAB, qui rend l'idée de “descendant de”. Monsieur Fleuriot (Dictionnaire des gloses en vieux-breton 1964) au mot:MAB, MAP (p. 249) propose le sens de “enfant” et non pas seulement “fils”. Le correspondant irlandais de ce mot est MACC. Un paragraphe de la notice sur MAB dans Fleuriot intéressera certainement les Roscovites : l'attestation ancienne du. terme passé dans la chanson des PAOTRED ROSKO .''SKO MIBIN”, cogne vite, promptement”. Voici cette note :

“Parmi les dérivés de MAB, citons les noms propres vieux-bretons MABON (cartulaire de Redon ch.74 et cartulaire de Quimperlé p. 86 ) gallois MABON, gaulois MAPONOS. Au gaulois latinisé MAPINIUS semble correspondre . MEBIN, dans le nom propre Uuoret-mebin (cartulaire de Bedon oh, 163)., le breton moderne MIBIN “agile, prompt, vif” ; MEBIN, MIBIN peuvent remonter à un terme gaulois (non attesté) MAPINIOS ; le sens d’origine devait être “jeune, ardent”.

Le même dictionnaire de Fleuriot consacre un long paragraphe à l'expression “MAB / I / KILED” "filius alterius" littéralement “fils de son compagnon”, “fils de l’autre”. Cette formule suit le nom de RIUALLUN (cartulaire de Quimperlé p. 217 - entre 1081 et 1114). La traduction latine se trouve fréquemment.dans ce cartulaire par exemple GUEGONUS, EUDO sont dits “fils de l'autre” .. La formule se retrouve sous la forme évoluée “MAP EGUILE” dans le Mystère de Sainte Barbe texte de 1557, strophe 380. Il semble bien que l’expression “fils de l’autre” ait servi à désigner les bâtards à l'origine. Le nom propre moderne ABEGUILE en est dérivé”.

Il est bon de préciser cependant à l'intention des lecteurs qui ne seraient pas au fait du breton que le terme EGILE (avec G dur) ne signifie pas “un autre”. MABIGILE n'est pas “fils d'un autre” mais “fils de l'autre”. Dans son GLOSSAIRE (lexique) MOYEN-BRETON (2e édition 1805 -p.7), Emile Ernault disait du terme ABEGUILLE qu'il ne désignait pas nécessairement “l'enfant adultérin, mais plutôt le diable”. L'auteur veut dire sans doute que c'est le diable qui est “l'autre”.

Que le préfixe AB indique la filiation dans ces noms bretons est chose parfaitement assurée. On le savait déjà, à Paris à la fin du 12e siècle ou au début du 13ème, cela ressort clairement d'une note publiée par Ernest Renan sur le sens du nom ABELARD porté par le célèbre Pierre (1079 - 1142), connu pour sa grande intelligence et sa passion pour Héloïse. Cette note a paru dans la REVUE CELTIQUE (1870 –1872 - tom 1 p. 265-268). Renan cite deux auteurs du 13e siècle qui reflètent l'explication étymologique du nom d'Abelard, alors courante dans le monde universitaire parisien.

Dans son “De modo addiscendi - L'art d'apprendre” (p.227) Guibert de Tournai écrit :”Pet rum filium ALARDI quem ABAELART vocant - Pierre fils d'Alard que l'on appelle ABAERLART” (Bibliothèque nationale - manuscrits latins n° 15451 ).

L'autre texte est d'un auteur anglais philosophe et poète Alexandre NECKAM, né vers 1150 et qui enseigna à Paris de 1180 à 1186. Il cite des penseurs qui avaient marqué ce temps et parmi ceux-ci “PETRUS ALARDI - Pierre (fils) d'Alard” (manuscrit latin 376, bibliothèque St Germain): Il n'est pas douteux que cet auteur ait voulu rendre le préfixe AB par cet emploi du génitif latin (finale I).

En réalité le père d'Abélard s'appelait BERENGER et sa mère.Lucie. Lui-même reconnaissait que personne dans sa famille avant lui n'avait porté ce nom. Renan pensait que ce surnom lui avait été donné par son père. On peut se demander d'ailleurs si ce nom est breton car Abelard était originaire du pays nantais.

L'essentiel pour notre propos c'est qu'à Paris les intellectuels connaissaient alors la signification du préfixe celtique AB. Les Bretons et les Gallois fréquentaient la célèbre Université de Paris.


PAPIER A COMPTES

La gestion des biens de l'église était assurée durant l'ancien régime par les “fabriques” ou procureurs, au nombre de deux ; leur charge durait 3 ans. Ils enregistrent les recettes et veillent à les faire rentrer en exerçant éventuellement des poursuites contre les débiteurs négligents. Ils règlent les dépenses ordinaires et s'assurent de l'égrément de la population représentée par “le général” avant d'entreprendre des travaux extraordinaires, comme la construction de la sacristie en 1640.

La paroisse de Roscoff a gardé un grand cahier des comptes qui va, avec quelques lacunes, de 1609 à 1673. Nous publions la page du titre ; il ne sera sans doute pas inutile d'en donner la teneur en écriture actuelle.

“ Jésus Maria

Papier a comptes pour leglise de Notre Dame de Croasbatz principale de ce bourg de Rosgoff : contenant les charges des deniers receux (reçus) et decharges des mises faictes par honnorables marchants Bertrand PARDEAU et Laurens SIOCHAN pour le temps quilz ont estés comme procureurs et marguilleurs de la dite Eglise " - texte de 1609 -

La couverture est de parchemin, le cahier comporte 248 feuillets (20,5 x 34cm) précédés d'un répertoire alphabétique, largement inemployé. De nombreuses pages sont vides. Nous avons commencé de transcrire ce cahier afin de le rendre lisible à des modernes et d'y chercher des indices précieux sur la vie de Roscoff au 17e siècle.

La trouvaille la plus remarquable que nous y ayons faite jusqu'à présent est l'indication “Une piesse de terre estant en la paroisse de Toussainctz au terrouer “VIEUX MOGUEROU”, en 1617 (fol 36 verso). Nous ne pouvions trouver confirmation plus éclatante de notre explication du nom de MOGUEROU : il s'agit bien d'antiques ruines : COZ MOGUEROU.


MARIE STUART et ROSCOFF

Poursuivant notre effort de vérité nous voudrions regrouper en cette suite de documents ce qui doit être retenu de la légende qui a embrumé la venue de la reine d'Ecosse en notre port.

La clarté a commencé de se faire sur ce sujet par un article publié en janvier 1907 dans THE ENGLISH HISTORICAL REVIEW sous la plume de William MOIR BRYCE.

L'article était intitulé “Mary Stuart’s voyage to France in 1548”. Il occupe dans cette revue les pages 43 à 50,

Cet article fut recensé par Henri Bourde de la Rogerie dans les annales de Bretagne (vol. 1907-1908 po 15C). Ce critique faisait apparaître que contrairement au sentiment de Bryce, c'est bien à Roscoff et non à Pennpoul qu'eut lieu le débarquement de la petite Stuart. Nous en reparlerons.

La recension de Bourde de la Rogerie a été utilisée par Monsieur Perennes dans la brochure “Perle du Léon” parue en 1938 (p. 30-32) ; sur le point précis du débarquement cet auteur a fait œuvre utile. A la suite de Bourde de la Rogerie il signala que le nom de “Chapelle de Marie ,Stuart” signifie simplement que l'enfant débarqua auprès de cette chapelle, dont la construction est bien antérieure à son débarquement, Monsieur Perennès est moins heureux lorsqu'il continue à attribuer à une largesse de Marie Stuart certains objets conservés à la paroisse : chapelets (2) modesties (2) et la Vierge en argent. Nous reviendrons sur tout cela.

Cette étude sur Marie Stuart servira de cadre à une recherche sur le Roscoff de 1548. Il va de soi que le passage de Marie Stuart par Roscoff ne fut en aucune façon déterminant dans la ruée vers les bords de mer en 1560 ni dans la passion de bâtir qui saisit alors classe des marchands. Peut-être pourrons-nous en conclusion de ce travail tirer au clair l'affaire de Mary Stuart House.

 Nous commencerons par l'article de Bryce. La traduction que nous en proposons doit beaucoup à Mademoiselle Marie Cécile Créac’h. Nous lui en sommes reconnaissant, comme aussi des démarches qu'elle a entreprises pour nous obtenir communication ou copie du dossier authentique du voyage "BALCARES PAPERS”. Ces démarches ont été infructueuses. Nous avons eu plus de chance avec la Bibliothèque Nationale et nous pourrons, à partir des photocopies que nous avons reçues, donner à nos lecteurs les deux lettres essentielles concernant le débarquement à Roscoff, la lettre du roi HENRY et une autre de BREZE dont l'auteur de article n'avait pas eu connaissance. Chacun un s'apercevra que BRYCE bafouille sur le lieu du débarquement. Il nous a paru préférable de publier l'article en entier à cause de son importance pour notre sujet. La lettre de DE BREZE ne laisse place à aucun doute c’est bien à Roscoff que descendit Marie Stuart.

Nous avons pris le parti d’écrire le nom du roi avec un Y : telle était son habitude ; on le voit dans la lettre que nous publierons ou encore dans l'acte de mariage de Marie Stuart. Pour celle-ci il fallait aussi choisir entre MARY et  MARIE ; nous adoptons l’écriture MARIE : c'est ainsi qu'elle signe l'acte de son mariage avec le dauphin (25 avril 1558).

Les références numérotées dans le texte seront regroupées en fin d'article ; elles peuvent intéresser des gens de métier.

La lecture de ce texte requiert quelques connaissances d'histoire et de géographie. Les lecteurs se reporteront aux cartes de Grande Bretagne et de France pour suivre le périple de la reine; ils pourront mieux situer DUMBARTON au fond du golfe de la CLYDE, proche de GLASGOW et d’Edimburgh.

L'Ecosse, à cette date, est un royaume indépendant, menacé dans son existence par le royaume d'Angleterre.Le père de Marie, Jacques V, veuf de Madeleine fille de François 1er, avait épousé Marie de Lorraine, veuve elle aussi.,C'est elle la “reine douairière” de notre article, Marie naît le 9 décembre 1542. Son père lâché par ses lords venait d'être battu honteusement par les Anglais à Solway-Moss; il mourrait le 14 décembre 1542 sans avoir vu sa fille. Marie devint ainsi reine d'ECOSSE à l'âge de six jours. Sa mère avait 27 ans.

Le comte d'Arran, le plus influent des lords écossais devient régent. A Henri VIII, roi d'Angleterre, mort en 1547 succède le jeune Edouard VI ;,le protecteur ou régent d'Angleterre est le duc de SOMERSET. Durant un voyage Marie est accompagnée de quatre petites filles, des Marie, appartenant à l'aristocratie écossaise. Les cinq fillettes étaient confiées à la garde de Lady Fleming. Le poète français Joachim du Bellay était de la suite qui débarqua à Roscoff.

Le dauphin de France que Marie venait épouser, François, régnera sous le nom de François II ; sacré a Reims le 18 Septembre 1559, François meurt le 5 décembre 1560. Il avait 16 ans. Marie allait avoir 18 ans. Sa mère, Marie de Lorraine venait de mourir le 14 Juin 1560 dans le château d’Edimbourg.

Le connétable de France ou commandant en chef des armées dont il est question ici est Anne de Montmorency. Parlant de Diane de Poitiers, favorite d'Henri II l'auteur ajoute au nom d'Aspasie - une courtisane grecque célèbre - une épithète “sur l’âge” : en 1548, elle avait 49 ans.

La mise en page de notre Bulletin eût posé trop de problèmes si nous avions cherché à mettre en bas de page les références de l’auteur et les notes explicatives du traducteur. Le lecteur, ne sien plaindra sans doute pas : l'article sera ainsi d'une seule coulée.

 

CHAPITRE PREMIER par WILLIAM MOIR BRYCE  -   LE VOYAGE de MARIE STUART en FRANCE, en 1548

L'histoire du voyage de Marie Stuart en France durant l'été de 1548 a échappé jusqu'ici à l'examen minutieux et critique dont les derniers événements de sa vie ont été l'objet.

En l'absence de renseignements authentiques il a été impossible de faire s'accorder les récits divergents de cet épisode important de son enfance. Chaque publication nouvelle n'a servi qu’a accroître la confusion. Il n'y qu’un point sur lequel les historiens soient d'accord : le départ de DUMBARTON à bord d’une galère française.

D’autre part, le journal authentique du voyage, qui a été conservé parmi les “BALCARES PAPERS” à la “ADVOCATION LIBRARY” ( Bibliothèque des avocats) à Edimbourg ne s'accorde avec aucune, des versions admises ni même avec aucune de leurs combinaisons. Le document consiste en une série de lettres écrites à la Reine douairière d’Ecosse par  le sieur de BREZE à qui Henry II avait confié la charge de conduire la jeune reine en France conformément à la décision prise préalablement par le Parlement d’Ecosse. Ce jour inconnu de tous les biographes de Marie, nous permet de suivre à la trace ses déplacements depuis DUMBARTON jusqu'à Saint-Germain, en même temps que la correspondance d'Henri II et de ses courtisans comble les lacunes du récit de DE BREZE.

Le désastre de l'armée écossaise à Pinkie Cleuch le “samedi noir” (BLACK SATTIRDAY), 10 septembre 1547 entraîna, la première crise sérieuse de la vie de Marie Stuart. Avant cet événement ses fiançailles où son mariage avaient été considérés par la Cour de France comme une affaire d’importance mineure, pourvu dans tous les cas que la reine ne fit jamais alliance avec l’Angleterre.

En 1543, le roi de France intervint pour cautionner son mariage avec un de ses sujets à elle “capable de gouverner le royaume”. Son avenir fut subordonné de nouveau aux exigences de la diplomatie française lorsque François 1er donna pour instructions à son ambassadeur d'offrir la main de MARIE au fils du roi Christian de DANEMARK. C'était la garantie d'une alliance tripartite envisagée entre la-France, le Danemark et l'Ecosse contre l’Angleterre. PINKIE, en tout cas, fit de MARIE la princesse d'Europe la plus désirable comme femme pour le Dauphin de France.

La perspective d'une conquête de l'Ecosse par les Anglais avait semé l’épouvante à Saint Germain ; selon les mots de Montmorency “ la cour n’aurait pu recevoir un plus grand déplaisir si la perte en question leur avait été infligée à eux-mêmes”. En outre, la reine douairière qui veillait jalousement aux intérêts de la France et de sa famille en Ecosse, avait franchement exprimé son ressentiment pour la façon dont ses parents et amis de France l'avaient négligée, En un mot la victoire à la Pyrrhus remporté par le Protecteur (régent d'Angleterre) eut pour effet immédiat d'apaiser les discordes qui agitaient les cours respectives de France et d'Ecosse : un vigoureux effort fut alors tenté pour redonner à l’alliance France-Écossaise une apparence de réalité.

La Protecteur, tour à tour, cajolait, menaçait Monsieur de Selve, l'ambassadeur de France à Londres. Henri II et le connétable, cependant, avaient d'autres vues sur Boulogne que l'offre spécieuse faite par le Conseil Anglais de réduire les obligations pécuniaires de la France établies au Traité d’Ardres en considération d'une attitude bienveillante à l' égard du mariage de Marie Stuart et d'Edouard VI. Et l'on n'avait prêté aucune attention à l'avertissement que “L’Ecosse servirait simplement d'éponge pour absorber l'argent français”.

Tandis que le Protecteur essayait de gagner Henri II à son projet d’union des Anglais et des Écossais sous “L'Empereur de Grande-Bretagne”, les négociations en Ecosse avaient fait de rapides progrès. Mi-novembre, D'Oysel, l’homme de confiance, “qui n'avait pas son pareil pour manœuvrer les Écossais” quitta les délibérations qui avaient lieu à Stirling, pour communiquer à la cour de France la situation en Ecosse “ainsi que certains points particuliers que ni la reine douairière, ni le Gouverneur n'auraient confiés à quelqu'un d'autre que lui”. Ces “points,particuliers” concernaient les conditions auxquelles le Comte d'Arran était prêt à consentir à l'union de la France et de l'Ecosse par le mariage des enfants royaux. A leur sujet, Montmorency, dans une lettre à la reine douairière (30 Mars 1549) faisait la remarque “Je.puis vous assurer que le dauphin a pour elle de petites attentions et qu'il est très épris ; on voit bien que Dieu les a fait naître l'un pour l’autre”.

C'est le 8 février 1548, pense-t-on généralement, que les Lords écossais donnèrent leur consentement formel au mariage. Le 28 Marie arrivait à Dumbarton , elle y resta jusqu'à son départ pour la France. A Londres, le 21 Mars, on pensait qu'elle serait emmenée en France. Pour le moment, le bruit courait qu'elle était morte, sérieusement malade et enfin, convalescente. L'arrivée des renforts français dans l'estuaire du Forth (The Firth of Forth) fut suivie de la décision du parlement écossais à Haddington (7 Juillet) d' “'être”, selon les mots de la reine douairière, “le sujet du roi de France en raison de l'honneur qu'il a fait à la reine,ma fille, en désirant la donner à son fils”.. “Je pars demain”, ajoutait-elle,”pour la conduire vers lui. dès que les galères auront fait le tour”. Cette décision et le projet de l'amiral Français d'envoyer une partie de sa flotte doubler le Nord de l'Ecosse furent connus à Londres le 13. Le bruit y courait le 31 que Marie avait déjà embarqué pour la France; le 1er août la rumeur se faisait plus précise : Marie aurait pris la mer quatre jours auparavant.

L'ambassadeur de France conjectura que plusieurs navires avaient été retenus à Portsmouth pour surveiller le passage ouest ; mais, en fait, la flotte anglaise fut délibérément envoyée au nord dans l'espoir que les galères qui restaient sur la côte Est deviendraient une proie facile en raison de la récente réduction de leur nombre. Aucune tentative sérieuse ne fut entreprise pour capturer MARIE STUART. L'allégation de Chalmers que l'un des navires fut pris par les Anglais est en contradiction avec le récit de DE BREZE selon lequel ils ne subirent aucune perte au cours du voyage

Mère et fille se firent leurs adieux à Dumbarton le 29 juillet 1548, jour où Mary et sa suite embarquèrent sous la responsabilité du Sieur de BREZE. Deux jours après, DE BREZE, qui avait reçu pour instructions de la reine-mère de la tenir entièrement au courant des réactions de sa fille, lui écrit à bord de la galère :

“ Madame, j'ai reçu à cette heure votre lettre. ainsi que le paquet de M. Berthiers, l'ambassadeur ; leur lecture aidera à surmonter l'ennui de notre voyage. La reine votre fille, va aussi bien et, grâce à Dieu, est aussi gaie que vous l'avez vue pendant, longtemps.”

La lettre suivante, écrite près de la maison de M. Corsefot, n'est pas datée :

“ Madame, je ne voudrais pas perdre l'occasion de vous écrire cette courte lettre qu'est la présence de M. de Corsefot venu rendre visite à la reine en cet endroit, proche de chez,lui, où nous avons jeté l'ancre ce soir, et de vous informer que la reine se porte à merveille et n'a pas été., jusqu'à présent, malade en mer. Le temps nous est quelque peu favorable. Nous espérons qu'il s'améliorera cependant ; et nous ne faillirons pas à vous informer au moment où, par le bon plaisir de Dieu, nous toucherons terre en France”.


Texte non disponible

Revue de Bretagne, de Vendée & d'Anjou Par Société des bibliophiles bretons et de l'histoire de Bretagne, Nantes

LA CHAPELLE DE MARIE STUART A ROSCOFF

Les plus modestes chapelles de Bretagne ont leur histoire ou leur légende elles se rattachent presque toutes qu' elles soient perdues au fond des bois au milieu des landes ou à l extrémité des promontoires granitiques qui mordent la mer sauvage à des faits glorieux dans les annales militaires ou religieuses du pays breton à des traditions populaires d une grâce exquise imprégnées toujours de la plus suave poésie Les pèlerinages les pardons les simples viages les remplissent de souvenirs toujours vivants malgré les défaillances de la foi et l abandon lent mais progressif des anciennes traditions toutefois la marée montante d une civilisation ennemie du passé n a pas encore submergé toutes ces modestes ecclésioles dont il est bon et utile d évoquer souvent la douce et consolante histoire

L une de ces chapelles intéresse à la fois deux pays que leur ciel brumeux leurs côtes découpées battues par une mer houleuse rapprochent beaucoup par leur configuration physique la Bretagne et l Ecosse c est l oratoire de Saint Ninien en Roscoff près de Morlaix Mais hélas elle est vide et lamentable cette chapelle que l histoire remplit pourtant d un grand souvenir Ce n est plus qu une relique en ruines devant lequel le passant attristé murmure le vers mélancolique du poète Etiam periere ruinse l

Ce fut la Révolution qui détruisit de fond en comble ce modeste oratoire élevé dit on à l endroit môme où débarqua Marie Stuart en 1458 Ses dimensions sont exactement de 14 mètres de longueur sur 6m33 de largeur aux heures troublées l intérieur fut saccagé par des mains impies mais les murailles d un solide et beau granit extrait des flancs môme du sol qui les supporte sont restées debout comme pour témoigner de leur fidélité à l âme pieuse qui les éleva n est ce pas le seul monument que l on doive à l infortunée Marie Stuart et c est un peu d elle môme qu elle laissa sur cette terre bretonne où elle fut accueillie avec tant de joie Cette relique Lord Guthrie voudrait la conserver la restaurer c est presque un déshonneur de laisser ces murailles vénérables tomber par pans entiers ou servir de lieu d affichage on de dépôt à des choses sans nom

Et cependant ces ruines pourraient encore être sauvées des trois fenêtres l une celle de l Est côté du port conserve encore un beau dessin la porte d entrée vers l Ouest est bien conservée et à l intérieur on remarque toujours deux autels de pierre Cette restauration serait accueillie avec joie et reconnaissance croyons nous par la population deRoscoff qui conserve sur deux autres points le souvenir de la gracieuse souveraine descendue si jeune sur son rivage Mais tout d abord il était nécessaire que la tradition et l histoire fussent d accord Marie Stuart était elle vraiment débarquée à Roscoff dans le cours du mois de mai 1548 Les historiens anglais écossais et français étaient en contradiction sur ce point les uns voulaient que le débarquement eut eu lieu à Brest les autres à Roscoff mais voilà que deux documents ont été trouvés à la Bibliothèque Nationale à Paris et qui démontrent sans discussion possible que Roscoff est bien l endroit de la terre bretonne où la jeune Marie mit pied à terre une lettre de Henri II de France datée de Turin 24 août 1548 dit J ay eu certaines bonnes nouvelles de l arrivée en bonne santé de ma fille la royne d Escossc au havre deRoscou près Léons en mon duché de Bretagne qui m a esté tel plaisir que povez penser et croyez mon cousin qu il ne m a esté moindre d avoir veu par vos lettres du Xl de ce mois que je reçuez hier que tous mes enfants se portent bien Escript à Thurin le XXIIIIde aoust 1548 Henry Bibl Nat fonds franc 3.134 n 12

L autre lettre est datée de Rossegouf 18 août 1548 elle est adressée à M de Brezé elle dit Monseigneur Estant les gal lères arryvées en ce lieu de Russecoit je n ay voulu faillir troys ou quatre jours après la descente de la petite reine d Escosse les envoyer à Rouen pour entendre le commandement du Roy de ce qu il luy plaira qu ils facent Bibl Nat môme fonds 20.457 f 121 Il n est pas douteux pour tous ceux qui connaissent l aitéralion des noms de lieu que Roscou ou Rossegouf sont bien mis pour Roscoff

Cette chapelle était sous le vocable de saint Ninien Quel est ce saint La meilleure forme du nom d après l abbé Duine hagiographie érudit qui a bien voulu nous renseigner serait Niniaw mais la forme Ninian ou Ninien est dans l ordre habituel La ra cina Nin est mentionnée dans la Ghrestomathie Bretonne de M Loth Saint Ninien ou Ninian après avoir étudié à Rotne et y avoir été consacré serait revenu dans son pays d origine la Grande Bretagne et aurait établi son siège à Whitern Gallo way D après Miss Arnold Poster Studies in Church Dedica tions il serait le patron de Brougham de Gury de Penton de Whitby A notre connaissance il n existe pas en Bretagne ou en France d autr chapelle ou sanctuaire dédié à saint Ninien Guérin Petits Bollandisle s prétend qu une des églises de Douai possède un reliquaire contenant un bras de ce saint Cette particularité d une seule chapelle en France sous le patronage d un saint honoré en Ecosse n est elle pas une preuve presque absolue de l origine étrangère de cet oratoire sur la terre française Une tradition populaire ou plutôt une gracieuse coutume se rattacherait encore au petit sanctuaire de Roscoff Les femmes les sœurs les filles et les fiancées des hardis marins que donnent cette belle côte bretonne venaient dit on après la messe célébrée à l intention des absents souffler sur la dalle poudreuse de l oratoire et la direction prise par les grains de poussière disait quelle brise ramènerait celui qui s était perdu sur l immensité des flots On voit qu à plus d un titre la chapelle Saint Ninien est intéressante

Les archives du Finistère renferment peu de pièces relatives à cet oratoire aucun acte de fondation n a pu être découvert Il fut vendu comme bien national le 5 thermidor an VII et acheté pour la somme de 300 francs par un sieur Hersant fournisseur des bois de la marine Après avoir passé par différentes mains elle fut acquise par M Paul Louis de Gourcy qui lui a consacré une notice Il lacéda au département du Finistère qui en fit don le 14 avril 1874 à la commune de Roscoff Les ruines de la chapelle allaient être démolies et une école primaire construite sur son emplacement quand de généreux Ecossais intervinrent elle fut préservée de la destruction Elle le sera encore une fois espérons le les Sociétés Savantes de Bretagne se sont émues et les Pouvoirs Publics semblent bien disposés en faveur d une restauration La Société Franco Ecossaise tiendra paraît il à honneur de prêter son puissant appui Tout fait donc espérer que la petite chapelle sera reconstruite prochainement et que les nombreux Ecossais qui visitent la Bretagne n auront plus la douleur de voir dans un état lamentable cet oratoire qui leur rappelle de grands et impérissables souvenirs

ETIENNE DUPONT


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