La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 293 - 1975 - Février

- Noms et surnoms - Nos anciens registres
- Marie Stuart et Roscoff


NOMS et SURNOMS

OU L'ON VOIT COMMENT ETAIENT TENUS NOS ANCIENS REGISTRES

La disparition d'ANNA PENNOIGNON, l'aubergiste, fut ressentie douloureusement par le “sous-vicaire” QUIDELLEUR et toute la tribu des prêtres “habitués” (habitants) de Roscoff ; ceux-ci devaient être une dizaine. Le texte de l'acte est en latin – “Honorable et dévote matrone, nourricière et gouvernante de nous tous, les prêtres, ANNA PENOIGNON nous a quittés le 25 avril 1616, nous plongeant dans une douleur inénarrable. Son corps a été inhumé dans l'église auprès de l'autel de Sainte Barbe. Que son âme repose en paix - AMEN.“

On se serait attendu à rencontrer sous la plume malicieuse de François Quidelleur (1608 - 1617) un nombre impressionnant de remarques pittoresques, même désobligeantes, et des sobriquets. Il s'est surveilla manifestement, mais son agilité à manier le latin l'a porté à rompre avec la rigueur administrative ; cela nous vaut une étonnante variété des rédactions d'actes.

Nous apprenons ainsi que Jacquette JAMES, marraine le 19 août 1613 est “mulier Magna”; elle devient le 8 juillet 1614 "mulier admirabilis magnitudine”. Jacquette était certes une "grande dame” du temps ; mais, il nous semble que Quidelleur se moque ; “femme d'une taille exceptionnelle”. Quidelleur sait faire la différence : qu'on se souvienne de l'éloge funèbre d'Anna TETE D'OIGNON (PENNOIGNON) ou que l'on se reporte à la formule élogieuse décernée au parrain HAMON PLOUGOULM, (4 janvier 1610) “Discret marchand aussi intègre de moeurs que de vie”. C'était un “saint homme” estimé de tous. Le sous-curé VAILLANT lui marque son respect dans les mêmes termes le 17 octobre 1605. Sa commère, ce, jour là, fut sa soeur MARIE PLOUGOULM nous traduisons “honorable femme toute donnée aux oeuvres de miséricorde aussi bien par ses larges aumônes aux pauvres que par son soutien aux orphelins et aux enfants abandonnés”. Son fils Nicolas JAMES, célèbre marin, n'aura pas sa trempe spirituelle. Nicolas était un frère cadet de la JACQUETTE, “grand module”.

C'est à la plume de Quidelleur que nous devons l’ “acte de mariage” désopilant que nous avons publié il y a peu en photocopie.

C'était en 1612 - "Jean JOLOU et Anne Berthou tous deux de la Parroisse de PLOUEZCAT et sen sont alés sans me rien donner portant mon chat avecq eux.” Quidelleur n'en avait pas perdu son coup de griffe. En.septembre 1610 on avait baptisé Jeanne Jamet ; la marraine Jeanne Philip eut droit à cette caricature acerbe “nuperrime et insperate ad aliquem dui desideratœ nobilitatis gradum evectar” – “Très récemment élevée et de façon inespérée à un certain rang d'une noblesse longtemps convoitée”.

Que ne pouvait-on attendre d'une telle plume sur la comédie humaine roscovite ?

Notre attente.sera déçue.

Nous donnons ici le relevé systématique, complet, nous semble-t-il des sobriquets cités dans les actes de baptême (25.nov. 1602 - 19 janv. 1622). Ces actes, nous l'avons dit, sont au nombre de 1.664. Les actes se suivent chronologiquement.

C'est la dernière fois qu'on relève un sobriquet ou même un diminutif dans ce registre de 1664 baptêmes. A partir de décembre 1617 le “sous-vicaire” est Yves GOUEROU.

La curiosité d’esprit de Quidelleur nous vaut aussi des interprétations de noms.

Nous avions achoppé sur un prénom de maman (COLLA BOUGEA, 11 mai 1606. écriture Vaillant.. CALA BOUIGA - 17 juin 1608, écriture hervé Riou).

Pour.le baptême de son fils Nicolas LE MOULIN, le 6 déc. 1610, elle est “Nicolea vulgariter Cola BOUGEAA noncupata” - Nicole vulgairement appelée “COLE". Probablement. on devait dire COLETTE.; ainsi rend Pascal de Kerenveyer. De même on rendait JACOBA, non par JACOBE, mais JACQUETTE.

Les BOUGEA, BOGA, BOUGAY doivent très probablement leur nom à saint VOUGAY..Il est amusant de découvrir à Roscoff des :

Saint Derrien, on le sait, est limitrophe de saint VOUGAY. Nous n'avons relevé aucune Nicole dans la grande tribu des BOUGAY au 16e. Mais ce n’est pas cette absence qui nous ferait douter de l'interprétation de Quidelleur, remontant de “COLA” à Nicolea. Notre “sous-curé” tout comme la plupart des bretonnants,.qui s'avisent de commenter les noms de personnes et de lieux, s’en tient à des explications populaires fondées sur le vocabulaire contemporain.

Nous avons consulté un confrère âgé, singulièrement au fait du breton parlé et grand prédicateur en cette langue. Pour lui PERON correspond à PAERON, parrain ; pour lui aussi qui portait le nom de GUIVARC'H, cela voulait dire ECUYER. Tout cela est de la plus haute fantaisie. Ce sont deux anciens prénoms ; nous en ferons la-démonstration,

Au folio 38-vo du mois de mars 1609 nous surprenons notre QUIDELLEUR par deux fois en délit d'interprétation. Le 7 mars il baptise Olivier, fils de BIZIAN (ou mieux "BENOIT BORLAUTY: Il récidive dans le nom de BIZIAN BALAZNE, parrain.Ie 12 avril 1610. Il y revient, à nouveau le 7 juin.1610. L'enfant est présenté ainsi “sous son propre nom appelé BIZIAN “vel si maius” Benoît.” Nous verrions une nuance dans l’expression latine “ou si cela fait plus distingué” BENOIT. Du coup le parrain est devenu lui aussi BENOIT (Donart). On aura noté au passage une référence utile pour nos recherches sur “NOMS et SURNOMS”.

Nous laissons à Quidelleur la responsabilité de son interprétation du nom de BIZIAN, que nous ne sommes pas en mesure présentement de vérifier. Mais nous tenons à souligner l'erreur qu'il commet au même folio 38vo sur le nom de famille RIOU. L'acte est intéressant à plus d’un titre, nous le publions en entier dans une traduction française.

“Aujourd’hui, 9e jour de mars fut baptisée une petite Isabelle - dit-on ROLLAND, fille naturelle, illégitime, d’après la rumeur, de Pierre Rolland et de Françoise BERNICOT, qu'ont tenue aux fonts baptismaux, vénérable homme et prêtre maistre Guillaume ELEVOÜETH et Amice FROIDE, dans la langue du pays RIOU,”

En latin Quidelleur.écrit toujours ISABEL(L)ULA, ce qui a beaucoup de charme. Mais si RIOU, de son temps comme aujourd’hui, signifiait notre substantif LE FROID, dans les patronymes, RIOU est le témoin d'un vieux “NOM-PRENOM” RIOU. Nous avons trouvé dans la copie du cartulaire de St Melaine de.Rennes conservée aux Archives départementales d'Ille et Vilaine (1F.501)., Guillermus RIOU (1128) et le même Guillermus filius - RIOCCI (Guillaume fils de RIOC : notre APRIOU en 1139).

L'extrême rareté des “surnoms-sobriquets” dans ce registre de 1602 à 1622.établit clairement que le terme de “surnoms” employé dans l'en-tête du registre ne pouvait pas viser les “sobriquets”, mais de façon très probable les NOMS de FAMILLE.

A cette constatation ajoutons en une autre concernant le parrainage. Parmi les termes nombreux ou les expressions variées qu'un Quidelleur emploie pour définir la fonction des parrains et marraines, seul le terme de “NUNCUPATORES” évoque la longue tradition suivant laquelle la charge de choisir le NOM d'un effant était l’affaire du parrain pour un garçon, de la marraine pour une fille. Souvent ils donnaient leur propre nom. Le terme pluriel latin veut dire “ceux qui donnent LE NOM.”

Le NOM serait ainsi ce que nous appelons PRENOM et le SURNOM serait le nom de famille. Dans un numéro précédent nous avons indiqué que selon Guy Le Borgne, dans son ARMORIAL BRETON (1667) les noms de familles nobles étaient des SURNOMS. Le mot y revient à plusieurs reprises. La TABLE qui occupe les premiers folios des registres de baptêmes (1622-1648) et (1648-1669) confirment notre interprétation des termes NOM et SURNOM. Voici la présentation dans le volume (1622-1648)

“ TABLE des NOMS et SURNOMS de tous les enfants qui ont esté baptisé en l’église de Nre Damme de CROAS-BAS au bourg de Roscoff depuis l'an 1622

Et premier :

L'ordre est à la fois alphabétique et chronologique ; mais le classement de base est alphabétique . A . B . C . la lettre était prise du NOM, c'est à-dire de ce que nous appelons aujourd'hui “PRENOM”.

La rédaction de la table était aisée “puisque dans le cadre de chaque lettre on suivait l'ordre des folios ; on pouvait ainsi tenir la table en règle après chaque baptême ou périodiquement.

A titre de curiosité donnons le total des “NOMS” les plus portés entre (1622-1648) ; sur un total de 1661 :

On notera, avec étonnement sans doute, l'absence totale du prénom JOSEPH dans les registres de Roscoff entre 1550 et 1634 tant pour les enfants, les parents que pour les parrains: Nous avions prêté très vite attention à cette absence. Comme nous connaissions la date (1634) de la construction de la chapelle saint Joseph (actuellement l'oratoire aux albâtres),, nous pensions bien en trouver au moins un cette année là. Nous n'avons donc pas été surpris de découvrir le 1er Joseph baptisé à Roscoff le 19 Mars 1634, c'était Joseph BOUIGA. Son parrain n'était pas un Joseph, mais JACOB (Jacques) LE MEN. On trouve trois autres Joseph dans ce registre dès baptêmes (1622 - 1648).


MARIE STUART ET ROSCOFF

CHAPITRE III - ROSCOFF en 1560

II - LE TERROIR DE CROAZ-BAZ AU NORD DE LA RUE ARMAND ROUSSEAU

L'exploration des archives avait tenté semble t-il un célèbre “fouineur” du début de ce siècle, LOUIS LE GUENNEC ; on s'en rend compte par le cahier de ses notes sur Roscoff conservé aux archives départementales “FONDS LE GUENNEC 34 J”. L'auteur a compulsé la 1ère liasse de Toussaint” (1499-1562) et en a résumé certaines données relatives au terroir de Saint STRIGNON, mais il n'a pas mis en oeuvre ces documents. Notre propre travail ne lui doit rien en ce qui concerne le recours aux AVEUX ; il s'agit d'une simple rencontre, très récente.

Nous avions découvert ces AVEUX lorsque voici peu d'années nous avons pris intérêt à la TOPONYMIE ROSCOVITE. Il s'agissait alors pour nous de meubler le BULLETIN PAROISSIAL. Nous avons commencé par nous retourner vers les MATRICES CADASTRALES du 19e siècle, conservées à la mairie et qui donnent les vieux noms des champs et des terroirs. Ayant découvert ensuite dans une bibliothèque de Saint Pol le grand livre des aveux de la PAROISSE de CRUCIFIX des Champs, l'idée nous est venue de voir les aveux eux mêmes pour y trouver des dénominations encore plus anciennes.

Notre essai de reconstitution au ROSCOFF de 1560 autour de Saint STRIGNON; nous a confirmé dans le sentiment que ces aveux avaient une valeur exceptionnelle pour l'étude des structures territoriales anciennes de Roscoff. Ils nous révèlent, en outre, les mentalités de ces époques.

Actuellement nous sommes particulièrement attentifs à y repérer les formes archaïques de la langue bretonne, pour notre propre plaisir de connaître certes, mais aussi pour enrichir la documentation des spécialistes de la langue.

Notre article sur HAUT et BAS ,a montré l'intérêt “celtique” de ces vieux documents. Ceux-ci confirment d'ailleurs bien souvent l'ancienneté des dénominations conservées par les matrices CADASTRALES du 19e siècle.

Mais la recherche n'est pas l'art seulement de poursuivre une piste, elle est aussi l'art de repérer en cours de route, les multiples embranchements sur lesquels le chercheur lui-même ou d'autre gagneraient à bifurquer.

Pour l'instant nous avons mis en oeuvre le tiers à peine des aveux enfermés dans la liasse de la paroisse de Toussaint (1499 - 1567). Nous allons poursuivre leur exploration suivant la méthode qui nous a si bien réussi jusqu'à présent. On comprendra sans peine que nous rêvions désormais d'autre chose : percer une trouée au-delà de 1499 et voir naître le BOURG de Roscoff sur la rive de la mer au GUELLEN.

Ce projet ne peut être tout fait illusoire, même si les conclusions nous paraissent devoir être bien modestes. Nous ne disposons sans doute d’aucun document écrit du genre aveu, concernant Toussaint aux 14e et 15e siècle : mais les structures territoriales dont nous avons fait état sont largement antérieures à 1500. Pour essayer de donner quelque consistance à ce “largement” il nous faudra être attentif aux derniers témoins architecturaux et aux indices que l'on discerne dans les premiers aveux du 16e siècle.

En ce qui concerne CROAS BAZ (paroisse Saint Pierre) nous disposons d'un document de 1323, dont l'existence nous a été révélée par le GUENNEC (arch. départ. 345). Nous possédons la photocopie de ce parchemin.

Dans cette préoccupation de “remonter plus haut” nous groupons ici quelques observations faites au cours du présent travail sur le terroir de CROAS BAZ (côté Est)

Et d'abord un document sur le même site de CROAS- BAZ ; nous l’empruntons aux archives de Kerestat (parchemin)

“En la maison de Guillaumean LES a Rosgo le quart (4e) jour de Juign lan mil cinq centz vignt_ et sept" Christophe étant évêque de Léon” fut passé un contrat de “vant” entre le dit LE LES acquéreur et Guillaume Jeffroy et Jahanne AN DU sa femme “vandeurs”. Le document précise que Jeffroy a donné et par cestes donné “sa femme” son aucte et pouvoir marital” pour cette affaire. Entre autres biens cédés, terres et rentes, il y a au premier chef :

“Une vieille maison court et jardrin derrière, avecques la maison neffve o devant la dicte veille maison o (avec) toutes leurs YSSVES franchisses et apartenances comme soit assis en la paroisse de Toussaintz au terrouer de CROAS-BAZ entre la maison et jardrin Katherine MASCZON et la terre Guillaume Philipes chacun en son endroit d'un ceste et. D’aultre costé”.

La vente était affectée d'une réserve importante ; les vendeurs retenaient le droit de racheter ces biens durant les 7 années qui commenceraient à la saint Michel 1527 (29 sept). C'était le droit de rachapt, ici “racquict”. Le prix convenu pour l'ensemble des biens était de 250 livres, payées; comptant devant les notaires "en or o (avec) le souleill “pièces marquées d'un soleil). Durant ce “temps de.racquick” le dit LE LES doit jouir de la rente et levée des dictes choses survandues” (cy dessus vendues). Par le même acte LE LES passe avec les vendeurs un bail de “ferme et convenant” pour les biens concernés par la vente et pour la durée du temps.ou "terme de racquict". Le tarif est le DENIER VINGT nôtre 5%, c’est-â-dire 12 livres 10 sols = l’an.

Apparemment le ménage Jeffroy Le DU avait des besoins pressants d'argent. Nous avons relevé un cas où le droit rachat a joué.

En ces temps et longtemps encore après la vente d'un bien immobilier, même d'une tombe, requérait une “prise de possession réelle et corporelle” du bien acheté et acte en était dressé officiellement. La cérémonie se déroulait suivant une liturgie propre à la nature du bien : maison, terre ou tombe. Une autre fois l'occasion s'en présentant, nous donnerons l'acte possessoire d'une pièce de terre et d'une tombe. Voici l'acte possessoire qui est joint à la vente précédente.

“Devant nous notaires et tabellions de la court séculière (civile) de Saint Paul et par icelle court se transporta Guillaume LE LES ACHAPTEUR desnomé ou contract cy dessus escript, icelluy dabté du quart jour de juign derrain et passe de Y, de la Boessière et M. Coetanlem - et entra es deux maisons et l'une après l'autre amplement describez” et non ferentes” (nous lisons ainsi ce grimoire c'est à dire ne se touchant pas “) par le : dict contract - en icelles faict feu et fumée, beut et mangea en présence et du consentement de SAL(OM) ON YNYSAN desmourant en la maison neufve y mencionné et puix ferma les huys (portes). Et après entra ou courtil de la veille maison et es apart en ances des dictes maisons, y chemina et faict plusieurs aultres actes possessoires, disant et dénotant praindre et apréhander la possession réelle, corporelle et actuelle esdictes deux maisons courtil (liorz, en breton) et apartenances. De tout quoy demanda le dict LES de nous notaires et tabellions soubzscriptz avoir acte et reon (relation) Et ce en cestes faict es dicts lieux respectivement. Le sixiesme jour de may lan rnill cincq cent vignt huyt”  signé M. Coetanlem passe Bizien Kersaint Gily passe.


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