La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 295 - 1975 - Avril

- Park Bothorel
- Noms et surnoms - Nos anciens registres


PARK BOTHOREL

Le cimetière de Roscoff, de cimetière marin qu'il était depuis 1835, va bientôt devenir un cimetière terreux. Du VIL il passera au MES DOUN.

Le terme de CIMETIERE, à l'orthographe longtemps variable, nous vient du grec : Roimêtêrion, lieu pour dormir, dortoir. Le mot a été étendu au sommeil des morts, qui attendent la résurrection : le “dormitorium”, le dortoir des morts.

Le breton désigne ce lieu sacré par le terme de “béred” AR VERED. Un autre mot est. parfois employé : il nous semble tenir du surnom et procéder d'une inspiration très désabusée, peu chrétienne. On le rencontre dans la région de St-Pol ; nous le trouvons en usage aussi à Huelgoat, au Relecq Kerhuon et sans doute ailleurs. C'est le nom de “PARK BOTHOREL”, Le “champ BOTHOREL”.

Il y a en Bretagne des BOTHOREL, des BOTREL, mais ce nom n'est pas breton, il est vieux français. On eût pu penser que ce surnom de nos cimetières provenait du propriétaire qui avait vendu son champ à cet usage. L'extension géographique de ce vocabulaire interdit une telle explication.

En vieux français, BOTEREL, diminutif de BOT désigne le CRAPAUD, notre TOUSEG. Voici ce que nous lisons dans le CATHOLICON (1499) ; “TOUCEC, en français CRAPPAUT ou BOTTERELL en latin BUFFO.”. Pourquoi dès lors avoir surnommé AR VERED, PARK BOTHOREL ou CHAMP AU CRAPAUD ? Nous ne voyons quelle réponse donner.

En 1975, nous fêtons dans la région le centenaire de la mort de TRISTAN CORBIERE. Roscoff lui doit une bonne part de la renommée dont le pays jouit auprès des lettres. Le poète; "qui se trouvait vilain, aimait à renchérir sur sa laideur. Il s'était appelé le CRAPAUD. Mieux averti du vieux français, il se fût donné le nom de : TRISTAN LE BOTREL

Les champs de Rosko-goz qui donnent vers LAGADENNOU sont imbibés de l'eau qui s'infiltre sur le versant ouest de la butte du Belvédère. Cette humidité favorisait autrefois la présence des crapauds et leur reproduction. La venelle qui conduisait à la mer sur GROA ROUZ avait reçu le nom de BANELL AN TOUSEG(U)ED : la venelle aux crapauds. Maintenant qu'elle a pris l'ampleur d'un boulevard pourquoi ne point l'appeler ?

RUE BOTREL.


NOMS et PRENOMS

OU L’ ON VOIT COMMENT ETAIENT TENUS NOS VIEUX REGISTRES

La table de notre “PAPIER A COMPTES” ouvert en 1609 confirme nos analyses sur la signification du “NOM” (notre prénom) e.t du “SURNOM” (nom de famille) dans le vocabulaire ancien. Les “noms” de personnes, insérés dans le répertoire selon leur ordre alphabétique sont précisément nos prénoms. La table n'a pas été bien tenue : pour une durée de 60 ans et pour des comptes très détaillés on ne relève que 72 références. Ainsi on en trouve 12 pour (I & J). Nous transcrivons le folio le “plus chargé” avec ses 14 références : la lettre “ P ”

La même table nous a été d'un grand secours pour établir la prononciation correcte d'un patronyme glorieux de ROSCOFF au 17e siècle : JAMES. Il ne faut point le prononcer à l'anglaise (JAIM'S), car on n'aurait pas écrit systématiquement en l'orthographe encore phonétique du temps (JAM). D'autre part, la finale est sifflante, à la différence du nom plus anciennement roscovite JAMET, bien plus largement porté au temps même de JAMES.

A la lettre “ N “ du répertoire, la seule référence notée est Nicolla Jametz, paige 30 (écriture 1609). Son fils NICOLAS.est sans doute le plus prestigieux des “capitaines de vaisseaux” roscovites ; nous publierons une étude sur ce personnage oublié.

Un travail,:déjà publié, sur TEVENN AR ROUANEZ, nous avait conduit à consulter la table alphabétique de 1670 à 1788. Nous y cherchions les références aux patronymes ROUE - LE ROY, afin de contrôler sur les actes eux mêmes la présence éventuelle d’un sobriquet “AR ROUANEZ” (la Reine), relevé par ailleurs dans un aveu L'HABASQUE 1768 (exemplaire aux archives St Nicolas - ROSCOFF - il y en a un autre aux archives départementales, l'exemplaire du seigneur évêque).

La table étant composée selon l'ordre alphabétique des NOMS (nos prénoms), pour faire un relevé des ROUE il nous a fallu dépouiller tous les folios de A à Y. Nous nous sommes surpris à pousser un cri de soulagement lorsque nous avons découvert en 1757 le changement dans l'ordre alphabétique ; on passe du “prénom” au “nom de famille”. Cette révolution dans la méthode avait sa raison, qui nous est explicitée clairement.

La déclaration est.placée à la lettre A, folio 5 verso ; elle porte le Paragraphe de Roulloin (curé du temps). Voici le texte :

“ J'ai jugé que l'ordre alphabétique par les NOMS DE FAMILLE est plus sur et plus commode, à cause des erreurs qui se trouvent souvent dans les notes que l'on donne pour avoir des extraits, parce que souvent les personnes sont connues sous un autre nom de baptême que celui qui se trouve le premier sur le registre”. On sait, en effet, que le 2e prénom des personnes prend souvent le dessus sur le premier. On parle de NOM de famille ; le terme de SURNOM était déjà en voie de disparition; le terme de PRENOM n'est pas employé ici.

En complément à ce dépouillement des vieux actes religieux et civils de Roscoff nous ajoutons l'en-tête des tables alphabétiques de 1760 à 1792 dressées conformément au décret du 20 juillet 1807.

“ Tables alphabétiques et syllabiques, à la suite les uns des autres, des actes de naissance, mariage et décès qui ont été inscrits sur les registres de l'état civil de la commune de Roscoff, depuis le 1er janvier de l'an 1760 jusqu'au 31 décembre 1787 (28 années) dressées conformément au décret du 20 juillet 1807 (y compris la section de Santec). Divisées en tables décennales, de 1760 à 1769 - de 1770 à 1779 et de 1780 à 1787.

Désormais on écrit “NOMS et PRENOMS des nouveaux nés”. L'ordre est celui des noms ; il est un ordre syllabique et pas seulement alphabétique. C'est notre procédé actuel, à savoir que ANDRE passe avant ANDRIEUX.

Le 1er nom est ALLAIN Marie Magdelaine née 18.2.1763.

A ces tables est jointe dans la même volume relié récemment la table de 1788 au 20 Sept 1792. Le rédacteur a une belle écriture, très régulière ; cela nous change de toutes les écritures rencontrées depuis 1550, Un seul “curé” de Roscoff a eu une écriture large et régulière, c'était Yves SIMON. Il avait succédé à Jan Doutoux en mars 1656.

Son premier acte de baptême est de grand intérêt pour les PAOTRED ROSEO, si mortifiés dans le passé de n'avoir pas eu le statut d'une VILLE et d'avoir été un simple BOURG de Saint Paul, comme Pempoul, Pouldu, Menroignant (LAROCHE) et Santec.

“Janne Perrin   a esté baptisée par moy soubsignant messire Yves SIMON Pbre (prêtre) curé du BOURG RELEVE DE ROSGOF” (23 mars 1656).

Yves Simon ajoute à sa signature constamment l'année de l'acte. C'est la 1ère fois, nous semble-t’il, que dans un acte religieux de Roscoff nous rencontrons l'orthographe “Jeanne” - il s'agit de la marraine. Dans la table, longuement citée plus haut 1670 - 1788), le rédacteur de 1716, écrit toujours pour les actes entre 1670 et 1716 - JAN et JANNE. Quant à lui René Steun il écrit systématiquement à partir de 1716 JEAN et JEANNE.

Le successeur de Yves SIMON eut à résoudre un problème grave posé par une négligence administrative de son prédécesseur vieillissant. Aucun registre n'avait été mis en usage pour l'année 1672. Nicolas Le Pappe, le nouveau curé fit de son mieux pour combler cette énorme lacune. Voici l'acte par lequel l'official de Léon “authentifia” le registre que LE PAPPE avait présenté, le 30 Août au sénéchal de Lesneven avant de s'en servir. Le document de official se trouve au folio 28 de ce registre (Bapt - Mariages - Sepult) 1672.

“ Ce cahier deservant pour le raport des Baptesmes mariages et enterrements qui ont estés faicts en leglise trevialle (non paroissiale) de Rosgoff et chapelles de ses dépendances : Paroisse de Toussaïnctz au Minihy de Sainçt Paul En l'an dernier n'ayant esté remply qu'après la mort de deffunct vénérable missire Yves SIMON prestre, curé en son vivant au dit Rosgoff, décédé le trentiesme jour de juillet dernier qui auroit languy l'espace de plusieurs mois et n'ayant esté recueilli que sur des mémoires particulliers, il s'y trouve dès renvois et plusieurs actes,non signés. Non obstant lesquels deffaults provenus de l'indisposition du dict deffunct sieur curé. Nous jugeons qu'en l'estat qu'il est il est suffisant et doilt faire foy en jugement et hors justement, ayant préalablement sur ce pris le serment au cas requis de vénérable missire Nicolas Le Pappe, prestre a presant establi en la plasce du dict deffunct SIMON, qui a juré quil la réduit en la forme avecque la plus grande fidelitté qu’il l'a PU.

Faict à Sainct Paul par nous official de Léon, le dixiesme jour de febvrier l'an mil six centz soixante treize, soubz nostre seign, (signature).et celluy du dict sieur le Pappe curé.

Nicolas Le Pappe – illisible Curé official de Léon

A la suite de cette déclaration qui clôt le registre on lit une attestation : “Recu un AUTANT du presant cahier 14 février 1673 comme commis au greffe royal de Lesneven”. Il s'agit du double. Cette annotation est exigée depuis 1670. En 1700 nous rencontrons l'écriture “AUTEMPT”. En 1694, on trouve “la grosse conforme au présent”. Mais “AUTANT” est le terme courant. Sous la plume du receveur Guillaume Le Roy que nous retrouverons plus bas., nous lisons à la fin du registre de 1695 de Cléder “Reçu un AULTAIN du présent conforme a icelluy”. Allez vous y retrouver dans l'orthographe ! Il s'agit en fait de ce que nous appelons un AUTHENTIQUE.

Le passage des cahiers anciens aux registres annuels, à partir de 1670; n'ira; pas,.dans les débuts, sans un énorme gaspillage de papier. Le registre de 1672, dont nous venons de parler, est vierge depuis le folio 29 jusqu'au folio 95.

Le registre précédent 1671 a 79 folios ; de 1 à 22 les folios sont entaillés (maladroitement pour former un répertoire des noms, la lettre Z étant inscrite au bas du folio 23 où commence le.registre. Le répertoire, sans W, n'a pas servi. Le registre occupe de 23 à 38.

L'introduction du papier timbré à partir de 1674 va conduire à faire attention pour ne pas acheter des cahiers trop copieux. Il est même arrivé une fois en 1676 que le cahier s'est.révélé insuffisant ; il a fallu.acheter un registre complémentaire, le faire authentifier afin d'inscrire les actes de septembre jusqu'à la fin de l'année.

Tout le monde ne perdait pas au doublage des actes et au gâchis de papier. On en jugera par la facture quittançée qui a été ajoutée..au registre de 1695 (sur 30 feuilles papier timbré à 10 deniers, 7 sont inemployées).

"Minute pour la trefve de Rosgoff.

Doit :   pour le droit suivant le tariff             - 20 livres

pour le timbre                                 -   2 livres

pour reliure                                      - 15 sous

Payable au sieur LESTANG LE ROY             -  22 livres 15 s.

à sainct Paul de Léon.

Comme.recepveur des droictz des registres des batesmes, mariages et sépultures des paroisses et trèves de leveche de Léon jay recu de sieur de Keradennec SIOCHAN, trésorier de la treve de Roscoff parroisse de Toussainctz la somme de 22 livres 15 solz, tant pour .le droit que pour timbre et reliure de la minutte.

Faict à Saint Paul ce.jour 3e janvier mil six.centz nonante et six (1696)..

Guillaume le Roy.

Ce receveur percepteur était propriétaire d'un STANG quelconque de la région. Le droit sur le registre, 20 livres, c’est énorme.

Qu'on le compare à ce que.gagnait en mars 1670 un couvreur et son darbareur (manœuvre).

-           François Kerdodé  (couvreur) pour huict journées             4 L 8 s. (soit 11 sous par jour)

-           Le darbareur pour 8 journées             3 L 8 s. (soit 8 sous et ½ par jour)  -  (1 livre = 20 s.).

Nous savons si le “double” était soumis à des taxes de cette importance. Vers 1710 il semble que la taxe fût moins forte ; on trouve sur l'en-tête imprimé, mais rédigée à la main la quittance

“ receu 7 livres 10 sols”.

Notons qu'autour des années 1700, le sénéchal de Lesneven était Sébastien Corentin de MOELIEN, sans doute de Plonevez Porzay au pays de Saint Corentin.

Au moment où nous terminons cette excursion dans le monde des vieux papiers.nous voudrions tenter de retrouver l'esprit d'où procède le vocabulaire de NOMS et SURNOMS.

Nous avons vu qu'il ne se rattachait pas au monde romain ou latin dont l'influence fut pourtant si profonde sur le monde occidental. C'est la Révolution française qui, reniant notre passé gaulois; chrétien et français a fait retour au monde romain et introduit le vocabulaire NOM et PRENOM, d'un usage manifestement plus pratique dans un monde voué à la paperasserie. On notera seulement que le terme PRENOM est singulièrement mal employé, puisqu’il signifie “placé devant (pré) le nom”, alors que systématiquement on le place derrière. Comme nous n'aimons pas, quant à nous, faire preuve d'intelligence, à chaque fois que la liberté nous en est laissée nous écrivons Jean FEUTREN et non FEUTREN Jean.

La formulation ancienne de l'identité n'étant pas d'origine romaine nous serions tenté de lui donner une origine chrétienne.

Au cours de deux conversations récentes notre attention a été attirée sur le vocabulaire actuel des Anglais et des Espagnols. Les Anglais continuent de parler de NAME (nom de baptême ou prénom) et SURNAME (nom de famille). Les Anglais sont très traditionalistes, on le sait. Leurs comptes eux mêmes sont tenus comme nos vieux comptes du 17e siècle en trois colonnes : livres - sols (1/20e de livre) - deniers (1/12e de sol).

Le vocabulaire des Espagnols nous est moins familier ; lui aussi est resté dans la très vieille tradition, non romaine. Nous l'avons vérifié dans un dossier de mariage récent dont le jeune homme était espagnol.

APELLIDO, c’est le nom de famille.

NOMBRE c'est le nom de baptême, notre prénom.

La jeune fille, qui est française, avait ajouté au crayon à côté de ces mots leur correspondant français ; de toute évidence elle faisait erreur en rendant deux fois APELLIDO par “PRENOM” et deux fois aussi NOMBRE par “NOM” (de famille). Il n'y avait point erreur, pour autant, sur la personne du fiancé.

C'est donc bien notre vieux vocabulaire. “Le Petit Robert” écrit :

“SURNOM - 1° - Anciennement, Nom ajouté au nom de baptême d’une personne, pour la distinguer par un caractère particulier, une circonstance “comme on appelle moi et mes frères les ESTIENNES” du surnom de mon père, (H. ESTIENNE).

On ne peut s'imaginer le vocabulaire breton se tenant à l’écart du langage courant de ces vieux siècles. Nous ne disposons point encore de dictionnaires de la langue bretonne, analogues au PETIT ROBERT français; qui fassent apparaître l'évolution de notre vocabulaire. Nous n'avons pas trouvé dans les dictionnaires que HANO a signifié NOM absolument, sans l'adjonction “de baptême”, ni que LES HANO ou SURNOM a eu le sens de NOM DE. FAMILLE.

Les Roscovites consultés à ce sujet ne connaissent que le sens de surnoms – sobriquet.

Il est vrai que les hommes de ce pays étaient passés maîtres dans l'art des SOBRIQUETS.

Par contre Monsieur l'abbé Jestin professeur au Kreisker, se souvient bien de la conversation des anciens du pays de Lannilis. On se désignait par le NOM (PRENOM) et le village d'origine ou de domicile. Et.lorsqu'il s’agissait de savoir le NOM de famille, souvent oblitéré dans la conversation courante, on demandait –“Quel LES-HANO a-t-il ? – On répondait par le NOM de famille, par exemple CORRE.”

Ce renseignement nous a été confirmé tout récemment par divers confrères âgés.

Le participe LES-HANVET, “surnommé” désignait par contre, non pas le NOM de famille, mais un SOBRIQUET - ajoute: à ce nom, ainsi “PENMOUCH” pour Jean Marec (plus haut). On retrouve ainsi le vocabulaire latin de nos registres où “cognominatus” est rendu par le français “dit”.


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