La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 296 - 1975 - Mai

- Noms et surnoms - Nos anciens registres
- Les Hauts et Bas en vieux bretons
- C'était, il y a presqu'un siècle


NOMS et SURNOMS  -  OU L'ON VOIT COMMENT ETAIENT TENUS NOS ANCIENS REGISTRES

Le préfixe breton LES, que nous avons rencontré dans LES-HANO – nom de famille) et LES-HANTVET (surnommé, pour un sobriquet), rend l'idée de proximité ; “auprès du nom” - Il entre dans la composition de certains noms de lieux avec ce sens. Ainsi LES LEAC'H en Keravel, conserve le souvenir d'une proximité avec un monument mégalithique (LEAC'H), détruit sous l'occupation allemande. On prononce souvent AN NESLE-Ac'H ; l'idée de proximité, là encore s'impose. Il se peut que le nom de la ferme voisine : AR VENNEG suggère aussi la proximité (encore plus grande) avec le même dolmen.

La convergence des vocabulaires anglais, espagnol, vieux-français et breton, relatifs aux NOMS et SURNOMS s'explique-t-elle uniquement par la foi chrétienne et comme une création de celle-ci, ou bien procède-t-elle d'une attitude humaine plus vaste et antérieure au christianisme, qui sien serait accommodé ?

Certains emplois du terme NOM, en grec ON0MA, dans le Nouveau Testament, semblent proches de notre vieille acception du terme NOM. Ainsi “TU LUI donneras le NOM de JESUS” (St. Matth. I 21 ; de même St Luc 1.31, 2.21). Le “NON de la Vierge était MARIE” (s. Luc 1.27) ; Marie est accordée en mariage à un homme “du NOM de JOSEPH” (même verset). “Jean est son NOM” écrit Zachârie (st Luc 1.63 9 voir verset 59)... “Son NON était JEAN” (st Jean I.6).

Mais auprès de cet usage du terme ONOMIA il en est un autre qui fait plutôt penser au SURNOM - SOBRIQUET. Selon st Marc (3.17) “Jésus donna aux deux frères Jacques et Jean le “NOM de BOANERGUES”, c’est-à-dire “Fils du tonnerre". La Bible œcuménique traduit avec justesse SURNOM (au sens moderne de sobriquet). Il semble qu'il s'agisse ici d'une taquinerie de Jésus se moquant de leur excès d'impétuosité.

Au verset précédent (16) “Jésus donna (imposa) à Simon le NOM de PIERRE” ; ici encore la Bible œcuménique traduit par SURNOM. En l'occurrence le surnom devient un programme : “Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise” (st Matthieu 16.18). Le nom de JESUS, lui-même était aussi un programme “LE SEIGNEUR SAUVE” (St Matthieu 1.21).

L'apôtre SAUL s'était défait de son nom juif pour adopter le nom romain de PAUL, moins gênant peut-être dans les milieux païens. PAUL était en fait un SURNOM (sobriquet) chez les Romains. Voulait-il suggérer qui il était le plus petit, le plus misérable, l'avorton, comme il dit, qui avait persécuté l'Eglise ? PAULUS veut dire en latin “petit, faible”. Paul serait ainsi le patron de tous nos BIHAN (petit, en breton). Le fait que le changement apparaît dans le récit de la conversion du proconsul SERGIUS PAULUS à Chypre (Actes des Apôtres, chap 13 versets 4 à 12) n’interdit pas de penser qu'au-delà du témoignage d'amitié à l'adresse du converti, l'apôtre percevait clairement la signification de son nouveau nom et y trouvait un programme spirituel.

Ces observations n'établissent en aucune façon que la dénomination traditionnelle du chrétien par son NOM de baptême vient en droite ligne du Nouveau Testament.

Sans doute voit-on, dès les débuts, des chrétiens adopter un nouveau nom, tel Saul devenant Paul. Mais, de toute évidence ce n'était pas la règle ; on ne voit pas pourquoi d'ailleurs, ils auraient eu à changer de nom à l’occasion du baptême, mais ce ne fut pas le cas de Paul, on l'a vu. Un NOM chrétien est d'abord un NOM pour l’usage.

Le choix du nom pour l'enfant a été dicté par des considérations diverses, familiales, religieuses, sociales. La mode elle-même s'en est toujours mêlée. Manifestement les chrétiens ont été enclins à adopter pour leurs enfants des noms illustrés par de saints personnages, les apôtres par exemple. L'idée s'est même fait jour de donner à chacun, par le biais du nom, un protecteur céleste, aux Pierre le patronage de PIERRE. Cela est bien dans l'esprit du moyen-âge, mais nous ne pensons pas qu'il s'agisse là de l'esprit profond et authentique du christianisme ; c'est une simple coutume, que nous voyons: tomber quelque peu en désuétude.

Pour, le chrétien, certes, la promotion suprême de l'homme est signifiée et accomplie par le Baptême : Dieu fait de l’homme son fils. Et l'on comprend que la “naissance par l'eau et l'Esprit” fût choisie pour “imposer” à l'enfant:: le NOM qu'il porterait dans la vie. Mais pouvait-on songer pour .autant à lui ôter son patronyme ?

La mystique de notre filiation divine a pu s'enchanter de la parole de Jésus, le Bon Berger qui connait ses brebis”. II les appelle chacune par SON NOM." (s. Jean 10; 3). Il y aurait quelque excès à faire du NOM de baptême, avant tout usuel, le support de notre intimité avec Jésus-Christ.

Aussi bien nos NOMS de baptêmes relèvent-ils bien souvent de la fantaisie et du goût (parfois médiocre) de nos “dénommeurs”, parents ou parrains. Tous avons connu il y a 40 ans un enfant d'une famille nombreuse et pauvre qui, selon une vieille façon de faire fut  parrainé par un notable du pays. Celui-ci, bretonnant fervent, pour ne point dire effervescent, imposa au garçon le nom breton de GWELTAS (Gildas). De nos jours c'eût été une chance, pour une vedette de la chanson, à défaut de talent, de porter un tel nom. Mais GWELTAS était un garçon pauvre dont on pouvait parier qu'il irait courir la capitale pour gagner son pain.

Bien des fois sans doute il dut passer pour un étranger, même aux yeux des Bretons, pour un Hongrois ...

Pitié pour les enfants !        

Jean Feutren – Octobre 1974

 

Notre excursion au vieux royaume des registres se concluait sur un appel à la pitié. A peine était-il lancé que nous lisions dans les journaux un appel orchestré à courir entendre la dernière vedette de la chanson... GWELTAZ. Qui aurait pu, croire !

Au même moment aussi, le 5 novembre, nous avons trouvé enfin clairement présentée dans un document d'époque la signification des deux -.mots dont nous avons fait la chasse :

NOM et SURNOM.

C'est dans la table qui termine le registre des BAPTEMES et MARIAGES (B M) de Saint Pol pour l'année 1750 (folio 38). Les registres de Saint Pol ont été complétés,. au 19e siècle par d'excellentes tables. Mais il existe des “tables contemporaines des registres”. C’est sur une seule d'entre celles que nous avons parcourues que nous lu la présentation des personnes citées dans ce registre :

Une découverte fortuite, comme celle-ci, a son prix. Mais la recherche pénible, longue, fût-elle infructueuse, elle aussi a du.prix. Elle a en outre, le mérite de nous faire vivre avec nos frères du passé.


LES HAUTS et LES BAS en VIEUX BRETON

Depuis longtemps nous avions annoncé cette étude sur les dénominations des hauteurs et des vallons dans le breton très ancien. Pour faire patienter les lecteurs nous donnions un avant-goût de ce travail dans le numéro de Octobre 1974 (p. 10-11).

Nous avons été bien inspiré d'attendre ; car, dans l'intervalle nous avons été amené à nous pencher, en vue de sa publication, sur le premier dictionnaire breton, le CATHOLICON de Jéhan LAGADEUC (1499). Cette première édition et deux autres qui ont suivi, la dernière en date étant de 1521, nous ont fourni une documentation exceptionnelle sur le sujet.

1er CHAPITRE - LE BAS

Nous avions indiqué en novembre 1974 que le terme TRAON, usité aujourd'hui, rejoignait en composition de noms de lieux tous les toponymes commençant par TRO, TRON, TRAN, TROU, comme TROMELIN. Ces préfixes désignent un VALLON ou le BAS.

Au siècle dernier on s'était aperçu de l'existence d'une forme plus ancienne que TRAON, largement attestée dans les parchemins ou papiers des 15e et 16e siècles. Mais les écritures lâches et souvent abrégées de ces manuscrits avaient induit en erreur non pas tant les celtisants que des historiens locaux au fait de tous ces documents.

Donnons des exemples de ces difficultés de lecture. Lorsque l'on rencontre un groupe de 2 jambages liés ce peut être u, v ou n ou ii , les points sur les i étant alors classiques mais souvent oubliés. Jusqu'au 17e siècle inclus u et v ne sont pas différenciés. Si l'on rencontre un groupe de 3 jambages, ce peut être m, ni, ui, vi, iu, w, in ou même iii. Pour s'en tirer il faut faire des combinaisons de jambages, se référer au sens général..

Même des ouvrages imprimés, comme le CATHOLICON, contiennent des lettres qui prêtent à confusion.

Ainsi "u" et "n" y sont pris souvent l'un pour l'autre. Un autre exemple,:qui nous a arrêté un moment, c'est l'emploi du mot latin SUAMO à la page 5 (pagination de l'édition à paraître) dû CATHOLICON. Il veut dire; dans le contexte, “embrasser”. On ne le trouve dans aucun dictionnaire latin. Pour une bonne raison, c'est qu’il s'agit de SUAVIO. Nous disposons.de la page correspondante d'un manuscrit de ce dictionnaire (1464) or y voit bien les 3 jambages-équivoques, sans point sur i : VI ; le même groupe est répété sur la ligne, Le typographe de la 1ère édition comme des deux éditions suivantes connues ont lu SUAMO aussi, rendant mal le premier et bien le second.

On ne s’étonnera pas dès lors qu'un recteur érudit de PLOUGOULM, Jean TANGUY, dans un livre sur sa Paroisse (1895) ait rendu le nom de prédécesseurs sous la forme TUONGOFF (Henri : 1450), TUON ELORN Philippe, recteur de 1486 à 1539, seigneur de Kerautret et TUONELORN Christophe recteur de 1539 à 1547.

Nous allons retrouver TUONGOFF (en Plouescat), TUON ELORN ou, aujourd'hui, TRAON-ELORN pourrait être la “vallée de l'Elorn”, en amont de Landerneau. Mais nous réservons la possibilité d'une autre explication : le manoir de Kerautret donne sur la vallée de I’HORN (dont nous avons découvert un autre nom très ancien : GLEZ0N.

Plus d'un, comme le recteur de Plougoulm adoptèrent la graphie “TUON” justifiée par l'ambiguïté des manuscrits. Nous l'avons retrouvée dans une brochure récente (1972) sur le manoir de TROERIN en Plouvorn. Un parchemin du 17 janvier 1534 que nous avons vu nous-même engagerait à lire TUAOUQUYRYN. Il nous a semblé que LE GUENNEC, le célèbre érudit morlaisien, a lu TUONQUYRIN.

Depuis longtemps les érudits celtisants.connaissaient la vieille graphie authentique TNOU. Avant d'en venir au jugement des celtisants nous verserons au dossier les documents que nous avons relevés au cours de nos recherches sur Roscoff.


C'ETAIT IL Y A PRESQUE UN SIECLE ...   -   LES TEMPS SONT CHANGES QUI S'EN PLAINDRAIT ?

Une revue professionnelle “LES RISQUES DU METIER” publiait en 1974 le document suivant, qu'un lecteur nous a communiqué.

L'amélioration des conditions de travail fait actuellement l'objet de discussions paritaires au plus haut niveau. A titre anecdotique, nous versons au dossier ce “règlement intérieur d'une usine en 1880” qui permet de prendre la mesure des progrès déjà accomplis dans ce domaine depuis bientôt un siècle. :

  1. Piété, propreté et ponctualité font la force d'une bonne affaire.
  2. Notre firme ayant considérablement réduit les horaires de travail, les employés de bureau n'auront.plus à être présents que de sept heures du matin à six heures du soir, et ce, les jours de semaine seulement.
  3. Des prières seront dites chaque.matin dans le grand bureau. Les employés de bureau y seront obligatoirement présents.
  4. L'habillement doit être du type le plus sobre. Les employés de bureau ne se laisseront pas aller aux fantaisies des vêtements de couleurs vives ; ils ne porteront pas de bas non plus, à moins que ceux-ci ne soient convenablement raccommodés.
  5. Dans les bureaux, on ne portera ni manteau ni pardessus. Toutefois, lorsque le temps sera particulièrement rigoureux, les écharpes, cache-nez et calottes seront autorisés.
  6. Notre firme met un poêle à la disposition des employés de bureau. Le charbon et le bois devront être enfermés dans le coffre destiné à cet effet. Afin qu'ils puissent se chauffer, il est recommandé à chaque membre du personnel d'apporter chaque jour quatre livres de charbon durant la saison froide.
  7. Aucun employé de bureau ne sera autorisé à quitter la pièce sans la permission de M. le Directeur. Les appels de la nature sont cependant permis et, pour y céder, les membres du personnel pourront utiliser le jardin au-dessous de la second grille. Bien entendu, cet espace devra être tenu dans un ordre parfait.
  8. Il est strictement interdit de parler durant les heures de bureau.
  9. La soif de tabac, de vin ou d'alcool est une faiblesse humaine et, comme telle, est interdite à tous les membres du personnel.
  10. Maintenant que les heures de bureau ont été énergiquement réduites, la prise de nourriture est encore autorisée entre 11 h 30 et midi, mais en aucun cas, le travail ne devra cesser durant ce temps.
  11. Les employés de bureau fourniront.leurs propres plumes. Un nouveau taille-plume est disponible sur demande chez M. le Directeur.
  12. Un senior, désigné par M, le Directeur, sera responsable du nettoyage et de la propreté de la grande salle ainsi que du bureau directorial. Les juniors et les jeunes se présenteront à M. le Directeur quarante minutes avant les prières et resteront après l'heure de la fermeture pour procéder au nettoyage. Brosses, balais, serpillières et savon seront fournis par la Direction.
  13. Augmentés dernièrement, les nouveaux salaires hebdomadaires sont désormais les suivants :

Les propriétaires reconnaissent et acceptent la générosité des nouvelles lois du Travail, mais attendent du personnel un accroissement considérable du rendement en compensation de ces conditions presque utopiques.


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