La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 297 - 1975 - Juin / Juillet / Août

- Kresket ar zikour
- Le compte d'un breton voyageur de commerce en Espagne en 1530


KRES-KET AR ZIKOUR !

Au cours d’un voyage de travail en Mayenne nous avons eu la surprise d'entendre évoquer; un soir, l'annonce d'une naissance au pays de Roscoff. La dame qui nous en parlait est une nièce de notre ancien recteur, Monsieur GARGADENNEC. Ce souvenir remonte ainsi à cinquante ans.

La dame s'émerveillait encore de tant d’optimisme devant la vie et de tant de foi. “LE SECOURS EST ARRIVE !” disait-elle, toute réconfortée, alors que tant de femmes aujourd'hui-ricaneraient, elles qui pourchassent impitoyablement l'enfant et qui aux premiers signes de la vie qu'elles portent, hurlent au MALHEUR et s'empressent d'y parer.

Ce faire-part de naissance nous a dès lors trotté l'esprit. Nous avons interrogé les anciens : “Comment annonçait-on la naissance autrefois ?”.

Les réponses venaient, plus plates les unes que les autres. Nous avons donc sorti le mot enchanteur “LE SECOURS EST ARRIVE !”.

Il n'en fallut pas plus pour que s'ouvrent larges les vannes de la mémoire ancestrale. “KRESKET AR ZIKOUR ! “

Il s'agissait, manifestement, de la naissance d'un garçon, comme d'un surcroît de maire d'oeuvre et d'un renfort qui assurait la bonne marche de la ferme ou de l'entreprise familiale. On savait bien, certes, que l'enfant est une charge assujettissante, à supposer qu'elle le fût bien moins qu'aujourd'hui. Mais les regards portaient plus loin que les années de l'enfance, ils contemplaient le jeune laboureur en herbe.

Les papas étaient singulièrement fiers de leur rejeton mâle “'EUR C'HASER-KARR !” disait-on en d'autres terroirs “Un conducteur de charrette”. On pouvait juger au chapeau du père s'il baptisait un gars ou une fille. La boucle du chapeau se porte-en arrière. Il fallait que la joie fût délirante et le père BADAOUET, un peu échauffé, pour que la boucle se fût trouvée en avant “C'est un garçon !” observaient les commères en souriant.

Comment accueillait-on une fille ? Nous n'avions pas posé la question aux anciens, ne nous la posant pas nous-même ce jour là. Mais, après notre départ, l'un d'eux avoua et cela nous fut rapporté très vite “Je n' ai pas voulu dire au Recteur ce qu’on disait pour une fille : “EUR STAOTEREZ !” , “une pissouse !”

“L'année de la femme” n'était pas encore passée par là. Et Troude dans son dictionnaire breton-français (1876) pouvait écrire impunément "STAOTEREZ”. Ce mot, dans le style familier, s'entend d'une petite fille.

“L'année de la femme” changera tout ça et l'on n'entendra plus les petits Roscovites traiteur leurs jeunes soeurs de “PISSOUSE !” à défaut d'un BRETON dont ils n'ont plus l'usage.

Les femmes de ce pays méritaient un meilleur traitement : elles ne rechignaient pas aux travaux des champs non, plus qu’à la rude récolte des goémons. Ce que dit Troude des femmes de l'Île de Batz est vrai aussi des femmes de Roscoff et d'ailleurs ;.ceci est au mot BARLENNA. Ce mot, à l'île de Batz, est équivalent de PALAT du Léon, bêcher, labourer à la bêche : genre de travail que, dans cette île,.m'a-t-on dit, les femmes seules sont appelées à faire, à l'exclusion des hommes. Dès lors, il se pourrait faire que ce BARLENNA dérivât de BARLENN, giron, et signifiât travailler comme les girons, comme les femmes. Cette explication tient sans doute de la plus haute fantaisie ; Troude lui-même le sentait un peu.

S'il avait su ce qu'on disait parfois à deux pas de l’île, à Roscoff, il se fût défié de son étymologie. On pouvait, en effet, entendre ici pour la venue d'une fille, l’expression dépitée : “EUR PARKAD LOUSOU !”. Dommage qu'il faille traduire, car PARKAD n'a pas son homologue imagé français, “La contenance d’un champ de mauvaises herbes !”, “un champ qui va retourner en friche !”, une “champée” de mauvaises herbes.

Tout cela n'était pas très gentil pour les filles, pas plus qu'il n'était respectueux pour les Marie de voir leur nom associé à des personnages tristement typés :

Complétons Troude par notre

Les hommes, il est vrai, n'étaient point épargnés ni saint Jean mieux traité que Marie :

Vivement l'année de l'homme !

Ces considérations eussent dû.paraître plus tôt, au cours de l'été. Mais nous sommes tenu en haleine par là reparution du 1er dictionnaire breton “LE CATHOLICON”,de Jehan LAGADEC (1499), dont la préparation nous a été confiée par l'éditeur Joseph FLOCH, de Mayenne. Nos lecteurs voudront excuser ce retard, comme aussi la publication que nous commençons abruptement d'un carnet de voyage d'un représentant de commerce roscovite en 1530. Mieux que des idées générales sur l'importance du commerce roscovite aux 15e et 16e siècle, ce carnet nous conduit à en vivre toute la complexité. Ce collaborateur posthume, dont le texte devait paraître plus tard, vient à point pour nous SECOURIR. KRESKET AR ZIKOUR ?

La dangereuse baisse de la natalité française, tout comme le mépris où notre pays tient les travailleurs manuels ont bien d'autres racines qu'économiques. Il est de bon ton de ne leur trouver que cette explication. Comme si l'on avait honte d'avouer que nous sommes touchés en profondeur par un cancer terrible, l'appétit de jouissance et de liberté absolue. C'est ce mal que nous aurions évoqué, voici deux mois, en conclusion au chant de triomphe des anciens : KRESKET AR SIKOUR ! Vive la VIE !

Des bouches à nourrir, des esprits à cultiver, des cœurs à faire vibrer d'amour et pour y arriver, des bras pour travailler. Ceux des hommes et des femmes.


LE COMPTE D'UN BRETON VOYAGEUR DE COMMERCE EN ESPAGNE – 1530

BULLETIN DE LA SOCIETE D`EMULATION DES COTES DU NORD - t. XLI 1903

Ensuit la vante des toilles en Endolousye en apvrill 1530


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ET PREMIER

Vendu en la ville de Calix six pacquès de toille contenans sçavoir :

Plus, en ladicte ville de Calix, vendu :

TOILES DOULAS

LES TOILES DE TREGUYER.

DES TOILLES LOCRENAN.

LES COETES POYNTES

LES OLONES MYNDRINIAC

L' ESTAIN – OUVRE

ESTOUPPES.

SERPILLERES.


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