La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 299 - 1976 - Janvier

- Le compte d'un breton voyageur de commerce à Cadix en Andalousie, en Espagne en 1530


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- L'âge des illusions


LE COMPTE D'UN BRETON VOYAGEUR DE COMMERCE EN ESPAGNE en 1530

Nous achevons ici la publication du cahier de compte de notre voyageur

Ce cahier est conservé aux archives de Saint-Brieuc ; nous en avons obtenu une photocopie.

Pour copie conforme

D. TEMPIER

A propos des VARRES, dont il est question souvent dans le CAHIER des COMPTES DU VOYAGEUR, un lecteur nous communique une précision prise du LITTRE (dictionnaire) :

“La VARE est une mesure espagnole d'un peu moins d'un mètre.- La VARE de la Confédération argentine vaut 0,866 mètre.

Ce renseignement est confirmé par le LAROUSSE en deux volumes (1923). “VARA ou VARE.- mesure de longueur espagnole, qui valait 0,848 mètre


L'AGE DES ILLUSIONS

Nous ne croyons pas aux vertus de l'illusion. L'idée même de “jouet” que ce mot charrie nous dissuade d'en prendre la défense.

Personne n'aime à être le jouet ni la risée des autres. Dès que nous percevons ces jeux déplaisants, qui se font à nos dépens, nous nous rebiffons, nous reprochant à nous mêmes d’avoir tant tardé à éventer la manœuvre et de nous être laissé illusionner. On ne doit pas se jouer de l’homme.

Au cours de la réédition du CATHOLICON ou “dictionnaire UNIVERSEL” breton (1499), une difficulté singulière, nous a retenu longtemps. Elle est assez significative; de ce que nous cherchons à exprimer ici pour que nous en fassions par à nos lecteurs, tout en les assurant que nous n'avons pas tant peiné sur les milliers de mots français anciens qui, avec le breton et le latin, forment le tissu de cet INCUNABLE imprimé en gothique. Le mot “incunable” est appliqué aux livres imprimés aux aux premières années de cette technique de diffusion de l'écrit, que l' on a appelée IMPRIMERIE, sans doute parce que l’on utilisait des presses. L'épithète s'applique aux ouvrages parus avant 1500. Le mot lui-même “incunable” date de 1802 ; il est pris à un mot latin qui  veut dire “langes, berceau”.

Dans ce livre les mots bretons sont bien souvent du français démarqué. Ainsi le terme de FLOTAFF. Il est rendu par “FLOTER / CLOCHETER COMME LA NEF SUR LA MER QUI CHIET PAR FLOTEAUX. - en latin FLOTO”. Un manuscrit de l'ouvrage s'en tient à ce même texte, tout comme une, édition “corrigée et revue”, comme on disait déjà, publiée avant 1520. L’image est empruntée aux mouvements du bateau sur l’eau. On croit apercevoir un bateau (nef ) sur la mer, qui se balance (chochète ?) comme s'il tombait (chiet, de choir) dans les flots (floteaux ? ) mais resurgissant aussitôt pour se balancer à nouveau.

A y regarder de plus près, le tableau se révèle incohérent et notre imagination elle-même n’arrive plus à suivre l'auteur. Celui-ci aurait-il commis une erreur ? Sans le vouloir, il nous aurait trompé en nous “montant un bateau”.

Le “bateau” de cette expression consacrée n'est peut-être pas de ceux-là qui vont sur l'eau. On songerait plutôt à l'instrument d'escamotage dont les bateleurs du Moyen-âge se servaient dans leurs tours de passe-passe et qui aurait eu nom de “BASTEAU”.

Aujourd'hui les BATELEURS de profession sont dits “ILLUSIONNISTES”. Ils n'illusionnent personne. Seuls sont dangereux les bateleurs de toutes professions qui chassent aux badauds et les prennent aux filets de leurs illusions.

Serions-nous à l' AGE DES ILLUSIONS ?

Nous-voulons dire, à l’EPOQUE AUX ILLUSIONS.

A qui peut-on faire croire que pour un bateau, flotter sur l'eau constitue un phénomène de chute (chiet) ? Aussi bien le verbe “clocheter” n'est attesté nulle part. Nous désespérions d'y voir clair un jour cependant la chance nous a souri. Nous avons trouvé le texte incriminé dans une citation prise au Dictionnaire ou glossaire latin-français de l'Abbaye Saint-Germain des Prés de Paris. Manifestement Jehan LAGADEUC, de Plougonven, auteur du CATHOLICON, avait consulté assidûment ce manuscrit. Le texte est cité ainsi dans un dictionnaire du latin du Moyen-Age : “FLOCCARE : FLOCHETER COMME LA NOIF qui CHIET PAR FLOCIAUX, à la laine de la berbtis”.

Nous ne sommes plus à d'étranges régates où les bateaux culbutent, mais à un ballet aérien : la neige tombe en flocons légers suivant des arabesques, capricieuses en apparence, mais soumises aux sautes d'humeur de la bise.

La NOIF ou NEF c'est bien, en effet, la NEIGE et FLOCHETER est un mot connu pour dire “voler comme un flocon, flotter au vent”. LAGADEUC avait lu NEF - BATEAU alors qu'il s'agissait de NEF - NEIGE. Il s'en est-très mal sorti dans le cas en ajoutant au texte.

Cette longue allusion au travail que nous faisons tiendrait de l'indiscrétion si elle n'avait, pour nous, une double visée.

D'abord nous voulons réclamer à nouveau l'indulgence des lecteurs pour l'irrégularité des parutions du BULLETIN PAROISSIAL et les remercier de la compréhension dont ils ont fait preuve et de leur patience.

Nous approchons de la fin de notre travail sur le CATHOLICON et nous espérons bien pouvoir, au printemps, reprendre nos publications sur le ROSCOFF du 16e siècle. Le morceau de choix des mois à venir sera l' étude d'une charte de l'abbaye Saint Melaine de Rennes relative à la vente de terrains aux environs immédiats de l'emplacement de notre future église ; nous sommes alors “le jour de la lune (lundi) avant la fête de saint André, apôtre, l'an du Seigneur 1323”.

Nous retrouverons alors ce monde des vieilles caves roscovites (3 pour l'instant) dont les dessins de Jean-Claude HELOU ont commencé à paraître ici. Il faudra les conserver précieusement. Si nous n'en publions pas en ce numéro c'est pour la raison simple que le tirage â 1350 exemplaires, au lieu des 640 habituels, est trop élevé pour avoir un rendu propre de ces dessins très encrés jusqu'aux derniers tirages. Nous y perdons nous-mêmes puisqu'il nous faut rédiger deux pages de plus, alors que nous sommes déjà en grande marée d'écritures !

Mais la “NEF QUI FLOCHETE” doit encore nous emporter ailleurs. Nous l'avons dit. Comment, en effet, nous expliquer qu' étant tous si résolus à n'être les jouets de personne, dès l’instant, du moins, où la manœuvre nous est perceptible, nous soyons, les mêmes tous, si empressés à flotter au gré de nos caprices ?

Et pour mieux y parvenir nous enrobons ceux-ci des idées les plus belles qui soient au monde, même évangéliques afin de transformer ici une superbe théorie de l'épanouissement humain ce qui n'est, en fait, qu'une vulgaire justification de nos façons personnelles, de penser et de vivre.

Sait-on que les autres, à leur tour, ne prennent aucun plaisir à suivre les évolutions capricieuses de nos propres illusions ? Ces jeux stériles n'ont pour eux rien qui puisse charmer à l’égal de la NOIF QUI CHIET en flocons, spectacle rare dont nous n'avons point encore loui ici à la date du 30 Janvier.

“'La VERITE fera de vous des hommes libres” assurait JESUS (s. Jean chap. 8 verset 32). Notre Évangile, qui se  réclame de nous-mêmes et non plus de Jésus, a inverti toutes choses et proclame déjà “La LIBERTE fera de vous des hommes vrais !”. Et pourquoi pas, tout de suite, car personne n'y verrait rien en cet AGE DES ILLUSIONS. “La LIBERTE fera de vous des hommes libres”.

L'envie nous prend tout d'un coup,de voir tomber la NOIF, de la vraie NOIF.

Jean Feutren


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