La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

169 170  171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266  267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303  304 305 306  -  Retour au sommaire   -   Menu

Précédent   - Suivant


Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 300 - 1976 - Février

- Aux sources de notre chant " Paotred Rosko " - - voir plus ici


- Les mémoires roscovites du Vicomte E. d'HERBAIS :


Aux sources de notre chant : “Paotred Rosko “

La première production du chant PAOTRED ROSKO en public remonte exactement 2, Août 1912, à l'occasion d'une soirée artistique donnée par le Congrès de la Fédération Régionaliste de Bretagne, salle Bobinec à Douarnenez.

L'auteur des paroles était Mr d'Herbais, roscovite de naissance, maire du Faouët-Lanvollon, Côtes du Nord, qui cultivait avec bonheur la poésie bretonne. Mais l'air auquel il adapta les vers du chant composé en l'honneur de ses concitoyens provenait d'un recueil de mélodies. galloises intitulé The Royal Édition of the Songs of Wales, dont les accompagnements pour piano ou harpe étaient dus à Brinley Richards, et les paroles originales au poète Ceiriog Hugues.

Cet air était celui de Y Corn Hirlas, bien connu à l'époque chez nos cousins d'Outre-Manche, et son exécution obtint un franc succès auprès des pêcheurs et des sardinières qui formaient la grande majorité de l’auditoire et avaient auparavant applaudi un récital de mélodies celtiques harmonisées par Bourgault-Ducoudray, et une conférence d'Anatole Le Braz sur Les Poètes de la Mer.

S'il m'est possible de vous donner toutes ces précisions sur une soirée dont nous séparent aujourd'hui soixante quatre ans, c'est que le premier interprète de PAOTRED ROSKO en Août 1912, à Douarnenez, n'était autre que votre serviteur.

Fanch Gourvil.

NOTE : Nous rendons visite de temps à autre à Monsieur Fanch GOURVIL, le célèbre érudit des choses bretonnes, actuellement retiré à Pleyber-Christ. Nous cherchons auprès de lui à mieux élucider certains toponymes ou des mots bretons anciens. C'est au cours d'une récente .conversation que, lui parlant de la chanson PAOTRED ROSKO, nous avons appris de lui-même qu'il fut le premier à en avoir donné une audition publique. C'était en août 1912. Nous n'étions pas encore né.

Monsieur GOURVIL nous a rédigé la note que l'on vient de lire. Les Roscovites lui sauront gré des précisions historiques et musicales qui éclairent la naissance de notre hymne national


LES MEMOIRES ROSCOVITES DU VICOMTE EUGENE D’HERBAIS

Nous devons à l'obligeance de Madame de Kerdrel une copie de sa main des Mémoires roscovites de son oncle le Vicomte Eugène d'HERBAIS dont il vient d'être question dans la note de Monsieur Fanch Gourvïl.

.Nous lui exprimons notre gratitude de cette collaboration, précieuse pour les Roscovites et, à un titre singulier, pour le rédacteur du BULLETIN.


SOUVENIRS DU VICOMTE EUGENE  D'HERBAIS

" Je n'ai pas la prétention d'écrire mes mémoires, ayant joué dans le monde un rôle bien trop effacé pour cela.

Je veux seulement jeter sur le papier quelques notes concernant notre Bretagne à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci. pensant que cela pourrait être plus tard de quelque intérêt pour mes arrière neveux..

Notre pays en effet évolue complètement en ce moment pour ce qui regarde ses moeurs; ses vieux usages, ses costumes et même sa langue, quoiqu'à vrai dire ce soit elle qui jusqu'ici ait le moins souffert.

Pour mon malheur, j'assiste à Cette triste évolution - je pourrais dire révolution.

Je vois disparaître tout ce qui faisait le charme et le cachet de notre chère Armorique et j'en ai le cœur navré.

A quoi attribuer tous ces changements ?

Sans nul doute au fameux Progrès lequel comprend la vapeur, l'électricité et beaucoup d'autres causes trop longues à énumérer. Déjà, il y a cent ans, Émile Souvestre, dans ses derniers bretons "Derniers reflets d'Occident" ? avait prévu ce qui arrive mais le mal fut lent et je dois dire que pendant les premières années de ma jeunesse la Bretagne était à peu de chose près ce qu'elle était 50 ans auparavant. Le Progrès ne commença guère à se faire sentir avant 1880.

A partir de cette époque je constatais, d'année en année de pénibles disparitions.

Puis, à partir de 1914, ce fut la débâcle complète, principalement dans le Léon et le Tréguier.

Au commencement du siècle, plusieurs Sociétés bretonnes se formèrent, qui avaient pour but de lutter contre ce vent de folie qui semblait s'abattre sur la Bretagne. Nous organisâmes des Congrès, où la langue et les costumes bretons furent toujours à l'honneur - mais on s'y est pris trop tard, le mal était déjà fait. Nous avons peut-être un peu retardé la catastrophe, mais c'est tout.

Je suis né à Roscoff en 1864 dans l'hôtel de mon cinquième aïeul, le major général garde-côtes James de la Porte-Noire, hôtel qui nous appartient encore et qui a tout une histoire.

C’est là, en effet, que fut recueilli en 1746, après la défaite de Culloden, le dernier des Stuart, le Prétendant Charles-Edouard et ce sujet on racontait dans ma famille l'anecdote suivante

" Le premier geste du Prétendant en débarquant fut de se mettre à genoux pour remercier la Providence de l'avoir tiré des griffes du duc de Cumberland. Ensuite, son premier soin en arrivant à l’Hôtel de la Porte-Noire fut de procéder à sa toilette et d'enlever ses bottes qu'il n'avait pas quittées depuis plusieurs jours et lui blessaient fort les pieds.

Notre ancêtre avait à ce moment-là comme valet de chambre un nommé Lévéque qui se précipita pour lui rendre ce service, Le Prince lui dit : “C'est sans doute la première fois qu’il vous arrive de débotter un roi”. Le valet de chambre lui répondit avec beaucoup d'esprit d'a-propos.- “C'est aussi sans doute la première fois que Monseigneur est débotté par un Évêque.”

J'avais 5 ans quand mes Parents quittèrent la maison du Prétendant pour aller habiter Kerestat qui leur échût à la mort de ma grand'mère. Mes grands-parents dont l'Hôtel était également situé rue des Perles (KER MOGUEROU), non loin de celui que nous habitions avaient toujours reculé devant les énormes réparations nécessaires pour rendre le manoir habitable, mais ils y allaient presque tous les jours, et s'étaient réservés le Pavillon Louis XIII situé au bout d'une des Terrasses. Ma grand-mère y coucha même un jour, afin d'entendre chanter le rossignol qui n'existait je pense que dans son imagination car il est fort douteux que cet oiseau ait jamais fait son apparition dans cette partie du Léon, trop peu boidée.

Tous les ans aussi mes grands-Parents organisaient à  Kerestat une sorte de fête champêtre, appelée “TIRERIE DE LIN”. Le lin constituait en effet à cette époque la principale culture de Roscoff où la culture maraîchère était presque inconnue.

L'arrachage.du lin dans le Léon entraînait toujours des réjouissances dont mes grands-Parents faisaient les frais pour leurs fermiers et donnaient à cette occasion une sorte de garden-party à l'aristocratie du pays.

Ma grand'mère à plus de 80 ans y dansa un jour le menuet avec son frère de Kerautem, à la grande joie de l'assistance.


Précédent   - Suivant