La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 301 - 1976 - Mars / Avril

- Aod ar Sac'h
- Autour de Mesdoun
- A la recherche des moulins roscovites
- Les mémoires roscovites du Vicomte E. d'HERBAIS :


AOD AR SAC’H

Dans le numéro précédent nous avons émis l'hypothèse que ce nom donné à la grève du POULDU lui venait d'une étendue d'eau fermée que laissait la mer aux grandes marées.

Nous avons observé les lieux à l'occasion de la marée de 117 : il ne reste pas une grande étendue d'eau fermée sur cette plage. Il nous faut donc chercher une autre explication.

Certes, la topographie de cette grève a du changer au cours des siècles ; il semblerait qu'on y ait puisé vers la dune de la marne grise. Mais il ne serait pas de bonne méthode de supposer qu'il y a bien eu un moment où le site ait eu une telle caractéristique une nappe d'eau fermée.

Lorsque nous avons réfléchi au GUELLENN de Roscoff où le port a pris son essor, nous avions indiqué ce que nous devions pour ce mot aux très nombreux “Guellennou” de la grève du POULDU, ou flaques d'eau. Aussi bien , si la grève avait eu une grande retenue d'eau, il eut été naturel qu'elle se fût appelée GUELLEN avec une épithète adéquate. Les usagers de cette grève connaissent le nombre et l'importance des trous d’eau de cette anse.

Mais peut-être n'ont-ils point prêté attention à un phénomène plein d'enseignements que chacun peut observer à toute marée descendante.

Les Roscovites disent souvent que l'eau de leur robinet est calcaire. Ils veulent signifier par cette épithète la nocivité de cette eau à l’égard des tubulures des appareils de chauffage, que notre eau soit nocive aux appareils c'est l'évidence même et combien onéreuse. En réalité cette eau n'est pas calcaire mais fortement salée. Sa salinité est fonction de la hauteur des marées ; le laboratoire en a dressé la courbe. Cela tient à ce que l'une au moins des sources plonge dans le terrain compris entre la dune et l'ancien rivage vers KERBRAT et TRAON-MEUR.

Chacun peut s'apercevoir de la présence du sel de mer ou chlorure de sodium dans cette eau : il suffit de mettre sur le gaz une casserole mouillée pour qu’apparaisse sur la flamme bleue la belle flamme jaune du sodium. Certaines lampes de l'église, comme celles du quai ont cette même couleur ; à l'église ce sont des lampes à iodure de sodium.

On se demandera alors comment il se fait que ces terres séparées de l'anse du POULDU par une grande et large dune et abritées du flot, par la digue de l’Aber ne voient pas rétrograder peu à peu la salinité de leurs nappes d' eau. Mais, qu' elles soient au contraire sensibles au coefficient des marées.

L'explication du phénomène est simple : les nappes d'eau où nous puisons une partie de notre eau sont en communication constante avec la mer lorsqu’elle atteint un certain niveau.

C’est de la contre-épreuve que chacun peut être le témoin comme nous l'avons été nous-même : à marée descendante jaillissent de la dune un long suintement qui prend en plusieurs endroits la forme de sources abondantes. Ces eaux se rejoignent pour former une petite rivière, peu profonde certes, mais qui atteint 5 à 6 mètres de large.

Le phénomène commence à la hauteur du terrain des sports de SANTEC et se développe continûment sur 300 mètres vers le POULDU. La source la plus importante vient de la flaque que les autochtones appellent “GUELLENN ZOUREK”, sans doute parce qu'elle donne de l'eau.

Cette eau salée qui sourd s'est emmagasinée à marée haute et l’accumulation ne peut se faire que dans la plaine en contrebas de la dune. Est-ce ce phénomène des sources salées qui a suscité la dénomination AR SAC’H ? Nous ne pouvons pas l'établir : il s'agit d'eau qui coule.

Aussi bien nous nous demandons si l’expression “dour SAC’HED”; n'est pas une corruption de “dour DALC’HED” - eau retenue,


AUTOUR DU MEZ DOUN

Le nouveau cimetière de Roscoff sera bientôt prêt â nous accueillir au terroir du MEZ DOUN. Si MEZ, MEAS est un terme clair, qui désigne ici un champ cultivé, l'adjectif DOUN, profond ou lointain n'est pas d'une interprétation .facile.

L'idée de TERRE LOINTAINE est certes bien poétique pour un cimetière, pour un PARC BOTHOREL. Mais l'idée d'éloignement ne pouvait intervenir ici, comme elle apparaît dans l'expression courante à Roscoff, de MEZ DOUN : avec une nuance évidente de mépris AR NEZ DOUN désigne les campagnes, anciennement moins riches, dont les limites avec le temps se sont éloignées de Guiclan pour se confondre avec les monts d'Arrée.

Il faut plutôt chercher la signification de DOUN. dans la structure de ce terrain : soit l'épaisseur de la terre arable, près de 70 cm nous a-t-il semblé, soit dans la déclivité qui s'y amorce vers l'ancien village de RESCASTEL (famille MOAL). A notre sentiment l'embranchement du Port en eau profonde, l'ancienne “VENELLE du MEZ DOUN” ne doit pas être antérieur aux premières années du 18e siècle : il a dû être construit pour desservir le FORT de BLOSCON. Cet embranchement portait d'ailleurs le nom de route de St Paul au fort de BLOSKON. Rappelons qu'en ces temps anciens il y avait deux routes vers ROSCOFF, provenant de St. Pol : la route qui desservait l'île de Batz de St Pol au VIL et la route née de l'extension du bourg de Roscoff au 14e s., joignant le bourg de Roscoff au bourg de Pempoul, passant par le Rhun – Kerfissiec – Tro Meal – la rue des Vieilles Ursulines.

L'embranchement de la VENELLE DU MEZ DOUN rejoint  le chemin de Pempoull au site appelé encore AR C'HREAC'H, plus connu sous le nom de Colline du SEMAPHORE. Cette butte portait au 16e siècle le nom de CREAC'H AR GOBINET. Le sens nous échappe. A cette époque il y avait dans le pays et à l'île de Batz des familles ROBIN ; face au carrefour du Port en eau profonde il y a encore un PARC ROBIN. Il n'est pas impossible que ROBINET (les ROBINS ) se soit corrompu en GOBINET à la faveur de l'article breton AR.

Nous nous engageons sur une, voie moins sûre en rapprochant GOBELINET du latin-français-breton : GOBELIN, qui désigne: le lutin. CREAC'H AR GOBINET conserve certes une référence à des monuments mégalithiques, mais pas précisément au thème des “lutins - esprits follets”. Il s'agit de PARK AL LIA vers l’est du CREAC'H. Le terme LIA, pluriel de LEC'H, conserve le souvenir de pierres dressées (LEC'H), alignements ou dolmen.

On connaît à Roscoff le village AN NESLEC'H dans l'actuel ensemble de Keravel. Cette dénomination est en référence à l'ancienne allée couverte toute proche (NES), détruite vers 1942.

Ajoutons, pour n'y plus revenir le nom de PARC AN DOLMEN d'un champ entre ROC' H TREVIGNER et le terrain de sports et celui de GOAREM AN DOLMEN, une garenne au sud de ce même terrain auprès de RUVEIC. Enfin rappelons que, selon nos explications, BLOSKON à pu être un tumulus.

Le nouveau cimetière jouxte au nord la vieille allée plantée du manoir de Kernenguy :AR VALI. Plus vers Roscoff, face au chemin de KERGUENEC, le vieux chemin s'appelle BANELL AN ANAOUN, la venelle des morts.

En ce cas, non plus, nous n'avons d'explication ferme à proposer. Ce chemin conduisait au terrain pierreux appelé AR VENNEG ; il y rejoignait BANELL AR C'HARO (venelle du cerf) a-vant de déboucher sur la route de Roscoff à Pempoul. On se souvient que lors des travaux de la route du port en eau profonde on a mis à jour un vieil abri gaulois dont la fouille n’a rien donné.

On nous a signalé à HENVIC, un STREAT AN ANAOUN dans la juridiction seigneuriale de MEZIREUR. On y interprète ce nom en référence au gibet de cette juridiction. Nous aimerions à être convaincu du bien fondé de cette explication.

Y aura~t-il eu au VENNEG-RHUN un ancien GIBET de la Seigneurie épiscopale de St Pol, en rapport avec des seigneurs de Kernenguy - La cavité aurait-elle été le tombeau des condamnés ?

Si gibet il y a eu ici ce n'a pu être que dans le haut moyen-âge. Nous ayons trouvé le nom de PARC AR JUSTISSOU dans le terroir de Troméal au début du 16e siècle. En breton JUSTIS ou JUSTISSOU rappelle l'existence d'une potence ou gibet. A la fin du 16e siècle le gibet de Saint Pol était implanté :au sud de Saint Pol à Goarenn ar JUSTIS, au dessus de Kerasplam. La “gestion” de la justice du gibet et de la police était confiée au début du 17e siècle à la Seigneurie de CARMAN, au titre des terres de KERISNEL. Ce dernier nom s'est acquis depuis quelques années.une célébrité de meilleur aloi que le conflit entré le sieur de CARMAN et son seigneur EVEQUE. Celui-ci reprochait à l'autre de ne pas se plier à l'hommage féodal et, plus grave, de bénéficier de rentes au titre de chargé des fourches patibulaires sans en accomplir correctement les fonctions.

Ce dossier de KERISNEL, à Quimper, nous vaut une documentation qui met en cause, par sa femme, le duc de Choiseul, ministre de Louis XV.

Les gibets étaient dressés généralement en des lieux élevés, visibles mais pas, semble-t-il en des endroits habités. A Sibiril; AR JUSTISSOU, de la seigneurie de KEROUZERE, est implanté au sud-est du bourg. Aujourd'hui le site est habité. Non loin de là une ferme porte encore le nom de KERESPONT, le village de l’épouvante : on devait y entendre les cris des condamnés. Peut-être KERASPLAM suggère-t-il la même idée.

Lorsqu'on procédait aux terrassements du MEZDOUN pour la route du port en eau profonde un bulldozer avait remis au jour un lion en granit que la machine avait d'ailleurs éborgné. Il était sur le terrain de monsieur Isidore KERVELLEC. il est désormais auprès de sa maison.

Il s'agit de la pierre d’encorbellement d'une chevronnière de chapelle gothique des 14e - 15e siècles. A KERNENGUY même il semble bien qu'on ait remployé des fenestrages de même époque. Où pouvait-il y avoir une chapelle dans ces parages ?

On connaît BONNE-NOUVELLE, manifestement ce petit édifice, à part le,clocheton, n'a pas les apparences architecturales d'une chapelle ancienne. En face de Bonne Nouvelle un champ s'appelle PARC AR JAPEL (CHAPEL). Mais à une certaine distance de là, du même côté ouest de la route et face au nouveau cimetière un autre champ porte ce même nom de AR JAPEL. S'agirait-il de la chapelle au lion ?

Nous avons fait une chasse assez bredouille dans l'ordre du moins de l'explication des noms de lieux. Mais une telle chasse n'aura pas été sans profit si elle a éveillé l'attention des Roscovites et autres sur ces sites destinés à supplanter bientôt les horizons marins du cimetière du VIL.


A LA RECHERCHE DES MOULINS ROSCOVITES

Nous avons déjà, parlé du vieux moulin à vent de Jean-Bernard, en ruines vers 1600, non loin du terrain de tennis, dans les ROC'HIGOU.

Nous avons aussi publié le permis de construire d’un moulin à vent accordé à CARPIER par le seigneur-évêque en 1605, là où, depuis, s'est dressée la pyramide blanche de Sainte Barbe. Les Roscovites connaissent l'emplacement du moulin à vent de CREAC'H KERAVEL. Mais ils ignorent l'existence d’un moulin à vent de KERESTAT, sur le lieu devenu boisé où se fait l'actuel lotissement. Peut-être y en eût-il d'autres. De ceux-ci nous avons la preuve écrite.


SOUVENIRS DU VICOMTE E. DERBAIS

Le fait de quitter mon vieux Roscoff m’a causé un violent chagrin, on dût me laisser pendant plusieurs jours à la garde de mon oncle Gustave d'Herbais qui était resté habiter l'Hôtel de sa mère. Ce n'est que peu à peu que je pris l'habitude d'aller à Kerestat, mais mon existence d'enfant y fût toujours coupée de nombreux séjours chez mon oncle.

C'est là d'ailleurs que je puisai cet amour de la Bretagne et cet esprit breton qui sont toujours allés chez moi en s'accentuant. Bercé dans les histoires de lutins et de korrigans j'en étais arrivé à désirer ardemment voir une de ces rondes infernales que l'on me narrait et qui se.-passaient, me disait-on, sur une petite esplanade située au dessous du rocher de Roc'h Illiévec, prés de Ste Barbe, rocher sur lequel mon oncle d'Herbais avait fait construire un petit pavillon qui existe encore. Un soir de clair de lune on m'y conduisit en grande pompe mais hélas ! lutins et korrigans demeurèrent invisibles et je fus fort déçu.

Mon oncle d'Herbais avait à son service une vieille femme répondant au nom de Françoise CARIOU bretonne des pieds à la tête, comme dit un vieux proverbe breton.

Elle faisait partie de la famille et se serait bien jetée au feu pour nous. Elle possédait la langue bretonne à la perfection et si je parle purement le breton, c'est en grande partie à elle que je le dois, car entre nous il n'y eut jamais un mot de français. Elle était de plus très traditionaliste et respectait tous les vieux usages locaux les mettant elle-même en pratique quand l'occasion s'en présentait.

Elle eut cru manquer à tous ses devoirs si elle n'avait pas pris part aux grandes veillées qui précédaient les fêtes de Noël et du Carnaval au nombre de trois par période. Les femmes y filaient (toujours au premier étage) à croupeton autour d’une sorte d'écoutille afin de pouvoir laisser tomber les fuseaux dans le vide ; les commérages allaient bon train, entrecoupés de vieilles histoires et de vieilles chansons.

Parfois aussi de jeunes loustics, entrés en tapinois dans la maison, lançaient par l'écoutille à l'étage supérieur des épouvantails (spountails) lesquels éteignaient les chandelles de résine et jetaient l'émoi parmi les fileuses - les épouvantails étaient de.grossiers mannequins ou simplement des troncs de choux.

La fête se terminait par un souper composé de gâteaux et de café au lait. Un autre usage qui était également sacré à la veille servante de mon oncle, c'était celui d’aller chanter des Noëls aux portes de ses amis et connaissances ; ceci se passait dans la semaine de Noël au 1er de l'An. Toujours dans la soirée. Aux vieux Noëls, elle ajoutait presque toujours des couplets de son crû, appropriés aux personnes de la maison. Ces équipées nocturnes faisaient mon bonheur, car elle me traînait toujours à sa suite, après m'avoir enveloppé dans un vieux burnous à mon grand-père, lequel n'existait plus depuis 20 ans.

Avant de continuer à parler des vieux usages, je veux d'abord décrire les costumes du vieux Roscoff que j'ai connus.

Le.costume ordinaire des hommes était très simple, mais très noble dans sa simplicité. Pantalon, petit gilet et veste courte tout en drap noir. Un grand turban bleu recouvrait la moitié du petit gilet sur les revers duquel étaient tracées des feuilles de chêne. Le costume de gala, que l'on ne portait qu'aux processions ou aux retours de noces, était fort seyant quoique moins riche que les costumes de Cornouailles : pantalon en piquée blanc, gilet noir avec toujours le turban bleu de ciel.

La veste était d’une couleur bleu-vert “griz – glaz”, drap très épais qui venait, disait-on, d’Allemagne. On ne peut plus s'en procurer. Le chapeau de cérémonie était encore en peluche (il n'a pas encore tout à fait disparu). Très grand, entouré d’un large ruban de velours, retenu en arrière par une boucle d'argent, Mais les dimanches ordinaires les cultivateurs portaient un long bonnet en drap noir qui leur pendait dans le dos, appelé bonnet de Ségovie. Le drap dont il était fait provenait sans doute de cette ville d'Espagne renommée pour son industrie textile.

Ces mêmes bonnets existaient en vert sur toute la côte du pays des Pagens, de Plouescat à l'Aberwrac’h et en rouge dans la commune de Plougastel, d'où le surnom de “gars aux bonnets verts” et “gars aux bonnets rouges”, donné aux habitants de ces deux pays.

Le costume de gala ne se portait qu'à Roscoff et à Santec qui faisait jadis partie de Roscoff.

Dans les autres parties du Léon; le costume noir était à peu près le même partout mais le grand turban disparaissait à partir de Plouescat,

Les hommes de Kerlouan et communes environnantes, vrais pilleurs d'épaves, portaient une espèce de burnous avec broderie ; je me souviens d'en avoir vu dans mon enfance.


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