La vie quotidienne à Roscoff - Histoire - Chro,iques publéees dans le Bulletin Paroissial de Roscoff

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Chroniques
d'histoires
publiées
dans le
Bulletin
Paroissial
de
Roscoff


de 1962
à   1977

n° 302 - 1976 - Mai / Juin

- Ti toull
- Les mémoires roscovites du Vicomte E. d'HERBAIS :
- Le costume de mariage,


TI TOULL

Dans l'art si difficile de la réflexion nous nous sentons profondément redevable aux observations que, jour après jour, nous avons accumulées sur le pays de Roscoff, sur les permanences de son passé que cachent pudiquement les dénominations anciennes de ses villages, de ses sites, de ses parcelles de terre même. ? Mais notre objectif n'est pas seulement de mieux connaître ce pays et ses gens afin d'en parler savamment. C'est là, sans doute, la seule façon d'en traiter avec honnêteté. Nous désirons davantage encore provoquer la réflexion du lecteur, susciter chez lui ce besoin de ne parler que de ce qu'il sait, fût ce au risque d'être condamné à se taire. Il' y aura toujours assez de bavards sur la terre !

Mais, avant tout, nous souhaitons, en procédant ainsi, inciter nos paroissien à étendre à leur foi chrétienne, comme à toutes leurs opinions, cette exigence d'honnêteté, que JESUS CHRIST réclame de tous. Il doit en être ainsi si nous ne voulons pas être traités par LUI à l'égal des pharisiens : “Fous et aveugles !” (Saint Matthieu chap. 23, verset 17 -.mais c'est toute la diatribe du chap.23 qu' il :faut lire).

Notre prédication a par trop fustigé ceux-ci pour leur hypocrisie. Elle a souvent oublié à quelle profondeur descendaient les invectives de JÉSUS lorsqu'il reprochait à ces hommes leur incohérence, leur absence de vraie logique, leur refus des évidences les plus simples. “FOUS !”

Nous n'aurons jamais fini de réfléchir au sein même de notre foi, non plus que de veiller sur la droiture de nos cœurs. A ce double prix nous risquons moins de glisser loin du vrai sur les pistes de nos idées imaginaires, ou de nous enliser corps et âme dans l'argent et le plaisir.

TI-TOULL sera notre présente parabole roscovite.

Ce nom breton est le surnom, conservé jusqu'à nos jours, du vieux MANOIR de KERGADIOU, l'un des trois manoirs du moderne quartier de KERAVEL : le manoir de RUCAT, dont il ne reste qu'une cheminée, des pierres de taille et une armoire, le manoir de KERAVEL (en St Pol) et celui de KERGADIOU, récemment rénové. Le cadastre de 1847 garde. encore trace du COULDRY ( colombier) de KERGADIOU.'

Les Roscovites ne connaissaient plus que le nom de TI-TOULL ; ils distinguaient TI-TOULL BRAS - le grand TI-TOULL (manoir de KERGADIOU) et TI-TOULL BIHAN - le petit “TI-TOULL (chez François CHAPALAIN).

Le nom de cette maison était KERGADIOU-CREIS (KERGADIOU du milieu) parce que située entre le manoir de KERGADIOU et KERGADIOU (chez Claude CASTEL). On notera, à cette occasion que KERAVEL n'est pas le manoir de KERAVEL, mais chez les JACOB, auprès de KERGADIOU. Nous nous demandons si le KERAVELLOU des vieux documents n'est pas ce KERAVEL.

Que peut signifier TI-TOULL ? Maison percée, qui fait eau ?

Les Roscovites n'ont pu nous proposer une signification qui rende raison du nom lui-même et des épithètes BRAS, BIHAN. Il y a un mois à peine que nous avons appris l'emploi de ces deux épithètes et appris ainsi le surnom de KERGADIOU-CREIS. A l'énonciation même de ce surnom nous avons bondi de joie. C'était bien cela, conservé dans un nom inintelligible à tous, le souvenir du moulin à eau de KERGADIOU. Depuis de nombreuses années nous avons entretenu Claude Castel de l'existence au carrefour d’un moulin. L'étang est envasé depuis longtemps, des siècles sans doute.

Notre sentiment a trouvé une confirmation écrite plus tard dans un AVEU FEODAL de propriété souscrit en 1747 par messire Jean Louis de Coathuon, sieur de KERAVEL. Il était propriétaire des terres du manoir de KERGADIOU.

On y apprend que, depuis 40 ans la maison à pavillon (tourelle d'escalier} était “assolée”, tombée par terre. Il restait 2 maisonnettes en toit de “gledz” ( chaume ). Il y est fait mention (outre les moulins à vent de Keravel et de Kerestat, du moulin de Kergadiou.)

Les Roscovites seront surpris d'apprendre qu'il a pu y avoir en ce pays sans rivières des moulins à eau. Nous pensons, en effet, qu'il y en a eu un autre, 300 mètres plus bas, d'après la configuration du terrain. Nous invitons les promeneurs intrigues à interroger aussi la topographie de PERENNEZ et de PENN-PRAT.

Notre propre,surprise à découvrir un moulin à eau à KERABRET en Santec pourra rassurer les lecteurs. Nous trouvons ce moulin attesté le 6 juillet 1579 dans l'aveu 5 de la liasse 3 (Saint Pierre). En 1641, il appartenait au sieur de Kerambarz, On devine encore l’emplacement de l'étang. Une ferme en garde le souvenir “LOST AL LENN” - la QUEUE de l'Etang. Mais pas un Santécois ne sait qu'il y eut là un moulin. La mémoire des hommes est très courte.

Dans l'interprétation du passé nous sommes souvent les jouets des mots et des techniques de notre temps. Ainsi quand Jésus déclare être “venu non pas pour être servi mais pour servir” (saint Marc chap. 10, verset 4 on ne doit en aucune façon évoquer l'employé, au sens actuel, celui qui loue ses services pour un temps limité. Il faudrait plutôt évoquer le service d'une maman auprès de son enfant, sa dépendance totale à l'endroit de son petit ou encore le dévouement inouï de certaines femmes à leurs parents infirmes, une sorte d'esclavage d'amour. Jésus est lié d'amour Jusqu'au bout à chacun des siens.

Par ce même processus de réduction de toute réalité ce que nous pensons en voir à travers notre myopie, un moulin à eau pour nous n’est plus qu'une grande roue tournant verticalement contre un lourd pignon de maison sous la poussée d'une forte chute d'eau. Nous en.étions là nous même il y a encore un an lorsque, sollicité de donner notre avis sur un étang totalement envasé en bord de mer et desservant un moulin disparu au début de ce siècle il nous a fallu, sur le terrain remiser du grenier notre image du moulin à grande roue verticale.

L'idée nous est venue alors de consulter le dictionnaire breton-français de VALLEE au mot “Moulin” et de contrôler ainsi un terme breton soulevé au cours de cette promenade. Et nous avons trouvé ceci : “Moulin à roue verticale : milin-koajel (d'après Le Gonidec). Moulin à roue horizontale : milin-krufel ; milin-doull (d'après le supplément léonard de Troude par l'abbé Moal).

Faisons vite un sort à “milin-koajel” dont la grande roue nous a fait oublier la multitude de nos vieux moulins bretons à roue horizontale. L'expression “milin-koajel” est la transcription bretonne de la notion française de “moulin choisel” : choisel désigne un auget. Il s'agit du moulin à roue verticale.

Le. second type de moulin à eau, dont la roue était petite et horizontale, aurait porté le nom de MILIN-KRUFEL. Les meuniers baptisaient les pales de la roue motrice “cueillères – loaiou” . L'autre nom MILIN-DOULL est le terme léonard ; comme MILIN est féminin le terme TOULL (trou, troué) est adouci en DOULL. Nous en avons découvert un, qui fonctionnait encore il y a deux ans, dans la région de DAOULAS. La dénomination TOULL s'y applique bien : L’eau entre dans la maison par une gouttière de bois large de 45 cm, longue de 4m 50, avec une déclivité de 2 m 50. Elle frappe les rebords profilés des cuillères de la petite turbine. Le sous-sol du moulin est ainsi un trou d'eau sous la turbine (poull-rod ). L'eau s'évacue par un canal à travers une grande porte percée dans les fondations du moulin.

Ainsi étaient un très grand nombre de nos vieux moulins. Le nom de TI-TOULL (BIHAN) établit que le moulin de KERGADIOU était de cette famille modeste.

Roscoff est sans doute l'une des plus petites communes de France, 580 hectares nous a-t-on précisé à la mairie. Et pourtant, nous a-t-on assuré, les Roscovites du cru connaissent si peu le quartier de KERAVEL qu'à leur intention nous précisons que le moulin se trouvait au carrefour où la route qui monte du village de l'ABER se partage en deux, vers Saint Poil et vers Roscoff.

L’évocation du passé, ici le passé technique, ne nous intéresse quant à nous, que par l’intelligence qu'elle nous donne de l'homme de toujours. Les vieilles choses peuvent nous accrocher par leur beauté, si beauté il y avait. Mais ce qui nous attire en elles, maisons ou meubles ou écrits, c'est l'inspiration qui soutenait les démarches de ces hommes du passé. COMMENT FAISAIENT-ILS POUR Entre DES HOMMES, POUR Entre-DES CROYANTS ? COMMENT Résolvaient-ILS LES QUESTIONS DE LEUR ESPRIT ET LES Problèmes DE LEUR VIE?

L’esprit de l’homme est un moulin, un petit moulin, “leur VILIN-doull”'. De quelles évidences et de quelles certitudes s'entretenait-il et pour en tirer quelle farine ?


SOUVENIRS du VICOMTE E. D'HERBAIS

Le costume de femme du Léon n'avait rien d'esthétique. Il n'en subsiste plus guère que la coiffe qui a subi elle-même de grandes modifications et se réduit à deux petites cornes en dentelle d'où sortent les cheveux ébouriffés, jusqu'au jour où elle disparaîtra complètement et ce jour n'est malheureusement pas éloigné. Le Challe et le tablier se portent dans quelques grandes familles pour les mariages, les processions et les quêtes à l'église. Le clergé y est pour beaucoup et l'on peut dire que c'est grâce à son influence qu'il nous reste encore quelques vestiges du passé.

Dans le bas-Léon principalement où le clergé est très puissant le costume s'est moins modifié.

Dans jeunesse la paysanne du Léon ne portait pas encore le shall mais le mouchoir en pointe, qui lui venait jusqu'au milieu du dos ; les femmes de la ville seules portaient le shall.

J'ai connu l'antique coiffure que portaient ces dernières et que portaient d'ailleurs les bonnes qui m'ont élevé. C'était une coiffe très longue dont le bout représentait plus ou moins une coquille d'ormeau : le devant était en dentelle, deux bandeaux de cheveux à la Vierge sortaient de la coiffe et encadraient la figure.

Le costume se complétait par un grand tablier à piécette laquelle les jours de grand'messe recelait les morceaux de pain bénit que l'on prenait en plus de sa part pour les petits enfants restés au logis. Quand j'étais tout enfant, je ne manquais jamais de me précipiter au devant de mes bonnes revenant de la messe pour réclamer mon morceau de pain bénit que l'on retirait avec solennité du fond de la piécette et que l'on ne me remettait qu'après que j'eusse fait un grand signe de croix.

Le costume de gala de la femme du Léon était moins disgracieux que le costume ordinaire. La coiffe plate enveloppant toute la tête (ce qui les faisait appeler par les autres bretonnes “pennou paked” têtes enveloppées, était remplacée pour les mariages et processions par une longue coiffe de tulle vraiment gracieuse. Les jeunes filles portaient un shall rappelant les cachemire de nos grand-mères et qu'on appelait “shall tapis”. Les jupes étaient en drap noir, excepté les jours de retour de noces où elles se mettaient à l'unisson de leurs cavaliers et portaient des jupes bleu-vert de même étoffe que les vestes des jeunes gens. Un beau tablier de soie noire complétait la toilette.

Dans les villes de Morlaix, St-Pol, Roscoff, Lesneven, le costume de gala était à peu de chose près semblable à celui des cultivatrices. Le shall tapis était plus long et la coiffe de cérémonie appelée “'cornette” ou “catiole” se terminait en pointe contrairement à la coiffe de tulle très large du bout.

La cornette qui se porte encore du reste dans beaucoup de localités rappelle plus ou moins l'ancien hennin et devait être il y a un siècle et plus la coiffure de la majeure partie du pays breton bretonnant. On la retrouve en effet avec quelques modifications suivant les pays dans toute la partie bretonnante des Côtes du Nord, dans tout le Léon, moins Plougastel. Je la retrouve également à Carhaix et à Douarnenez. Ne la retrouve-t'on.pas aussi dans certaines parties du pays français et je ne garantis pas que l'ancienne coiffe des environs de Saint-Brieuc ne soit pas la cornette ou la catiole très élargie. Et dans le pays de Fougères ce petit papillon en dentelle que la femme porte au milieu de la tête n'est il pas une cornette en miniature. Elle porte du reste dans le pays le nom de catiole qui plus ou moins modifiée devait être la coiffure classique de la Bretagne et devait remonter au temps de la Duchesse Anne qui portait le hennin.

Dans la partie bretonnante des Côtes du Nord et même dans la partie du Finistère allant de Morlaix à Lannion, c'est à .dire dans tout le Trégor, ainsi que dans le Goëlo, l’ancienne coiffure était la grande catiole, dont les deux côtés relevés à l’ordinaire se rabattaient en cas de deuil,ou lorsque les femmes s'approchaient da la Sainte Table.

Ma mère avait.connu au Faouët un vieux Recteur qui refusait la communion aux femmes qui se présentaient:à la Sainte Table avec les deux pans de la coiffe relevés. Cette antique coiffe fut remplacée vers 1850 par la coiffé actuelle appelée jubilé je ne sais pour quelle raison.

Cette coiffe plus gracieuse que l'ancienne est elle-même du reste en train de disparaître et-les jeunes filles de 20 ans l'ont complètement abandonnée ainsi, à plus forte raison que la coiffe de cérémonie, si gracieuse cependant et qui n’est autre que l'ancienne coiffe modifiée et mise avec beaucoup plus de coquetterie. Malheureusement elle ne sera bientôt plus qu’à l'état de souvenir. En Cornouaille et dans le Vannetais le costume de femme se maintient davantage mais le costume masculin est en train de disparaître dans toute la Bretagne.

La guerre de 1914 lui a porté le coup  fatal:

Mais je reviens aux vieux usages du pays de Roscoff et spécialement à ceux qui avaient lieu pour les mariages. La demande en mariage se faisait bien entendu de vive-voix et avec beaucoup de solennité. Anciennement, c'était presque toujours le Tailleur qui était chargé par le marié de cette délicate mission. Le tailleur a en effet généralement la langue bien pendue. Il-s'exprimait en vers. On l'appelait “baz valan” (bâton de genêt, apparemment parce qu’il se présentait muni d’une canne de cet arbuste).

Lorsqu’il avait réussi dans sa mission, les nouveaux mariés lui offraient une paire de bas jaunes. Dans ma jeunesse cet usage n’existait déjà plus. C’était ordinairement le père du marié ou à défaut le parrain qui faisait la demande.

Il débutait toujours par la phrase sacramentelle : “Vous connaissez sans doute le but de notre visite”. Un accord tacite avait d'ailleurs eu lieu au préalable le jour de la Gwelladen ou visite domiciliaire que faisait la jeune fille et sa famille aux parents du futur pour se rendre compte de l'état des lieux, champs, mobilier, bétail, etc..

Si le rôle du tailleur n'existait plus pour la demande en mariage, il était toujours en honneur le jour des noces ; le marié se présentait avec lui au domicile de sa fiancée avant le départ pour l'église toute la jeunesse les accompagnait ; les parents de la mariée les recevaient sur le seuil de la porte d'entrée; et là, le tailleur y allait de son boniment - en vers généralement plaisants –“Qui cherchez-vous ?”demandait un membre de la famille. “Je cherche celle qui doit faire mon bonheur” répondait le tailleur au nom du marié puis suivait tout le boniment en vers.

On amenait alors sur le seuil la plus vieille femme de la famille.- “Est-ce celle-çi. que vous cherchez ?” demandait-on au marié, lequel,répondait toujours, par la bouche du tailleur .”Cette femme peut avoir beaucoup de qualités, mais elle est-un peu mûre pour moi - celle que je cherche est parée de tous les charmes de la jeunesse”. Une.fillette de 12 à 13 ans se présentait alors : “Ce n’est pas encore elle que je cherche. Cette fillette dans quelques années pourra faire le bonheur d'une autre jeune homme, mais elle est trop jeune pour moi”. La nouvelle ,mariée paraissait enfin et devait subir à son tour une avalanche de compliments plus ou moins drolatiques et le cortège se mettait alors en route, à pied lorsque la ferme était située près de la ville 'dans de nombreux chars à bancs si le mariage avait lieu à une certaine distance de l'église. La mariée montait avec ses parents dans le char à bancs de tête, lequel était conduit par l'un des trois garçons d'honneur et dont le chapeau était entouré de nombreux rubans multicolores ; la voiture du marié fermait le cortège.

Jadis le repas de noces se faisait dans le Léon à domicile, usage excellent qui existe encore-dans le Tréguier, dans les Côtes du Nord et dans certaines parties de la Cornouaille. Chaque parent ou voisin y apportait son offrande, qui une ou deux livres de beurre, qui un litre de crème, une douzaine d'oeufs qui servaient à confectionner le fameux far au four dont je parlerai plus loin. Le menu se composait ordinairement de bonne soupe au pain, bœuf bouilli, tripes que l'on laissait mijoter au four de campagne pendant une nuit entière, rôti de veau et far au four  qui, avec les tripes, constituait; le grand régal du repas. Une noce était côtés suivant la finesse de ses tripes et de son far au four.

Le fait est que les tripes cuites de cette façon damaient le pion à toutes les tripes à la mode de Caen et que le far au four valait tous les entremets de la terre à condition qu'on n'y marchandât pas les œufs et la bonne crème.

Actuellement, parait-il, tous les repas de noces se font en ville, dans une auberge.

Les repas se servaient ordinairement dans une grange ou sous une tente quand les invités étaient très nombreux. Le service était tout ce qu'il y a de plus primitif ; le couvert n'existait pas. Une seule cuiller en bois qui servait pour le potage et pour les tripes pas d'assiettes. Une soupière pour 10 convives où chacun puisait avec sa cuillère. De même un plat de viande pour 10. Quant au bœuf et au veau, chacun y découpait sa portion à même le plat (tout cultivateur breton est muni d'un couteau) puis le posait sur son pain. J'avoue que j'ai vu disparaître sans peine ce dernier usage.

Chaque convive avait cependant son verre, mais c'est là un luxe qui parait-il, n'existait que depuis peu.

Dans ces repas cependant si primitifs une petite note de luxe existait : la mariée et ses demoiselles d’honneur fournissaient à leurs cavaliers de fort jolies serviettes, bordées de dentelles et d'une forme particulière. Quant à la mariée et à son escorte féminine, elles s'en passaient.

Dans ma jeunesse, on chantait peu dans les repas de-noces. Le Léonard n'est d'ailleurs pas très musicien mais le banquet se terminait toujours par les Grâces, dites par l'un des doyens de l'assistance et le De profundis pour les défunts.

La danse non plus n'était pas très en honneur si ce n'est en ville, quelques rondes chantées. Le biniou n’était pas connu dans le Léon où d'ailleurs le clergé continue à se montrer très sévère, intransigeant même sous le rapport de la danse. C'est ainsi qu'à l'heure actuelle encore le curé de St Pol refuse de chanter le service habituel pour les parents défunts des mariés, si ces derniers ne promettent pas de cesser la danse au coucher du soleil. Au banquet l'on suspendait toujours une immense couronne, ou plutôt une immense cloche faite de feuillages et de fleurs, à l'intérieur de laquelle on plaçait, à Roscoff pays de culture maraîchère, lorsque le marié était un cultivateur, têtes d'artichauts ou de choux-fleur, suivant la saison.

Cet usage existait aussi en ville ou chaque artisan avait dans sa couronne les attributs de son métier et les marins une petite ancre, parfois un petit bateau.

Il n'y a pas de fête sans lendemain aussi le retour de noces était-il de nouveau un jour de réjouissances ; l'assistance était presque aussi nombreuse, beaucoup plus de gens d'âge cependant que le jour du mariage, ceux-ci étant chargés de garder la maison ce jour-là. Dès le fin matin les soupes au lait mijotent sous l'oeil vigilant des jeunes filles pendant que les jeunes gens se rendent à la ville pour se procurer des bouteilles de liqueur qu'on affuble de nombreux rubans de différentes couleurs semblables à ceux qui ornent le chapeau du garçon d'honneur-cocher, puis vers 10 heures, le cortège se met en marche, les jeunes filles munies chacune d'une bouteille de liqueur enrubannée, les jeunes gens d'une terrine de soupe au lait et d'une cuiller. Dans ma petite enfance, nos fermiers commençaient toujours leur tournée par Kerestat. On déposait soupières et bouteilles dans la cour d'honneur et l'on dansait des rondes autour, puis avec solennité le marié s'approchait de ma mère et lui offrait une cuillerée de soupe au lait pendant que la mariée versait à mon père un verre de liqueur. Puis les autres couples se partageaient pour régaler le reste de.l'assistance.

Lorsque le temps le permettait les jeunes gens revêtaient pantalon de piquée blanc, filet noir, turban et veste bleus (grez-glaz), les jeunes filles coiffe plates, jupe bleue et shall tapis. On faisait ensuite le tour de la ville, les jeunes filles offrant des verres de liqueur à leurs connaissances masculines qu'elles rencontraient, allant aussi parfois les chercher à domicile. Les jeunes gens distribuaient force cuillerées de soupe au lait à leurs connaissances féminines.

Vers 1 heure avait lieu le second banquet. Même menu que la veille ; puis danses en rond jusqu'au souper. Après quoi cérémonie de la soupe au lait aux mariés si souvent décrite et la même dans toute la Bretagne bretonnante.

A Roscoff ville les mariages se passaient avec moins de mise en scène. Je dois cependant signaler un usage assez touchant qui se pratiquait pour les mariages des pilotes et des capitaines au cabotage. Après la cérémonie nuptiale, alors que la mariée sortait de l'église au bras de son époux, arrivé au .milieu de la nef, le jeune couple s’arrêtait ; un petit bateau suspendu à la voûte descendait à sa hauteur, la mariée en retirait une petite ancre qu'elle remettait à son époux en semblant lui dire “Cette ancre est le symbole de l'amour que nous avons l'un pour l'autre et qui doit s'ancrer dans nos cœurs jusqu’à la fin de nos jours”.


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