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Histoire du Chantier Kerenfors à Roscoff

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Pendant près de trois siècles, le chantier naval le plus important de Roscoff
fut l'affaire d'une famille, la famille Kerenfors.

Notes réunies par Michel FEREC, époux de Marie-Jo KERENFORS ( fille de Joseph )

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Vues du chantier


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Le 11 février 1669, mariage de François KERENFORS, de SAINT PIERRE, et de Catherine MASSON, gouvernante du Sieur du CARPONT, en présence du sieur du CARPONT, du sieur PRATMENOU HELIES.

Catherine MASSON descendrait-elle de Pierre MASSON qui était en 1574 "Maître après Dieu du navire nommé LA TRINITE du port de 250 tonneaux de la ville de ROSCOU ?" Ce n'est pas impossible.

La paroisse SAINT PIERRE représentait la partie droite du chemin menant de l'église de ROSCOFF à SAINT POL.

Ses lieux et dates de naissance ne sont pas mentionnés sur l'acte de mariage. Compte tenu de l'ancienneté des registres de la paroisse de ROSCOFF il semble qu'il n'y soit pas né.

Au moins sept enfants sont issus de ce mariage dont entre-autres :

A noter que le sieur PRATMENOU RELIES était syndic des classes. Servant d'intermédiaire entre les marins roscovites et les autorités ,il était choisi en fonction de sa notabilité. Il devait choisir les matelots requis pour le service du Roi.

De ce mariage naîtront huit à dix enfants dont Tanguy KERENFORS deuxième du nom. Nous savons peu de chose sur l'activité du chantier d'alors sinon qu'en 1711 Tanguy paie trois livres comme taxe de charpentier, son frère Jean , quatre livres.

Le chantier s'installait parfois à MORLAIX quand la taille des bateaux commandés l' imposait.

Le 12 février 1744 "Noble Homme Jean MARZIN déclare avoir fait construire sur la cale du Styvel à MORLAIX par Jean Kerenfors, maître charpentier à ROSCOFF un navire : L'ESPÉRANCE".(1)

Il est probable que le ou les charpentiers de Roscoff construisaient certains des navires attachés à ce port. Ils recevaient parfois des commandes d'ailleurs, de ROUEN et de BREST notamment.(2)

On note en outre, que Kerenfors, Charpentier de marine de Roscoff (Jean ou Tanguy ?) fournit en 1712 le dessin du nouveau tombeau de Saint Paul Aurélien dans le chœur de la cathédrale de Saint Pol de Léon, tombeau en marbre noir, sculpté à Laval, transporté à Nantes, puis par mer de Nantes à Pempoul en 1713.

Cet entrepreneur était équipé de poutres, de câbles et de rouleaux Le dessin lui fut payé une livre sept sols. L' inscription latine gravée par Kerenfors fut martelée à la révolution.(3)

Réparation du quai de ROSCOFF

SAINT POL ne voulant pas participer à la réfection du quai, les armateurs et notables de Roscoff forment une société en 1715. Nicolas LAMBERT, Sr de LA PORTE NOIRE en est le trésorier.Le travail commence, il durera plus de quinze ans. (procès verbal de réception du 19 février 1743.

Dans le mémoire des avances faites pour la réparation dudit quai , on trouve entre-autres:

Sous LOUIS XV la livre valait 1,66 franc d'avant 1914, le sol était la vingtième partie de la livre; la journée d'ouvrier se payait de 6 à 20 sols.

Tanguy KERENFORS, deuxième du nom, épouse le 28 août 1740 en l'église de ROSCOFF, Jeanne-Louise Kervel. Ils sont dit "honorables gens". Sont présents Tanguy le père et Jean Kerenfors le frère. C'est le troisième mariage du dit Tanguy après Marguerite Calvez (décédée le 9 juillet 1736) et Marie Kerbrat ( décédée le 30 avril 1740)

Jacques KERENFORS issu du troisième mariage, naît le 29 octobre 1751. C'est lui qui prendra la suite de son père. Il est dit "Charpentier de mer" lors de son mariage le 15 juin 1778 avec Marie Anne le SCAN (Honorables Gens). Signent comme témoins, Tanguy, le père et Jean Kerenfors, son oncle. L'épouse signe également, ce qui est rare pour I'époque. Les renseignements que nous possédons sur Jacques relèvent plus de son activité au sein de la paroisse, puis commune de Roscoff, que de celle de "Maistre constructeur de barques".

Nous en énumérons les dates successives :

En 1783, il fait partie du corps politique, dont l'objectif essentiel était de défendre, conserver, arrondir au mieux le bien paroissial. Le 01 avril 1789, il signe avec d'autres notables, le cahier de doléances. Attaché aux idées nouvelles, le 18 décembre 1789, il offre, en don patriotique, une paire de boucles de souliers en argent.

Le 31 janvier 1790 il est éligible et il vote en vue de l'élection de la Municipalité de Roscoff. Pour cela, il fallait payer au moins 7 livres 10 sols d'impôt (soit dix jours de travail à 15 sols la journée).

Le 15 novembre 1790 , il est nommé procureur.

Le 1er mars 1791 il co-signe l'adresse de Roscoff à l'Assemblée Nationale, en vue de la séparation d'avec SAINT POL.

Le 16 juin 1792 il est chargé de faire disparaître de l'église les emblèmes particuliers de prééminences proscrits par la loi et mission accomplie, il en informe le district. Vitriers et maçons se sont chargés de l'enlèvement des armoiries sur vitres et dans les chapelles de l'église : Evêque de Léon, Sieur de Kerestat etc.... Les quittances sont adressées à Monsieur de Kersauson, marguilier. Il réalise en outre, l'inventaire de l'argenterie de l'église en compagnie de Yves Heurtin, premier officier municipal. Le 10 juillet 1792 la municipalité, "ouï son procureur" proteste contre l'enlèvement illégal des capucins de Roscoff dans la nuit du 8 au 9 de ce mois.

Le 21 juin 1794 il signe "agent national".

Le 19 vendémiaire an II (10 août 1793), chose curieuse, il contracte un engagement dans la marine, il a 42 ans.

Compte tenu de toutes les activités de son patron, il est probable que le chantier bénéficiait de l'aide familiale, notamment de son frère, de son fils François (dès 1797) et de son neveu Guillaume.

Les renseignements sur l'activité du chantier, notamment du XVIII ème siècle, sont peu nombreux. Les Archives de l'Amirauté de Morlaix détruites lors d'un bombardement sur Brest en juillet 1941 contenaient certainement de précieux éléments sur cette époque.

Jacques Kerenfors décède à Roscoff le 14 novembre 1832 à 81 ans au domicile de François.

François Kerenfors épouse à Roscoff le 19 octobre 1813 Marie Renée SINOU, 17 ans. Il est domicilié rue du quai. Sont présents au mariage, entre autres, Jacques Jean Kerenfors, maître charpentier de marine en ce port, Yves Sinou, gendarme de la marine, père de l'épouse, Guillaume Greunen, syndic de la marine en ce port. Un seul enfant naîtra de ce mariage, Hyacinthe, le 17 janvier 1815, déclaré en mairie par ses deux grands-pères, Jacques Kerenfors et Yves Sinou.. Renée Sinou décède en effet le 19 août 1817.

François se remarie avec Marie Josèphe GUILLOU le 26 novembre 1817. Treize enfants naîtront de ce mariage, mais c'est Hyacinthe qui succédera plus tard à son père dans la direction du chantier.

A noter que ces charpentiers de marine, inscrits au matricule des gens de mer comme ouvriers navigants, pouvaient être requis à tous moments pour le service des arsenaux ; ainsi François Kerenfors "levé" à Roscoff pour Brest le 4 avril 1816, "levé" à nouveau le 17 juin, charpentier au port de Brest à 1,60. Le registre matricule le signale brun aux yeux bleus, mesurant 1,68m. Ainsi également "levé" son frère Guillaume en 1818 "permis de 15 jours pour aller travailler à Morlaix au radoub d'un navire appartenant au sieur MAURE."

François a probablement servi dans la marine sous le Premier Empire, la médaille dite de Sainte Hélène était en effet conservée dans la famille. Cette décoration instituée par Napoléon III en 1857 était destinée à tous les militaires français et étrangers des armées de terre et de mer ayant combattu de 1792 à 1815 et encore en vie.

Le savoir-faire de ces artisans charpentiers se transmettait de père en fils, de maîtres à apprentis. L'activité de pêche alors florissante sur cette côte fournissait une clientèle fidèle : Sloops, gabares, cotres , cutters, sont les appellations les plus remarquées dans les registres avec, dès le milieu du 19ème siècle, une évolution vers la plaisance, d'abord timide et plus marquée en fin 19ème et début 20ème, la réputation du chantier débordant assez largement le cadre local.

En 1865, François Kerenfors transforme "Le Rodeur" de 18,75t construit à l'Auberlach en bateau de plaisance et le conserve pour son usage personnel .

La moyenne des constructions neuves après stagnation au début du 19ème siècle compte tenu de la conjoncture (conflits post-révolutionnaires, guerres napoléoniennes) sera en augmentation constante dans sa deuxième moitié. Le tonnage moyen des unités construites est relativement modeste.

La qualité de la construction, héritée peut-être de la tradition ancestrale de la course et de la contrebande, se spécialise de plus en plus en des bateaux légers et rapides.

La clientèle s'étend de Brest à Saint Brieuc. Si les yachts et ses navires de commerce lui assurent une grande part de son prestige, la qualité de ses bateaux de pêche est réputée des connaisseurs.

François Kerenfors meurt le 29 avril 1873 à 87 ans, alors que son fils Hyacinthe a repris le flambeau depuis une trentaine d'années.

Hyacinthe a épousé à Roscoff le 30 avril 1838, Théotiste Rolland, fille de Barthélémy et Marie- Josèphe Benoit. Il est dit "constructeur de navires". Douze enfants naîtront de cette union.

L'activité du chantier va alors atteindre un rythme soutenu. La moyenne des unités neuves s'élève à une dizaine de bateaux par an (4) dans les années 1860 / 1870. La plaisance y tient une part de plus en plus importante. Hyacinthe en est lui-même un fervent adepte. En fin barreur, il remporte les régates de Brest en 1849, à la barre du "Casimir", cotre à clins de 4 t. construit en 1846. Sa supériorité était telle, qu'aux dires des observateurs, "il faisait deux fois le tour de la lice, tandis que ses concurrents n'en faisaient qu'un seul.

C'est également en 1849 qu'eurent lieu les premières régates de Roscoff. Simples courses entre pêcheurs au début, elles attirèrent des concurrents passionnés de plaisance venant des ports de la baie de Morlaix et de plus loin. L'émulation était forte entre pêcheurs et plaisanciers.

Parmi les constructions du chantier, on relève des unités importantes comme :

Outre son "Casimir", Hyacinthe possède "l'Océan" (3t.31) construit en 1859 pour le bornage. Il porte par ailleurs intérêt à sa commune et à sa paroisse puisqu'il est conseiller municipal à compter de 1848, puis adjoint au maire jusqu'en 1870. I1 est en même temps conseiller de fabrique, parrain de la quatrième cloche de l'église N.D. de Croaz Batz.

Le couple résidait place de l'église. Hyacinthe Kerenfors avait en effet acheté auprès d'un M. SALSAC, par acte du 28 décembre 1842, une propriété composée de deux maisons à un étage, avec cour et magasin ayant servi autrefois d'écuries, et une terrasse sur la mer (emplacement actuel de l'hôtel Talabardon en sa partie droite). C'est là que naît Anselme le 26 mars 1850. En 1862, le couple fera construire à l'emplacement d'une vieille maison contiguë, un immeuble de deux étages, avec grande terrasse côté mer (partie gauche de l'hôtel Talabardon).

Il avait également été propriétaire d'une maison ( démolie et reconstruite en 1905) au 23 bis, place Lacaze Duthiers (actuellement maison Seïté). De 1852 à 1896, les mêmes possédaient la maison du 5 rue Amiral Reveillère : Anselme en héritera (propriétaire jusqu'en 1916).

Associé à son frère Francisque, son aîné de 9 ans, il prendra la suite de son père qui décède le 28/07/1896 à l'âge de 81 ans. Pendant quelques années, Raymond, autre frère, né en 1857, participe à l'activité du chantier, puis entre en religion en qualité de frère à l'abbaye de Solesmes sous le nom de frère Bernard.

Anselme épouse le 27 octobre 1874 Félicité Leva, fille de feu Jean-Louis Leva en son vivant capitaine du brick "L'Hercule" et de Marie Josèphe Rolland, propriétaire, en présence de Francisque son frère 32 ans, Prosper Kerenfors, maître au cabotage, son oncle, Jérome Salaün notaire, et Urbain Servet.

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A noter qu'une mention figure à son acte de mariage :"Le contractant, ses père et mère et ses quatre témoins ci-dessous nommés, nous affirment par serment, que dans l'acte de naissance du futur époux, le nom de Kerenfors porte un "t", tandis qu'il eu dû porter un "s", conformément à l'acte de naissance du père inscrit sur nos registres à la date du 17 janvier 1815. La mention ci-dessus, faite conformément à l'avis du Conseil d'Etat du 30 mars 1808".

Ainsi est close l'incertitude de l'orthographe du patronyme qui au cours des siècles subit plusieurs modifications :(Keranfors, Kerenfort etc...) sans oublier la coutume du K barré, qui a amené des secrétaires de mairie à créer le nom de Kenfors, encore porté à ce jour.

"Kerenfors Frères" continuent la tradition héritée de plusieurs générations et contribuent à maintenir la réputation du chantier tant en constructions de bateaux de service (pêche, chaloupes pour la Marine), qu'en unités de plaisance.

Le témoignage de Jacques de Thésac qui leur à confié la construction de son yacht " Roscovite" à la fin des années 1880, ne manque pas d'intérêt à cet égard :"et puisque je parle de Kerenfors, je ne peux me dispenser de vous dire quelques mots de ces bateaux de pêche. Ces embarcations ont des qualités merveilleuses qui les rendent redoutables dans toutes les courses de la région. On les a vues, aux régates de Roscoff, par brise forte, porter bravement leur flèche pointu, alors qu'elles auraient été très suffisamment voilées avec leurs voiles majeures" (Le yacht 1886)

C'est en 1879 qu'est construite la goélette "L'Hélène" d'un port de 62t. destinée au long cours et cabotage pour M. Jérome Saiaün de Roscoff. On peut lire à son sujet dans le "Yacht" du 02 juillet 1887 :"Les navires de pêche, cette spécialité si intéressante, sont fort bien représentés dans la collection du Véritas; dans la section française, le modèle de la goélette "Hélène": "construite en 1879 par Mrs Kerenfors Frères, à Roscoff, est certainement aux yeux des connaisseurs, un des plus remarquables de l'exposition, il est impossible de dessiner des formes plus élégantes et plus parfaites et on croirait voir un champion de la Coupe de l'América plutôt qu'un simple bateau de pêche : il a du reste toujours donné comme vitesse des résultats magnifiques".

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Au sujet du yacht de croisière "Roscovite", "Le Yacht" signale que le premier fut construit en 1880 pour M. de Thezac, qu'il appartient par la suite à M. de Kerdrel qui appréciait les qualités exceptionnelles de tenue et de maniabilité de ce petit cruiser aux formes bien marines.

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Suivront en 1890 et 1891 L'Hermine et L'Olympia. Le Yacht relate la mise en chantier de ce dernier dans son édition du 21 mars 1891 :"La coque qui est presque terminée, est d'une construction extrêmement soignée, comme celle d'ailleurs de tous les yachts que construisent les frères Kerenfors qui apportent, on le sait, dans leurs travaux beaucoup d'habilité et beaucoup de conscience, ce qui explique la médaille d'argent qu'ils ont obtenue à l'Exposition du Havre, pour leurs modèles de yachts et de navires de pêche."

La maladie oblige Francisque a cesser son activité. Il décède à 56 ans le 30 août 1898 dans sa maison du 14 rue des Perles (actuellement rue Armand Rousseau) Déclaration par Anselme, son frère et Adrien Stéphan, pharmacien, ami du défunt. Il est dit propriétaire : il est probable que cette maison de la rue des Perles ou une maison voisine était dans la famille depuis longtemps : en effet il est question d'un Keranfors dans un aveu d'Alexis Prigent (de la Portenoire) à l'évêché du Léon le 12 mai 1703, qui déclare : rue des Perles, une maison avec cour, jardin, cellier, dans la cour autre petite maison, au midi, jardin du sieur de Keranfors (5)

Il avait été conseiller municipal de 1876 à 1896. En 1863, il avait reçu du Préfet Maritime de Brest, un témoignage officiel de satisfaction pour le courage et le dévouement dont il avait fait preuve "à l'occasion du sauvetage d'une gabarre qui venait de chavirer à environ un mille de la pointe de Bloscon.".

Après la mort de son frère, Anselme continue l'exploitation du chantier dont l'activité demeure importante en cette fin de siècle, tant en bateaux de pêche, qu'en unités de plaisance.

Locataire de la commune, il adresse au Maire, le 25 octobre 1895, une demande d'autorisation « de construire des hangars à mes frais, pour mettre quelques bateaux à l'abri et y faire travailler mes ouvriers lorsque le temps est mauvais et remiser mes bois au sec ».Il doit en effet soumissionner des embarcations pour l'Etat : six unités en grandes chaloupes de 12,50 mètres et canots de commandement. Accord donné par délibération du 29/11/1895.

Suivant la demande des pêcheurs roscovites, le chantier s'applique à construire au début du siècle, des grands cordiers caractérisés par un arrière assez bas sur l'eau ( cul de poule ) et capable de supporter une grande surface de voilure qui leur confère vitesse et maniabilité.

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Se succèdent aussi entre autres :

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Depuis 1889, Anselme et sa famille résident au 22 rue Amiral Réveillère, vieille maison à avancée du XVI ème  siècle, donnant sur l'ouverture du nouveau quai. Son épouse en a hérité de son père Jean Louis Léva, capitaine au long cours.

En 1900, Anselme est conseiller municipal.

En 1905, ils ont huit enfants.

Anselme prend sa retraite vers 1910, Armand prend la suite du chantier. L'intermède de la guerre verra Anselme reprendre du service pour pallier l'absence de son fils mobilisé. Un autre fils, Félix, Capitaine au long cours, décède lors de la campagne des Dardanelles en 1915, officier sur le croiseur-auxiliaire « Savoie ».

Aux chantiers, les commandes sont encore nombreuses dans les années 1920 / 25, Elles viennent des pêcheurs de Moguériec, du Conquet, de l'île Molène entre autres. On note même celle d'une personne du Légué, port de Saint-Brieuc.

Paul, fils d'Armand, était du voyage pour la livraison, à huit ans il trouvait les couchettes un peu dures.

C'est vers ces années que fut construit probablement le dernier cordier de Roscoff pour Esprit Le Mat : « L'Ariel II ».

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Le chantier occupait encore à cette époque de sept à huit ouvriers et un mousse. Avant que la scierie ne fut installée, il fallait travailler dur pour honorer les commandes et même parfois le dimanche. L'autorisation du Recteur était alors nécessaire ( lue en chaire à l'office).

Quelques noms : le contremaître Le Roux, Jézequel, Nicol et plus tard Félix Le Corre qui reprendra le chantier.

Un des derniers bateaux construits: « Le Nethou » lancé en 1926, pour un Cannois qui logeait à l'hôtel de Bretagne pendant la construction. Destiné à la plaisance, ce cotre de 12m,25 rejoindra la Méditerrannée . Il aura une longue histoire qu'on pourra lire par ailleurs.

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En 1924, le couple Anselme-Félicité aura la joie de fêter ses noces d'or entouré de ses enfants : Armand époux de Marie Servet, Jeanne épouse de Victor Talabardon, Aglaë, Joseph, ingénieur aux Forges et Chantiers de la Gironde à Bordeaux, époux de Suzanne Picot. Les deux filles aînées, Renée et Marie, religieuses à Guingamp et Fougères, s'associeront de loin à la fête.

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Armand décède en 1930.

Le 26 octobre 1932, Anselme Kerenfors s'éteint à son domicile à 82 ans, quatre ans après son épouse.

Le 16 octobre 1930, il avait ajouté à ses dernières volontés déjà notifiées en 1915 :« Mon fils Armand étant mort avant moi, le chantier de construction va être vendu. Ayant donné tous mes modèles et gabarits à Armand à part le « Guimili » fait par mon père, le « Marsoin » fait par mon frère Francisque et l' « Héléne » fait entièrement par moi, je donne ce dernier à Joseph, mon fils. Les deux autres modèles resteront dans la maison maternelle. Je donne à Joseph, s'il les veut, mes médailles et les diplômes du Havre et de Brest, mon diplôme Grand Prix de Paris que j'ai obtenu à l'Exposition Universelle de 1900 ainsi que la médaille de l'Exposition de Scheveningen, Hollande, 1895. »

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Ainsi s'achevait l'histoire du chantier Kerenfors qui allait être repris, avec des fortunes diverses d'abord par Félix Le Corre puis par Goulven Le Got.

Pendant plus de deux siècles il aura créé et maintenu une qualité remarquable dans la construction marine, établissant ainsi une réputation ayant dépassé les frontières du « Port et Havre de Roscoff »

Notes réunies par Michel FEREC, Epoux de Marie-Jo KERENFORS (fille de Joseph )

Dernière modification : 09 mai 2009