La vie quotidienne à Roscoff - Poésie - Jean-Marc Nicol

Pourquoi écrit-on de la poésie
Jean-Marc NICOL

Jean-Marc Nicol

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Au départ, car je crois qu'il y a toujours un commencement à toute chose, naît le besoin de vivre une aventure ! Qu'elle soit physique, morale ou intellectuelle, peu importe ! Le but c'est l'engagement ! Ou la recherche, plus véritablement de quelque chose qui vous dépasse, qui vous transporte ou qui vous fasse vivre au sens étymologique du terme : Être en vie, exister !

Les voies sont nombreuses mais peu mènent au but vers lequel on essaie de tendre le plus largement possible ! Peut-être parce qu'à la base, le cadre de champ d'exploration est trop mal défini ! Mais, quand il est connu, défriché, exploré, il vous conduit, bien souvent, aux delà même de nos premières espérances. Cette impression s'est vite confirmée en empruntant le chemin de cette aventure poétique. Une aventure, soit dit au passage, dans laquelle je me suis révélé, contemplé et observé même avec l'étonnement de celui qui ne se reconnaît pas. Je n'étais donc pas celui que je pensais être mais cet autre, guidé par sa propre inspiration.

Et avec pour seul outil, le bel usage des mots pour façonner et façonner encore des vers toujours plus libres et toujours plus audacieux ! Car dès l'instant où je me suis lancé dans la poésie, il ne s'est plus agi que de cela ! En somme créer ou recréer un espace de totale liberté, me lancer dans une recherche permanente de l'inaccessible beauté, mais aussi me révéler, à travers une succession d'impressions et d'images au sein d'un monde totalement imaginaire ! Je me devais donc de voir ce que les autres ont cru voir, selon Rimbaud.

Vision qui, en interpellant tous les sens, donnait bien sûr cette faculté, de l'autre côté du mur, de voir pour comprendre, de voir pour savoir, mais surtout de voir pour être celui que l'on doit être résolument.

Y suis-je parvenu ? Je pense que le risque d'apparaître présomptueux est trop grand en répondant à cette question. Alors ! Dois-je l'occulter ou tenter néanmoins d'y répondre ! La question a au moins le mérite d'être posée ! Quant à la réponse, chacun jugera libre, en lisant ces poèmes, de l'apporter ou pas !

Jean-Marc Nicol


Tableau - Galerie Barazer

Tempête

Au milieu des flots déchaînés,
Hurlant comme le cri d'une bête éventrée,
Le vent sème son indicible terreur,
Sur l'immense toile verte d'un océan sans âge,
Où de semblables vagues, depuis des siècles,
Inlassablement, ont pétri son visage,
Au point parfois, de faire naître la peur,
Á ces bateaux, qui, pourtant aguerris,
A se frotter à de telles fureurs,
Souvent, s'étonnent de scruter avidement l'horizon,
Dans l'espoir de voir, avec davantage de raison,
Apparaître une mer, soudain reconnaissable,
Á la richesse brodée de son beau blason.


Ar John
ou Le vendeur d'oignons

De ces contrées lointaines, vastes paysages,
Où des braises de nuages ardents,
Toujours, brassent la lumière rouge du voyage,
Modelant l'innocence argileuse des visages émaciés,
Qui épient la barre des mers hauturières,
Comme si celle-ci était à gouverner.

Qu'attendent-ils, ces Johnnies?
Marins... Aux mouchoirs crasseux noués de leurs adieux,
Qu'attendent-ils de leur nouveau foyer,
Que réchauffe l'âtre des cieux?
S'étendent-ils déjà,
Sur le lit de cette mer aux caprices matois?

Habillés par le vent de leur silhouette,
Les transportant loin... Loin de toutes ces tempêtes,
Qui rageusement, parfois se déchaînent,
Traquant la vulnérable bête,
Abrutie par ces assaillants de nulle part,
Parcourant ce monde en faisant bonne fortune du hasard.

Ils crachent, jurent, de revoir la belle encolure,
Fauve, qui s'égrène dans la luxuriance des ports,
La main, tremblante, barrant le front mat du réconfort ;
Ou épaulant un camarade, harassé,
Qui s'endort, en pensant à ces chapelets de fierté,
Qu'ils présenteront, dès l'aube, aux avenues mal éclairées.

Les Johnnies parcourent villes et campagnes...


Cela fait plusieurs années que Jean-Marc Nicol se livre à une passion discrète, mais à laquelle il consacre beaucoup de temps. Plus connu à Roscoff et sur les terrains de la région pour ses talents de footballeur, ou sur le port dans le milieu du mareyage et de la pêche, Jean-Marc Nicol travaille avec assiduité dans un isolement qui ne saurait contredire un côté convivial et chaleureux.

C'est avec les mots et l'écriture qu'il trouve les moyens d'exprimer la profondeur de sa sensibilité aux événements, aux lieux et aux autres. Cette démarche pleine de conviction l'a conduit à exposer déjà ses poèmes dans un bar du vieux port, le « Winch Pub », l'an dernier. Les textes ont attiré l'attention des personnes qui se sont arrêtées un moment pour les lire, et Jean-Marc Nicol vient à nouveau au devant du public pour rendre à la poésie une place qu'elle n'a guère dans la vie quotidienne. La présentation d'une grande sobriété retient le lecteur et l'entraîne à son tour dans une méditation sur les thèmes qui nous élèvent au delà de nous-mêmes.

Au soir du vernissage, au Casino de Roscoff, de cette exposition inhabituelle, nombreux ont été celles et ceux qui ont été sensibles au message attentionné et généreux du jeune poète.

Contact Jean-Marc Nicol - 02 98 69 74 28

Extrait d'un article d'Ouest-France - Été 2001