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  • Extrait :
    Pages  140 et   144


Ports des Hébihiens et de la Frenaye.

A environ trois lieues à l'ouest de Saint-Malo, on rencontre au milieu des rochers, un excellent mouillage nommé les Hebihiens , et plus loin un autre [graphic]dans la Baye la Frenaye ,  du côté de la pointe de Saint-Cast, où les caboteurs se réfugient pour se soustraire à la poursuite des croiseurs ennemis. J'observerai cependant que ces deux ports n'offrent pas autant de ressources que le marais de Dol , sous le rapport des travaux, de la sûreté maritime , et de l'utilité publique. Malgré cela, avec un peu de travail et quelques redoutes, ils pourraient toujours servir de relâche momentanée aux bâtimens de guerre français. Ceux du commerce y trouveraient alors un asile assuré contre les vaisseaux ennemis ; cette opération peu dispendieuse donnerait a la France deux mouillages sûrs , autour desquels s'élèveraient avec le temps deux villes maritimes.

Port de Roscoff

Indépendamment de la nécessité absolue d'un port d'état dans le vaste golfe qui s'étend depuis Saint-Malo jusqu'à La Hague, et des fortifications aux Hébihiens et à la Frenaye , il serait important d'avoir un port à un quart de lieue de Roscoff, dans la partie ouest de cette ville où il se trouve une très grande saline dans laquelle on laisse entrer la mer par le moyen des écluses ; on peut aisément la convertir en un port d'état respectable. Son entrée serait à l'ouest de la ville de Roscoff, que l'on fortifierait. Elle serait garantie au nord par l'île de Bas , sur laquelle on élèverait quelques batteries ; et à l'est, par les récifs qui se trouvent dans cette partie qui est réellement dangereuse.

Pour se convaincre de l'importance du port de Roscoff, il suffit d'observer qu'il est presque à l'ouvert de la Manche, et qu’il fait face à celui de Plymouth ; il offrirait une relâche sûre à une escadre qui , à la sortie de Brest pour entrer dans la Manche , aurait soutenu un combat, ou éprouvé un coup de vent de sud-ouest , ou dé nord-ouest, et qui ne pourrait plus regagner Brest. Dans le cas où ces évènements auraient lieu à l'est du port de Roscoff, l'escadre française, désemparée ou non , pourrait relâcher momentanément à la Frenaye ou aux Hébihiens , et regagner ensuite le port de Saint-Malo ou celui de Dol, ne pouvant doubler la pointe de la Hague pour se rendre à Cherbourg, sans être entièrement prise ensuite.

Ces différents ports, avec un autre du côté du « Havre », :et un autre entre Calais et Ostende, donneraient a la France la facilité de rassembler ses escadres dans la Manche,"où elles trouveraient plusieurs mouillages a de petites" distances ; et, dans un combat de mer, d'envoyer promptement des renforts à ses flottes. La France n'aurait plus la douleur de voir ses flottes succomber le plus "Souvent sous la supériorité du nombre, sans savoir où se réfugier pour se réparer. Elle ne verrait plus ses vaisseaux coulés par l'ennemi ou détruits par ses propres marins , par les rochers , par le feu ou par les naufrages.

Lorsque Bonaparte , en 1805, faisait à Boulogne des préparatifs de descente contre l'Angleterre, Sir Sidney Smith et les autres marins anglais rassuraient leurs concitoyens, en plein parlement, sur les moyens maritimes de la France, parce qu'ils ne consistaient, disaient-ils, que dans de frêles embarcations qu'ils surnommaient coquilles de noix, et que la France n'avait aucun port d'état à l'est de Brest et de Cherbourg, pour protéger efficacement ces sortes d'expéditions. C'est aussi cette raison qui avait déterminé Bonaparte à fortifier Anvers et les autres ports de la Hollande, afin d'assurer l'invasion de l'Angleterre, qui avait toujours été le plan qui lui tenait le plus a cœur, pour pouvoir consolider son système continental.

D'après cet exposé rapide, on voit combien il serait important que le Gouvernement ordonnât de former un port d'état, depuis Ostende jusqu'à Calais ; un autre entre le Havre et Cherbourg ; d'en construire un à Dol, d'améliorer le port de Saint-Malo ; de fortifier les mouillages des Hébihiens, de la Frenaye et de Benaudet, enfin de convertir la Saline de Roscoff en. un port d'état : ces opérations terminées , les Anglais deviendraient plus circonspects,   le pavillon français flotterait librement dans la Manche; leurs rivaux redouteraient avec raison les moyens de descente de la France, et la Manche alors ne serait plus connue que sous le nom de canal de la France.

Quant à la Méditerranée, on pourrait former un port de relâche à Brescou , dans le golfe de Lyon , commune d'Agde, en prolongeant la jetée et en faisant venir la rivière par un canal dans ce port factice. Cette opération coûterait au plus deux millions. Marseille est susceptible de quelques améliorations , ainsi que la côte qui conduit de Brescou à la forteresse de Figuières.

Tels sont les moyens puissants que la France pourrait offrir pour faire respecter ses côtes , et assurer à ses vaisseaux un abri contre toute insulte. Puisse le gouvernement se persuader qu'une marine imposante peut seule lui assurer l'indépendance des mers , et la préserver de la guerre avec l'Angleterre; parce que cette puissance sait, a n'en pas douter, que c'est le seul rempart qu'on puisse lui opposer, et que la. saine politique l'engagera à tout sacrifier , plutôt que de se compromettre avec un ennemi redoutable, défendu de tous côtes par des forteresses imposantes .

FIN.