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Ile de Sieck

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L'évolution d'un microcosme - Des hommes aux vestiges

Dossier d'Archéologie de 1995 / 96   -  publié avec l'aimable autorisation des auteurs  -  Aurélien STEPHANY et Yoan GARNIER

Ile de Sieck - Passage à marée basse entre Le Dossen et Sieck

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SOMMAIRE

 


Introduction

Avant de nous lancer dans I'étude de ce sujet " Ile de Sieck l'évolution d'un microcosme : des hommes aux vestiges " Il semble important de revenir sur les différentes raisons qui nous orientés vers ce choix.

Nous avons tout d'abord envisagé une étude plus générale d'une portion de la côte Léonarde de Roscoff jusque l'embouchure de la rivière de l'Horn. Cette étude était principalement axée sur des découvertes archéologiques du littoral et nous a amenés immanquablement à contacter J.C. LE GOFF, spécialiste local.

C'est donc lors de cette rencontre que nous avons redécouvert les travaux de JEAN CLAUDE LE GOFF : " l'Ile de Sieck ". JEAN CLAUDE a bien voulu nous dédicacer un de ses derniers ouvrages nous offrant du même coup la base de notre bibliographie.

L'idée de consacrer notre sujet à l'Ile de Sieck nous a dès lors immédiatement séduit. Nous avons en premier lieu apprécié le côté pratique d'une telle étude. En effet l’Ile est d'un accès assez facile puisqu 'un banc de sable la relie au continent au bas de l'eau, ce qui nous a permis d'effectuer cinq visites au total. D'autre part l'histoire très riche de l'Ile nous est apparue particulièrement intéressante à étudier.

L’Ile de SIECK, de SAINT HYEC son saint fondateur est peuplé depuis les premiers âges, comme en témoigne notamment les découvertes de nombreux microlithes et pierres taillées du paléolithique. Au-delà de ce passé lointain il reste aujourd'hui encore de nombreux vestiges sur l'Ile qui témoignent d'une histoire contemporaine mouvementée.

Notre étude basée sur l'observation des vestiges, sur des sources bibliographiques ainsi que sur de précieux témoignages nous a alors mené vers une problématique complexe :

" Comment l'ILE DE SIECK peuplée de 53 habitants en 1881 et dotée d'une école en 1887 est devenue cette île sauvage et quasi déserte que l'on observe aujourd'hui ? "

Pour tenter d'éclaircir cette question nous mènerons un plan en trois parties. En présentant tout d'abord le site en décrivant l’Ile et en y commentant ses vestiges. Puis nous ferons une analyse démographique économique et sociologique de l’Ile sur la base du recensement de 1881 afin d'observer la vie quotidienne des Îliens. Enfin dans une troisième partie nous évoquerons la désertion de l’Ile ses causes et ses conséquences sur la vie de ses derniers habitants.

N.B. Lors de cette étude l'ensemble des recherches
sur le terrain, en bibliothèque ainsi que les témoignages recueillis se sont fait en commun.

Ile de Sieck - Le port, des ruines de maisons anciennes et une maison actuelle

Histoire de l’Ile de Sieck

Une longue rue rectiligne traverse l'agglomération du Dossen, et débouche sur la plage. À moins de 300 mètres, séparée du continent par un amas rocheux, « Karreg Gourrapa », l'île de Sieck se dessine et impose son profil qui semble s'étirer. Très vite accessible à pied à marée basse, l’île s'aborde par une voix charretière qui franchit un raidillon bordé de petites dunes.

À droite, une ferme, qui s'abrite comme elle peut des vents d'ouest. Au sud, l'étroit ruban de la voie charretière longe une très grande plage au sable fin. Domaine privé de 18 hectares de lande, de futaies et aussi de terres cultivées, Sieck ne mesure guère plus d'un kilomètre de long pour environ 300 m de large.

L'île culmine à 24 mètres au massif de granit proche de la ferme, s'étend vers l'ouest et s'effiloche dans un amas de roches d'une grande beauté, détachant en avant garde l'îlot de Golhédec coiffé d'un peu de verdure.

« Une chapelle, aujourd'hui disparue, était jadis édifiée en l'honneur de saint Hiec dans l’île de Sieck, localité voisine de Saint Pol de Léon » mentionne le dictionnaire des saints bretons, édité par Tchou en 1979. C'est vraisemblablement à cette chapelle que l'île doit son nom, ou plutôt au vieux saint honoré à cet endroit. En 1625, l'oratoire existait encore. Le seul indice réside dans le nom d'une petite grève dite « Pors an Iliz »

À la fin du 16ème siècle, l'île devait appartenir à la famille Le Jacobin, de grande influence dans l'évêché du Léon.

Elle changea de propriétaire, passant dans les familles Butault de Marzan puis Dufort de Lorges jusqu'à la Révolution. À cette époque, le Minihy de Saint Pol de Léon couvrait les territoires des communes actuelles de Roscoff et de Santec. En 1789 /1790, Roscoff réussit à s'ériger en commune, englobant une grande partie de la trêve de Santec et de l'île de Sieck.

L'insularité de Sieck remonte sans doute au Moyen Âge. La séparation a dû être provoquée par les tempêtes et les marées qui ont érodé progressivement le cordon de galets et de sable rattachant l'île à la côte.

De toute évidence, et ce jusqu'à un passé récent, l'île, ou plutôt le territoire de Sieck, a été habitée depuis la préhistoire.

Une prospection systématique a permis de localiser divers sites et de découvrir de nombreux éclats de silex dont plusieurs se sont révélé être des outils très anciens : pointes et racloirs. Un biface taillé dans le quartz constitue à ce jour la plus belle pièce archéologique de ces temps reculés où l'homme chassait peut être le mammouth, il y a de cela quelque 500 siècles.

Des outils taillés dans le silex, diverses haches polies, permettant de suivre la trace de nos ancêtres du néolithique.

Plus près de nous, de l'époque gauloise nous restent quelques tessons de poterie, des boulets d'argile cuite qui rappellent le briquetage pour la production du sel et la formation des premières dunes.

Aujourd'hui, l'île abrite un port et possède deux maisons habitables.

 Ouest-France du 19 juin 2001

1 - PRÉSENTATION DU SITE

A - CARACTÉRISTIQUES PHYSIQUES DE L ILE

Ile de Sieck - Santec

L'ILE DE SIECK appartient aujourd’hui à la commune de SANTEC, commune limitrophe de ROSCOFF. SANTEC et par la même l'ILE DE SIECK constitue une trêve de ROSCOFF jusqu'en 1921.

L'ILE DE SIECK est séparée de SANTEC par un chenal de 300 mètres et est donc facilement accessible à pied.

VATTIER D'AMBROISE la décrit ainsi : " Ile a marée haute et à peu près presqu'île pendant le reflux ".
L’Ile s'étend sur une longueur d'un kilomètre de large pour une largeur d'environ 300 mètres.

Il s'agit d'un domaine de 18 hectares appartenant à la famille DE KERGARIOU.

L'île est en faite un vaste éperon granitique qui résiste à l'érosion marine. Recouvert d'une couche de terre assez fine et sableuse et balayée par des vents violents d'ouest elle est ainsi représentative d'un écosystème particulier. L'île accepte pourtant d'être travaillée par l'homme : à condition de protéger les cultures par des talus surmontés de haies, sans quoi le vent marin chargé de sel grillerait rapidement toute récolte.

Aujourd'hui encore, quelques champs au nord-est de l'île sont exploités et produisent artichauts et pommes de terre.

Sur le reste de l’Ile hormis quelques tamaris près du port et d'un bois de cyprès ramassés, c'est la lande qui domine.

L'île est par ailleurs recouverte d'herbe rase, de chardons, d'ajoncs, de quelques touffes d'oyats : bref d'une flore dunaire. Cette végétation convient semble-t-il aux poneys et aux ânes qui déambulent dans la partie ouest de l'île.

La faune sauvage profite elle aussi largement de cet espace sans culture puisqu'il n'est pas rare d'y voir des lapins et des rats.

Enfin l'île sert d'abri à de nombreux oiseaux de mer, c'est même pour le goéland argenté, l'huitrier-pie, et le tadorne à belon un lieu de nidification. L'île apparaît donc aujourd'hui comme un site presque désert préservé de la circulation automobile et qui satisfait chaque jour des promeneurs en quête de plein air.

B - UN SITE ARCHÉOLOGIQUE ?

Il n'est pas besoin d'être un historien averti pour constater que l'île est marquée par de multiples vestiges, quelques bâtiments intacts mais surtout des ruines mal dissimulées par une végétation rasante. Pour aborder la présentation de ces vestiges, le plus simple est de suivre l'itinéraire naturel de visite de l'île et de les présenter un à un. Pour se faire nous suivrons la voie charretière qui longe la côte sud de l'île.

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LA FERME

D'accès théoriquement interdit, de nombreux panneaux ainsi qu'un chien peu accueillant sont là pour le rappeler. C'est un bâtiment rénové qui fait aujourd'hui essentiellement fonction de maison de vacances. A ses côtés une grange aujourd'hui en mauvais état accueillait les quelques vaches existants autrefois.

LE PAVILLON et LA REMISE

Un bâtiment assez élevé qui offre une vue sur les deux côtés de l'île qui est aujourd'hui encore une ruine impressionnante.

LES MAISONS DE PÊCHEURS

Ce sont des maisons donnant directement sur le port collées les unes aux autres.

Elles accueillaient dans un petit espace des familles nombreuses comme la famille CREIGNOU de huit enfants.

CREATION D'UNE ECOLE EN 1887    -   Article extrait de l'Ouest-France du 1er décembre 2000

En 1881, l'île de Sieck comptait neuf foyers et 53 habitants. Lorsque l'usine de conserve fit faillite, cette population demeura sur l'île et le problème de la scolarisation d'au moins 20 enfants se pose, d'autant plus que pour rendre l'école obligatoire Jules Ferry avait posé le principe de l'école publique, gratuite et laïque.

Pour cause de l'éloignement de l'école du bourg de Santec et des contraintes liées à l'insularité, la municipalité de Roscoff ( Santec n'était pas encore une commune ) demanda l'ouverture d'une école sur Sieck. Le nouveau propriétaire de l'île, Paul Guilloux appuya la requête en fournissant un local. Eh bien que l'inspecteur de l'Instruction Publique eût émis de sérieuses réserves sur l'opportunité d'ouvrir une telle écoles en raison d'une part du nombre d'écoles déjà ouvertes sur la commune de Roscoff et d'autre part du faible effectif prévisible, une classe unique s'ouvrit sur l'île de Sieck à la rentrée de 1887. Conformément aux recommandations du ministre, le poste fur confié à une femme: Marie Quéméner, institutrice stagiaire, une débutante de 19 ans.

Installée dans des locaux peu appropriés, l'école posa sans doute divers problèmes de fonctionnement puisqu'en 1893, le poste fut supprimé puis rouvert en 1901 dans un nouveau local mieux équipé, situé dans une construction datant de 1743 ( règne de Louis XV ).

Pour la location de ce local servant de classe, la municipalité de Roscoff, puis de Santec, à partir de 1920, payait un loyer à la Comtesse de Kergariou,  devenue propriétaire de l'île.

De 1902 à 1926, le poste fut tenu par Madame Jeanne Quéré, qui y resta tout le temps de sa carrière. En 1907, l'école accueillait 32 élèves ( 19 garçons et 13 filles ) dont la moitié venait du Dossen. C'était un fort effectif pour une seule maîtresse, dans une classe unique, avec des enfants d'âges différents et dans un local assez rudimentaire. Il n'est pas douteux que l'assiduité des élèves devait être assez inégale en raison des marées auxquelles il fallait se plier pour accéder à l'île ou à la quitter.

Mais la maîtresse avait appris à connaître le moment précis où il convenait de libérer ses élèves devant regagner le Dossen, cependant que ceux-ci écourtait volontairement al classe en trichant sur la marée montante.

A la belle saison, lorsque la Comtesse venait visiter ses locataires, l'école fermait ses portes : c'était jour de congé.

L'école fut fermée définitivement en 1939.

VILLA

A l'emplacement même de l'ancienne villa et aux abords de la vieille usine, se dresse une villa moderne aujourd'hui louée comme maison de vacances durant l'été.

L'USINE

Les ruines de cette usine témoignent mal de l'activité qui régnait à la fin du 19ème siècle. Dans cette conserverie on mettait en boîtes des sardines mais aussi des asperges venant de tout le LÉON. L'affaire victime de la chute des prix et de la raréfaction des sardines ainsi que de l'aveuglement de son propriétaire sera déclarée en faillite en 1885.

LE PORT

Le port est aujourd'hui comme hier, le premier lieu d'activité de l'île. Bordé de tamaris sur la plage gisent deux vieilles épaves, le FLIBUSTIER, et le REDER MOR ; tandis qu'une flottille de pêcheurs amateurs utilisent le port comme abri.

Ile de Sieck - Le port, des ruines de maisons anciennes et une maison actuelle

LE CORPS DE GARDE  -  Article publié dans l’Ouest France du 3 avril 2001, dans la rubrique Histoire locale à Santec

A la pointe ouest se remarquent les ruines du corps de garde, édifié sous Louis XIV quand Vauban décida de protéger les côtes bretonnes contre les attaques britanniques. La défense de Sieck consistait en un ensemble de constructions organisées autour d’une fortification semi-circulaire aux blocs de granit taillés et soigneusement appareillés, abritant une batterie et son four à rougir les boulets. En voici l’histoire.

Le corps de garde qui dresse encore ses pignons aux chevronnières soignées servait de poste aux miliciens garde-côtes. Sur son pignon ouest, un appentis tenait lieu de magasin à matériel.

En 1943, les Allemands ajoutèrent au bâtiment une annexe faisant office de cuisine. Toutes proches, la guérite et la poudrière au toit de pierre, prévue pour abriter environ 200 kilos de poudre, complètent le système défensif auquel il manque le mât servant à transmettre les signaux. Plus bas, vers la jetée, les dépendances du corps de garde permettaient de loger les hommes servant à ,la milice. Initialement équipée de deux pièces de huit, la batterie ouest devait interdire tout débarquement par chaloupe dans la baie de Sieck.

En 1755, au début de la guerre de sept ans ( Louis XV ); deux canons de douze remplacèrent les pièces de huit et une troisième pièce de douze fut installée sur une extension située à droite de la batterie primitive.

Simultanément, une quatrième pièce de douze fut placée derrière un épaulement en terre-plein édifié face au nord pour gêner par son feu l'approche du chenal de l’Ile de Batz.

A la veille de la Révolution, considéré comme un simple observatoire utile au plus à transmettre les signaux, le poste de Sieck n'avait plus de valeur militaire avec ses deux canons rouillés.

Depuis l'ordonnance de Colbert de 1685, qui organisa la défense des côtes françaises, tout homme de 19 à 60 ans vivant dans les paroisses côtières se trouvait assujetti au service dans les milices garde-côtes.

Ce régime des milices était mal vu car les hommes devaient abandonner foyers et travaux pour venir effectuer les corvées et les gardes.

A partir de 1792, les miliciens furent remplacés par des gardes nationaux et les Républicains réorganisèrent les faibles défenses côtières car ils redoutaient un débarquement anglais en Bretagne dont les mouillages favorables étaient bien connus de la flotte britannique.

Le 28 février 1793, un peu avant midi, gros émoi sur la côte; on sonne le tocsin: une escadre anglaise, à la poursuite d'un corsaire. français, se rapproche de la côte. La présence de ces navires inquiète. La garde est. renforcée aussi bien à l’Ile de Batz qu'à l’Ile de Sieck où sont dépêchés à la hâte quinze soldats du bataillon du Calvados et quinze citoyens pour servir à la batterie du corps de garde équipée de deux pièces de douze. Le corsaire échappe à l'ennemi qui s'éloigne. L'alerte est levée.

C'est sans doute cet épisode que Cambry relate en 1794: " Sur cette côte est l'île de Sieck. La " SurveiIlaute ", dans la guerre dernière, s’y retira pressée par les Anglais. Elle mouilla quatre ou cinq jours à la points de Sieck, par le travers de la roche à Caulhedec... "

En mars 1793, se produisit dans le Léon un soulèvement que le général Canclaux réussit à arrêter après la " bataille Kerguidu " où s'affrontèrent Républicains et Royalistes.

Le recteur de Plougoulm, Guillaume Le Jeune, interné au château du Taureau dans la baie de Morlaix depuis le 16 décembre 1792, fut alors déporté le 17 avril 1793 à Brême en Allemagne. II réussit à revenir discrètement au pays, étant sans doute passé par l'Angleterre où, depuis 1791, le dernier évêque de Saint-Pol, Monseigneur de la Marche, préparait le retour de la royauté.

LE BLOCKHAUS

Dernier vestige de l'occupation militaire allemande, il fait partie de l'immense chapelet fortifié que constituait le mur de l'Atlantique. Il devait en théorie protéger les plages du DOSSEN, de PERHARIDI, d'un éventuel débarquement.

Il – VIVRE A SIECK

A - APPROCHE SOCIOLOGIQUE

1 - STATISTIQUES

Disposant du recensement de la population de l'île de SIECK en 1881, il nous est paru nécessaire, afin de donner une photographie de la population à ce moment, de nous lancer dans de petits calculs simples afin de mieux connaître les gens à qui nous allons avoir à faire.

La population de SIECK en 1881 est de 53 habitants répartis en 9 foyers sur les 18 hectares que compte l'île.

Densité : 2,94 habitants/hectare

Répartition des âges

Age moyen

Part des activités

Part des Douarnenistes – 4 habitants - 7,50%

Nombre moyen d'enfants – 34 habitants - 3,80 / femmes

En plus de ces statistiques, nous nous sommes efforcés d'établir une pyramide des âges pour la population de l'île en 1881, même si cela peut paraître bizarre pour une population si peu importante, cette pyramides des âges nous donne une vision plus concrète que de simples statistiques ainsi qu'une bonne vision de la répartition des âges selon le sexe.

2 - COMMENTAIRES

Des statistiques et de la pyramide des âges il ressort que nous avons a faire à une population très jeune puisque 54,70% de la population a moins de 20 ans. De ce fait la population de plus de 50 ans est largement minoritaire puisque les plus de 50 ans ne représentent seulement que 7,5% de la population. Le taux de fécondité est important puisque l'on compte en moyenne 3,8 enfant / femme. Ce que l'on peut tirer de ces renseignements, c'est qu'à la fin du 19ème siècle, SIECK a les mêmes caractéristiques démographiques que le LÉON et la BRETAGNE en général : le non contrôle des naissances est de règle, une population très jeune et très dense.

Cela peut s'expliquer par l'omniprésence de la mort rodant autour des jeunes enfants et ce encore à l'époque qui nous intéresse. Ainsi un de nos interlocuteur nous a confié qu'il a été baptisé dans les 24 heures suivant sa naissance pour lui assurer le salut s'il devait mourir. Enfin on peut s'attarder un instant sur des considérations socioprofessionnelles : ainsi il est à noter que l'activité principale des habitants est la pêche , et également la présence de quelques douarnenistes.

Cette présence s'explique avec l'essor de la pêche à la sardine autour de l'île ; mais elle s'explique surtout par le fait que des gens du sud viennent exercer sur la MANCHE des activités que les Septentrionaux ne sont guère en mesure de leur disputer.

B - LES ACTIVITÉS PROFESSIONNELLES

1 - L'AGRICULTURE

Les choux fleurs, les artichauts, les pommes de terre de SIECK, jouissaient d'une excellente renommée, mais la marée compliquait l'expédition des légumes, obligeant la charrette à sortir en pleine nuit pour attendre au DOSSEN l'heure de gagner le marché de SAINT POL. Pour enrichir leurs terres, les fermiers utilisaient les algues qui, au mois d'avril, venaient s'entasser derrière l'île. Les goémons étaient chargés sur des civières portées par les hommes comme par les femmes. L'enlèvement des algues était un travail exténuant, mais il fut facilité par l'installation de rails supportant des wagonnets tirés par les chevaux de la ferme. En ce qui concerne les animaux, il y avait sur l'île de SIECK quelques lapins des poules, des chevaux et même des vaches. Des discussions que nous avons eues avec les anciens de l'île il ressort que l'on cultivait également du blé et que la moisson se faisait à l'aide d'une batteuse venant du DOSSEN lors de la marée basse. La diversité des cultures sur l'île s'explique par le fait qu'il s'agissait d'une agriculture très parcellaire.

2 - LA PÊCHE

Le principal atout de SIECK est le considérable développement de sa flottille de pêche à la sardine mais l'île possède encore d'autres arguments qui démontrent son importance stratégique. L'ILE DE SIECK fait partie de la commune de SANTEC ; il est donc nécessaire de donner les raisons du choix de SIECK comme site portuaire plutôt que le rivage de SANTEC même. Sa situation d'île qui pourrait se révéler un handicap majeur se transforme en avantage pour la pêche à la sardine. En effet à cause de sa situation d'île, elle est nécessairement plus au large de la côte et par rapport à SANTEC, elle se trouve à une plus grande proximité des lieux de pêche. Cette différence peut paraître anodine mais elle prend toute sa signification quant il s'agit de la pêche à la sardine. Car s'est un poisson très fragile et l'absence de tout aménagement de conservation dans les bateaux oblige les pêcheurs à débarquer leurs sardines le plus vite possible. L'accès au port est considéré comme relativement facile, il n'y a pas d'écueil qui l'entrée sauf un qui n'est pas dangereux.

La pêche à la sardine se faisait à bord de petites embarcations. Les pêcheurs repéraient à l'œil les bancs en chasse et lançaient leurs filets: il s'agissait alors de faire passer le banc à travers le filet. Pour se faire les pêcheurs appâtaient grâce à la menuse, une petite crevette présente dans l'estuaire de l' Horn et du Guillec, dont raffolent les sardines. FRANÇOIS GUIDAL, ancien pêcheur, nous faisait remarquer qu'autrefois des thons rouges et des marsouins venaient leur disputer les sardines jusque dans leurs filets; ce qui laisse imaginer de la faune marine de l'époque.

La pêche à la sardine n'obtenait pas les résultats de la côte du Finistère Sud. Elle profite cependant de la crise sardinière de la fin du 19ème siècle qui caractérise la région de DOUARNENEZ. Cette pêche se maintient malgré tout à SIECK jusqu'en 1950.

3 - LES ACTIVITÉS SECONDAIRES

Avant de traiter de l'influence de la conserverie sur l'emploi dans l'île, il est capital de se pencher sur le travail des femmes dites " ménagères ". Cette formule utilisée lors du recensement de 1881, masque en fait des travailleuses à part entières. Ainsi non seulement ces femmes régissent toute la vie domestique de la maison, particulièrement s'occupant des jeunes enfants mais d'autre part elles participent souvent au travail de leurs maris. Cette source active de travail ne doit donc en aucun cas être négligée car elle paraît essentielle à l'équilibre social de l'île.

Pourtant la principale activité de l'île qui ne dépendent pas du secteur primaire est celle que développe la conserverie. L'usine à sardines est en faite la seule entreprise de l'île, elle y joue un rôle capital en tant que premier client des pêcheurs et comme source d'emplois.

Créée en 1864 par LÉOPOLD DESCHAMPS S , un bourgeois Roscovite, elle est construite près du port . L'usine emploie un négociant Monsieur M.J. COFFEC qui gère le travail des ouvriers. D'autre part l'usine embauche principalement des ouvriers et surtout des ouvrières dont le travail consiste essentiellement à la mise en conserve des sardines. Les sardines pêchées la nuit même sont étêtées, étripées à la main. Elle sont ensuite plongées dans la saumure et mises à sécher. Enfin elles passent à la friture à l'huile et finissent dans des boîtes serties.

Ces multiples opérations nécessitaient un matériel lourd et spécifique sur l'île. Dans l'atelier de friture, on comptait environ un milliers de grilles ainsi que deux chaudières équipées de petites grues. Dans l'atelier de soudure, l'appareil à gaz pomme alimenter 100 becs pour le travail de 15 ouvriers. Enfin des réserves à charbon à rogue et à sel ainsi que des citernes qui recueillaient les eaux des toitures assuraient la bonne marche de l'usine. La conserverie fournit donc une source d'emplois importants sur l'île et si la plupart des ouvriers ne vivent pas à SIECK certains s'y installent définitivement comme les membres de la famille PLEYBER dont le soudeur FRANÇOIS est originaire de DOUARNENEZ.

Pourtant la gestion maladroite de la conserverie ainsi que la raréfaction des bancs de sardines provoquent sa mise en faillite en 1888 mettant un coup d'arrêt à l'expansion rapide de l'île.

C - LA VIE INSULAIRE

De par l'importance de la population vivant sur l'île et de sa jeunesse la question scolaire se pose relativement tôt notamment dans ces débuts de 3ème République (cf. rôle de Jules FERRY) C'est en 1887 que la municipalité de ROSCOFF demanda l'ouverture d'une école à SIECK et cela pour deux raisons : d'abord parce que l'école du bourg de SANTEC était éloignée, ensuite parce que l'insularité de SIECK est une contrainte pour ses jeunes habitants. C'est donc une classe unique et mixte qui s'ouvrit parallèlement à la création d'un poste d'institutrice.

En 1907-1908, l'école accueillait 32 élèves dont la moitié venait du DOSSEN. C'était un fort effectif pour une seule maîtresse enseignant à des enfants d'âges différents dans un local assez rudimentaire. La principale contrainte pour l'enseignante était de tenir sans compte de la marée qui rythmait la journée des petits écoliers (à noter que la montée des eaux intéressait avant tout les élèves venant du DOSSEN car ils voulaient évidemment éviter d'être cernés par les flots). De cette contrainte, pour l'institutrice, nos interlocuteurs nous content avec malice les tours pendables de certains écoliers qui trichaient bien volontiers sur la marée montante pour écourter les heures de classe.

L'autre responsabilité de l'enseignante était de garantir une distribution en eau équitable et sans gaspillage pour les habitants de l'île, pour cela c'est elle qui détenait les clefs de la citerne de l'usine désaffectée.

Le ravitaillement de l'île était assuré deux fois par semaine par le boucher et le boulanger de SANTEC. Mais de temps à autre, un épicier de LANDIVISIAU venait faire une tournée sur l'île. Lorsque quelqu'un tombait malade et que les soins s'avéraient nécessaires, il fallait faire appel à un médecin de ST POL. Si les conditions de vie sur l'île paraissent difficiles. il faut bien voir que les habitants de l'île savaient s'amuser et donc prendre quelques moments de répit. Ainsi chaque année. à la fin de l'été, se déroulait la bénédiction de la mer à l'île de SIECK. Cette fête consistait en une procession rassemblant Santécois, Dossénois et Îliens ; la procession quittait le DOSSEN et se rendait à l'extrémité Ouest de l'île en face de GOL HEDEC, là le curé et le recteur entonnaient litanies et prières rituelles avant de bénir les eaux de la baie.

III- L ILE DÉSERTE

A - L'OCCUPATION: LA RUPTURE

Malgré les diverses activités et une population qui a encore augmentée avant la seconde guerre mondiale (plus de 70 habitants), l'île de SIECK va subir un phénomène d'abandon qui est le sujet même de notre étude.

En effet l'élément déclencheur de cet abandon est la seconde guerre mondiale ou plus exactement l'occupation de SIECK par les troupes de la WERMARCHT et ses conséquences; Ce qui explique cette occupation par les troupes nazies, même si cela peut faire sourire, c'est la situation stratégique de l'île : en effet la configuration du littoral pouvait se prêter à un éventuel débarquement même si celui-ci s'il avait eu lieu aurait été largement inférieur en moyens et en hommes à celui du 6 juin 1944 vu la configuration du littoral. Toujours est-il que, dans leur souci de défendre les côtes contre une éventuelle agression alliée, la KOMMANTUR de PLOUGOULM décida d'envoyer sur les lieux une trentaine d'hommes. En ce qui concerne l'occupation, nos interlocuteurs nous en parlent comme d'une occupation relativement paisible avec quelquefois de bons rapports avec l'occupant. Cependant ils témoignent aussi d'événements qui montrent bien que les troupes présentes dans la région n'étaient pas là pour plaisanter et que surtout elles n'acceptaient aucune forme de résistance : ainsi deux habitants de l'île refusèrent d'exécuter leur corvée d'eau mais ils furent tout de même obligés de l'effectuer et ce sous la menace des armes. Cet incident est l'une des raisons pour lesquelles les fermiers de l'île seront évacués vers le DOSSEN en 1943, tout comme la plupart des autres habitants. Dès lors l'occupant renforce son Système de surveillance et de défense en se débarrassant notamment de l'usine par explosifs après avoir récupéré poutres et bois divers pour se chauffer. En plus de ces destructions, il est à noter que l'île était victime d'exercices de tirs prévenants de MOGUERIEC qui prenaient pour cibles les dernières maisons encore debout.

A la libération l'île est détruite et les maisons sont quasiment toutes détruites dès lors les habitants de l'île sont soit relogés au DOSSEN soit à ST POL. Cependant tout comme l'ensemble de la FRANCE, l'île DE SIECK aurait pu connaître une phase de reconstruction ce qui aurait pu permettre aux familles de se réinstaller or les îliens n'ont jamais manifesté le désir de retourner y vivre. Or pour notre étude il est nécessaire de voir les autres causes de ce désir des anciens habitants de ne pas y retourner.

B - LE DERNIER DES MOHICANS

Pour notre recherche sur l'île de SIECK nous avons été interroger les derniers habitants de l'île. Parmi les survivants, FRANÇOIS GUIDAL, né sur l'île en 1920, ADRIEN GRALL et sa femme, ainsi que FRANÇOISE LE GUEN nous ont témoigné de la vie sur l'île.

Nous avons d'ailleurs apprécié l’effort que chacun d'eux a fait en nous racontant en français leur enfance et leur jeunesse sur l'île.

Nous avons été aussi surpris par l'ignorance de certains promeneurs interrogés sur l'île qui bien qu'ils soient allées à l'école du DOSSEN trois ans après la disparition de celle de l'île de SIECK en 1943, ignoraient totalement l'existence de cette dernière. Nous avons alors mesuré à quelle vitesse l'histoire si elle n'est qu'orale disparaît et se déforme. Les souvenirs de ces derniers habitants exilés, qui furent pour la plupart relogés en 1943 dans des habitations réquisitionnées, nous montra aussi la violence de la guerre , l'exode qu'elle provoqua pour ces îliens orphelins de leur île.

Suite à la destruction de leur île, la reconstruction d'habitations pour la plupart en pierres de taille paru être d'un prix démesuré; De plus dans cette période d'exode rural la petite île aux ressources économiques dès lors insuffisantes ne pouvait accueillir ces nombreuses familles; La fin de la pêche à la sardine mm que le luxe nouveau que connaissent les îliens après les 30 glorieuses contribuent d'autre part à expliquer ce non retour. Vivre sur l'île ne sera plus qu'un mirage pour ses anciens habitants.

CONCLUSION

Notre étude sur l'île de SIECK fut pour nous une approche progressive dans la compréhension de son histoire. Après avoir observé les vestiges qui y subsistent nous nous sommes penchés sur la façon de vivre à SIECK. Enfin nous avons achevé cette étude en essayant de comprendre et d'envisager les conséquences de cette désertion de l'île.

Cette réflexion nous a ainsi permis de percer ce qui semble essentiel dans l'étape historique de l'île. En effet aujourd'hui l'île de SIECK est à un point de rupture. Elle appartient à la fois au présent puisqu'elle vit encore dans la mémoire collective et particulièrement dans le cœur de ses derniers habitants . - Il fut pour nous impressionnant et même émouvant de sentir dans les paroles de ces derniers îliens à quel point l'île était pour eux leur jeunesse, leur vie.

D'autre part, l'île de SIECK fait partie de l'histoire, du passé, elle est devenue un champ de ruines où avec le temps les bâtiments sont près à disparaître. Au point que ces vestiges sont aujourd'hui pour un œil non averti, véritablement indéchiffrables, et pourraient presque faire le sujet de fouilles. De lieux de vie, toutes ces demeures semblent aujourd'hui déjà entrées dans le domaine de l'archéologie.

Cette disparition de la vie sur l'île lui confère un statut à part : ces vestiges doivent être protégés, et pour que l'histoire ne soit pas mythe il faut écrire ces témoignages importants, ce que J.C. LE GOFF a déjà bien engagé.

Enfin puisque l'île de SIECK habitée semble aujourd'hui être une utopie, il faut penser à sa reconversion au sens large l'île devant rester un espace protégé qui soit à la fois un lieu de respect de la nature sauvage et un lieu d'histoire propice aux rêveries du promeneur averti.

 

BIBLIOGRAPHIE


Les presses à sardines à l'île de Sieck

La pêche à la sardine dans la baie de Sieck était une activité ancienne dépendant de la possibilité de conservation de ce poisson très fragile. Pour tirer profit de l'abondance de sardines dans les eaux de la baie, des négociant locaux y firent installer des presses à sardines.

En 1728, on relate la présence et le fonctionnement continu de trois presses à sardines à Sieck. En 1761, un nouveau magasin est construit, servant à la presse et à l'exploitation d'une mini industrie sardinière. Ce magasin, bâti par François L'Habasque, de Roscoff, sur une parcelle appartenant à la famille de Lorge, alors propriétaire de l'île, était long de 34 pieds (4,547 mètres), large de 13 pieds (4,222 mètres), et couvert de pierres bleues ( ardoises).

Situé au sud, face au port, ce magasin avait pignon commun avec une autre construction, servant de magasin, exploité par Gérard Mège, de Roscoff ( il deviendra, le 31 janvier 1790, le 1er maire de Roscoff).

Dans ce magasin, il était procédé au lavage, au salage et au pressage immédiats des sardines. Ni étêtée ni étripée, la sardine était placée sur le côté dans des barils en bois de hêtres, la tête orientée vers la paroi, la queue vers le centre, en alternant couche de sel et couche de sardines.

La presse ( un madrier, pris à une extrémité dans le mur et portant à l'autre des poids), permettait d'exercer une pression suffisante sur le couvercle qui comprimait et tassait les sardines qui peu à peu, perdaient de la saumure et de l'huile. Il fallait bien plus de dix jours pour que la sardine ait rendu toute son huile. Huile que l'on récupérait ( 40 barils de sardines pressées produisaient un baril d'huile) car elle pouvait être vendue au traitement des cuirs dans les tanneries de Landivisiau, ou encore à l'éclairage chez les plus pauvres.

Ouest-France du 3 janvier 2002


De 1914 à 1917, 351 prisonniers internés à Sieck

L’île de Sieck fut prison au cours de la guerre 1914 – 1918

Pendant la Première Guerre mondiale, les autorités ont recherché dans les îles bretonnes des casernements susceptibles de recevoir des détenus ennemis. L’île de Sieck, d'accès facile à marée basse, va servir de lieu d'internement car disposant de bâtiments vastes et inoccupés.

Juillet 1914 : la guerre n'est pas encore déclarée mais déjà les autorités recherchent dans les îles bretonnes des casernements susceptibles de recevoir des détenus ennemis. L’île de Batz et l’île Callot sont écartées en raison des problèmes posés par le ravitaillement en eau, mais l’île de Sieck, d'accès facile à marée basse, est considérée comme lieu d'internement possible car disposant de bâtiments vastes et inoccupés.

Le samedi 1er août, le temps est superbe. La batteuse travaille le seigle au Dossen, les blés de I’île sont en meule, attendant la «mécanique».

En fin d'après-midi, la terrible nouvelle de la mobilisation générale se répand et dès le dimanche 2, les affiches sont placardées.

Le lundi 3, l’Allemagne ouvre les hostilités et les ressortissants allemands, autrichiens et hongrois résidant en France sont immédiatement arrêtés pour être dirigés vers les différents lieux de détention.

Le 19 septembre, un train spécial quitte Angers pour Brest, et une partie du convoi est dirigée sur Saint Pol.

Le 20 septembre, 351 Allemands, Autrichiens et hongrois mobilisables par l'ennemi passent au Dossen. Certains sont si faibles que leurs camarades doivent les porter sur des brancards. La population les considère comme des espions en raison de leurs vêtements civils et ne leur témoigne aucune marque de compassion car la mobilisation a vidé les foyers. A leur arrivée sur l'île, les détenus sont fouilles et leur avoir, déposé sur des comptes tenus par l’administration du camp, reste à leur disposition. Ils sont aussitôt installés dans l'usine qui abrite déjà des familles de pêcheurs. Dans un souci d'hygiène, les détenus sont conduits au port 50 par 50, sous garde renforcée, pour s'y baigner.

Ils dorment sur la paille à l’étage de la longère nord et au rez-de-chaussée du bâtiment ouest. Pour trois francs, ils peuvent acquérir une toile à paillasse. La cuisine et le réfectoire sont installés au rez-de-chaussée du bâtiment nord. Le mur de la cour intérieure est rehaussé de cinquante centimètres et sur la crête, garni de verre cassé.

Pain mal cuit

Dans cette cour intérieure, des privés et des urinoirs sont édifiés. Des demi-barriques servant de baquets sont enlevées chaque jour, vidées à la mer et arrosées ensuite d'une solution de crésyl. En janvier 1915, un petit hangar pour lavabos et buanderie est construit dans la cour. Son toit, arraché le 17 décembre 1915 par un coup de tempête, est aussitôt remis en état par les détenus eux-mêmes.

L’administration du camp s'est installée face au port au rez-de-chaussée du bâtiment sud. La troupe prend ses quartiers dans plusieurs maisons réquisitionnées à cet effet. Les sous-officiers logent dans une maison plus cossue appelée le pavillon.

70 militaires d'infanterie territoriale, sous les ordres d'un adjudant assisté d'un sous-officier interprète, assurent la garde des détenus et un médecin militaire veille au bon état sanitaire des prisonniers. 16 hommes logent en permanence au poste de police installé dans la bâtisse ayant servi de réserve de charbon (an ty glaou), effectuent des rondes nocturnes fréquentes et assurent la surveillance du cantonnement.

En septembre 1915, un détachement du 72ème régiment d'infanterie relève les soldats de l'infanterie territoriale jusqu'à l'évacuation du dépôt en 1912

Comment y vit-on, dans ce camp dépôt ? Par une convention passée avec la préfecture, la maison L’Hermitte de Brest, entrepreneur des services des prisons, assure le ravitaillement du camp à raison de 60 centimes par jour et par détenu. Dès octobre 1914, les détenus se plaignent de l’insuffisance des rations et de la mauvaise qualité du pain, qui, mal cuit, moisit très vite et provoque de sérieux maux de ventre.

Alimentation en eau

Pour faciliter la vie au camp, une cantine s'installe dans un ancien poulailler. On peut y acheter de la bière, du cidre, du vin ordinaire, des produits frais, des conserves, des objets à usage personnel pour la toilette, la couture, l'éclairage. Les détenus peuvent aussi s'y approvisionner en utilisant leur argent personnel, mais il semble que le gérant ait eu tendance à abuser des prisonniers en vendant trop cher ses marchandises. Dès 1915, la préfecture préfère passer des marchés de gré à gré avec les commerçants de Saint Pol et de Roscoff et le ravitaillement du camp s'améliore.

Prévu en principe pour 400 personnes, le camp de file de Sieck se révèle être surpeuplé avec ses 351 internés. Des transferts permettent d'abaisser les effectifs à 296 hommes en mars 1915. A l'évacuation, en 1917, les détenus seront 236.

Le premier problème qu'il faut résoudre est celui de l'alimentation en eau, car les citernes sont pratiquement à sec après les chaleurs de l'été 1914. II faut savoir qu'il n'existe pas de sources d'eau douce sur l'île. Deux fois par jour, dès que la marée le permet, la contée d'eau se rend à la fontaine du bourg ou à celle du bois. Les vieux Santécois se rappellent encore du convoi formé de la charrette portant les tonneaux, des prisonniers chargés de les remplir à l'aide de seaux, et de leurs gardiens.

Dès la fin du mois d'octobre 1914, certains détenus dépourvus de linge de corps n'ont plus que des guenilles pour se vêtir. Depuis plus de deux mois, ces malheureux ont dû conserver, faute d'effets de rechange, la chemise, le caleçon qu'ils portaient au moment de leur arrestation en août. Une quinzaine d'entre eux, couverts de crasse et de vermine, sont isolés, soignés puis habillés décemment.

Double évasion

Le 18 août 1915 se produit une double évasion. Le sous-préfet de Morlaix adresse aux maires de l'arrondissement un télégramme: « Les nés Poppelz et Ruetert, austro-allemands internés à Sieck, se sont évadés cette nuit. Veuillez faire effectuer recherches immédiatement et arrêter tout individu suspect. Poppelz est très robuste, et parle anglais. Ruetert parle italien et français ». Nos évadés sont repris près de Morlaix, dirigés sur Crozon puis Otto Poppelz, âgé de 27 ans, est interné à l'île de Groix.

En décembre 1916, la décision de fermer le camp d'internement de Sieck est prise par le ministre de (intérieur en raison des dépenses élevées qu'il faudrait envisager pour réparer les bâtiments vétustes.

En janvier 1917, 70 détenus seront dirigés sur le dépôt de Kerbeneat en Plounéventer, 156 sur le camp de l'île Longue. Seuls 10 hommes de corvée restent quelques jours à Sieck pour nettoyer et remettre les locaux en état avant le constat des lieux, effectué le 25 janvier à la demande de la comtesse de Kergariou, en présence du sous-préfet de Morlaix.

Propriétaires et administration ne s'accordent pas sur les indemnités de réquisition. En 1920, le litige n'est toujours pas réglé...

Ouest-France du 18 mars 2002

Passionné d'histoire locale, Jean-Claude Le Goff a patiemment réuni une importante de documents relatifs au passé de l’île de Sieck. Samedi soir, devant un auditoire d’une quarantaine de personnes, il a dirigé une causerie sur un volet méconnu de l’île, qui a servi de lieu d'internement de 1914 à. 1017. Ce débat, informel a passionné celles et ceux qui s'intéressent à son riche passé historique. Premier du genre, il est appelé à connaître d’autres éditions.


En 1941, institutrice à l’île de Sieck

Institutrice, Madame Prigent a gardé des souvenirs précis d’un remplacement qu’elle effectua, alors qu’elle était jeune fille ( Mademoiselle Bodros ) à l’école de l’île de Sieck, et 45 ans après, les choses ont bien changé.

"À part quelques morsures de la mer, l'écroulement de quelques rochers déchaussés par l'acharnement des vagues, ici et là, l'île tient bon".

Comme autrefois, le chemin qui serpente le long de la grève invite le promeneur à poursuivre sa route jusqu’au bout. Plus il avance, plus il est pris sous le charme de la mer, du vent, de la lumière, de l'horizon qui s éloigne... de l'odeur du goémon.

La découverte du port, avec son môle neuf, est une surprise. La présence de canots, d'embarcations diverses, témoigne de la fidélité et de l'activité de la population de Dossier. La cour de l'île est là. Plus de poneys en liberté, les ruines de l'usine, des petites maisons et du « Pavillon ». gardent toujours le silence.

Grise avec ses rochers, ses murets de pierres sèches blanchis par la pluie et les embruns, l'île va bientôt se parer de fleurs:tamaris et oeillet roses, déjà en boutons, s'épanouiront jusqu'aux rochers de la côte. La mer, la ciel, les hauts, tant de couleurs en feront un spectacle doux et changeant

La vie s'écoulait au rythme des marées, des occupations des pêcheurs réservés et discrets. Toute rencontre donnait l'occasion de parler amicalement des choses banales mais cependant importantes : le temps, la mer, la nature en général. Ils semblaient sereins et bienveillants mais n’extériorisaient guère leurs sentiments. Se rendre service était naturel, sans grandes démonstrations ni commentaires. S'il survenait un événement grave, découverte du corps d'un aviateur anglais échoué sur les rochers, Allemands menaçant de mitrailler les bateaux de pêche qui ne rentraient pas assez vite au port... les femmes se groupaient, échangeaient leurs inquiétudes et appelaient l'institutrice pour prendre part aux discussions. Sitôt le danger passé, tout le monde reprenait son calme; en silence, chacun rentrait chez sol. C'était le calme après la tempête. Etait-ce la mer qui les avait ainsi pétris ?

Dans leurs petites maisons humbles, sans confort, ils étaient à l'étroit mais, riches ou pauvres, ils semblaient y être heureux et s'y plaire. Ceux qui ne s'y plaisaient pas n'y restaient pas. La sélection se faisait naturellement.

En octobre, novembre et décembre 1940, l'institutrice s'appelait Francine. Un événement la marqua profondément. L'abri de pêche contigu à la salle de classe était alors habité. C 'était en novembre ou décembre, les mois noirs. Sa voisine, une vieille femme, tomba gravement malade. Francine fut témoin des allées et venues des voisins et parents, tristes, silencieux et inquiets. De sa classe elle percevait les gémissements de cette femme qui souffrait, signe d'une agonie pénible. Seule dans sa maison, Francine était anxieuse. La vieille femme mourut. L'enterrement devait avoir lieu à Santec à dix heures selon l'usage.

Le lendemain matin vers six heures, la char à bancs funèbre arriva. La mise en bière se fit à la hâte. La marée n'attendait pas. II faisait nuit, la tempête faisait rage et la mer montait, montait ! Le temps était compté. Au lieu d'aller au pas mesuré du cheval comme il sied en pareilles circonstances, il fallut accélérer l'allure.

Francine assista au départ précipité du corroi funèbre et bientôt elle n'entendit plus de cahotement lugubre et le pas pressé du cheval. Ils disparurent dans la nuit. Parents et amis attendaient au Dossen. Après toutes ces péripéties, l'enterrement eut lieu è l'heure prévue à Santec.

Francine avait gardé de cette scène un souvenir angoissant: la nuit, elle avait peur. N'avait - t’elle pas assisté au passage de l'Ankou? En raison des difficultés du moment: solitude, heures des marées incompatibles avec les heures de classes, occupation allemande et couvre-feu, âpreté de l'hiver, rareté du ravitaillement... Francine trouvait tante île hostile. La gentillesse des élèves n'avait pu compenser cet état de choses. Ce fut avec soulagement quelle reçut sa nomination pour l'école des filles de Santec en janvier 1941.

A l'automne 1942, Mademoiselle Omnés enseignait à Sieck L'école ne comptait plus que neuf élèves dont quelques-unes du Dossen. La maîtresse logeait au Dossen et rejoignait sa classe dés que la marée le permettait. Le signal du retour était donné par Yves, l'un des garçons de l’île, qui annonçait à la maîtresse le moment où le rocher de la grève servant de repère était atteint par le flot de la marée montante. II fallait alors rejoindre le continent sans attendre.

A la fin de l'année scolaire 1943, Mme Guillemet, institutrice à Sieck, demande le transfert de l'école sur le continent en raison des marées, du mauvais état de la classe et des travaux militaires entrepris par l'occupant.

La rentrée 1943-1944 se fit donc au Dossen, dans un local de fortune. Une école en dur lui a succédé et fonctionne toujours, rive de Pont ar C'hantel.

Ouest-France 20septembre 2001


Santec et son histoire – La récolte des goémons

Faute de pouvoir disposer de fumier pour engraisser leurs parcelles cultivées, les fermiers écologistes malgré eux, se servaient de goémon pour amender leurs sols. C'est à partir de 1681, nous le règne de Louis XIV, que la récolte des goémons a été réglementée.

La loi distingue deux catégories de goémons:

Dés la première moitié du 18ème  siècle, les autorités religieuses sont vigilantes quant au respect du repos dominical. Aux yeux de l’Eglise, des abus sont fréquemment commis et le clergé ne manque pas de les dénoncer. Le goémon suscite des convoitises et les autorités religieuses apprennent que plusieurs, personnes violent les dimanches et jours de fête, souvent après les Vêpres, et plus souvent encore pendant la nuit,.elles collectent le goémon de nuit. Ces agissements entraînent plusieurs abus tels qu'enlèvement des effets d'habillement, rixes, désordres, « scandales par le mélange des sexes à la faveur de l'obscurité de la nuit et dans des lieux isolés, si bien que la religion et les bonnes moeurs sont compromises». Litiges et affrontements entre hommes étaient souvent de mise et s'agissant de notables, le différend était porté devant la juridiction seigneuriale.

Indépendamment des questions religieuses; des litiges sont nés. Des habitants de Plougoulm et de Sibiril, paroisses situées au sud de la baie de Sieck, avaient pris pour habitude de ramasser les algues échouées sur les côtes de l'île de Sieck. Leurs charrettes empruntaient l'unique chemin et traversaient l'île pour atteindre le rivage, côté grand large.

Les fermiers îliens, au nombre de trois, appréciaient d'autant moins ces passages répétés sur une propriété privée que la barrière placée à l'entrée de l'île restait souvent ouverte, laissant les bestiaux s'échapper sur la grève et vagabonder dans les sables du Dossen, sables interdits aux bêtes depuis 1758 afin de permettre la fixation des nouvelles dunes. Propriétaire de l'île, la duchesse Durfort de Lorgas porta plainte et en 1767, Sibirilois et Plougoulmois se virent interdire l'accès à Sieck.

Quand on mesure l'importance que revêtait la récolte des goémons utilisés à enrichir les sols, on comprend que Sibirilois et Plougoulmois récidivèrent.

A nouveau, la propriétaire porta .plainte, dénonçant de plus, cette fois la coupe des goémons, chose à eux interdite. L'interdiction de passer sur île fut confirmée. Mais les Plougoulmois firent appel devant le Parlement de Bretagne, argumentant que les goémons, engrais précieux, devaient être accessibles à tous et que le chemin desservant un port, des magasins à poissons (conserverie de sardines) et une batterie royale, était d'usage courant.

Le jugement, rendu en 1787 à Rennes, contraignit propriétaire et fermiers à laisser libre le passage de l'île sur le chemin ordinaire. Ce chemin existe encore de nos jours. Le contentieux avait duré vingt ans.

Ouest-France du 16  octobre 2001


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