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Album du Touriste - 1900
De Morlaix à Roscoff

Jusqu'à Taulé-Henvic, la première station qui montre son clocher à gauche, ce ne sont que landes de bruyères et d'ajoncs, avant d'arriver à Plouénan, au milieu de riches cultures, on traverse sur un viaduc long et élevé la Penzé, presque à sec à marée basse; bientôt on aperçoit la mer, l'île de Batz et, plus près, Saint-Pol-de-Léon, dont le fameux clocher à jour s'élève hardiment au-dessus des deux flèches de la cathédrale et de la chapelle du cimetière surmontée d'un clocheton-lanterne.

Tout à côté de la voie, quelques pierres druidiques dans les champs annoncent Roscoff, dont la baie s'ouvre à droite, semée de rochers.

La petite ville maritime connue pour ses bons homards n'en est pas moins célèbre par ses primeurs exquises dues à l'excellence de ses terres et à son climat privilégié : artichauts, oignons, pommes de terre, asperges, choux, brocolis, choux-fleurs, carottes, haricots, pois, navets, salades s'étendant partout, comme ailleurs les champs d'avoine, poussent là victorieusement grâce à l'engrais fécondant du goémon de la côte : aussi, le journal de terre (48 ares), bénéficiant de sa prodigieuse fécondité, y est-il d'un prix fort élevé.

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L'illustre représentant de cette richesse luxuriante du sol est, - dans l'enclos des Capucins proche de la gare, - un figuier plusieurs fois centenaire, géant de l'espèce, dont les branches toujours verdoyantes et de la grosseur d'un arbre se contorsionnent au-dessus des jardins, soutenues par des murs et des piliers en ,maçonnerie.

Mais Roscoff profite aussi de l'attrait de ses plages surélevées, aux zones de chers galets superposés : celle du Roch-Croum, petite anse caillouteuse garnie d'une douzaine de cabines et que domine à l'ouest un rocher gigantesque aux découpures bizarres; la plage de Sainte-Barbe, du nom de la chapelle blanche qui s'élève à la pointe de Bloscon, d'où l'on découvre la rade de Morlaix ; enfin, celle de Madéra.

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La pleine mer se montre à droite dans l'ouverture comprise entre l'île de Batz et l'île Verte partout ailleurs l'œil s'arrête sur la terre ferme et sur des lignes rocheuses dont les plans successifs, vus de la grève, semblent s'unir pour fermer la baie.Le port groupe ses maisons au fond d'un bassin d'échouage demi-circulaire, précédé d'une jetée longue de 300 mètres; les bateaux y entrent en passant à travers des récifs sans nombre.

Les chapeaux ronds à larges bords des Roscovites, le serre-tête noir à bande blanche des femmes du pays, la coiffure spéciale des indigènes de l'île de Batz, et l'attitude sérieuse et grave des habitants de toute cette région, donnent un grand caractère à la charmante station balnéaire.

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L'église de Roscoff élève, au-dessus des maisons basses qui l'entourent, un clocher à dôme, du 16ème siècle, exquis d'originalité; son porche, surmonté de la statue de Notre-Dame de Croaz-Baz, s'encadre en arrière de deux petits édicules à colonnes datant de la Renaissance et dont l'un servait d'ossuaire. Ce monument bas, à double étage de fenêtres, les unes carrées, les autres cintrées, où ne se montre aucune porte : on se contentait de jeter du dehors les ossements dans l'intérieur inaccessible de tous côtés.
Sur le piédestal à quatre faces d'une croix enclose dans le mur de l'église, on lit : " Dorothée Silburne, " mère, du clergé français ", réfugié (sic) en Angleterre, 1792-93 ".
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A l'intérieur de l'église, que l'on visite au bruit sourd et monotone du balancier de son horloge, on remarque un retable encadrant de curieux bas-reliefs d'albâtre qui représentent la Passion, l’Annonciation, l'Assomption; au plafond peint, de chaque côté des orgues, pendent de petits navires pavoisés. Au centre du bourg se voient encore les ruines de la " chapelle commémorative du débarquement, en août 1548, de la reine Marie Stuart ", qui toucha la terre de France à Roscoff, lorsqu'elle vint pour épouser le Dauphin.

Enez-Baz, - île du bâton - l'île de Batz court tout en longueur en regard de la plage du Roch-Croum dont elle limite l'horizon; souvent inaccessible, en raison des courants très forts qui se rencontrent sur ses bords, des barques y traversent en dix minutes par le beau temps. A l'heure de la mer basse, l'île s'agrandit étonnamment, .élevant au-dessus de son sol ras, sans un arbre, - mais où vient le tamarix en abondance des maisons, un clocher blanc, un phare dont l'altitude est de 68 mètres et un moulin qui fait tourner mélancoliquement ses ailes au-dessus de l'Océan.

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Le vivier de Roscoff est fort curieux à visiter, ainsi que l'aquarium de M. Lacaze-Duthiers, qui vient de tenter avec succès l'élevage des huîtres, ajoutant cette nouvelle ressource à un pays exceptionnellement favorisé.

SAINT-POL-DE-LÉON,
à 5 kilomètres de Roscoff en revenant vers Morlaix, possède la merveille des clochers bretons

Suis né natif du Finistère
A Saint-Pol j'ai reçu le jour;
Mon pays est l'plus beau de la terre,
Mon clocher l'plus beau d'alentour.
Aussi j'l'aimais et l'admirais
Et chaque jour que Dieu me faisait
Je disais :
Que j'aime ma bruyère,
Et mon clocher à jour !

C'est ainsi que le conscrit et le pêcheur de Saint-Pol, gardant le souvenir de leur village, rendent hommage au prestigieux clocher à jour du Creizker, haut de 77 mètres et qui dresse sur quatre arcades soutenues par des piliers composés de fines colonnettes sa longue flèche délicatement découpée et flanquée de clochetons.

Un pieux enfant de la Bretagne écrivait un jour : " Si jamais un ange descendait du ciel, il poserait son pied sur le Creizker pour s'arrêter en Armorique. "

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Toujours est-il que de ce clocher fièrement élancé au-dessus des rues paisibles de l'aristocratique Castel-Paol on domine, d'un côté une vaste étendue de mer, - le pittoresque port de Penpoul et sa côte accidentée n'étant qu'à un kilomètre de là; - de l'autre côté, la plantureuse campagne environnante, l'antique cathédrale et ses deux clochers reliés par une balustrade que, terminent, à 55 mètres de hauteur, de magnifiques flèches en pierre.

A l'intérieur du somptueux édifice, de, style ogival normand, les 68 stalles du chœur et le maître-autel en marbre rappellent la grandeur passée de l'ancienne ville des évêques du Léon. Dans le cimetière, entouré de curieux ossuaires gothiques, se voit un chemin de croix en granit de Kersanton, dont les scènes se développent sur les parois d'un vaste hémicycle d'ordre toscan.

Les femmes du pays de Léon, de haute stature, superbement élégantes, ont un renom de beauté, et les chansons du pays célèbrent la grâce des jeunes filles " aux joues roses comme la fleur de l'érable, aux yeux bleus comme la fleur de lin et qui brillent comme des gouttes de rosée, à l'aurore, sur la blanche épine ".

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Extrait des " Guides-Albums du Touriste "
par Constant de Tours ,
publié vers les années 1900 / 1910.

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