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Le « Nethou - Vagabond » vagabond-drapeau_allemand-anglais.gif (1298 octets)  English - German en PDF

Histoire mouvementée d’un cotre de 12 mètres 50

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1926 – Les années folles

A Saint-Nazaire, un superbe paquebot s’apprête à prendre la mer ; son nom : l’ « Ile de France ».

A Roscoff, dans le Finistère, les chantiers KERENFORS achèvent la construction d’un petit yacht bien plus modeste. Sa ligne est très classique pour un bateau de cette région : une étrave droite et une poupe élancée vers l’arrière.

Les chantiers Kerenfors n’en sont pas à leur premier bateau. Ils occupent la place depuis le 17ème siècle.


Extrait des "Cahiers de l'Iroise" - 150e - 04-06/1991 par Michel Ferec
Maîtres constructeurs de barques - Les Kerenfors de Roscoff

L'activité du chantier de construction de bateaux s'étale sur une période qui va de 1650 environ jusque vers 1930, à savoir:

·          Tangui KERENFORS - 1672 - 1750 - fils de François

·          Tangui KERENFORS, associé à Jean - 1703 - 1789

·          Jacques KERENFORS - 1751 - 1832

·          François KERENFORS - 1786 - 1873

·          Hyacinthe KERENFORS - 1815 - 1896

·          Anselme KERENFORS, associé à Francique - 1850 - 1932

En 1711, Tangui et Jean paient chacun 3 livres comme taxe de charpentiers de mer. (AM. St Pol de Léon)

"Jean Kerenfors utilise la cale du Stivel à Morlaix pour la construction de navires de taille imposante" (J.Y.Tanguy relève dans "Le port et Havre de Roscoff")

Ces maîtres charpentiers ont en outre participé à la vie de Roscoff notamment Jacques KERENFORS qui fait partie du corps politique en 1789 et signe le cahier de doléance. En 1790, il est procureur de la commune, puis agent national.

Hyacinthe KERENFORS est conseiller municipal, puis adjoint de 1848 à 1870. Francisque, puis Anselme sont conseillers.

Inscrits maritimes (matricule des ouvriers non navigants) ces maître ouvriers pourraient être requis à tous moments pour le service des arsenaux. François KERENFORS "levé" à Roscoff pour Brest 04.04.1816 ( Archives de la marine de Brest).


« Le Yacht » du 24 avril 1926 

« La construction est toujours très active dans la région. Les chantiers Kerenfors, de Roscoff, terminent la construction d’un yacht de croisière de 12 mètres pour le compte de M. Bodin qui compte entreprendre sous peu une longue croisière à bord ».

Le Nethou, un yacht de croisière

Bien qu’ayant la silhouette des cotres dont la vocation était de travailler pour la pêche ou le pilotage, le Nethou fût construit uniquement pour la plaisance.

C’est Maurice Bodin, retraité de la Marine Marchande, qui en passe commande aux chantiers. Son objectif est de construire un yacht en Bretagne et une fois terminé, de l’emmener en méditerranée.

Le Nethou fut vraisemblablement construit d’après les plans d’un cotre pilote de la baie de Morlaix. Il en a la ligne, ainsi que le gréement.

Ce choix de construction est intéressant pour la plaisance car il laisse au yachtsman beaucoup de place pour les aménagements intérieurs tout en apportant au bateau de réelles qualités marines.

Ces cotres étaient capables de prendre la mer par n’importe quel temps. C’était en effet la qualité essentielle du bateau « pilote » ( c’est le pilote qui arrivait le premier au devant du vapeur qui décrochait le contrat).


Extrait du « Yacht », juillet 1926

Journal de bord de M. Bodin de sa traversée de Roscoff à Gibraltar

Croisière de Roscoff en Méditerranée sur un yacht mixte de 12 m. 50 de longueur.

J'ai effectué le voyage de Roscoff au Trayas sur mon petit yacht mixte Nethou, de 8 tx 36 de jauge, d'une longueur totale de 12 m. 50, dont c'était la première sortie. Je crois que le .récit de cette croisière de près de 2.000 milles, accomplie en moins d'un mois, vingt-huit jours exactement, y compris deux escales, à Lisbonne et à :Gibraltar intéressera les lecteurs du Yacht; mais je serais ;heureux si j'avais pu montrer aux sportsmen qui ignorent la mer, ce qu'il est possible de faire avec, un voilier de petit tonnage, à peu, de frais et apporter ma contribution à la cause du yachting français.

Nous étions trois à bord du Nethou : un ami d'Angers, M. L.Berruet; grand. mutilé de la guerre, qui n'hésita pas à m’accompagner et dont il faut admirer l'énergie; mon marin, Henri Autret, le seul homme de Roscoff qui voulut bien s'engager pour cette randonnée, et: enfin le capitaine du Nethou; signataire de ces lignes.

Nous quittâmes Roscoff le 4 mai dernier, à 11 h. 30; avec forte brise d'Est et courant de jusant. Les quatre premières heures nous filâ­mes 8 n. 5 sur un largue et le soir, à 18 h. 30, nous étions au nord d'Ouessant.

La brise mollit à ce moment et je ne pus doubler Ouessant que vers minuit. Je mis. alors le cap sur Finistère, distant de 380 milles, mais en me tenant un peu à l'ouest de la ligne des vapeurs, afin d'être plus tranquille. Dans la nuit, je perdis de vue le feu des Créac’h. Le lendemain matin, j'établis mon flèche. A midi mes observations me donnèrent comme position Nord 47° 51’ et 8° 5' W. Paris, et 120 milles parcourus -au loch. Dans la soirée, la brise fraîchissant, je dus rentrer flèche, grand'voile et, établir ma voile de cape. C'était la première fois que nous faisions cette manœuvre sur le Nethou et elle nous prit un certain temps. Par .la suite, à deux, nous arrivions à amener, à rouler notre grand'voile, à amarrer solidement le gui sur le couronnement et à envoyer la voile de cape en moins de vingt, minutes. Le. 6, au matin, nous pûmes remettre la grand'voile.

A midi nous avions parcouru 251 milles (N° 46° 5' et 10° 2' W. Paris). L'après-midi, force nous fut encore d'amener, notre grand'voile pour en réparer l'empointure, qui, faite avec du filin trop faible, avait cédé. Certains constructeurs ne me. paraissent pas avoir une idée très nette des efforts auxquels est soumis un bateau. A ce moment, le vent qui nous avait si bien servi, commença à mollir. Comme la houle était très forte, je ne pus avec faible brise, tenir le vent arrière et je me décidai à loffer, pour appuyer mon bateau. Je courus alternativement sur les deux bords, tout en ayant soin de ne pas aller à l'est de la ligne des vapeurs. J'en rencontrais plusieurs; qui tous applaudirent notre petit ba­teau. L'après-midi du 7 mai. nous croisâmes une escadrille anglaise, composée d'un croiseur lé­ger et de neuf contre-torpilleurs, qui faisait route sur Finistère. Notre salut nous fut rendu deux fois; et; sur les navires anglais toutes les jumelles étaient braquées sur nous. Les Anglais ne s'attendaient: certes pas à rencontrer si loin un petit bateau de plaisance battant pavillon français. Cette journée -du 7 mai était la troisième de notre voyage: A midi; nous avions parcouru 331 :milles (N. 44° 48'-10° 30 W. Paris) soit 110 milles de moyenne journalière. Tout cela :à la voile, le moteur ayant refusé tout service depuis l'appareillage. Le soir, la brise fraîchissant, je voulus diminuer ma voil­ure. Par suite d'une malfaçon, je ne pus me servir de mon gui à rouleau. Je le maudis, éner­giquement, mais je dus fuir sur mes focs et, après une vaine tentative de réparation dans la nuit, (il était 23 heures) je dus me résoudre à envoyer ma voile de cape, bien que la brise m'eût permis de naviguer avec deux tours de rouleau.

Le 8; mai, à 2 heures du matin, j'aperçus au S. S,-E. le puissant feu espagnol de Sisargos. C'était le premier phare vu depuis Ouessant: A 4 heures nous relevâmes le feu de Villano par l'avant. L'atterrage était précis. Entre temps, là brise de N.-E fraîchit et la mer se creusa. La houle atteignit près de six mètres de hauteur, Le Nethou se comporta très bien. Des vapeurs, le cap sur Ouessant, tanguaient dur, mettaient copieusement le nez dans la plume et... nous étions encore en chaussons sur le pont. La construction de Roscoff est vraiment très marine. Malheureusement elle est peu fi­gnolée et dans ce pays on ignore tout de l'art d'aménager un bateau. La mer continuant a se creuser, je fis fermer toutes les ouvertures. A 11 h. 30 nous passâmes à cinq ou six milles à l'ouest du cap Finisterre, ayant traversé le Golfe de Gascogne en trois jours et demi.

Le soir, vers 22 heures, le bateau devenant très dur à gouverner (on ne pouvait pas barrer -plus .d'une heure de suite), je fis amener, la voilé de cape. Nous faisions à ce moment route, sur les Berlingues. Le 9; au matin, la brise mollit et je fis établir toute ma toile. A midi calme plat. La houle de la veille subsistait, c'était très désagréable. Nous roulions bord sur bord.:. Pour pouvoir déjeuner; nous dûmes amener la grand'voile, le gui menaçant de tout casser. Nous avions parcouru 551 milles. A partir :de ce moment je ne fis plus d'observations astro­nomiques, car je pouvais utiliser des relèvements terrestres, n'étant guère: qu’à10 ou 15 milles des côtes portugaises. Le 10, au matin, à 9 heures environ, nous rencontrâmes un lan­goustier camaretois, qui, reconnaissant un ba­teau breton, mit son embarcation à la mer. Il manquait de vivres. Nous pûmes lui donner du pain, de l'huile et de l'eau-de-vie. En échange il nous offrit du poisson.

Ce, matin-là,, les vents passèrent par tous les quarts de la rose des vents pour, finir par s'éta­blir au Suroît. A. midi nous relevâmes la tour du phare de Boa Nova, à 7 milles au N.- 80 E: (au loch 595 milles). Le 11 mai, au matin, par petit temps nous passâmes entre les Berlingues et la presqu'île de Péniche. La brise-était. du Nord, après que les vents eussent joué toute la nuit, et soient passés successivement au Sud et à l'Est. Nous longeâmes la terre à quelques milles de distance. Nous fûmes dépassé par le Formose, des Chargeurs Réunis, dont tous les passagers nous firent une ovation.

A 18 heures nous passions devant Razo et entrions dans le Tage. Nous avions parcouru 710 milles en 7 jours et six heures. Nous aurions désiré remonter la rivière, malheureusement la brise mollit et-le: moteur continuait à refuser tout service.

Ne pouvant étaler le courant de jusant je cherchais à la sonde un mouillage sur le rivage nord, entre les feux de Saint Julien et de Belem. Le lendemain matin profitant des contre-courants qu’on rencontre sur la rive nord du Tage, très près de la terre; je pus arrivé à Lisbonne bien avant l’étale de la basse mer.

Nous quittâmes Lisbonne le dimanche 16 mai à 6 h30 par forte brise de N. J’appareillais avec deux jours de rouleau.

Dès que j’au passé le banc du Buglo, la brise rafraîchissait, je dus établir la voile de cape. A ce moment, nous mîmes le loch à la mer. Je tachais de faire route directement sur le cap Saint Vincent, mais le bateau embardait terriblement. A 10 h 30, nous passâmes à 3 milles à l’ouest du cap Espichela

A 23 h 30, nous passâmes au large du cap Saint Vincent. Nous fîmes alors route sur Gibraltar. Le 17, la brise commença à mollir, je pus envoyer ma voile de cape, puis ma grande voile avec des tours de rouleaux d’abord, ensuite toute haute, puis enfin j’établis le flèche. Dans l’après-midi, une rafale un peu brutale nos surpris. Le bateau tient bien le coup. Malheureusement le gui, qui avait trois nœuds au même endroit se rompit. Nous étions à près de 60 milles du Cap Saint Vincent, la terre la plus proche. Nous mimes notre voile de cape, malheureusement le vent mollit et refusa. Avec la voile de cape nous faisions des bordées carrées. Impossible de continuer ainsi. Enfin, nous pûmes réparer le gui avec nos deux avirons, la vergue de flèche que nous sacrifiâmes et tous le rabans qui se trouvaient à bord et le 18 au matin, nous avions un gui assez solide pour supporter la grand’voile au bas ris.

M. BODIN

Maurice BODIN arrive au terme de son périple après 28 jours de mer et deux escales, à Lisbonne et à Gibraltar. Il navigue en méditerranée pendant trois ans.


1929

Au cours d’une croisière entre Palerme et Toulon, le Nethou est complètement désemparé par une violente tempête de mistral.

Le gréement détruit, le bateau est à la merci des éléments. Il dérive pendant trois jours avant d’être secouru par le paquebot “Martinique” de la Compagnie Générale Transatlantique.

Maurice Bodin, son épouse ainsi que le mousse prenne place à bord du Martinique, qui remorque le petit yacht jusqu’à Alger.

Une nouvelle période commence pour le Nethou sous le soleil nord africain.

Mars 1929, M. Emile Vidal, membre de la Société Nautique d’Alger, se rend acquéreur du Nethou que Maurice Bodin est obligé de laissé sur place.

Il entreprend les réparations qui s’imposent: révision de la coque et confection d’un nouveau gréement, y compris mât et espar. Il compte faire au cours de la belle saison une croisière en méditerranée.

 

“Le Yacht”, août 1929 – Alger

La réfection complète du yacht Nethou qui après son naufrage en Méditerranée, avait été acheté par M.Emile Vidal, le sympathique yachtsman algérois, vient d’être terminée. A l’ancien gréement de cotre, détruit au cours du naufrage, a suppléé  un gréement marron dont la voilure sort des ateliers Ténot. La première sortie du Nethou a eu lieu le 2 août, par gros vent du nord et mer creuse. La tenue à la mer de cette robuste unité de plaisance a été parfaite et a donné entière satisfaction à son propriétaire, qui compte d’ici peu cingler vers les Baléares pour une assez longues croisières autour de ces îles.

Une fois regréé, le Nethou sillonne la méditerranée en compagnie de son nouveau propriétaire et plus rad, en 1931, avec ses deux associés, M; Aldebert et le Docteur Béraud, vice-président de la Société Nautique d’Alger.

D’un tonnage plus important, le cotre mar­coni Nethou, ayant à bord un de ses propriétaires, M: Émile Vidal, ainsi que M. Ber­nardo Martinelli, nous revient d'une fort inté­ressante croisière aux îles Baléares, itinéraire qui paraît devenir familier à nos yachtsmen algérois.

Parti le 1er août, à 8 heures du matin, par vent d'Ouest frais, le Nethou arrivait le len­demain, à 15 heures, à Palma de Majorque. Après plusieurs jours de repos dans cette ville, qui furent employés à la visite des grottes de Monaco, de Porto-Cristo, de Pollensa, du cap Forujentor, etc..., le Nethou quittait Palma le 10 août, à 6 heures, pour Iviça, où il arrivait le même jour, à 16 heures, ayant bénéficié d'une superbe brise de N.-W.

Le souvenir que rapportent nos yachtsmen de cette escale est des plus agréables, tant l'accueil chaleureux qui leur a été fait par le président et les membres du Club Nautique de cette localité fut empreint de la plus franche cordialité. Aussi, afin de prouver leur recon­naissance à leurs amis espagnols, nos yachts­men algérois ont-ils fait inscrire au Club Nau­tique d'Iviça le cotre Nethou, au mât duquel flotte aujourd'hui le guidon de ce groupement.

Malheureusement, le séjour dans cette ville ne devait être que de courte durée et le 12 août, à 15 heures, le Nethou appareillait par bonne brise d'Est et mer plate pour For­mentera, où il mouillait deux heures après son départ.

Le 13 août, le Nethou cinglait vers la côte algérienne par jolie brise de Sud-Est et le 14, à 20 heures, prenait son mouillage dans le plan d'eau du Sport Nautique d'Alger.

La bourrasque de vents de N.-W. de la nuit du dimanche au lundi de Pentecôte faillit causer la perte d'une des plus belles unités d'u Sport Nautique d'Alger, : le Nethou.

Après avoir navigué toute la journée du di­manche, Nethou mouillait dans la soirée à cent cinquante mètres de terre, à la plage de la Madrague, près de Guyotville.

Dans la nuit, un violent coup de vent s'éleva, Nethou chassa sur son ancre et, avant que le moteur puisse être mis en marche, il vint s'échouer, fort heureusement sur le sable transporté par les brisants à quelques mètres de terre.

Dès que la nouvelle fut connue à Alger, de nombreux sociétaires du S. N. A. se trans­portèrent sur les lieux du naufrage et tout fut mis en œuvre pour sauver le yacht, malgré les éléments qui ne paraissaient pas vouloir se calmer.

L'inquiétude sur le sort de cette robuste unité fût grande durant toute la matinée. Néanmoins, vers 13 heures, le remorqueur de 650 CV Provençal 21, de la Société Provençale de Remorquage, pourvu d'une solide aussière de 150 mètres, dite « Sécuritas” aimablement mise à la disposition des sauveteurs par la Compagnie Schiaffino, prit la mer et fut assez heureux, après d'habiles manœuvres pour renflouer le Nethou qui fut ramené à Alger sans paraître avoir trop souffert de son échouage.

1932 - Fin

Nouveau changement de propriétaire.

Emile Vidal cède le bateau au Dr. Béraud, qui s’associe plus tard au Dr. Colonieu

1936 - Alger

Si le yachting de course s’est quelque peu ralenti par suite de l'exode estival des Algé­rois, celui de croisière, par contre, est marqué par une grande activité. C'est ainsi que les yachts Eider, Pavane, Raiatéa, Sylphe, Iris ont visité depuis le début de l'été et à plusieurs reprises les ports de Dellys et de Bougie et que le Nethou et la Jeannette II ont cinglé sur les Baléares ils durent subir quelques légers ennuis que leur procurèrent les évé­nements qui se déroulent actuellement en Espagne.

Disons de suite que ces ennuis furent sans gravité et que nos yachtsmen qui avaient quitté Alger ignorant totalement ce qui se passait en Espagne en furent quittes pour des émotions bien compréhensibles d'ailleurs. Les proprié­taires du Nethou, les docteurs Colonieu et Béraud, ont bien voulu à ce sujet nous donner quelques indications sur leur court séjour dans ce pays troublé.

Parti d'Alger le 18 juillet, le Nethou arrivait à Palma le 21 après une traversée délicieuse de 29 heures qui fut favorisé, par un délicieux vent d'Est. Dans le part de Palma se trouvaient déjà les goélettes Jean­nete Il, du Y. C. A., appartenant à M. Ri­goulot, et Jacaranda, appartenant à M. Harry Baur, aux côtés desquelles le Nethou prit son mouillage.

LA COURSE - CROISIERE ALGER – DELLYS - ALGER

Cette importante et première épreuve de yachting s'est disputée les 9, 10 et 11 juillet, sur le parcours Alger-Dellys et retour, soit 90 milles environ. Cette manifestation, organisée par le Sport Nautique d'Alger, sous le haut patronage du Yacht Club de France, qui avait bien voulu attribuer à l'épreuve. le prix des Compagnies de Navigation, fut un très gros suc­s pour les organisateurs. Sur huit yachts qui prirent le départ, deux seulement durent abandon­ner, par suite d'avaries de gréement.

Néanmoins, le 10 juillet, à 10 h. 50, le yacht Elvire franchissait à Dellys la ligne d'arrivée, suivi d'Iris à 11 h. 40, d'Antigone à 24 h. 25, du Nethou à 15 h 05, et du Mourato à 17 h, 30. Fleur-de-Mai,. qui avait

effectué la route au moteur, après avoir cependant pris le départ à la voile précédait à l’arrivée le lot de coureurs.

A son tour, M. le Dr Béraud, vice-président du Sport Nautique, exprima ses sentiments à l'égard de la navigation de plaisance qui sont les mêmes que ceux de MM. Guiauchain et Sizes; il n'a qu'un seul, désir, celui de voir se réaliser souvent de sem­blables manifestations. M ; le Dr Béraud remercia ensuite M. le Gouverneur Général de l'Algérie, la Ville d'Alger, le Yacht Club de France, M. Esbert et de généreux anonymes qui ont bien voulu offrir des coupes et objets d'art comme prix pour cette croisière. Il remercia aussi M. le Maire de Dellys pour son aimable accueil. Ce dernier souhaite la bien­venue aux yachtsmen algérois et lève son verre à l'heureux retour des concurrents.

Voici les résultats techniques. .

Classement général d'après le handicap national.

Elvire, à M. Guiauchaiu                  en 26 h 42

Nethou, à M. Béraud                      en 31 h 42

Antigone, à M. Faget                      en 31 h 50

Mourato, à MM..Ambrosi et Hanin en 34 h 34

Iris, à M. Grandmont                       en 35 h 35

 

Classement par séries

Série A I                 Elvire

Série B I                1.   Nethou – 2. Antigone

Série des 8 m 50     Mourato

Prix spécial                 Iris et Fleur-de-mai, à M. Herman

Une vive effervescence régnait déjà dans Palma fasciste. Après avoir assisté au départ de la Jeannette-II, qui ralliait Alger, et les opérations de mouillage terminées, nos yachts­men débarquèrent pour faire des provisions, vêtus par inadvertance de leur veste de sta­ristes sur lesquelles s'étalait l'étoile rouge, insigne des flottes de stars. Ils furent aussitôt appréhendés et durent découdre rapidement cet insigne de leur veste. Ils purent ainsi continuer leurs achats néanmoins souvent arrêtés par des tout jeunes gens qui, sous la menace de fusils et revolvers, les mettaient dans l'obligation de décliner leurs titres et qualités, les bras en l'air, bien entendu.

Le 24 au matin, alors que tout l'équipage du Nethou était plongé dans un profond som­meil, deux bombes lancées d'un hydravion éclatèrent sur le quai. Le réveil fut plutôt désagréable et, après avoir assisté à une jour­née très troublée, nos yachtsmen décidèrent de cingler sur Cabréra. Au moment -de leur départ plusieurs bombes, dites de démonstra­tion, éclataient encore sur Palma.

1938

En 1938, au large de la Sicile, le Nethou essuie une de ces tempêtes de mistral qui peuvent se déchaîner instantanément en Méditerranée. Le yacht en perdition voit son gréement une nouvelle fois détruit. Grâce à son petit moteur Gouach, le Nethou peut se mettre à l’abri.

Suite à cette mésaventure, les Drs. Béraud et Colonieu décident de diviser la voilure. Ils ajoutent un tape-cul et le transforment donc en yawl bermudien.

C’est sans doute à cette époque que la barre fût remplacée par une barre franche.

1939

L’Europe entre ans le deuxième conflit mondial.

Le Nethou, comme la plupart des bateaux de plaisance de la Société Nautique Algéroise, est réquisitionné par la Marine Française, qui veut en faire un bateau école. Il est amené sur la grande jetée du port d’Alger. Un coin de quai use un bordé au niveau de l’eau. Le Nethou coule par quelques mètres d’eau.

Il n’est renfloué que bien plus tard et est restitué à ses propriétaires à la fin de la guerre. MM. Beraud et Colonieu touchent 40 centimes de dédommagement par jour passé par le fond.

1946

Le Nethou traverse la méditerranée en 1946, à destination d’Antibes, où il est vendu à Michel Bertrand, professeur à Paris.

Michel Bertrand, qui en est aujourd’hui à son 27ème bateau, ne gardera le Nethou que quatre ans.

Le cotre effectue plusieurs croisières, et surtout une campagne de pêche à l’éponge sur les côtes tunisiennes qui manque de tourner au drame.

Du poste avant, Michel Bertrand surprend la conversation de son équipage tunisien qui projette de le jeter à la mer pour s’emparer du Nethou.

Il réussi à les tenir en respect avec un fusil jusqu’au port le plus proche.

1950

Pendant ces quatre années le Nethou ne subit pas de grosses transformations. Il est équipé d’un moteur Baudouin à essence et pétrole, à manivelle.

Il est mis en vente à Cannes en juillet et sera vendu 125.000 francs le 29 août 1950.

L’homme qui fait affaire avec Michel Bertrand s’appelle Jean Corne, il est chirurgien-dentiste en Haute-Savoie.

1951

Dès 1951, Jean Corne entreprend la réfection complète du pont. Il confie ces travaux à un charpentier de marine de Monaco.

Le pont est relatté en “Pitch pin” d’une épaisseur de 70mm. Le roof est complètement reconstruit.

1953

Jean Corne trouvant que le Nethou est trop lourd à manœuvrer pour un homme seul, le vend le 21 septembre 1953 à Charles Vanel.

L’acteur rebaptise “Vagabond”, comme les autres yachts qu’il aura par la suite. Il entreprend également la rénovation complète de l’intérieur et modifie le gréement. Il fait peindre la coque en noir.

Nice-Matin – Samedi 22 août 1987

En rappelant que Charles Vanel était déjà tropézien à l'époque où les « locomotives » actuelles de la presqu’île n'étaient pas nées. C'était dans les années 30, à « La Pêcherie », sur la baie des Caroubiers où il avait pour voisins Colette, René Clair et Dunoyer de Segonzac. Et pour compagnon « Le Vagabond », un voilier qui restait rarement à quai, lorsqu'il séjournait au bord du Golfe. Un séjour qui fut le sien, fidèlement, jusqu'en 1955, lorsqu'il céda sa « Pêcherie » à Julien Duvivier..

Le « tape-cul » est remplacé par un mât d’artimon placé deux mètres en avant. La grande voile, plus petite, est aurique, la trinquette bômée et une voile de flèche surplombe l’ensemble. Les travaux sont effectués à Fiumicino en Italie.

En 1955, voulant se rendre acquéreur d’un bateau plus grand, Charles Vanel contacte l’ancien propriétaire du petit cotre, Jean Corne.

Celui-ci répond qu’habitant en Haute-Savoie, il ne lui est pas possible d’entretenir un bateau de la taille du « Vagabond ».

1956 à 1964 

C’est Robert Krouch, directeur commercial chez Kodak qui l’achète début 1956. Robert Krouch qui vit aujourd’hui dans le Michigan et fait partie des « Brothers of the Coast », laisse le Vagabond basé à Saint Tropez, où il obtient un anneau devant le célèbre « Sénéquier ».

De 1956 à 1959, Robert Krouch et sa famille font à bord de fréquents séjours. La première grande sortie se fait en Corse ; ensuite le Vagabond visite la Sardaigne et les côtes italiennes, vers Porto Fino.

En 1958, en revenant d’une croisière aux îles d’Hyères, alors que Robert Krouch jette l’ancre dans la baie de Pampelone, deux nageurs s’approchent du Vagabond : « Quelle ne fut pas notre surprise, raconte Jean Leubu, ami de Krouch, de reconnaître Gérard Philippe et le jeune Pierre Fourcade, venus saluer Charles Vanel, qu’ils pensaient toujours être le propriétaire du bateau ».Robert Krouch leur fait les honneurs du Vagabond, sur lequel ils passent une partie de l’après-midi.

En 1959, Robert Krouch emmène le Vagabond à Monte-Carlo, où il est ancré au port de la Condamine. C’est certainement à cette époque que le vieux Baudoin ( le moteur) qui équipait le petit yacht est remplacé par un Mercedes diesel de 90 CV.

19 Juillet 2006 - Robert Krouch retrouve avec beaucoup d'émotion son ancien bateau à Roscoff

De chez lui à Miami en Floride, Robert Krouch, dit "Bob" fait comme beaucoup d'internautes, il tape son nom dans le moteur de recherche de Google, comme cela pour voir.... Quelle surprise, quelle émotion, il découvre la page du site web du « Vagabond » qui est la première dans le résultat de Google. Il ne savait plus où était son ancien bateau qu'il n'avait pas vu depuis 42 ans.

Bob a de la famille en France, des enfants, une belle-sœur vivant en Bretagne à Port-Blanc dans les Côtes d'Armor. Il entreprend un voyage. A peine descendu de l'avion le 18 juillet, il se rend chez sa belle-sœur. Et dès le lendemain, il vient en famille à Roscoff pour revoir son "Vagabond". Il n'a pris aucun rendez-vous sur place.

Il réussit à contacter le secrétaire de l'association "Nethou-Vagabond-Roscoff". Une rencontre de trois heures permet à peine de tout se dire. Première escale au bar le « Winch », base du Vagabond Il fallait du temps pour que chacun raconte sa version de l'histoire.

Côté Roscoff, nous lui avons raconté l'appel au secours dans la presse pour sauver ce bateau, la réaction immédiate, le retour du Vagabond début janvier 2006 et les projets autour de ce témoin de la vie maritime roscovite.

Bob a raconté sa rencontre avec Charles Vanel, lors de l'achat du bateau qui était un véritable bijou en 1954, les travaux qu'il a effectué pour adapter le bateau à son nouvel usage, en famille avec trois enfants. Il a également raconté quelques aventures avec les marins qui l'ont accompagné pendant les huit années de navigation sur le Vagabond.

Ensuite, après les présentations, la visite a commencé. D'abord, un premier arrêt à l'emplacement du chantier Kerenfors où le bateau a été construit. Ensuite, à Ste Barbe, ce fut la rencontre de Bob avec le Vagabond. Il n'a pas pu cacher des larmes d'émotion quand il a touché son ancien bateau.

Ce moment d'émotion passé, Bob qui a aujourd'hui 85 ans, mais qui est dans une forme étonnante a grimpé l'échelle de 4 mètres comme un jeune homme. Avec l'aide de son petit-fils, il a fait une ouverture dans la bâche de protection du bateau pour s'y glisser et faire la visite de l'intérieur, de la cabine. Il y est resté une bonne demi-heure en compagnie de ses proches. En ressortant, il était partagé entre le bonheur d'avoir remis les pieds à bord et la tristesse d'y découvrir un bateau en mauvais état.

Il a raconté par le détail toutes les modifications de l'aménagement de la cabine, du changement de moteur, etc... Il précise que l'intérieur était entièrement recouvert d'acajou quand il avait acheté le bateau.

Bob a toujours un bateau chez lui au USA, il s'appelle.... le"Vagabond". C'est dire combien ce vieux bateau qu'il vient de retrouver a compté dans sa vie de marin. Actuellement, Bob écrit ses mémoires de marin pour une revue américaine ( du style de notre Chasse-Marée ). Il y relatera ses années sur le cotre aujourd'hui redevenu roscovite.

Cette rencontre est pour l'association un encouragement magnifique. Derrière ce qui peut apparaître comme une "épave" se cache une histoire, des histoires qui sont des "  morceaux " de roman et de vie.

 

1964

Le Vagabond est vendu en 1964 à André Ferrari, de Lyon.

Le nouveau port d’attache du cotre devient Le Lavandou.

De ce point de départ, le Vagabond sillonne à nouveau la Méditerranée : Baléares, Corse, Sardaigne

1978

Le vagabond, qui est amarré trop sec, coule dans le port de Bormes, suite à une petite marée comme il peut y en avoir en Méditerranée. Le bateau s’incline de l’avant et embarque de l’eau par les jointures de bordés. Une remise à neuf s’impose.

Les travaux sont confiés à Pat Girard, petit fils d’André Ferrari et aujourd’hui charpentier de marine, spécialisé dans la réfection de vieilles coques. Il est aidé par M. Aguilar pour certains travaux de charpente.

1979

Les travaux seront terminés pour l’été 1979. André Ferrari décède à la fin de cette même année.

Ses petits-enfants, qui ont grandi avec le Vagabond sur lequel ils ont passé la plupart de leurs vacances, tentent de le conserver en créant une association pour sa sauvegarde.

1983

Le bateau est vendu par la famille à un tropézien, Jacques Cadet, amateur et passionné de vieilles coques et de navigation authentique.

Jean cadet, en voyant le petit cotre dans le port de Bormes, tombe sous le charme de sa silhouette et l’emmène dans un port qu’il connaît déjà bien, même s’il a beaucoup changé : Saint Tropez.

1984

Jacques cadet entreprend de redonner une nouvelle jeunesse au presque sexagénaire Vagabond :

1985

Il est acheté en 1985 par Christian L’Hoir, professeur en Belgique et Pascal Lorent, journaliste, tous deux anciens amis de l’ancien propriétaire.

Le bateau qui ne voulait pas mourir

li  s'est appelé "Nethou" puis "Le Vagabond". C'est sous ce dernier vocable que nous l'avons connu.

Il y a une quinzaine d'années , la capitainerie du Lavandou change de place notre bateau, le Marco Polo et nous positionne tout au fond du port , contre l'aire de carénage .

Il semblait voué à une destruction certaine , au grand chagrin de son capitaine , et de nous tous, qui avions le coeur serré à la pensée de voir disparaître ce bateau légendaire .

Mais on ne peut pas parler du Vagabond sans évoquer son propriétaire , Christian L'Hoir , un personnage truculent et sympathique que nous avions connu depuis le jour ou notre bateau a été amarré à coté du sien , il y a 10 ou 15 ans Très apprécié par tous ceux qui gravitaient dans le secteur , depuis les dirigeants et employés du chantier contigu et du port , jusqu'aux shipchandlers , artisans et mécaniciens du secteur , il était toujours prêt à rendre service . On peut dire que quand il descendait de sa Belgique natale vers la fin juin pour remonter en octobre ou septembre il animait ce coin du port du Lavandou qui était un peu devenu son domaine.

Et personne n'en prenait ombrage .

En effet , le Vagabond lui même , ne pouvait plus sortir , ayant perdu au cours de sa vie mouvementée, son lest de fonte et son moteur grippé à mort depuis longtemps hors service . Mais cela n'empêchait pas son propriétaire, Christian de continuellement travailler à améliorer le pont , le gréement et l'intérieur de ce bateau qui était une grande partie de sa vie En fait il ne s'en servait que comme résidence secondaire , pour se loger et recevoir les plongeurs du club de Charleroi dont il était le président .

C'était devenu une coutume , pour nous, quand nous rentrions de croisière en Corse , Sicile , Sardaigne ou Baléares, de le trouver sur le quai pour nous passer les amarres et nous souhaiter la bienvenue . Après quelques semaines de navigation , nous étions tellement contents de retrouver notre poste d'amarrage, très animé, avec tous ses amis qui étaient aussi les nôtres ..

Entre temps, il coule une seconde fois, à cause d'un amarrage défectueux , dans le port de Bormes les Mimosas. De nouveau restauré il reparaît en vedette dans une série télévisée qui fut la coqueluche du moment , " Les cœurs Brûlés" , avec Mireille Darc et Pierre Vanek , en 1992 .

Après son énième naufrage, le dernier , dans le port du Lavandou, son propriétaire , le Christian du vagabond , comme nous l'appelions, s'arrache les cheveux et commence à se battre contre les compagnies d'assurance. Dans l'impossibilité de faire face à la petite fortune qu'on lui demande pour rénover le "Vagabond", il est contraint d'abandonner, provisoirement à son sort son bateau sur l'aire de carénage du Lavandou

Les mois passent et , enfin, tout se débloque comme je l'ai raconté un peu plus haut .

La roue du destin a tourné dans le bon sens : un jour de Janvier 2006 , une semaine avant sa démolition

prévue , le "Vagabond , alias Nethou , chargé sur une remorque spéciale / bateaux, prend la route de la Bretagne, et plus précisément de la ville de Roscoff qui l'a vu naître , il y a 80 ans.

Ce même jour , je reçois un coup de téléphone de mon ami belge , Christian L'Hoir , qui , des larmes dans la voix me dit textuellement : "Robert , le "Vagabond ne mourra pas ".

N'est ce pas une belle histoire que celle de ce bateau qui ne voulait pas mourir !!!

Robert Bénaioun - Fontaines , Février 2006

1987

Le bateau retourne une nouvelle fois au Lavandou pour occuper la même place que dans les années soixante. Il s’y trouve encore en 1993.

Malgré les quelques 1.000 kilomètres qui les séparent de la méditerranée, les nouveaux propriétaires essayent de garder le vagabond en état de navigation.

1988

Renforcement de la proue

1989

Réfection des mâts et gréements ; changement de plusieurs bordés.

1990

Un nouvel associé, Yvan Delaforge, vient prêter main forte. Le vagabond retrouve sa couleur d’origine « Blanc ».

1993

Le vagabond navigue toujours.

2004 - Décembre

Le Vagabond, cotre aurique de 12,50 mètres, construit en 1926, coule dans le port du Lavandou - Var.

2005 - Décembre

Le propriétaire actuel, âgé de soixante-dix ans, a réussi à le sortir de l’eau, et à le caler sur le chantier du Lavandou lors de son naufrage, voici un an. Il n’a pas les moyens financiers de le sauver. Dans les premiers jours de janvier 2006, un des derniers vieux gréements français sera menacé de disparition, peut-être détruit par une pelle mécanique, si aucune solution n’est trouvée!

Quelques personnes, connaissant bien ce bateau et son propriétaire depuis quelques années déjà, ont lancé un S.O.S. par voie de presse, à la mi-décembre 2005. Sur place à Roscoff, ce S.O.S. a été entendu «5 sur 5» par quelques amoureux des bateaux, de l’histoire de leur ville ou de l’histoire du bateau avec son volet «cinéma».

Ils sont intervenus auprès du maire, et l’ont persuadé de l’intérêt de cette opération. Ils déposent aussitôt les statuts de leur association «Nethou - Vagabond - Roscoff» pour la sauvegarde du petit cotre. Le propriétaire, très heureux de voir son bateau survivre, le vend pour un euro symbolique à l’association qui se charge de le sauver, de le protéger des intempéries.

Aujourd’hui, les nouvelles du Vagabond sont bonnes. Il sera rapatrié dès le début du mois de janvier par convoi exceptionnel à Roscoff - Finistère, où il deviendra en quelque sorte le symbole du patrimoine maritime de la ville. En urgence, il sera protégé des intempéries.

2006

4 au 9 janvier

Le Nethou - Vagabond est transporté par la route. Il est gruté au Lavandou, le 4 janvier, soit un jour avant la date de sa destruction. Après, une longue route, il arrive à Roscoff, le lundi 9 janvier au environ de midi.

9 janvier 2006

Il est accueilli par l’équipe qui s’est chargé de le faire remonter en Bretagne après 80 ans de « vagabondage ».

Il est 17 heures, lorsqu’il a prit sa place à Roscoff, à quelques mètres de la chapelle Ste Barbe. . La première mission de sauvetage est terminée.

La suite de l’histoire reste à écrire. La toute jeune association va appeler vers elle tous ceux qui aiment la mer et les bateaux, l’histoire de ce port finistérien, Roscoff et les amoureux du cinéma.

Quel est l’intérêt de ce bateau, dont tout le monde tombe amoureux?

Il existe des documents écrits, photographiques, et cinématographiques de toutes ces époques...

Le Nethou - Vagabond est sans doute trop «âgé» pour retourner à la mer. Mais, c’est un « ancien » qui peut servir de témoin et de modèle pour une nouvelle naissance maritime. Chacun pourra contribuer à sa manière à redonner vie à ce bateau.

Certains travailleront directement à le soigner, d’autres iront, ici et là, rechercher tous les documents le concernant pour lui redonner son histoire, d’autres encore aideront financièrement à la prolongation de cette belle histoire...

14 janvier 2006

Le bateau est couvert d’une bâche qui le met à l’abri des intempéries. Il attend de nouvelles aventures…


Nethou et le cinéma


Le Nethou a toujours attiré les regards et la sympathie là où il jetait l’ancre. Il était peu courant à l’époque et encore moins maintenant, de rencontrer en Méditerranée un navire ayant une telle ligne.

En 1952, le Nethou est amarré au quai Bailly du Suffren à St Tropez. A son bord la famille Hénaff a loué le Nethou pour les grandes vacances.

Extrait d’un article du « Chasse-marée »

Réponse de Alain Le naff, à Ploërmel (56).

Bien qu'il ne s'agisse que anecdote sans importance, , je ne résiste pas au plaisir de vous ra­ conter notre rencontre avec Nethou. En 1952, j'ai eu l'occasion de louer ce bateau à son propriétaire M. Jean Corne, pour des vacances en famille le long de la côte d’Azur. Notre croisière fut modeste car nos quatre fils, alors âgés de six, dix, douze et quatorze ans et passionnés de plongée, n'appréciaient que modérément les traites hauturières. Nous avons donc simplement visité les mouillages de la côte encore quasi déserts - Antibes, Saint-Tropez, Saint-Raphaël, Saint-Mandrier... - et surtout les îles de Porquerolles et de Port-Cros. En dépit de sa rusticité apparente, le Nethou était relativement facile à manœuvrer, portait bien la toile et avait des performances assez étonnantes dès qu'on lui lâchait un peu d'écoute.

Un matin alors que nous étions à Saint Tropez où je m’étais amarré au fond du port, le capitaine du port vint nous saluer et nous déclara qu’il souhaitait nous voir en place d'honneur sur le grand quai-promenade. Manœuvre  immédiate qui nous amarra entre deux bateaux magnifiques, le splendide « Ombre blanche » de Mon­sieur Schneider (Creusot) et le petit paquebot de la Môme Moi­neau (vedette du show-bis pari­sien de l’époque), la poupe sur le Bailli de Suffren et Sénéquier.

C'est à cet endroit privilégié que trois messieurs nous virent et que l'un d'entre eux nous demanda la permission de filmer notre jeune équipage. Plongé dans une épissure, je donnai aussitôt toutes les permissions. Nos fils firent du zèle : escalades dans la mâture, brique du pont, nettoyage de la coque depuis le youyou, etc. Nous avons ensuite restitué le bateau à Monsieur Corne, qui me fit grand plaisir en affirmant que son bateau n'avait jamais été aussi propre et aussi beau. Quelques semaines plus tard il le vendait à l'acteur Charles Vanel.

Une dizaine d'années passèrent. Nous étions alors en Afrique équatoriale. Un commerçant avait eu l’idée d’installer un cinéma en plein air où l’on apportait son siège et son « repellent » anti-mous­tiques. Un soir, le programme an­noncé comportait un grand film, dont j'ai tout oublié, et un court-­métrage d'Alain Resnais com­menté par Jean Cocteau et inti­tuDevoirs de vacances.

Dès les premières images, ma femme et moi nous nous regar­dâmes avec des yeux ronds. Sur l'écran, on voyait un enfant grim­per agilement en haut du grand mât d'un bateau nommé Nethou, tandis que la voix de Jean Cocteau déclamait : "Monte petit mousse, monte jusqu'aux étoiles !"

Quelle émotion de revivre ces moments lointains dans le temps, au cœur de l'Afrique noire.

Ces souvenirs sont consignés dans un journal de bord, souvent illustré, où le pittoresque et l'in­attendu sont joyeusement mis en relief, et dont ma femme a tou­jours assuré la rédaction.


Charles Vanel a toujours voulu être marin

C’est au théâtre qu’il débute sa carrière en 1908, carrière la plus longue de l’histoire du cinéma.

Il vient de terminer « Le salaire de la peur » quand il se rend acquéreur du Nethou. Il l’appelle « Vagabond » et le fait repeindre en noir.

Lors des Festivals de cannes, Charles Vanel amarrait son bateau devant la croisette et s’y réfugiait pour échapper à la foule et aux journalistes, qu’il préférait éviter.

Dès que son emploi du temps le lui permettait, il larguait les amarres pour de nombreuses croisières, qu’il effectuait seul ou avec ses proches ou amis, tels Gérard Philippe, Michèle Morgan, Jean Gabin,…


1992 – Les cœurs brûlés

Une société de production parisienne tourne un téléfilm sur la côte d’Azur : Les cœurs brûlés, qui sera le feuilleton de l’été sur TF1.

Le « Vagabond » est loué par la production.

A la barre, le jeune fils de famille ( Pierre Cosso ), qui après un tour du monde en solitaire sur le petit yacht revient embrasser ses parents ( Mireille Darc et Pierre Vaneck ).

Les cœurs s’embrasent, le « Vagabond » aussi, mais ce n’est que du cinéma !


Dernière modification : 09 mai 2009

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